Archive | décembre, 2012

Gore

23 Déc

Encore un livre qui traînait depuis des lustres dans mon salon mais il m’aura fallu moins de 48h pour engloutir les 500 pages de ce thriller.

La Théorie Gaïa, Maxime Chattam

Alors que les catastrophes climatiques s’accumulent, que la planète semble aller de mal en pis, la Commission européenne fait appel à une famille de chercheurs pour tenter d’éviter le chaos. Sauf que ce n’est pas la Terre elle-même qui déraille mais l’espèce humaine qui agit sur elle comme un virus.

Un soir, Peter de Vonck, biologiste et généticien, est contacté par la Commission européenne afin de venir entreprendre des recherches en urgence avec sa femme, Emma, paléoanthropologue, et le frère de celle-ci, Ben, sociologue spécialisé dans la dynamique comportementale. Quel type de recherches peut bien mobiliser les services d’une telle équipe ? Ce n’est en tout cas pas François Gerland, leur interlocuteur de la Commission européenne, qui fournira clairement la réponse, défendant un secret d’Etat inavouable.

D’emblée, les personnages sont séparés : Emma est envoyée sur une île perdue des Marquises, tandis que son mari et son frère sont conduits à l’observatoire du Pic du Midi. A partir de là, les éléments se déchaînent, les tempêtes tropicales et bourrasques de neige font rage coupant toutes les communications.

Du côté du Pic du Midi, l’atmosphère est pesante. Une fois à l’intérieur de l’observatoire, les chercheurs sont totalement coupés du monde, le téléphérique étant inutilisable en raison des vents violents. L’équipe en place n’est pas des plus chaleureuses et tout le monde semble craindre le très secret Grohm.

Pas mieux pour Emma; en guise d’île paradisiaque, elle débarque dans un lieu sinistre sur lequel se déversent des trombes d’eau. Toute la population semble avoir désertée, en proie à la peur d’étranges monstres sanguinaires…

Après Les Arcanes du chaos et Prédateurs, Maxime Chattam poursuit ici son exploration des tréfonds de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus sombre. Les hommes ne doivent pas seulement survivre aux catastrophes naturelles mais à un fléau bien plus dévastateur : eux-mêmes.

Si le roman se lit très vite, il n’est cependant pas à mettre entre toutes les mains. Certains passages sont vraiment plus que gore et si l’on devait tenter une adaptation cinématographique, nul doute que le budget « hémoglobine » serait l’un des plus élevés… Il n’en reste pas moins que ce thriller demeure d’une efficacité redoutable; impossible de lâcher le livre une fois qu’on l’a dans les mains. Maxime Chattam maîtrise le genre : chaque court chapitre se clôt sur un rebondissement et le lecteur est laissé en haleine jusque dans les dernières pages.

Hiver à Tokyo

17 Déc

C’est par ce livre aussi étrange que magnifique que j’ai découvert Vian. C’est donc logiquement par ce sublime roman que j’entreprends la relecture de mon auteur favori.

 

L’automne à Pékin, Boris Vian

Je ne parlerai donc dans cet article ni d’hiver, ni de Tokyo tout comme Vian n’évoque ni l’automne ni la Chine dans L’automne à Pékin : « Cet ouvrage ne traite naturellement pas de l’automne, ni de la Chine. Tout rapprochement avec ces coordonnées spatiales et temporelles ne pourraient être que le fait de coïncidences involontaires » (Vian, réédition de L’automne à Pékin, 1956.)

Il est difficile de résumer un livre tel que celui-ci. Mais je vais essayer – ou, du moins, esquisser une tentative de résumé. Le roman s’ouvre sur la présentation fantaisiste de plusieurs personnages : Amadis Dudu, Claude Léon, Angel, Anne, Rochelle et le professeur Mangemanche. Les destins de ces personnages vont se croiser dans le désert d’Exopotamie où chacun aura un rôle à jouer dans la construction d’un chemin de fer. Seuls Angel, Anne et Rochelle se connaissent dès le début du roman. Angel et Anne (qui porte un prénom de chien mais qui est un homme) sont ingénieurs. Angel est amoureux de Rochelle mais cette dernière préfère Anne. Angel ne le supporte pas tout comme il ne supporte pas le fait de voir Rochelle « s’user » jour après jour dans les bras de Anne.

Je pourrais donc résumer L’automne à Pékin en disant qu’il s’agit d’une histoire d’amour impossible et tragique. Mais il n’est pas seulement cela. Il est une réflexion profonde sur le thème dramatique de l’usure humaine tout comme dans L’Ecume des jours, écrit juste avant et auquel il fait d’ailleurs de nombreuses allusions. Usure des corps, usure des esprits qui n’attendent plus rien de la vie dans cet étrange désert sur lequel le soleil laisse de dangereuses zones noires.

Il ne faut toutefois pas conclure que L’automne à Pékin est un livre triste. Bien au contraire. Le roman est un hymne à l’amour des mots et peut ainsi fortement désarçonner le lecteur novice. Vian prend la plupart des mots dans leur sens littéral et il ne faudra pas s’étonner de véritablement voir le soleil s’adonner à une partie de cache-cache avec les nuages.

Pour conclure, L’automne à Pékin reste sans conteste l’un des romans les plus brillants qu’il m’ait été donné de lire, alliant fantaisie burlesque, tragique poétique et réflexion sur l’existence. Ce n’est pas pour rien qu’il demande une relecture immédiate. Bref, un de mes livres préférés !

Hymne à l’amour

7 Déc

Voici un livre que je voulais lire depuis quelques temps déjà. C’est maintenant chose faite et je ne suis pas déçue.

Le Message, Andrée Chedid

Marie, une jeune femme, court dans la rue déserte d’une ville en guerre. Soudain, elle ressent une terrible douleur. Une balle vient de la frapper en plein dos. Mais elle ne veut pas s’arrêter de courir, elle ne doit pas s’arrêter. Marie doit absolument réussir à atteindre le point de rendez-vous fixé par Steph, l’amour de sa vie. Quelques temps auparavant, ils se sont brouillés. Elle doit lui dire qu’elle l’aime, qu’il est sa raison de vivre. Si Marie ne se rend pas au rendez-vous, il s’en ira pour toujours, il saura définitivement qu’ils n’étaient pas faits pour vivre ensemble.

Un couple d’octogénaires, Anya et Anton, découvre la jeune femme agonisant dans la poussière du sol. Marie confie une photographie de Steph à Anya et le message à lui transmettre. La vieille femme est sa dernière chance. Mais l’heure du rendez-vous est bientôt dépassée. Anya réussira-t-elle à transmettre le message ? Marie retrouvera-t-elle l’amour de sa vie ? Anton, ancien médecin, parviendra-t-il à maintenir la jeune femme en vie ?

Andrée Chedid compose là un véritable hymne à l’amour grâce à une écriture d’une forte intensité poétique. Entraîné dans une course contre le temps, contre la mort, le lecteur ne peut que s’accrocher au texte comme Marie s’accroche à la vie dans l’espoir de revoir une dernière fois Steph. Ode à l’amour mais aussi réquisitoire contre l’absurdité de la guerre, Le Message est sans nul doute un livre à mettre dans toutes les mains afin de se rappeler de ce qui est vraiment essentiel.

Boris Vian ou l’auteur aux mille visages !

5 Déc

Je ne pouvais pas ouvrir un blog consacré à mes lectures sans publier un article sur l’un des plus grands auteurs français du vingtième siècle selon moi : Boris Vian, dit Bison Ravi, dit Vernon Sullivan.

Dans les prochains mois, je relirai les textes les plus célèbres de Vian, vous ferai découvrir des oeuvres moins connues du grand public et découvrirai aussi une partie de son oeuvre que je n’ai jamais étudiée à savoir le théâtre.

J’espère vous transmettre ma passion pour cet auteur hors du commun qui sera bientôt remis à l’honneur avec la sortie, en 2013, d’une nouvelle adaptation cinématographique de L’Ecume des Jours avec Audrey Tautou et Romain Duris.

L’article qui suit n’est pas une biographie en bonne et due forme. Il s’agit simplement de vous présenter rapidement le touche-à-tout qu’a été Vian au cours de sa trop courte vie. Le texte est en partie extrait de mon mémoire de master, L’humour chez Boris Vian.

Scientifique de formation, musicien averti et auteur prolifique aux multiples facettes, Vian a touché à tout. Du roman à la nouvelle, de la poésie au théâtre, de la critique de jazz à la chronique journalistique en passant par la composition de chansons, presque aucun domaine du champ littéraire ne lui a échappé.

Si Boris Vian est passé à la postérité avant tout pour son œuvre littéraire, rien ne le prédestinait pourtant à l’écriture puisqu’il est issu d’une formation scientifique. En effet, il obtient son diplôme de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures en 1942 et se met en quête d’un emploi dès ce moment. Il ne lui faudra que peu de temps avant de trouver un emploi à l’A.F.N.O.R. (Association française de normalisation). A la lecture de ses œuvres, et notamment de Vercoquin et le plancton, on décèle aisément l’ennui de notre auteur dans les bureaux à l’ambiance trop normalisée pour ce jeune homme épris de liberté qui ne pourra en aucun cas se satisfaire de « la perforation d’un certain nombre de feuillets destinés à recevoir des notations personnelles »(ibid).

Toutefois, Vian n’oubliera jamais son passé de normalien et le mettra même à profit dans ses ouvrages. De toute façon, il est obligé de rester travailler dans une institution pour des raisons financières puisque son travail d’écrivain ne suffit pas à le faire vivre. Ainsi, en 1946, Boris Vian démissionne de l’A.F.N.O.R. pour entrer à l’Office Professionnel des Industries et des Commerces du Papier et du Carton. C’est dans les bureaux de sa nouvelle entreprise que Vian finira d’écrire L’Ecume des Jours et rédigera entièrement L’Automne à Pékin.  Science et technique sont donc toujours présentes dans ses œuvres même les plus poétiques, il n’y a qu’à se reporter à L’Ecume des Jours avec l’invention du « pianocktail » pour voir cette thèse se confirmer. Mais Vian, non content d’être à la fois ingénieur et écrivain, s’intéressa de très près à la musique.

Boris Vian s’est mis à la musique très tôt et n’a pas choisi de pratiquer un instrument commun en apprenant la trompette. Le choix de la « trompinette » est pour Vian l’occasion de faire un pied de nez à son destin de malade cardiaque en montrant qu’il ne manque pas de souffle et que son envie de vivre est plus forte que tout. En 1942, Boris intègre l’orchestre Claude Abadie dans lequel son frère, Alain Vian, jouait comme batteur. L’orchestre une fois au complet se produira dans tous les tournois de Jazz de France et de Belgique et fera les beaux jours, ou à proprement parler les belles nuits, des caves de Saint-Germain-des-Prés. Mais la maladie rattrapant l’homme et le jazz en France ne correspondant plus à ses attentes, Vian abdique en tant que musicien pour se consacrer à sa musique favorite dans une revue de presse de Jazz Hot dès le début des années 50.

Après ces quelques considérations sur le rôle joué par la musique dans la vie de Vian, le lecteur comprendra mieux les nombreuses allusions faites au jazz dans l’œuvre romanesque de l’auteur notamment dans L’Ecume des JoursVercoquin et le plancton ou encore Blues pour un chat noir pour citer une nouvelle.

Pour ce qui est du domaine littéraire, Boris Vian ne s’est jamais cantonné à un seul style d’écriture que ce soit à l’intérieur même du genre romanesque, où les romans d’amour côtoient les romans noirs ou encore ceux de science-fiction, ou que se soit dans la littérature en général où il s’est adonné au théâtre, à la poésie, à la nouvelle, aux essais, à la critique musicale ou encore à la chanson. J’en omets certainement et je m’en excuse !

A bientôt donc pour de nombreux articles consacrés à son oeuvre exceptionnelle !

Enfants sauvages

2 Déc

Il reposait depuis des mois sur un meuble de mon salon et jusqu’à présent je snobais la couverture jaunie de ce livre pourtant culte débusqué dans un vide-grenier. Mais hier, refusant de tourner en rond toute la soirée, je me suis lancée à l’aventure…

Sa Majesté des Mouches, William Golding

sa majesté

Bien évidemment, je connaissais déjà le fond de l’histoire : une bande de garçons se retrouve sur une île déserte sans aucun adulte.
Après la joie de la découverte de l’île, il faut instaurer un règlement. Le groupe élit rapidement son chef, ce sera Ralph, le plus âgé du groupe. Il sera secondé par Porcinet, l' »intellectuel » grassouillet et binoclard, tête de turc de la communauté. Mais de fortes dissensions ne tarderont pas à apparaître au sein du groupe…

Bientôt, les enfants perdent leur innocence, se transforment peu à peu en sauvages, leurs javelots en bois deviennent des armes véritables et la cruauté envahit les coeurs.

Plus qu’une simple robinsonnade enfantine, le roman de Golding prend des allures d’allégorie des sociétés humaines. L’atmosphère d’allégresse initiale fait vite place à un sentiment d’angoisse. A travers le personnage de Jack, l’auteur dessine les traits les plus sombres de l’humanité.

J’ai aimé ce livre pour les descriptions enchanteresses de l’île déserte mais surtout pour l’ambiance sinistre qui envahit le roman page après page. Que deviendront les enfants ? Je vous laisse le découvrir !

Naurile

Jeunesse

1 Déc

Comme je suis professeur en collège, il m’arrive de temps à autres de lire de la littérature de jeunesse. Je dois bien avouer ne pas y connaitre grand chose en ce domaine et même avoir parfois une certaine réticence vis-à-vis de ce genre.

Mea culpa !

Le Procès du loup, Zarko Petan

https://i0.wp.com/i69.servimg.com/u/f69/12/29/93/07/51ftsj10.jpg

Le Procès du loup est une courte pièce de théâtre en 1 acte. On peut la considérer comme la suite parodique et moderne du Petit Chaperon Rouge des frères Grimm.

Chaque personnage de l’histoire originale est appelé à la barre pour témoigner de sa version des faits. L’audition de la Mère-Grand complètement sourde est particulièrement hilarante !

Sans vous la dévoiler, la fin est surprenante et réjouira petits et grands lecteurs.

Naurile