Archive | janvier, 2013

Fable verte bis

30 Jan

Je n’aurai pas réussi à patienter bien longtemps avant de lire la suite des aventures du jeune héros de l’Arbre…

Tobie Lolness – Les Yeux d’Elisha, Timothée de Fombelle

Difficile de raconter la suite d’un livre sans révéler la fin du premier et donc ôter une part du mystère pour ceux qui n’ont pas encore lu le début… Je me lance, en espérant ne pas trop altérer le suspens !

A la fin du premier tome, La vie suspendue, Tobie apprenait que ses parents étaient encore en vie et pensait qu’Elisha, la jeune fille dont il était amoureux, l’avait trahi. Tous les habitants de l’arbre vivaient dans la peur, sous le joug de l’affreux Jo Mitch et de Léo Blue, l’ex-meilleur ami de Tobie.

Sim et Maïa Lolness sont donc bel et bien vivants mais prisonniers de Jo Mitch- qui veut récupérer le secret d’une machine inventée par Sim pour creuser son immense tunnel plus vite. Néanmoins, avec l’aide des vieux sages, le père de Tobie va tenter d’organiser leur évasion sous couvert de cours du soir.

La belle Elisha, de son côté, est faite prisonnière par Léo Blue qui souhaite l’épouser. Elle refuse évidemment le mariage avec ce traître et use de nombreux subterfuges pour faire reculer la date fatidique.

Tobie, lui, quitte le peuple de l’herbe, les Pelés, avec lequel il a vécu ces derniers temps. Au fur et à mesure qu’il remonte dans l’arbre, il constate les dégâts causés par les travaux démesurés de Mitch : les Pelés, enfermés dans des cages, servent d’esclaves, la population vit dans une grande misère et l’Arbre paraît dans un état pitoyable.

Toujours recherché comme ennemi public numéro un, il est obligé de cacher son identité. Petit à petit, il va toutefois réussir à retrouver des connaissances sur lesquelles il pourra compter pour porter secours à Elisha et à ses parents.

Ce second tome met davantage l’accent sur les personnages et leurs sentiments que sur l’action. Si l’on suit la fuite d’Elisha et le duel entre Tobie et Léo avec intérêt, notre attention se porte plutôt sur le parcours et les motivations de chacun. Personne n’est totalement bon ou méchant – si ce n’est le cruel Jo Mitch -, si bien que l’on assiste à de nombreux retournements de situation.

La suite des aventures de Tobie Lolness demeure donc très agréable à lire en mêlant aventure et sentiments. Par ailleurs les diverses réflexions d’ordre écologique et politique sont toujours bien présentes et permettront aux jeunes adolescents de réfléchir sur différents problèmes de société tout en se divertissant. Voilà donc un roman intelligent et toujours joliment illustré par François Place.

 

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Insomnia

27 Jan

Il est 5 heures 30 du matin. Je n’ai dormi que trois heures à peine et viens de passer la dernière heure à lire une nouvelle de circonstances.

Sommeil, Haruki Murakami

Cette longue nouvelle n’est sans doute pas le plus beau texte de Murakami. Néanmoins, en le lisant, j’ai une fois encore eu l’étrange impression que ce livre m’était tout particulièrement destiné, et c’est à cela, je pense, que l’on reconnaît les grands auteurs.

Sommeil évoque les dix-sept nuits sans sommeil d’une jeune trentenaire. Je pourrais me contenter de cette unique phrase pour résumer ce court texte. Seulement, comme d’habitude, il est impossible de résumer Murakami.

Nous voici donc aux côtés de cette femme dont nous ne connaîtrons pas le nom. Elle mène une vie bien rangée de femme au foyer, occupant ses journées à la préparation des repas pour son mari, dentiste, et son fils, à faire le ménage et les courses. Une nuit, elle se réveille après un cauchemar dont elle ne conserve pas de souvenir si ce n’est une sinistre impression. Juste après, elle est victime d’une sorte d’hallucination, d’une vision terrifiante entre rêve et réalité comme sait si bien les créer Murakami. Un vieillard est au bout de son lit, en face d’elle, et lui arrose les pieds. Elle semble consciente mais lorsqu’elle cherche à allumer l’interrupteur, elle se rend compte qu’elle ne peut faire aucun mouvement. Son cri d’angoisse restera enfermé dans sa gorge. Trempée de sueur et bouleversée par ce dernier rêve qui ressemblait si étrangement à la réalité, elle se lève.

A partir de là, elle ne dormira plus. A partir de ce moment, elle passera ses journées et ses nuits à relire Anna Karénine, le roman-fleuve de Tolstoï. Peu à peu, elle prend conscience de la valeur de son esprit et décide de profiter intensément du temps supplémentaire accordé par ces étranges insomnies.

Inutile d’en raconter davantage, j’en ai sans doute déjà bien trop dit. Dans un style épuré, Murakami nous plonge une nouvelle fois au cœur de la nuit qui semble être une immense source d’inspiration pour lui vu la présence considérable qu’elle occupe dans l’ensemble de son œuvre.

Ce texte envoûtant et énigmatique, superbement illustré par Kat Menschik, se lit donc très facilement. Je regretterai simplement une fin un peu trop rapide à mon goût.

Aventure délirante

24 Jan

J’ai de nouveau suivi les conseils de mes élèves en matière de lecture; sans grande illusion cette fois-ci… et j’ai eu bien raison. Voilà une lecture qui ne restera pas longtemps gravée dans ma mémoire !

One Piece – A l’aube d’une grande aventure, Eiichiro Oda

A vrai dire, je n’avais jamais lu de manga avant celui-ci. J’avais bien essayé, il y a quelques années, mais je m’étais arrêtée au bout de trois pages, épuisée par la pauvreté des textes et le style des dessins. J’en aurais bien fait de même pour celui-ci mais la curiosité professionnelle et l’envie d’essayer de monter un cours avec une lecture qui plaît aux élèves m’ont poussée  à terminer le tome 1 de cette série. Résultat : lecture totalement inexploitable en cours…

Le jeune héros, Luffy, n’a qu’un seul rêve depuis son plus jeune âge : devenir le seigneur des pirates. Il voue un véritable culte au capitaine Shanks, le capitaine d’un navire pirate. Un beau jour, le jeune Luffy mange par mégarde un « fruit du démon » que le capitaine conservait dans son butin. A partir de ce moment, il va acquérir un pouvoir extraordinaire : son corps devient totalement élastique ! En contre partie, Luffy ne pourra plus jamais nager… Mais qu’à cela ne tienne, il décide  de ne pas renoncer à son rêve !

Dix années passent. Luffy prend la mer seul à bord d’un canot pour devenir seigneur  des pirates et retrouver le « One Piece », un fabuleux trésor. Alors qu’il parcourt les mers à la recherche d’un équipage, Luffy croise la route d’un bateau pirate. Il vient à bout des méchants à force de nombreux coups de poings élastiques et délivre l’homme à tout faire, Kobby, qui souhaite entrer dans la marine mais va avant tout devenir son ami. Ce dernier lui parle de « Zorro le chasseur du pirate », dont l’ambition est de devenir le plus grand manieur de sabres au monde, mais qui, pour l’instant, est fait prisonnier par des militaires pour d’injustes raisons. Après avoir convaincu Zorro de faire partie de son équipage, Luffy le délivre une fois encore grâce à ses coups de poings élastiques. Le périple continue ainsi de suite. Les méchants sont à chaque fois terrassés par les super coups de poings du héros… à peu près toutes les deux pages !

Vous l’aurez compris, je ne suis absolument pas fan de ce livre. Si les dessins sont assez soignés dans leur genre, les textes n’ont pas grand intérêt, tout comme l’intrigue : des bagarres toutes les deux-trois pages, une nouvelle rencontre, de nouveau des bagarres… Et dire qu’il existe déjà plus de 70 tomes…!

Fable verte

20 Jan

Je délaisse un moment la pile de livres reçus pour Noël. Cette lecture m’a été conseillée par mon amie documentaliste et par une élève dévoreuse de romans.

Tobie Lolness – La vie suspendue, Timothée de Fombelle

Réticente de prime abord à la littérature jeunesse, le premier tome de cette belle aventure vient de me faire changer d’avis. Il existe des oeuvres destinées aux adolescents qui savent parler aux adultes. Merci Timothée de Fombelle !

Tobie Lolness va bientôt avoir 13 ans mais ne mesure pas plus d’un millimètre et demi. Il appartient à un peuple mystérieux, qui habite le grand chêne depuis la nuit des temps.

Le roman s’ouvre sur une chasse à l’homme. Tobie, tremblant de peur et épuisé, se cache au creux d’une écorce. Depuis des jours, il est traqué par son peuple. Pourquoi ? Nous le découvrirons au fur et à mesure de la lecture, grâce à de nombreux flash-back apportant des informations quant à la situation de notre jeune héros.

Le père de Tobie, Sim Lolness, est un chercheur reconnu et apprécié par ses pairs. Un jour, il réalise une découverte qui, placée entre de mauvaises mains, pourrait bien conduire à la destruction du grand chêne et donc à l’extinction du peuple de l’arbre. Mais l’horrible Jo Mitch, aussi bête qu’avide et cruel, veut s’emparer de la découverte. Sim refuse de la communiquer à qui que ce soit. Accusée de « dissimulation d’information capitale » par le conseils des sages, la famille est contrainte à l’exil vers les Basses-Branches, une région de l’arbre peu hospitalière, synonyme de déchéance quand l’on vit dans la région des Cimes.

Tobie a 7 ans lorsqu’il arrive dans les Basses-Branches. Il s’acclimatera rapidement à sa nouvelle vie et bientôt plus aucune parcelle de cette région de l’arbre n’aura de mystère pour lui. Lors de ces expéditions, il rencontrera de nombreux habitants, parfois un peu bourrus, mais au fond fort sympathiques, avant de faire la connaissance de celle qui changera sa perception de la vie, la jolie Elisha Lee. Les deux enfants vont vite se lier d’amitié et devenir inséparables.

Quelques jours avant ses 13 ans, la grand-mère de Tobie, une femme riche, méchante et très avare et qui vit toujours dans les Cimes, décède. Maïa, la mère de Tobie, souhaite lui faire ses adieux. La famille, prévenue quelques jours auparavant qu’elle était de nouveau admise dans les hauteurs de l’arbre, décide donc de faire le voyage. En remontant l’arbre, Sim Lolness ne peut que constater que ce qu’il avait prédit des années plus tôt est en train de se réaliser. A force de constructions et de créations de tunnels, l’arbre est en train de mourir. Les Lolness ne reconnaissent plus ce monde dominé par l’argent et la peur de l’autre. Enfin arrivés dans leur ancienne cité, ils ne tarderont pas à tomber dans le piège tendu par le cruel Jo Mitch qui règne désormais en tyran sur l’arbre et sème la terreur. Seul Tobie parviendra à s’enfuir, laissant malgré ses parents aux mains du sinistre individu et entamant une aventure hors du commun pour échapper aux hommes de main de Mitch et à tout son peuple gouverné par la peur… Le jeune garçon va alors tout mettre en oeuvre pour retrouver ses parents et tenter de rester en vie !

Tobie Lolness est donc à la fois un passionnant roman d’aventure mais également une fable, une réflexion sur la nature, les désastres que l’homme peut causer à l’environnement mais aussi sur la montée du totalitarisme et du racisme dans la société. Le grand chêne apparaît donc vite comme une métaphore de notre planète et Timothée de Fombelle introduit dans ce microcosme imaginaire de nombreux sujets d’actualité comme la déforestation, le réchauffement climatique ou encore la peur de l’étranger.

J’ai vraiment adoré ce livre livre riche en rebondissements et qui a le mérite de faire réfléchir les ados tout en les divertissant. En outre, les illustrations de François Place sont très jolies et contribuent à rendre cette lecture des plus agréables. J’ai donc hâte de lire le second tome, Les Yeux d’Elisha, puisque  -sans vous révéler la fin- le premier se termine sur un rebondissement poussant Tobie à repartir à l’aventure…

Polar foutraque !

16 Jan

Bon, j’ai attaqué la Pléïade de ce cher Boris par son seul et unique roman que je n’avais jamais lu (allez savoir pourquoi !).

 

Elles se rendent pas compte, Vernon Sullivan alias Boris Vian

Texte signé Sullivan, double américain de Vian, Elles se rendent pas compte reprend tous les clichés du roman noir américain pour les tourner en dérision. Loin du perturbant J’irai cracher sur vos tombes, voilà un polar foutraque à la sauce Vian.

Nous pénétrons dans l’histoire à travers le regard de Francis Deacon, jeune fils à papa, qui doit se rendre à la fête costumée d’une amie d’enfance, la jeune et jolie Gaya. Comme il déteste l’idée de se déguiser, Francis choisit néanmoins de ne pas faire les choses à moitié et se métamorphose en femme afin de voler la vedette à son amie. Ce changement de sexe durera au final quasiment tout le roman. Mais ne brûlons pas les étapes…

Lors de la fête, Francis s’aperçoit que quelque chose cloche dans le comportement de son amie. Alors qu’il la voit quitter la pièce principale au bras d’un type louche, il monte dans sa chambre. Il la retrouve dans sa salle de bain, le regard vide. Sur son bras, des traces de piqûres… Franchement, elles se rendent pas compte…

A partir de là, l’histoire ne va plus cesser de s’emmêler. Quelques temps plus tard, Francis apprend que Gaya doit se marier. Mais lorsqu’il comprend que son futur époux n’est autre que le dealer homosexuel de son amie, il voit rouge ! Le jeune homme va tout faire pour sauver la jeune femme du piège dans lequel elle se précipite. Courses poursuite en voitures, en bateaux… Vian s’en donne à coeur-joie et l’on décèle bien son amour pour les belles carrosseries.

Francis ne tarde donc pas à avoir une troupe de gangsters à sa poursuite menée par Louise Walcott, la soeur lesbienne du dealer gay. Surtout après leur avoir volé dix mille dollars.  Dix mille dollars que Francis oublie malencontreusement dans sa voiture accidentée dans la vitrine d’une boucherie… Le ton est donné !

Notre héros demande très rapidement de l’aide à son frère Ritchie qu’il oblige à se déguiser aussi. D’ailleurs, cela complique encore les choses puisque le chinois qui devait épiler les jambes de Ritchie se fait poignarder dans la maison familiale et c’est Francis qui est accusé. Du coup, les deux frères ne doivent plus seulement échapper à Louise Walcott et sa bande mais aussi aux fédéraux…

Au cours de sa quête, Francis et Ritchie n’oublient pas de profiter de leurs déguisements. Puisque toutes les filles qu’ils croisent sont lesbiennes, ils mettent à profit leurs nouveaux attributs féminins pour tenter de convertir plus ou moins violemment les demoiselles au sexe masculin…Préférer les femmes, sans blagues, elles se rendent pas compte ! Plusieurs passages assez crus ont d’ailleurs été censurés par Vian mais sont présents en notes dans la Pléïade.

Vous l’aurez sans doute compris, il faut prendre ce roman au quinzième degré. Si vous aimez l’esprit Tontons flingueurs vous serez servis. En lisant le texte, j’avais l’impression d’entendre les voix de Ventura et Blier tout droit sorties du film d’Audiard ! Le héros – macho, imbu de lui-même, violent, homophobe – est en tous points détestable mais le lecteur adore le détester ! L’humour – pas toujours très fin, certes – est présent à chaque page de ce roman noir complètement déjanté et à mille lieues de J‘irai cracher sur vos tombes. Le texte n’est donc pas à prendre au sérieux, ce que n’a d’ailleurs pas fait Vian puisqu’on peut relever de petites incohérences, signes de la rapidité d’une écriture destinée avant tout à nourrir l’auteur… Sans doute pas le meilleur Vian, mais que voulez-vous, Boris restera Boris et je ne lui en veux pas !

 

Balade nocturne

13 Jan

Je poursuis mon voyage littéraire dans l’oeuvre de Murakami…

Le passage de la nuit, Haruki Murakami

Murakami aime faire passer à ses lecteurs dans chacun de ses romans un passage entre deux mondes, entre deux réalités. Ici, c’est une fois de plus la nuit qui va être propice à ce passage. La nuit, qui sera l’un des protagoniste de ce livre.

Il est minuit moins cinq. Mari est une jeune étudiante de 19 ans. Assise à la table d’une chaîne de restauration rapide, elle lit un livre très attentivement. Alors qu’elle est plongée dans sa lecture, un jeune homme la reconnaît et vient s’asseoir en face d’elle. Il entame la conversation. Il s’appelle Takahashi. Il s’apprête à partir jouer du trombone toute la nuit dans une cave avec son groupe.

Au même moment, la soeur aînée de Mari, Eri, dort profondément dans son lit sans savoir que quelqu’un l’observe.

Plus la nuit va gagner en profondeur, plus les évènements vont s’enchaîner. Bientôt, la gérante d’un love-hotel va venir demander de l’aide à Mari. Une jeune prostituée chinoise vient de se faire agressée et elle est la seule à pouvoir l’aider.

Dans la chambre d’Eri, des évènements pour le moins étranges vont survenir : la télévision va se mettre en route et un personnage inquiétant va faire son apparition de l’autre côté de l’écran…

A mesure que la nuit avance, le mystère se fait de plus en plus dense, insinuant l’existence d’un univers parallèle caché.

J’ai bien aimé ce livre rapide à lire et conçu de manière quasi cinématographique. Le lecteur suit le destin de chaque personnage à travers l’oeil d’une caméra. Chaque chapitre correspond à une heure bien précise de la nuit, heure indiquée par le cadran d’une horloge dessiné au début du chapitre. Si, pendant un bon moment, on ne comprend pas vraiment le lien entre les histoires des deux soeurs, tout s’éclaire à la fin.

En résumé, une plongée envoûtante, hypnotique, dans la nuit tokyoïte.

Odyssée métaphysique

11 Jan

Ma dernière lecture, comme la précédente, tourne encore autour du mythe d’Oedipe. Cela est purement fortuit !

 

Oedipe sur la route, Henry Bauchau

 

Voilà encore un ouvrage que je pourrais classer dans la série des livres difficiles à résumer…

Oedipe sur la route est une réécriture moderne du mythe rédigé par Sophocle qui s’inscrit entre l’Oedipe roi et l’Oedipe à Colone de ce dernier.

Un an après avoir découvert l’ampleur de ses crimes (il a tué son père, épouser sa mère et eu quatre enfants avec cette dernière) et s’être crevé les yeux après le suicide de Jocaste, Oedipe décide de quitter Thèbes. Ses filles, Ismène et Antigone, l’accompagnent derrière les remparts, désespérées de le voir partir. Etéocle et Polynice, ses fils, referment les portes de la ville derrière lui, sans chercher à le retenir. Mais Antigone ne peut se résoudre à laisser son père aveugle s’en aller seul sur la route. Elle quitte Thèbes à sa suite.

Au début de son voyage, Oedipe n’a pas de destination précise. Il erre, refusant l’aide que lui propose Antigone. Le père et la fille tentent de survivre en mendiant mais ne sont pas forcément bien accueillis dans les villages alentours de Thèbes où les paysans en veulent toujours au roi déchu d’avoir fait bâtir toujours plus hauts les remparts autour de la cité tout en appauvrissant son peuple.

Au bout de quelques jours, alors qu’ils sont assoiffés et affamés, Oedipe et Antigone se font attaquer par Clios, un criminel séducteur. Alors qu’il s’en prend à Antigone, Oedipe, malgré son handicap, parvient à le maîtriser. Alors qu’il veut le tuer, Antigone l’en empêche. Le jeune Clios va alors poursuivre son chemin avec eux et les aider à subvenir à leurs besoins vitaux.

Les trois personnages croiseront la route de nombreux autres et traverseront diverses épreuves, connaissant joies et peines. L’art tiendra un rôle tout particulier dans leur errance. Ils seront tour à tour chanteurs, danseurs, sculpteurs et peintres. Et c’est par l’art que chacun révélera sa véritable nature aux autres et à lui-même.

Au cours de son errance, Oedipe va peu à peu se délivrer de lui-même. S’il ne peut effacer ses erreurs au moins en a-t-il désormais pleinement conscience : « Fier de ma réussite et de mon savoir, je me suis pris pour un homme accompli. Pire pour un sage. C’est ainsi qu’ont commencé mes malheurs ». Après avoir tant péché par hybris, le roi éclatant devenu mendiant aveugle pourra enfin espérer devenir un homme comme les autres à l’issue de sa quête.

Finalement, Bauchau, le psychanalyste, trace, grâce à une écriture lumineuse, débordante d’images, la route d’Oedipe de Thèbes, cité royale de l’aveuglement, symbole de ses crimes, à Colone, lieu de la clairvoyance qui marquera à la fois la gloire et la mort du « divin mendiant ». Le chemin, l’errance qu’entreprend Oedipe, peut symboliser la quête intérieure de ceux qui se lancent dans une analyse. Bauchau le confirme d’ailleurs dans cet extrait de L’Ecriture ou la circonstance : « Les malades psychiques, comme Oedipe, ne voient pas ce qui leur crève les yeux et c’est en travaillant leur aveuglement par l’analyse qu’ils entreprennent d’aller vers plus de clairvoyance ».

En résumé, une belle lecture qui fait réfléchir sur soi.

Epopée onirique

3 Jan

Depuis de longs mois, on me parlait de ce livre. Le Père Noël me l’a apporté et je l’ai enfin lu !

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Quand on ouvre un livre de Murakami, il faut laisser la réalité telle qu’on la connait derrière soi et s’apprêter à pénétrer dans un monde étrange, aux frontières du rêve et du réel…

Il m’est bien difficile de résumer ce livre à la fois roman initiatique et épopée onirique sur fond de tragédie grecque. Cette oeuvre est à ce point métaphorique que je suis presque certaine que chaque lecteur peut lui conférer un sens qui lui appartient personnellement.

Kafka Tamura est un jeune garçon de 15 ans, originaire de Tokyo. Le jour de son anniversaire, il fugue pour échapper à la prophétie oedipienne proférée par son père à savoir tuer son père et coucher avec sa mère et sa soeur. Après un long voyage, il se retrouve accueilli dans une étrange bibliothèque dans laquelle tableau, chanson, fantôme et vivants ne forment peut-être qu’un seul tout…

En parallèle, nous suivons le chemin de Nakata, un sage vieillard illettré capable de converser avec les chats. Après avoir croisé le chemin d’un tueur de chats sanguinaire et être passé au travers d’une pluie de poissons, poussé par une force supérieure, il rejoint Takamatsu, la ville même où s’est réfugié Kafka, afin d’accomplir son destin. C’est lui qui sera chargé de retrouver et d’ouvrir la pierre de l’entrée…

Bien entendu, à lire cette tentative de résumé, ce roman ne semble avoir aucun sens, j’en conviens. Pourtant, il possède sans conteste de multiples significations symboliques sur l’importance de la lecture, sur le sens de la vie, de la mort et la quête de soi. On ne ressort pas de ce texte érudit, humaniste, érotique, fantaisiste, bref, labyrinthique tout à fait dans le même état d’esprit qu’avant de l’entreprendre. Peut-être parce qu’en lisant Kafka sur le rivage, nous entrons aussi dans un monde nouveau, dans un monde où le temps n’a plus vraiment d’importance et où ce qui est normal ou pas n’a plus aucun sens.