Odyssée métaphysique

11 Jan

Ma dernière lecture, comme la précédente, tourne encore autour du mythe d’Oedipe. Cela est purement fortuit !

 

Oedipe sur la route, Henry Bauchau

 

Voilà encore un ouvrage que je pourrais classer dans la série des livres difficiles à résumer…

Oedipe sur la route est une réécriture moderne du mythe rédigé par Sophocle qui s’inscrit entre l’Oedipe roi et l’Oedipe à Colone de ce dernier.

Un an après avoir découvert l’ampleur de ses crimes (il a tué son père, épouser sa mère et eu quatre enfants avec cette dernière) et s’être crevé les yeux après le suicide de Jocaste, Oedipe décide de quitter Thèbes. Ses filles, Ismène et Antigone, l’accompagnent derrière les remparts, désespérées de le voir partir. Etéocle et Polynice, ses fils, referment les portes de la ville derrière lui, sans chercher à le retenir. Mais Antigone ne peut se résoudre à laisser son père aveugle s’en aller seul sur la route. Elle quitte Thèbes à sa suite.

Au début de son voyage, Oedipe n’a pas de destination précise. Il erre, refusant l’aide que lui propose Antigone. Le père et la fille tentent de survivre en mendiant mais ne sont pas forcément bien accueillis dans les villages alentours de Thèbes où les paysans en veulent toujours au roi déchu d’avoir fait bâtir toujours plus hauts les remparts autour de la cité tout en appauvrissant son peuple.

Au bout de quelques jours, alors qu’ils sont assoiffés et affamés, Oedipe et Antigone se font attaquer par Clios, un criminel séducteur. Alors qu’il s’en prend à Antigone, Oedipe, malgré son handicap, parvient à le maîtriser. Alors qu’il veut le tuer, Antigone l’en empêche. Le jeune Clios va alors poursuivre son chemin avec eux et les aider à subvenir à leurs besoins vitaux.

Les trois personnages croiseront la route de nombreux autres et traverseront diverses épreuves, connaissant joies et peines. L’art tiendra un rôle tout particulier dans leur errance. Ils seront tour à tour chanteurs, danseurs, sculpteurs et peintres. Et c’est par l’art que chacun révélera sa véritable nature aux autres et à lui-même.

Au cours de son errance, Oedipe va peu à peu se délivrer de lui-même. S’il ne peut effacer ses erreurs au moins en a-t-il désormais pleinement conscience : « Fier de ma réussite et de mon savoir, je me suis pris pour un homme accompli. Pire pour un sage. C’est ainsi qu’ont commencé mes malheurs ». Après avoir tant péché par hybris, le roi éclatant devenu mendiant aveugle pourra enfin espérer devenir un homme comme les autres à l’issue de sa quête.

Finalement, Bauchau, le psychanalyste, trace, grâce à une écriture lumineuse, débordante d’images, la route d’Oedipe de Thèbes, cité royale de l’aveuglement, symbole de ses crimes, à Colone, lieu de la clairvoyance qui marquera à la fois la gloire et la mort du « divin mendiant ». Le chemin, l’errance qu’entreprend Oedipe, peut symboliser la quête intérieure de ceux qui se lancent dans une analyse. Bauchau le confirme d’ailleurs dans cet extrait de L’Ecriture ou la circonstance : « Les malades psychiques, comme Oedipe, ne voient pas ce qui leur crève les yeux et c’est en travaillant leur aveuglement par l’analyse qu’ils entreprennent d’aller vers plus de clairvoyance ».

En résumé, une belle lecture qui fait réfléchir sur soi.

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