Autobiographie / mémoires·Haruki Murakami·Littérature japonaise

Vivre, écrire et courir

J’ai emprunté le livre dont je vais vous parler à mon papa, adepte de la course à pied. En fait, je le lui avais offert pour son anniversaire.

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Haruki Murakami

Nul besoin d’être fan de course à pied pour lire ce livre. Chaque personne ayant au moins un jour essayé de courir un peu pourra comprendre à la fois la difficulté de l’acte mais aussi le bonheur qu’on en retire. Evidemment, cet ouvrage touchera bien plus les coureurs de fond, mais il ne s’agit pas là d’un manuel sur la discipline sportive.

Si le mot « autoportrait » a été choisi pour le titre, Murakami désigne plutôt son ouvrage comme un « mémoire ». Effectivement, l’auteur revient sur son parcours, par bribes, depuis la fin de son adolescence jusqu’au mois d’août 2007. Chaque chapitre correspond à une date, du 5 août 2005 au 1er octobre 2006.

Murakami relate son entrainement pour le marathon de New-York, qui se tiendra début novembre 2005, puis celui pour le triathlon de Murakami, le 1er octobre 2006. Il nous apprend qu’il court environ 10 kilomètres par jour, six jours sur sept, quelques soient les conditions climatiques. De 1983 à 2006, il a couru quasiment un marathon par an. Evidemment, s’il n’avait été question que de sa manière de s’entraîner, le livre aurait été tout bonnement ennuyeux voire inintéressant. L’intérêt de l’ouvrage ne si situe donc pas seulement dans l’acte de courir mais dans la motivation profonde de cet acte, motivation qui rejoint, pour Murakami, celle de l’acte d’écrire. Alors qu’il rédige ses mémoires de coureur de fond, l’auteur digresse et se penche dans une réflexion profonde sur lui-même et sur son métier d’écrivain.

Nous apprendrons donc que, tout comme un jour, il a décidé de devenir écrivain, quelques années plus tard, il a décidé de se mettre à courir quotidiennement. Pour sa santé d’abord. Alors qu’il est un jeune romancier, assis de nombreuses heures à sa table, il prend du poids et fume une soixantaine de cigarettes par jour. Conscient que ce mode de vie lui est néfaste, il décide de s’imposer une discipline stricte et de se mettre au footing.

L’auteur nous révèle que l’écriture n’a rien de facile pour lui. Il doit énormément travailler et se concentrer chaque jour pour écrire ses romans. La course à pied lui permet donc de travailler sa patience, sa ténacité. Tout comme il refuse de marcher malgré la fatigue lors d’un marathon, il refuse l’échec de la page blanche. Pour lui, la course à pied apparaît comme une métaphore de son travail d’écrivain.

Courir n’est donc pas seulement un passe-temps pour l’auteur ou un moyen de se maintenir en bonne santé, c’est également un moyen d’apprendre à se connaitre en allant puiser jusqu’au bout de soi-même, dans les ultimes ressources de son corps et, quand la douleur de l’effort le submerge tout entier, dans le fin fond de son esprit. Nul n’est capable de terminer un marathon sans posséder à la fois force physique et mentale. Corps et esprit sont liés dans la souffrance physique comme dans l’effort créatif.

J’ai apprécié le livre sans doute parce que, sans être véritablement adepte de la course à pied, le fait de m’appliquer une certaine discipline au quotidien est une chose que je connais. Je crois aussi avoir conscience de ce que représente l’effort qu’il faut fournir lorsque l’on pratique ce sport puisque mon papa parcourt des milliers de kilomètres en courant chaque années. Et je sais que, comme pour la vie, ce n’est pas tant la ligne d’arrivée qui est importante, mais le sens que chacun tire de cette expérience.

Je dédie cet article à mon père et vous invite à lire son récit à l’issue de l’ultra-trail du Mont-Blanc 2012 http://courir39.forumactif.org/t1915-ma-ccc-36h-apres-l-arrivee Vous pourrez ainsi vous faire une idée de ce que peuvent ressentir les coureurs de fond…

Polar·Roman

Cold-case

Je viens enfin de terminer le premier polar emprunté à mes parents…

Volte-face, Michael Connelly

Mickey Haller, brillant avocat de la défense, se voit confier par le district attorney du comté de Los Angeles, Gabriel Williams, le poste de procureur indépendant pour une affaire de meurtre vieille de 24 ans. Malgré ses réticences à passer du côté de l’accusation, il accepte cette offre qu’il ne peut pas vraiment refuser. Pour mener à bien l’enquête et le procès, il va s’entourer de son ex-femme, Maggie McPherson, adjointe du district attorney, et de son demi-frère, l’inspecteur Harry Bosh.

L’affaire à traiter n’est pas banale. Jason Jessup a été condamné 24 ans auparavant pour le meurtre d’une fillette de 12 ans. Or, après avoir fait procédé à des tests ADN qui semblent l’innocenter, il souhaite obtenir une révision du procès qui prouverait son innocence. Williams refuse d’admettre que Jessup soit reconnu innocent, car si tel était le cas, la ville devrait lui verser une somme colossale de dommages et intérêts. Pourtant, les preuves de l’accusation sont bien maigres et Haller ne pourra d’emblée qu’accepter la liberté sous caution demandée par la défense avant le procès.

Au début du roman, la défense possède donc de nombreux atouts, à commencer par l’avocat de Jessup, Clive Royce, dit « l’astucieux », et les médias qui prennent partie pour cet innocent qui aurait passé près d’un quart de siècle derrière les barreaux. Jessup profite de sa liberté retrouvée en vue du procès en s’exhibant dans tous les journaux. Difficile donc de constituer un jury qui ne soit pas au courant de l’affaire…

Si le procès semble mal engagé pour l’accusation, Haller et son équipe va tout mettre en place pour prouver que Jessup a bien tué la fillette. Pour cela, ils ne pourront s’appuyer que sur un seul témoin, à condition de le retrouver et de prouver sa crédibilité, la soeur de la victime qui avait assisté à la scène et identifié le coupable. Malheureusement, cette dernière a mené une existence bien dissolue après le meurtre, noyant son chagrin dans la drogue, et passant de nombreuses fois par la case prison.

Nos enquêteurs pourraient toutefois s’appuyer sur une faute de Jessup en liberté. Effectivement, le suspect pratique d’étranges activités la nuit dans les parcs de Mullohand; avec un peu de chance, il pourrait peut-être de nouveau tenter de passer à l’acte et être arrêté à temps…

Je suis assez mitigée concernant ce livre. L’intrigue est assez fragile, la question du coupable ne fait guère de doute malgré le titre. Le seul problème est de savoir comment l’accusation parviendra à démonter les thèses de la défense. C’est donc bien davantage les joutes du procès qui intéressent plutôt que l’enquête. Malheureusement, je n’ai pas vraiment accroché à cette lecture de procès qui serait sans doute bien mise en valeur dans un film mais qui demeure assez pénible à lire. Si ce n’est pas le roman policier du siècle, il permet néanmoins de se divertir agréablement, les derniers chapitres offrant quand même quelques rebondissements.

Roman

Photo-sensible

C’est au détour d’un rayon  de la librairie Millefeuille à Clamecy que j’ai débusqué ce livre. La libraire m’a confié que l’auteur d’origine canadienne vivait dorénavant en Bourgogne.

Infrarouge, Nancy Huston

Je crois avoir choisi ce livre non seulement parce que l’auteur, dont j’avais entendu parler, m’était inconnue mais aussi parce que l’action se situe en Toscane, douce région italienne où j’ai passé mes dernières vacances estivales.

Automne 2005. Rena Greenblatt, artiste et reporter-photographe, rejoint son père, Simon, et sa belle-mère, Ingrid, à Florence, pour une semaine de vacances. A Paris, elle laisse derrière elle son amant, Aziz, avec lequel elle doit emménager à son retour.

En Italie, Rena retrouve un père septuagénaire, autrefois brillant scientifique, ployant sous le poids des années. Les conversations avec Ingrid sont compliquées : cette dernière- qui d’ailleurs ne goûte guère à l’art de la Renaissance italienne –  a toujours eu du mal à accepter la vie menée par sa belle-fille. Il faut dire que Rena a vécu à la manière d’une aventurière, allant là où la menaient ses reportages-photos et ses rencontres avec les hommes. Et les hommes, elle en a eu. Mariée plusieurs fois, elle ne résiste pas à l’appel de la chair et ne rêve que de retrouver son jeune amant alors qu’elle parcourt les musées avec ses vieux parents.

Ce séjour toscan raté permet néanmoins à Rena de revenir sur ce qu’elle est, sur son passé, sur ses fantasmes, sur tous les hommes qu’elle a connus et photographiés en infrarouge. Elle évoque ses pensées secrètes avec son amie imaginaire, Subra, sorte de confidente interne avec laquelle elle peut tout partager.

Alors qu’elle doit gérer les deux personnes âgées et ses propres états d’âmes, Rena reçoit un appel d’Aziz. Rien ne va plus en France, la banlieue parisienne est à feu et à sang, elle doit absolument rentrer au plus vite afin de couvrir l’évènement. Mais Rena ne peut pas rentrer. Elle a promis à son père, qui vient du Canada, de passer les vacances avec lui. C’est donc tiraillée entre deux devoirs qu’elle tente tant bien que mal de poursuivre son périple dans la campagne toscane. Plus les jours passent, plus le séjour va tourner au cauchemar !

J’ai apprécié ce roman qui, grâce à des chapitres très courts, raconte deux voyages : le premier, plutôt comique, relate les vacances catastrophiques du trio incongru; le second est un voyage intérieur, plus sombre, qui revient sur les rapports familiaux complexes et la vie peu banale du personnage principal. Et pour peu qu’on ait déjà eu la chance de parcourir les routes sinueuse du Chianti et les rues de Florence, ce récit permet de se remémorer ces balades magnifiques.

Roman

Enquête d’identité

Revenants – Trilogie New-Yorkaise, tome 2, Paul Auster

Ravie par le premier tome de la trilogie, Cité de verre, je me suis tout de suite lancée dans la lecture du deuxième avec de grandes attentes. Je dois avouer que j’ai été un peu déçue…

Bleu est un jeune détective privé initié au métier par Brun. Un jour, Blanc vient trouver Bleu pour lui confier une affaire : il devra filer un certain Noir et noter tous ses faits et gestes aussi longtemps qu’il faudra. Blanc ne donne pas d’autres indications. Bleu devra se contenter de suivre Noir et d’envoyer son rapport à Blanc en double exemplaire chaque semaine.

Voilà pour l’intrigue. A partir de là, Bleu va se poster dans un appartement dont une fenêtre donne sur celle de celui de Noir. Il va passer ses journées à le regarder écrire un manuscrit dont il ne sait rien. Les jours passent, la vie de Noir – et celle de Bleu, par la même occasion – est vide de sens : il passe le plus clair de son temps à écrire dans son appartement et ses rares sorties sont consacrées à quelques courses insignifiantes. Plus le temps s’écoule, plus Bleu se demande à quoi rime cette enquête et plus il perd les repères de sa propre existence à force d’observer la vie d’un autre qui ressemble étrangement à la sienne. Bleu, qui se croit maître de la situation, se rendra finalement compte qu’il est le jouet d’un marionnettiste, pris au piège d’un destin qu’il ne contrôle pas.

Une fois de plus, la quête d’identité est au coeur de ce livre, à la fois roman policier et réflexion métaphysique. Le thème du miroir, du double est mis au service de l’intrigue policière qui se voit bientôt réduite à un jeu de dupes, Bleu et Noir ne formant que les deux faces d’un même personnage. Ici aussi, comme dans Cité de verre, la mise en abîme est un des principaux ressorts de l’écriture puisque le livre que nous sommes en train de lire semble bien être le contenu des rapports de Bleu et des écrits de Noir.

J’ai moins apprécié ce deuxième tome en raison d’une narration trop froide à mon goût. Je n’ai absolument pas réussi à m’identifier à ces personnages sans identité – vous me direz que c’était le but, certes. Le fait qu’il n’y ait aucun chapitre, aucun saut de lignes et de nombreuses digressions m’a également perturbée. Toutefois, ce roman demeure une oeuvre intelligente qui confirme le talent de Paul Auster. Je pense laisser passer quelques temps avant d’entamer la lecture du troisième tome, La chambre dérobée, afin d’en profiter pleinement.

Roman

Déambulations kafkaïennes

J’ai longtemps attendu ces livres dans ma boîte aux lettres. J’ai enfin pu lire le premier de la trilogie.

Cité de verre – Trilogie New-Yorkaise tome 1, Paul Auster

Il est des livres qui donnent à réfléchir et mettent à mal nos certitudes de lecteurs. Cité de verre en fait incontestablement partie.

Un auteur de polars, Quinn, est subitement réveillé par un coup de téléphone qui ne lui est pas destiné. La voix à l’autre bout du fil demande à parler à un certain Paul Auster, un détective privé. Quinn commence par expliquer à son interlocuteur qu’il fait erreur. Mais après de nouveaux appels, il finit par endosser l’identité d’Auster. Il faut dire que les identités multiples, ça le connait ! Quinn publie chaque année sous le pseudonyme de William Wilson les aventures de Max Work. Depuis qu’il écrit, et qu’il a perdu sa femme et son jeune fils, l’auteur ne se pense plus comme une personne réelle, donc endosser l’identité du fameux Auster ne le perturbe pas vraiment.

Il se rend donc au rendez-vous fixé par son interlocuteur, un certain Peter Stillman. C’est sa femme, Virginia, qui le reçoit. Entre alors en scène celui que l’on nommera Peter Stillman. Cependant, ce dernier n’est pas certain de s’appeler ainsi. Il entreprend un long monologue pour le moins décousu. Lorsqu’il cesse de parler, Quinn constate qu’il fait nuit dehors. Stillman sort de salon et sa femme vient enfin éclairer la lanterne de notre héros. Le père de son mari, Peter Stillman, un ancien professeur renommé ayant subitement perdu la tête, a été condamné plusieurs années plus tôt pour avoir enfermé son fils dans une pièce sans lumière et sans lui adresser la parole afin de réaliser une folle expérience sur le langage. Stillman doit sortir de prison et revenir à New-York le lendemain. Virginia, qui craint pour la sécurité de son époux, souhaite que Auster surveille les moindres faits et gestes de l’homme et qu’il la prévienne si jamais celui-ci tente une approche quelconque.

A partir de là, Quinn-Auster va arpenter les rues new-yorkaises, suivant celui qu’il pense être le véritable Stillman. L’auteur se retrouve dans une affaire extravagante, à la limite de l’absurde.

Le roman repose à la fois sur une faille de l’identité et sur le principe de mise en abîme, de roman dans le roman. L’intrigue policière de départ n’est qu’un prétexte à un roman plus complexe, d’une intelligence rare, qui offre une réflexion sur la littérature et le statut de l’auteur dans son oeuvre. De nombreuses allusions historiques et littéraires jonchent le parcours de Quinn dans une cité aux allures labyrinthiques, métaphore kafkaïenne de la complexité de l’esprit.

J’ai vraiment apprécié ce livre complexe dans lequel rien n’est certain jusqu’à la dernière page. Je sais d’avance qu’il me faudra le relire afin d’en découvrir toutes les clés. En attendant, j’ai hâte de lire le tome 2, Revenants, et de partager mes impressions avec vous.

Roman

Liens étroits

Dans l’attente depuis quelques jours de nouveaux livres dans ma boîte aux lettres, je fouille dans mes étagères à la recherche de livres courts afin de pouvoir me jeter dans les ouvrages tant attendus.

L’Ami retrouvé, Fred Uhlman

Il est quelque chose de très agréable dans le métier de professeur de lettres : tous les ans, quand vient le moi de mai, les éditeurs envoient quelques spécimens publicitaires. Le plus souvent, il s’agit d’oeuvres grossières rédigées uniquement pour répondre aux programmes. Mais parfois, on a la chance de découvrir des livres bien plus intéressants. Je possédais donc celui-ci depuis bientôt un an, il était plus que temps que je le lise.

L’intrigue se déroule en Allemagne, dans les années 30. Hans, fils d’un médecin juif, suit ses études au lycée. Bon élève, solitaire, il mène une vie tranquille. Un jour, un nouvel élève arrive dans sa classe. Conrad est un jeune comte et appartient à une illustre famille allemande. Les deux garçons vont peu à peu se lier d’amitié.

Le narrateur, Hans, raconte l’histoire d’amitié qu’il a vécu avec Conrad, trente ans plus tôt. Les deux lycéens passaient leur temps à parler littérature, philosophie, à évoquer les filles ou à se montrer leurs collections d’objets anciens. Mais une chose chagrine Hans, Conrad ne semble pas vouloir lui présenter ses parents. Un jour, alors que le jeune comte a ignoré son ami à l’Opéra la veille, Hans lui demande des explications. Il apprendra alors que la mère de Conrad déteste les Juifs et que sa famille admire Hitler. Les parents de Conrad voient donc d’un très mauvais oeil l’amitié de leur fils avec un juif. Si Conrad et Hans restent amis, la montée du nazisme poussent les parents de ce dernier à l’envoyer poursuivre ses études en Amérique.

S’il s’agit d’un récit imaginaire, Fred Uhlman s’est néanmoins largement inspiré de son parcours puisque comme lui, le narrateur est avocat, comme lui, il a été obligé de s’exiler en Amérique à cause du fascisme et a délaissé sa langue maternelle. Ce texte, premier roman de l’auteur, est un hymne à l’amitié plus forte que la pression sociale. Il a fait l’objet d’un film en 1988, réalisé par Jerry Schatzberg.

Roman

Romance longue-distance

Encore un rescapé du CDI !

Courrier sud, Antoine de Saint-Exupéry

Premier roman de l’aviateur, Courrier sud connut un succès retentissant avec deux millions d’exemplaires vendus en France.

Jacques Bernis est aviateur pour l’aéropostale. Il doit rejoindre l’Amérique du Sud, mais passera avant par l’Espagne et l’Afrique. Il n’est pas le narrateur de l’histoire, ce dernier reste indéterminé même si l’on peut deviner qu’il s’agit d’un ami de Bernis, par l’évocation de leurs souvenirs communs.

En quittant la France, Jacques laisse derrière lui une histoire d’amour avortée avec Geneviève, qu’il connaît depuis l’adolescence. Celle-ci vient de perdre son enfant, emporté par la maladie. Elle quitte son mari pour partir avec Jacques mais l’appel des grands espaces est plus fort et il ne tarde pas à repartir. Son goût pour l’aventure est plus fort que tout, plus fort que l’amour, plus fort que sa propre vie…

Je dois avouer que cette lecture m’a laissée plus que perplexe. La narration est compliquée, on ne sait jamais vraiment très quand ni où on se trouve, ni qui s’exprime. Le récit est fragmentaire, très allusif avec de nombreux retours en arrière dans la vie de Jacques qui s’entremêlent avec les récits de vol. Si le texte est très beau, très poétique, portant en lui les prémices du Petit Prince, l’histoire, elle, demeure donc confuse. On sent dans ce roman aux intonations autobiographiques et tragiques la grande solitude de l’aviateur qui pourrait s’apparentée à celle de l’écrivain en perpétuelle recherche de sens.

Il connaît pourtant cet étouffement. Nous l’avons tous connu. Tant d’images coulaient dans nos yeux : nous sommes prisonniers d’une seule qui pèse le poids vrai de ses dunes, de son soleil, de son silence. Un monde sur nous s’est échoué. Nous sommes faibles […]. Nous sommes tous tombés un jour de cette planète inconnue.