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Déambulations kafkaïennes

13 Fév

J’ai longtemps attendu ces livres dans ma boîte aux lettres. J’ai enfin pu lire le premier de la trilogie.

Cité de verre – Trilogie New-Yorkaise tome 1, Paul Auster

Il est des livres qui donnent à réfléchir et mettent à mal nos certitudes de lecteurs. Cité de verre en fait incontestablement partie.

Un auteur de polars, Quinn, est subitement réveillé par un coup de téléphone qui ne lui est pas destiné. La voix à l’autre bout du fil demande à parler à un certain Paul Auster, un détective privé. Quinn commence par expliquer à son interlocuteur qu’il fait erreur. Mais après de nouveaux appels, il finit par endosser l’identité d’Auster. Il faut dire que les identités multiples, ça le connait ! Quinn publie chaque année sous le pseudonyme de William Wilson les aventures de Max Work. Depuis qu’il écrit, et qu’il a perdu sa femme et son jeune fils, l’auteur ne se pense plus comme une personne réelle, donc endosser l’identité du fameux Auster ne le perturbe pas vraiment.

Il se rend donc au rendez-vous fixé par son interlocuteur, un certain Peter Stillman. C’est sa femme, Virginia, qui le reçoit. Entre alors en scène celui que l’on nommera Peter Stillman. Cependant, ce dernier n’est pas certain de s’appeler ainsi. Il entreprend un long monologue pour le moins décousu. Lorsqu’il cesse de parler, Quinn constate qu’il fait nuit dehors. Stillman sort de salon et sa femme vient enfin éclairer la lanterne de notre héros. Le père de son mari, Peter Stillman, un ancien professeur renommé ayant subitement perdu la tête, a été condamné plusieurs années plus tôt pour avoir enfermé son fils dans une pièce sans lumière et sans lui adresser la parole afin de réaliser une folle expérience sur le langage. Stillman doit sortir de prison et revenir à New-York le lendemain. Virginia, qui craint pour la sécurité de son époux, souhaite que Auster surveille les moindres faits et gestes de l’homme et qu’il la prévienne si jamais celui-ci tente une approche quelconque.

A partir de là, Quinn-Auster va arpenter les rues new-yorkaises, suivant celui qu’il pense être le véritable Stillman. L’auteur se retrouve dans une affaire extravagante, à la limite de l’absurde.

Le roman repose à la fois sur une faille de l’identité et sur le principe de mise en abîme, de roman dans le roman. L’intrigue policière de départ n’est qu’un prétexte à un roman plus complexe, d’une intelligence rare, qui offre une réflexion sur la littérature et le statut de l’auteur dans son oeuvre. De nombreuses allusions historiques et littéraires jonchent le parcours de Quinn dans une cité aux allures labyrinthiques, métaphore kafkaïenne de la complexité de l’esprit.

J’ai vraiment apprécié ce livre complexe dans lequel rien n’est certain jusqu’à la dernière page. Je sais d’avance qu’il me faudra le relire afin d’en découvrir toutes les clés. En attendant, j’ai hâte de lire le tome 2, Revenants, et de partager mes impressions avec vous.

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