Savoir pour résister

27 Mar

Ce gros livre reçu en début d’année scolaire possédait une 4ème de couverture alléchante pour l’adepte des récits d’anticipation que je suis… 

Ceux qui sauront, Pierre Bordage

La préface nous apprend que nous entrons dans une « uchronie », c’est-à-dire dans un temps imaginaire, dans une autre Histoire que celle que nous connaissons.

L’action se passe en France, dans une période indéterminée au début mais qui se révélera être l’année 2008 par la suite. S’il est difficile au lecteur de se situer dans le temps c’est que les personnages ont l’air d’évoluer dans un moyen-âge moderne, le peuple étant asservi à une monarchie qui le prive de toute modernité et de toute connaissance. Dans ce monde, seule l’aristocratie possède le droit de recevoir un enseignement et seuls les plus riches disposent de l’électricité et de l’accès aux nouvelles technologies comme le R2I (Réseau Informatique International) toutefois largement censuré.

Jean est un jeune garçon de 14 ans. Pour la première fois de sa vie, il va aider son père et son oncle à subvenir aux besoins de la famille en participant à la cueillette des pommes. Ce travail saisonnier ne le réjouit pas vraiment. Ce que Jean préfère c’est apprendre à écrire, à lire et à compter. Jusqu’à présent, il se rendait presque toutes les nuits dans une classe clandestine pour suivre les cours de son institutrice, la belle Magda. Les cous noirs (la classe ouvrière) comme lui n’ont pas le droit à l’éducation, pire, elle est complètement interdite et sévèrement punie par la loi. Mais seuls ceux qui sauront seront capables d’obtenir une vie meilleure. Un soir, des gendarmes royaux font irruption dans la classe de Magda. Ils demandent à cette dernière de choisir quatre élèves avec qui elle sera arrêtée pour éviter à toute la classe d’être enfermée. Jean fait partie des quatre, il sera condamné à cinq ans d’internement dans un camp de redressement dans le Jura.

En parallèle, nous suivons l’itinéraire de Clara, fille du directeur de la Banque Royale. Clara vit à Versailles, elle ne manque de rien et dispose d’un précepteur qui veille à son éducation. La demoiselle rechigne à aller en cours. Elle préférerait largement acquérir des connaissance en parcourant le monde, en allant à la découverte d’autres peuples. Malheureusement, elle sait déjà qu’elle devra rapidement renoncer à ses rêves. Dans quelques jours, elle doit être conduite chez son futur mari qu’elle ne connait même pas et donc quitter une prison dorée pour une autre… Alors qu’elle part rejoindre son futur époux pour faire connaissance, le chauffeur de Clara perd le contrôle du véhicule et meurt sur le coup. La jeune fille va se retrouver livrée à elle-même, en plein milieu de la forêt.

Nos deux héros vont évidemment se rencontrer par hasard, dans la forêt. Après que le convoi conduisant Jean en détention a été l’objet d’un attentat terroriste (les terroristes ressemblent étrangement aux maquisards de la 2nde guerre mondiale…) mené par son propre père, le groupe se fait arrêté par des gendarmes royaux mais Jean parvient à s’échapper. De son côté, Clara est retenue prisonnière par un fou. Dans sa fuite, Jean atteint le lieu où celle-ci est détenue. Ils s’enfuient ensemble et peu à peu des liens vont se créer entre ces deux adolescents que tout semblait opposer…

Comme je le disais plus haut, la 4ème de couverture était plutôt attirante, insistant beaucoup sur l’interdiction pour le peuple d’acquérir le savoir et sa volonté de rébellion. Or, ce thème est laissé en arrière-fond, dissimulé derrière les péripéties des héros qui vont passer plus de la moitié du roman à espérer se retrouver alors qu’ils se connaissaient à peine. L’auteur dresse un décor très (trop ?) précis d’une société qui n’a quasiment jamais connu la démocratie et qui vit sous le joug d’une monarchie totalitaire (les autorités ont interdit le développement des machines à laver de peur que les femmes aient trop de temps à elles et pensent à se révolter !). La question du savoir clandestin, qui paraissait être la clef de voûte du récit après un préambule prometteur, se trouve donc quasiment ensevelie sous les descriptions. Un moment du récit est bien consacré à la volonté de Clara d’utiliser le R2I de manière non officielle, mais ses efforts sont réduits à néant lorsque le professeur d’informatique clandestin se fait arrêter. Elle ne se servira donc jamais de son savoir comme une arme contre le pouvoir, Jean non plus d’ailleurs…

Je ne suis pas forcément une adepte des happy-end, mais, malgré les retrouvailles des deux héros, le livre n’offre qu’une vision très pessimiste d’une société où tout espoir d’un monde meilleur est annihilé. Quand on sait que l’ouvrage est destiné à des adolescents, je trouve cela un peu dommage, tout comme les longues descriptions, bien rédigées, mais qui finissent par être indigestes. Néanmoins, peut-être faut-il avoir espoir que les choses s’arrangent pour nos personnages et le monde dans lequel ils évoluent puisque deux suites existent : Ceux qui rêvent et Ceux qui osent.

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2 Réponses to “Savoir pour résister”

  1. carolivre mars 27, 2013 à 5:29 #

    Je suis un peu comme toi: je trouve que le thème des livres censurés et du refus d’accès au savoir est trop peu développé. Mais je pense que tout cela sera développé dans les 2 tomes suivants. L’auteur pose ses bases dans ce 1er tome (enfin je crois). Belle lecture quand même!

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    • naurile mars 27, 2013 à 5:48 #

      Oui, il faut espérer que la suite développe ce thème qui était franchement bon !

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