Archive | avril, 2013

Cultiver son jardin

30 Avr

Un livre minuscule qui renferme une belle histoire… et un beau petit coup de cœur ! 

Le goût de la tomate, Christophe Léon

Marius et son fils Clovis sont en train de bricoler. Ils fabriquent ensemble, dans le secret de l’atelier du père, une petite table basse. Celle-ci sera destinée à supporter des plants de tomates dans la chambre de l’enfant.

A première vue, tout cela paraît bien banal… Sauf que dans le monde de Marius et Clovis, les autorités qui gère l’approvisionnement et les stocks de nourriture pour le peuple ont interdit toutes plantations et toutes récoltes. Dans ce monde-là, les jardins ont disparu pour être remplacés par du béton et du gazon synthétique. Dans ce monde-là, ceux qui osent cultiver leur jardin risquent d’être arrêtés par la police…

Dans le secret le plus total et bravant tous les risques, Marius est néanmoins décidé à cultiver ces plants de tomates, afin que son fils, puisse, au moins une fois dans sa vie, connaître le goût de la liberté.

Voilà une bien jolie nouvelle aux allures de fable qui donne à réfléchir sur les systèmes totalitaires et les moyens de résister.

Meurtres maquillés

28 Avr

Après un cycle littérature jeunesse, il me fallait un bon petit polar !

La blonde en béton, Michael Connelly

L’inspecteur Harry Bosch traverse une mauvaise passe : effectivement, c’est lui qui se retrouve sur le banc des accusés ! Pour mieux en comprendre la raison, il faut remonter 4 ans auparavant. Bosch enquêtait, avec toute une brigade spéciale à ses côtés, sur une affaire de meurtres en série. Toutes les victimes, des femmes, étaient retrouvées outrageusement maquillées. Un soir, alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui, Bosch reçoit l’appel d’une prostituée lui assurant savoir où réside le « Dollmaker », le tueur en série supposé. L’inspecteur, même s’il ne prête pas vraiment foi aux propos de la fille décide d’aller voir. Il ouvre la porte, tombe nez-à-nez avec un homme totalement nu. Alors qu’il braque son arme à feu sur lui et lui demande de ne pas bouger, l’homme plonge le bras sous un oreiller. Bosch tire, l’homme meurt… il s’agissait bien du « Dollmaker » selon la police.

Quatre ans plus tard pourtant, Honey Chandler, une redoutable avocate, décide d’engager des poursuites contre l’inspecteur Bosch pour usage abusif de la force et pour meurtre d’un innocent. Selon Chandler, les preuves de la culpabilité de Norman Church sont apparues après sa mort et l’inspecteur, seul lors de son intervention, aurait très bien pu les y placer. Alors que le procès s’engage plutôt mal pour Bosch, une lettre ressemblant fortement à celles envoyées des années plus tôt par le tueur en série arrive sur son bureau. Elle contient des informations sur la localisation d’un corps. Après quelques fouilles, les policiers retrouvent le corps d’une fille coulé dans le béton… Il est rapidement établit qu’elle a été tuée deux ans plus tôt et qu’elle présente tous les signes des victimes du « Dollmaker »…

Un doute s’installe alors dans l’esprit de Bosch : et si, comme l’en accuse Chandler, il avait tué un innocent ? si le « Dollmaker » rôdait toujours dans la nature ? Ne voulant se résoudre à cette hypothèse, il reprend l’enquête depuis le début…

Voilà un polar bien ficelé, agréable à lire. Effectivement, si j’avais trouvé Volte-face un peu austère et longuet en raison des séances de tribunaux vraiment trop longue, ici, l’intrigue concernant le procès de Bosch reste assez en retrait par rapport à l’enquête. Celle-ci est d’autant plus prenante qu’il s’agit pour les inspecteurs d’enquêter rapidement et discrètement afin de ne pas nuire à leur collègue. J’ai apprécié aussi le fait que l’on s’attache à la psychologie de l’inspecteur en proie au doute. Si certains personnages paraissent caricaturaux, c’est surtout pour piéger le lecteur (et l’inspecteur) qui pensera trouver facilement le coupable. Si Connelly nous envoie donc sur des fausses pistes quelque peu grossières, il n’en reste pas moins que ce livre permet de passer un bon moment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Neige surnaturelle

25 Avr

Je poursuis dans mes lectures « professionnelles »…

Les enfants de Noé, Jean Joubert

Simon (13 ans), sa soeur cadette Noémie et ses parents se sont installés en pleine nature dans un chalet des Hautes-Alpes après avoir quitté la folle vie parisienne. Voilà maintenant quelques années qu’ils se sont habitués à leur nouvelle vie, un peu coupés du monde -leurs premiers voisins résidant à environ trois kilomètres.

L’histoire se déroule en février 2006. Alors que la famille attend le printemps avec impatience, voilà que le neige se met à tomber de nouveau. L’hiver semble donc vouloir rester encore en place. Rien de bien inquiétant à cette période de l’année. Oui mais voilà, la neige ne cesse de tomber, en grande quantité; à tel point que le chalet se retrouve bientôt totalement englouti ! Le père de Simon n’a jamais vu ça : la neige possède une densité étrange et la lumière du ciel est irréelle, quasi métallique…

La famille va devoir s’organiser pour passer quelques jours sans sortir : sculpture, lecture, soin des bêtes… les enfants et les parents s’occupent comme ils peuvent sans trop s’inquiéter. Mais au bout d’une semaine, la neige n’a toujours pas fondu. Il va donc falloir économiser la nourriture, faire preuve d’ingéniosité pour faire du pain en retrouvant des gestes ancestraux, mais surtout, ne pas se laisser gagner par l’angoisse et la folie…

Le récit est effectué par Simon, quelques années après la tempête. Après avoir retracé la lutte pour la survie au jour le jour, il nous apprend que l’épreuve aura duré plus de deux mois et que nul n’a vraiment été capable d’expliquer la cause de ces importantes chutes de neige. L’explication la plus probable est celle d’expériences thermonucléaires secrètes au Pôle Nord.

Ce texte, à la fois roman d’anticipation et fable écologique, est aussi une réflexion sur la fragilité du monde actuel. Il conviendra parfaitement aux enfants de 9 à 14 ans auxquels il fera prendre conscience que les nouvelles technologies sont certes importantes mais pas essentielles à la vie. Une lecture agréable.

Monde parallèle

19 Avr

Décidément, mon amie documentaliste est de très bon conseil en matière de littérature jeunesse !

La douane volante, François Place

J’avais déjà évoqué François Place comme illustrateur des aventures de Tobie Lolness (Timothée de Fombelle). Je viens de découvrir que ses écrits valent ses dessins.

Nous sommes en Bretagne, en 1914. La guerre menace. Le jeune Gwenn, dit « le Tousseux » en raison de ses nombreuses et puissantes quintes de toux, est recueilli par le vieux Braz, un rebouteux mis à l’écart du village. A la mort de ce dernier, le jeune garçon hérite de sa cabane et mène une vie à l’écart de la communauté, servant toutefois de souffre-douleur aux jeunes garçons mieux bâtis que lui.

Un jour, après s’être fait martyriser une fois de plus par le grand Loïc Kermeur et Yvon le Rouquin, l’Ankou, grande figure noire aux allures de Faucheuse conduisant sa sombre charrette, s’empare de Gwenn pour l’emmener ailleurs, dans le pays d’où l’on ne revient jamais…

Gwenn se réveille dans un autre monde qui ressemble pourtant fortement au sien. Il est recueilli par Jorn, un solide gaillard chargé de faire le guet et de récupérer les « Égarés » afin de les emmener à la douane volante. En raison de la santé fragile du jeune breton, Jorn parvient à le soustraire des mains des douaniers et à lui éviter de partir travailler aux Jardins de fer. Il le conduit chez lui où sa femme, Silde, prendra soin de lui.

Mais, peu à peu, Jorn laisse apparaître son vrai visage : ambitieux et brutal, il retient Gwenn en otage qui devra travailler à son service pour regagner sa liberté. Jorn gravit les échelons de la société jusqu’à prendre le commandement de la douane volante de la ville de Waarm. Dans le même temps, Gwenn s’aperçoit qu’il a hérité des pouvoirs de guérison du vieux Braz. Bientôt, il réussit à apprivoiser un « pibil », étrange petit oiseau qui, selon la légende, ne se laisse apprivoiser que par les véritables rebouteux. Jorn décide alors d’exploiter les pouvoirs du jeune garçon…

Ce roman fantastique est également un roman d’initiation puisque l’on observe l’évolution du jeune héros dans ses rapports aux autres, son apprentissage de la médecine, sa quête de liberté, sa soif de retour sur sa terre natale, la Bretagne. L’univers mystérieux et envoûtant des Douze Provinces est finement peint par François Place et l’on s’attache facilement aux personnages hauts en couleur qui ne cessent d’évoluer. En effet, tous les personnages possèdent de multiples facettes avec leur part d’ombre et leur bon côté, dans ce roman comme dans la vie, rien n’est figé et c’est en partie ce qui, selon moi, fait la richesse de ce magnifique roman de jeunesse.

Maternité étouffante et vide existentiel

17 Avr

A l’occasion de la sortie mercredi prochain de l’adaptation de L’Écume des Jours par Michel Gondry, l’envie de relire du Vian me titillait sérieusement… Comme les aventures de Colin et Chloé sont et vont être largement évoquées dans les médias les jours prochains, je voulais vous faire découvrir un autre de ses merveilleux romans, sans aucun doute parmi mes préférés.

L’Arrache-cœur, Boris Vian

Plus je relis l’oeuvre de Vian, plus je comprends pourquoi ses textes me touchent au plus haut point. Tous les thèmes traités dans ce roman ont une résonance si forte dans mon esprit que j’ai presque l’impression qu’il a été écrit pour moi. Je crois d’ailleurs que c’est à cela que l’on reconnaît les grands auteurs : quand ce qu’ils écrivent reflète si bien l’âme de leurs lecteurs.

Je vais d’abord résumer l’intrigue avant d’entrer plus avant dans les thèmes. Un beau jour d’août, Jacquemort, jeune psychiatre et psychanalyste, se balade sur un sentier le long d’une falaise. Tout à coup, il aperçoit une grande maison et entend des cris. Il se précipite. Au même moment, Clémentine souffre le martyr. Elle est sur le point d’accoucher. Les cris perçus par Jacquemort sont les siens. Angel, le mari de la jeune femme, voudrait bien l’épauler dans cette épreuve, mais elle refuse furieusement son aide. Du coup, il fait les cents pas seul dans sa chambre.

Jacquemort arrive et va aider Clémentine à accoucher avec le soutien de Culblanc, la servante. Elle met au monde trois garçons, des « trumeaux » donc. Après la naissance de ses enfants, Clémentine est furieuse. Furieuse contre Angel d’abord qui l’a mise enceinte, contre Jacquemort ensuite qui l’a vue dans cet état et contre les bébés, « salopiots » qui ne font que téter et dormir.

Angel – amoureux déçu de L’Automne à Pékin – a bien compris que sa femme ne voulait plus de lui. Désespéré, il se met à construire un bateau afin de pouvoir prendre le large. Jacquemort tentera de l’en dissuader en vain. Clémentine ne le laisse pas s’occuper des enfants et, de toute façon, même s’il en avait l’occasion, il ne parviendrait pas à le faire tant il se sent étrangers aux petits.

Jacquemort s’installe dans la maison. De temps en temps, il se rend au village voisin où il ne manque pas de s’étonner des coutumes locales. Sur la place principale se déroule la foire aux vieux, sorte de foire aux esclaves. Ecoeuré par ce qu’il vient de voir, il ne l’est pas moins lorsqu’il constate comment sont traités les jeunes apprentis, usés et battus à mort par les patrons et les clients. Les animaux ne sont pas en reste puisque les étalons qui ont fauté sont crucifiés. Lorsque le psychiatre demandent aux villageois s’ils n’ont pas honte de se comporter de la sorte, il se fait rosser. il comprendra bientôt que ces derniers se déchargent de leur honte dans une rivière de sang qui longe la commune. Sur cette rivière, un homme qui porte le nom de son radeau, La Gloïre, est chargé de pêcher la honte des habitants avec sa bouche… Perturbé mais toujours en quête d’une personne à psychanalyser de façon intégrale pour remplir son vide intérieur total, Jacquemort poursuit sa découverte des environs en se rendant à l’église. Là, il fait la connaissance d’un curé aux croyances pour le moins étranges, qui adresse des louanges à un Dieu qui n’est que luxe.

Quelques mois plus tard, Angel a terminé son bateau et s’en définitivement. Clémentine s’aperçoit qu’elle a bien trop délaissé ses enfants – Joël, Noël et Citroën – et décide dès lors de ne plus se consacrer qu’à eux. Dès lors, elle est chaque jour un peu plus assaillie par la peur qu’il leur arrive quelque chose. Elle fera donc tout pour éviter qu’ils puissent de blesser et s’éloigner d’elle…

Ce résumé est déjà beaucoup trop long même si j’ai malheureusement dû occulter de nombreux éléments qui me semblaient importants. Ce roman est tellement riche qu’il est difficile de faire des choix ! Je vais évoquer quelques-uns des thèmes abordés sans toutefois en faire l’analyse (ce qui serait beaucoup trop long !).

Un des principaux thèmes est donc celui de la maternité ou plutôt de la figure de la mère. Clémentine est d’abord montrée comme une mauvaise mère, qui rejette ses enfants et les délaisse, oubliant de les faire goûter et préférant escalader les falaises environnantes. Puis, au départ du père, elle devient de plus en plus étouffante pour ses enfants, leur vouant un amour sans borne, quasi dévorateur. Elle veut ce qu’il y a de mieux pour eux et, dans son esprit malade, cela signifie ce qu’il y a de pire pour elle. Bientôt, elle ne se nourrira plus que de viande pourrie pour se prouver qu’elle les aime vraiment. Mais son amour sans limite va se révéler infernal pour les trumeaux. Effectivement, par peur qu’ils puissent sortir du jardin, la mère surprotectrice fera ériger un « mur de rien » autour de la propriété. Ce rien s’étendra rapidement au sol du jardin et au ciel. La paranoïa de Clémentine atteindra des sommets à la toute fin du roman lorsqu’elle enfermera ses enfants dans des cages malgré l’intervention préalable de Jacquemort : « Mais ça meurt, en cage, les oiseaux« .

Le thème du vide est également très présent avec le « mur de rien » qui entoure la maison mais surtout à travers le personnage de Jacquemort. Ce dernier, s’il sait qu’il est psychiatre et psychanalyste, ne sait pas grand chose de plus sur lui. Il est une sorte d’entité vide qui cherche désespérément quelqu’un à psychanalyser de manière à combler son vide existentiel  Malheureusement pour lui, les personnes qu’il côtoie sont plus encline à dévoiler leur corps que leurs pensées… si bien qu’il finira par psychanalyser un chat suite à quoi il développera des goûts et des attitudes pour le moins félins !

Le texte est construit sous la forme d’un carnet tenu par Jacquemort. Si la temporalité est totalement normale dans la première partie, elle commence à subir d’étranges distorsions dans la deuxième. Les mois se superposent si bien que l’on ne sait plus tout à fait où l’on en est (« juinet »- « janvril » – « avroût »…) Dès lors, il ne semblera pas étrange au lecteur, entré dans une temporalité irréel, d’assister à des faits surnaturels. Les enfants voient des fées et seront capables de voler après avoir avalé des limaces bleues. Ce monde féerique n’est pas sans rappeler celui d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll que Vian appréciait beaucoup.

Bien d’autres thèmes comme la satire de la religion, la thématique de l’enfermement (proche de celle du vide) sont encore développés de façon à la fois humoristique et poétique dans ce roman aux tonalités autobiographiques (Clémentine n’est pas sans rappeler certains aspects de la mère Pouche – maman poule de Vian) Mais il est plus que temps que je conclue cet article bien trop long. Vous l’aurez compris, j’adore ce roman et j’adule Vian !

Jeunes filles en fugues

15 Avr

Pour couper un peu avec la littérature jeunesse, j’avais envie de me plonger dans un bon petit polar. 

Promets-moi, Harlan Coben

Le lendemain midi, personne n’arrive à obtenir de nouvelles de la jeune fille. Myron devient alors le suspect numéro 1 puisqu’il est le dernier à l’avoir vue et que personne ne semble comprendre la raison pour laquelle un quadragénaire servait de taxi en pleine nuit à une si jeune femme.

Dans le même temps, la famille Rochester est aussi à la recherche de leur fille Katie, disparue depuis deux semaines. Dominik, le père, est persuadé que sa progéniture a été enlevée. Or, un témoin, le Dr Skylar, a reconnu la jeune femme dans la rue et elle ne semblait pas du tout séquestrée. Au bout de quelques pages, on apprend que Katie, enceinte, a en fait fugué pour fuir son père violent.

Pendant ce temps, Myron, qui a enfin pu prouver son innocence, décide de tout faire pour retrouver Aimée. Bientôt, l’enquêteur découvre un indice étrange, Aimée a retiré de l’argent dans le même distributeur que Katie trois semaines plus tôt. La jeune fille a donc peut-être fugué aussi… Quoi qu’il en soit, Myron a promis à Claire de lui ramener sa fille. Alors qu’il suit plusieurs pistes, – ex-petit ami, professeurs -, le voilà poursuivi par deux fous furieux engagés par le père de Katie, persuadé que l’ex-star de basket a quelque chose à voir dans la disparition de sa fille. Heureusement, dans les moments difficiles, Myron peut toujours compter sur son ami Win, millionnaire désœuvré spécialiste des sports de combat, pour voler à la rescousse.

L’auteur de Ne le dis à personne signe là un polar efficace et plaisant à lire. Les chapitres courts confère au roman un rythme entraînant, le héros et sa bande – déjà présents dans sept autres romans – sont attachants et ne se prennent pas au sérieux. C’est d’ailleurs ce petit côté humoristique qui m’a surtout plu. Quant à l’intrigue, elle est parfaitement ficelée. Il faut d’ailleurs attendre le tout dernier chapitre pour avoir le fin mot de l’histoire après un ultime retournement de situation. Ce roman vaut donc le détour !

Expérimentation humaine

10 Avr

Voilà un livre que je voulais lire depuis un petit moment déjà…

Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes

Ce roman fait partie d’un « sous-genre » que j’apprécie tout particulièrement : l’anticipation. Si les romans d’anticipation sont souvent froids et ne font pas appel aux sentiments, il en va tout autrement pour celui-ci qui est vraiment très touchant.

Charlie Gordon a 33 ans mais l’âge mental d’un enfant de 6 ans. Depuis 17 ans, il travaille comme aide dans une boulangerie tenue par un ami de ses parents. Charlie n’a jamais su écrire ni lire mais a toujours voulu devenir intelligent. Depuis quelques temps, il se rend aux cours du soir pour adultes attardés de Miss Alice Kinnian afin de vaincre son illettrisme et pouvoir avoir une vie normale.

Un jour, à la suite d’une série de tests psychologiques, Charlie est sélectionné pour faire l’objet d’une expérimentation. Le professeur Strauss et son équipe ont mis au point une opération qui pourrait révolutionner la médecine et la vie de milliers d’attardés mentaux. Pour l’instant, l’opération n’a été testée que sur une souris, Algernon. Ses capacités intellectuelles ont été multipliées par trois. Avant de subir lui-même l’opération, Charlie est totalement incapable de battre Algernon sur le test du labyrinthe…

Le professeur Strauss a demandé à Charlie de relater toutes ses impressions et tous ses actes dans des comptes-rendus quotidiens afin de constater son évolution psychique avant et après l’opération. Et c’est tout particulièrement sur ce point que le roman est très intelligent et très efficace. Les comptes-rendus sont rédigés par un Charlie qui, au début du livre, apprend tout juste à écrire. Du coup, l’orthographe et la syntaxe sont très aléatoires. Plus l’intelligence du narrateur va croître, plus les comptes-rendus vont devenir élaborés tant au point de vue du style que du fond. Je vous cite un extrait du tout début du roman afin que vous puissiez vous rendre compte de cette écriture particulière : « Si l’opérassion réussi bien je montrerai a cète souris d’Algernon que je peu ètre ossi un télijen quelle et même plus. Et je pourrai mieux lire et ne pas faire de fotes en écrivan et aprendre des tas de choses et ètre comme les otres ».

Grâce à l’opération, Charlie va donc enfin pouvoir réaliser son rêve : devenir intelligent. Chaque jour, il relate donc ses progrès. Lui qui ne possédait quasiment aucun souvenir de son enfance commence à retrouver son passé par bribes. Il se dit enfin qu’il va pouvoir se faire des amis et être comme les autres. Mais avec un QI qui doit être amené à tripler, cela sera-t-il vraiment possible ?

Des fleurs pour Algernon est réellement un roman fantastique à tous points de vue. Le thème traité va au-delà de la simple manipulation médicale puisque l’on suit les réactions, les émotions du narrateur et surtout son rapport aux autres au fil de sa progression intellectuelle. Car c’est bien de rapport à autrui dont il s’agit ici; à quoi sert l’intelligence si on ne peut pas en faire la démonstration au monde ? mais cette intelligence est-elle vraiment une source de bonheur ? Au début, quand il est encore simple d’esprit, Charlie est persuadé que ses collègues de la boulangerie sont ses amis. Plus il va devenir intelligent, plus il va se rendre compte qu’il se méprenait, qu’il était en fait la risée de tous. Mais en devenant lui-même plus intelligent que les autres, comment se comportera-t-il vis-à-vis de ses semblables ?

Ce roman donne donc à réfléchir à de nombreuses questions à travers un personnage attachant. L’écriture de Daniel Keyes est magnifique, pleine de poésie. Quelques passages de psychothérapie se rapprochent de poèmes en prose. La fin est très émouvante. Je me suis véritablement régalée avec ce roman que je conseille vivement à tous.

Ce roman a fait l’objet d’une adaptation au théâtre. Les représentations de la pièce, mise en scène par Anne Kessler, viennent tout juste de se terminer au Théâtre du Petit Saint-Martin à Paris; espérons que des dates soient programmées en province !

Traque cosmopolite bis

6 Avr

Comme je l’avais prévu, je n’ai pu me retenir longtemps avant de lire la suite…

Vango – Un prince sans royaume – tome 2, Timothée de Fombelle

A la fin du premier tome, Vango découvrait que ses parents avaient été tués dans leur bateau au large des îles Eoliennes par un certain Cafarello. Dans ce second tome, le jeune homme va tout faire pour venger les siens…

Nous retrouvons notre héros à New-York, en 1929, en compagnie de son ami, le père Zefiro. Ce dernier a quitté malgré lui son monastère secret de Sicile afin de tuer Voloï Viktor, terrible marchand d’armes, et tenir ainsi la promesse faites à trois amis, vingt ans plus tôt, dans les tranchées de Verdun.

Sans que Zefiro ni Vango n’en soient conscients, les destins de Cafarello et de Viktor sont étroitement liés. Vango, lui, est toujours traqué, à la fois par la police française, par les hommes de Viktor – ce dernier ayant établi un lien entre notre héros et Zefiro (lui aussi traqué par Viktor) – et par de mystérieux russes… Dans le même temps, son histoire d’amour avec la belle Ethel est mise en danger par toutes ces courses-poursuites à travers le monde.

Plus nous avançons dans le roman et plus toutes les histoires vont se recouper. Les fils de l’intrigue semblent s’entrecroiser toujours davantage et il faudra vraiment attendre l’avant-dernier chapitre, porteur d’ultimes rebondissements, pour connaître le dénouement.

Ce roman d’aventure tient donc le lecteur hors d’haleine pendant presque 1000 pages (environ 500 pages par tome). Non seulement le rythme de l’action ne ralentit jamais mais il est même sans cesse relancé (on notera l’arrivée de nouveaux personnages et la réapparition de certains à la toute fin du roman par exemple). Les réponses ne sont jamais apportées d’un seul bloc, il faut donc assembler les pièces du puzzle; ce système pousse à toujours vouloir poursuivre la lecture.

J’ai vraiment aimé ce second tome qui insiste sur l’entraide entre générations et civilisations différentes. Une fois que les personnages semblent avoir réglé leurs problèmes personnels, ils vont se lier pour résister ensemble à l’invasion de la France par l’Allemagne. Il s’agit donc d’un texte non seulement divertissant – certains passages sont franchement comiques – mais porteur de valeurs. De la littérature dite « jeunesse », certes, mais qui mérite de ne pas rester cantonnée à ce titre !

 

Nouvelle sombre

5 Avr

Voilà un très court texte à mettre entre toutes les mains…

Matin brun, Franck Pavloff

Le narrateur et son copain, Charlie, aiment passer du temps ensemble, à discuter de tout et de rien. Un jour, Charlie annonce à son ami qu’il a dû faire piquer son chien. Il ne s’est pas résolu à cette décision radicale en raison de l’état de santé de l’animal, non. En fait, il a dû s’y contraindre car le régime en place a instauré un nouveau décret qui stipule que les animaux d’une autre couleur que le brun devaient être éliminés. La population n’aura le droit de posséder que des chats ou des chiens bruns, qui s’adaptent mieux à la vie citadine.

Les jours passent et les amis voient leur environnement se modifier peu à peu. Le Quotidien de la ville est interdit de parution après avoir publié une enquête mettant en cause les résultats des scientifiques sur la question des chiens bruns. Le journal est remplacé par les Nouvelles Brunes, le titre du parti au pouvoir. Toutes les maisons d’édition découlant financièrement du Quotidien sont attaquées en justice et leurs livres sont interdits eux aussi.

Si ces bouleversements dans la société choquent nos deux amis, aucun ne se révolte particulièrement. Quelques temps plus tard, l’un et l’autre finissent même par acquérir un animal de compagnie brun… Mais un jour, alors qu’ils se rend chez Charlie, le narrateur découvre deux miliciens dans son appartement. Charlie s’est fait arrêté pour avoir possédé un animal d’une autre couleur avant son chien brun…

En une dizaine de pages seulement, ce grand texte (vendu à plus d’un millions d’exemplaires !) trace et dénonce la montée d’un régime politique extrême ainsi que la lâcheté du peuple qui ferme les yeux, se cantonnant à sa petite vie tranquille, sans se poser de questions. Voilà une lecture qui fait réfléchir !

Traque cosmopolite

2 Avr

J’avais vraiment apprécié il y a peu le premier roman de Timothée de Fombelle, Tobie Lolness. Je n’aurai donc pas attendu longtemps avant de me lancer dans la lecture de son roman d’aventures…

Vango – Entre ciel et terre – tome 1, Timothée de Fombelle

Devant Notre-Dame de Paris, en ce jour d’avril 1934, c’est l’effervescence. la foule se presse pour assister à l’ordination des jeunes séminaristes. Au milieu du groupe, un tout jeune homme, Vango, est subitement interpellé par un gendarme. Sans lui répondre, il prend la fuite. Le commissaire Boulard lance tout un escadron à sa poursuite. Vango escalade la cathédrale et échappe de justesse à une balle. Celle-ci n’a pas été tirée par les forces de l’ordre…

Au milieu de la foule, une jeune fille a observé toute la scène. Elle connaît Vango. Elle a vu qui lui a tiré dessus, l’homme au visage de cire. Le soir même, Ethel, la jeune fille aux yeux verts, retrouve le commissaire Boulard dans un restaurant. Elle lui apporte le portrait-robot du tireur. Le gendarme lui apprend que celui qu’il poursuivait est accusé d’un meurtre.

Au même moment, Vango court sur les toits de Paris. Il est bien décidé à prouver son innocence. Pour cela, il doit se rendre au séminaire et trouver le père Jean. Pendant que nous suivons notre héros dans son escapade nocturne, nous apprenons qu’il a été diagnostiqué paranoïaque quelques années plus tôt. Lorsqu’il parvient enfin chez son vieil ami, il découvre l’inimaginable : une scène de crime. Seuls les mots « Fugere Vango » (fuir Vango) son inscrit sur un cahier. Et s’il avait bien tué le père sans qu’il n’en ait conservé le souvenir, s’il était bien coupable du meurtre dont on l’accuse, sans le savoir ?

L’action va ensuite se compliquer énormément. Le récit fait un bon en arrière afin de nous expliquer d’où vient Vango et qu’est-ce qui l’a conduit à vouloir devenir prêtre. Le passé de héros dans les Iles Éoliennes sera le fil conducteur du roman. En parallèle, nous allons suivre la fuite et la traque de Vango, qui, après avoir quitté Paris, se retrouve en Allemagne et cherche à embarquer à bord du Graf Zeppelin, sous le commandement du docteur Eckener, pour échapper à ses poursuivants.

Nous n’avons pas encore passé les cents premières pages de ce premier tome mais je préfère m’arrêter là en ce qui concerne le résumé. La suite de ce roman d’aventures pour jeune public est digne d’un grand film d’espionnage. La traque du héros va nous conduire de Paris à la Sicile, en passant par l’Ecosse, la Russie et l’Allemagne. Toute l’histoire se passe alors qu’Hitler et son national-socialisme gagne du terrain en Allemagne, laissant fertiliser dans son sillage des comportements de plus en plus nauséabonds… Vango doit donc fuir, mais cette fuite va bientôt se transformer en quête, une quête d’identité, une recherche de sa vérité.

Ce roman est vraiment captivant. Dès la première ligne, on meurt d’envie de savoir où va nous mener notre héros. L’écriture est soignée, le style très entraînant ne laisse aucun temps mort. Le fond de l’histoire est à ce point travaillé que les adolescents, à qui le livre est destiné, n’auront aucune peine à se familiariser avec la montée du nazisme ou même l’histoire d’un monastère top secret ! Décidément, la littérature jeunesse française a trouvé son maître en Timothée de Fombelle !

je ne vais donc pas perdre de temps et commencer à lire la suite tout de suite !!