Archive | mai, 2013

Tréfonds parisiens

28 Mai

Léviatemps, Maxime Chattam

Dans le Paris de 1900 où toute la bonne société se presse à l’Exposition universelle qui attire également tous les plus grands scientifiques de l’époque, Guy de Timée est un écrivain reconnu pour la justesse de ses portraits de bourgeois parisiens. Mais depuis quelque temps, l’inspiration lui manque. Il n’en peut plus de réécrire sans cesse la même histoire malgré ses lecteurs assidus. Il cherche un sujet nouveau, à l’instar de Conan Doyle, il voudrait écrire sur les zones sombres de l’humanité. Il n’y a pas que ses écrits que Guy a décidé de modifier. Il a récemment tout quitté de son ancienne vie de notable dans laquelle il se sentait étouffer. Il vient en effet de fuir son appartement cossu du seizième arrondissement, sa femme et sa fille pour s’installer dans les combles du Boudoir de soi, une maison close du neuvième.

Une nuit après une soirée comme tant d’autres au Boudoir de soi, Faustine, une magnifique courtisane, vient tirer Guy de son sommeil. Milaine, une autre fille de joie, a été retrouvée morte devant l’établissement. La vision est effroyable : la jeune femme transpire du sang, un liquide blanchâtre se répand hors de sa bouche dont les lèvres sont retroussées dans une parodie de sourire effrayant, le blanc de ses yeux a totalement disparu pour ne laisser que deux billes noires.

Comprenant vite qu’il ne s’agit pas d’un meurtre comme un autre, afin de venger la mort de Milaine et pour satisfaire sa curiosité d’écrivain, Guy décide de mener sa propre enquête. Il ne pourra d’ailleurs que sur lui-même et l’aide de Faustine et du jeune inspecteur Martial Perotti – jeune policier ayant entretenu une liaison tarifée avec la victime – pour retrouver le coupable puisque les inspecteurs en charge du dossier ne semblent pas faire de zèle pour mettre la main sur le meurtrier d’une catin.

Rapidement, nos enquêteurs en herbe découvrent d’autres meurtres aussi sordides et de nombreuses disparitions non élucidés. la plupart des victimes sont des filles de joie issues de la rue Monjol, une des rues les plus sordides de la capitale. Pour Guy, une chose est sûre, tous ces meurtres sont en lien les uns avec les autres et le temps lui est compté s’il souhaite arrêter le tueur avant qu’il ne passe de nouveau à l’acte. Il va alors devoir user de toutes ses connaissance en psychologie, s’enfoncer au plus profond des rues les plus glauques de Paris et sonder tout ce que les âmes peuvent renfermer de noirceur pour traquer ce monstre, ce diable sanguinaire.

Maxime Chattam signe là un thriller haletant, basé sur une excellente description du Paris du début du vingtième siècle. Bien sûr, on retrouve toujours les thèmes propres à l’auteur qui souhaite sonder les profondeurs de l’âme humaine et trouver l’origine du Mal. L’intrigue est menée d’une manière tout à fait efficace. Certains aspects scientifiques ou psychologiques sont développés de façon très pointue à l’exemple d’une analyse graphologique magistrale du tueur vraiment passionnante. L’Exposition universelle, qui sert de toile de fond au roman, est décrite de manière très détaillée à tel point qu’on a l’impression d’en arpenter les allées avec les héros. Le seul bémol reste pour moi la conclusion, pas très convaincante, bien trop surréaliste à mon goût après un texte très ancré dans le réel.

 

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Merci !

24 Mai

Je tiens à remercier tous les lecteurs de ce blog qui vient de franchir le cap des 2000 visites depuis sa création en fin d’année 2012. 

J’espère vous faire partager mon plaisir de lire encore longtemps…

Merci à tous !

 

Enfances volées

20 Mai

Qui dit fin d’années scolaires, dit réception de livres dans mon casier en salle des profs. Et, entre les énièmes rééditions des Fourberies de Scapin ou de L’Avare, on trouve parfois de petites pépites.

Autobiographie d’une Courgette, Gilles Paris

Icare a neuf an. Il vit avec sa mère qui passe ses journées à boire de la bière devant la télévision depuis un accident de voiture qui l’a rendue invalide. Son père, quant à lui, est parti faire le tour du monde « avec une poule » quand il était encore tout petit. La vie d’Icare, surnommé Courgette, n’est pas rose : quand il n’est pas de corvée pour ravitailler sa mère en canettes il se fait taper dessus par cette dernière sans raison. Toutefois, Courgette parvient à surmonter ses malheurs sans se plaindre.

Un jour, alors qu’il joue dans la chambre de sa mère, il trouve un revolver. Quelques minutes plus tard, il tue accidentellement sa mère qui voulait lui retirer l’arme des mains.

Courgette est rapidement pris en charge par un gendarme, Raymond, qui le conduit dans un foyer. Là, il fera la connaissance d’autres enfants tout aussi perdus que lui.

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas là d’une véritable autobiographie ni même d’un roman autobiographique. Le livre est une fiction qui donne l’impression d’être une vraie autobiographie car l’auteur emploie un langage familier et enfantin. On se croirait réellement dans la tête d’un enfant de neuf ans. L’ouvrage n’est pas non plus une tragédie malgré ce que pourrait laisser supposer le résumé. Il s’agit bien plutôt d’une ode à l’optimisme. Le drame initial permettra au jeune héros de s’enrichir grâce à de nombreuses rencontres et de s’initier à l’amitié, à l’amour et au bonheur. L’auteur s’appuie sur la capacité des enfants à dédramatiser les aspects les plus sordides de l’existence pour livrer un récit d’une fraîcheur incroyable.

Le seul petit bémol fut, pour moi, le fait de retrouver une syntaxe très proches de celle des élèves que je corrige en ce moment. Du coup, j’ai eu un peu de mal parfois à me remettre dans cette lecture après avoir terminé mes corrections… Mais ici, ce style est recherché et étudié et colle parfaitement avec le sujet.

Jamais sans sa fille

16 Mai

Si j’ai mis si longtemps pour lire ce livre, ce n’est pas parce qu’il était mauvais mais car je suis complètement accaparée par les rédactions de mes élèves !

Les neuf dragons, Michael Connelly

L’inspecteur Harry Bosch doit enquêter sur une affaire de meurtre dans le quartier chinois de Los Angeles. M.Li, gérant d’un petit magasin d’alcool, a été retrouvé mort derrière son comptoir, tué par trois balles en pleine poitrine. Pour mener son enquête, Bosch va devoir coopérer avec l’inspecteur David Chu, membre de l’AGU (Asian Gang Unit). D’emblée, il ne supporte pas de devoir travailler avec quelqu’un qu’il ne connait pas et se montre très méfiant à l’égard de son collègue. Rapidement néanmoins, le fils de la victime, Robert Li, met les policiers sur la piste d’un suspect. Celui-ci est effectivement vu sur la cassette d’une caméra de vidéo-surveillance du magasin en plein racket. Bosch et son équipier, soupçonnant la piste des triades tangible, se presse pour arrêter ce coupable idéal avant qu’il ne s’envole pour Hong-Kong.

Occupé à chercher des preuves pour faire inculper le racketteur de meurtre et préoccupé par un message appel anonyme le menaçant, Bosch ne trouve pas le temps d’ouvrir le message vidéo laissé par sa fille. Madeline à 13 ans, elle vit à Hong-Kong avec sa mère et a l’habitude de beaucoup communiquer avec son père. Quand l’inspecteur découvre la vidéo, il est anéanti : sa petite fille s’est fait kidnappée…

Bosch, sous le choc, réagit néanmoins rapidement. Il confie la vidéo à un service spécialisé de la police de L.A. afin de voir s’il est possible de reconnaître l’endroit où se trouve sa fille. Dans le même temps, il contacte son ex-femme, Eleanor Wish, afin de tenter de la rassurer et de lui donner quelques conseils. Après avoir récupéré une image pouvant peut-être le conduire sur la piste de sa fille, Bosch prend place dans le premier avion pour la Chine.

J’ai apprécié ce polar qui mêle deux enquêtes même si l’intrigue qui occupe directement l’inspecteur Bosch est celle qui retient le plus l’attention. On voit là que le talon d’Achille du héros est touché et, même s’il semble être invincible, cela le rend très humain. Les actions s’enchaînent sans relâche, on ne s’ennuie pas une seconde en lisant ce livre. Un bon Connelly selon moi.

Mille et une pattes

7 Mai

Alors là, j’espère que mes 6ème de l’an prochain se réjouiront autant que moi de cette lecture.

Tirez pas sur la scarabée ! , Paul Shipton

Bug Muldoon est fatigué, il vient de passer une journée épuisante à parcourir le Jardin en long, en large et en travers afin de résoudre une sombre affaire de disparition. Bug est détective privé, le seul du Jardin encore en vie, et ne manque pas de travail. Bug est un scarabée, pas un scarabée plongeur ni un scarabée Goliath, non, juste un simple scarabée…

Alors qu’il est chargé par Larry le perce-oreilles de retrouver son frère Eddy, Bug va se retrouver dans de sales draps. Il est emmené de force dans la fourmilière. La reine des fourmis souhaite faire appel à ses services pour résoudre un problème au sein de ses troupes. Depuis quelques temps, des fourmis se mettent à penser par elles-mêmes, risquant ainsi de mettre en péril les fondements de l’existence de la fourmilière. Bug, menacé de mort par l’horrible commandant Krag, est contraint d’accepter l’affaire. Il se met donc sur la piste d’un groupe de fourmis individualistes.

Rencardé par Jack la Tremblote, une mouche totalement accro au sucre, notre détective tente de retrouver la plantureuse Velma la sauterelle. Celle-ci, toujours à la recherche d’un scoop pour le journal, est déjà sur la piste des Individualistes. Les deux insectes vont s’associer pour percer le mystère et bientôt découvrir l’ampleur du véritable complot : le commandant Krag souhaite prendre le pouvoir de la fourmilière et sur tout le Jardin grâce à une alliance avec les terribles guêpes et la cruelle araignée…

Ce polar sauce insectes est génialissime ! L’auteur reprend tous les codes du polar d’une manière parodique pour les faire correspondre au monde des insectes et le fait vraiment bien. Du détective blasé à l’indic’ accro à la poudre blanche (le sucre) en passant par la belle assistante, tout y est ! L’enquête est riche en rebondissements, notre scarabée se retrouvant souvent dans des situations inextricables. Outre l’enquête policière, le livre offre également toute une réflexion sur les bénéfices mais aussi les problèmes que peut poser le fait de penser par soi-même et vouloir vivre pour soi au lieu de suivre toujours l’ordre établi. Un vrai bon roman policier jeunesse et un véritable coup de coeur !

Nouvelles suédoises

5 Mai

La faille souterraine et autres enquêtes, Henning Mankell

Toutes les nouvelles de ce recueil mettent en scène Wallander, commissaire à la brigade criminelle d’Ystad. A vrai dire, l’auteur avoue avoir écrit ces nouvelles à la demande de ses lecteurs qui s’interrogeaient sur le passé de l’enquêteur, héros de toutes une série de romans de l’écrivain.

Les cinq enquêtes du recueil : « Le coup de couteau », « La faille souterraine », « L’homme sur la plage », « La mort du photographe » et « La pyramide » suivent donc un ordre chronologique qui nous entraîne de 1969 avec les débuts de Wallander dans la police à 1990 alors qu’il a acquis une bonne expérience.

Dans les quatre premières nouvelles, l’intérêt – à mon avis – réside moins dans les enquêtes que dans la construction du personnage principal de la série. Dans la première nouvelle, on découvre donc Kurt Wallander, tout jeune agent de police chargé de patrouiller à pied dans la ville de Malmö. En même temps qu’il rêve d’intégrer la brigade criminelle, il doit tenter de concilier ses nombreuses heures supplémentaires, son histoire d’amour avec Mona et son père – qui déteste les flic – avec lequel il entretient des rapports pour le moins tendus. Au terme de sa première enquête, il échappe de peu à la mort pour avoir fait cavalier seul afin de faire ses preuves aux yeux de l’inspecteur Hemberg qu’il adule.

Les nouvelles suivantes témoignent de l’ascension professionnelle de Wallander et de la déconfiture de son mariage en parallèle. L’auteur – selon son avant-propos- a cherché à montrer la hausse progressive du sentiment d’insécurité régnant en Suède à travers ces textes qui seraient donc à lire comme « un roman de l’inquiétude suédoise ».

J’ai mis une semaine pour lire ce livre que j’ai d’ailleurs – fait rare ! – entrecoupé d’autres lectures… Si suivre les débuts de Wallander est divertissant, j’ai trouvé les intrigues policières assez « poussives » et j’ai eu du mal à adhérer au style de l’auteur, sans doute en raison des (trop) nombreux rappels intertextuels. En voilà donc un qui ne restera pas gravé dans ma mémoire !

Peuple légendaire

2 Mai

Encore une bien jolie lecture conseillée par ma collègue et amie documentaliste.

Les Derniers Géants, François Place

Archibald Léopold Ruthmore, un aristocrate anglais féru de science, fait l’acquisition, au cours d’une ballade sur les docks, d’un objet bien curieux qui va bouleverser son existence : une énorme dent recouverte de gravures. Le vieux matelot qui la lui vend lui affirme qu’il s’agit d’une « dent de géant ». Se doutant qu’il s’agit d’élucubrations, Archibald achète néanmoins la dent, jugeant l’histoire belle.

De retour chez lui, il examine plus attentivement l’objet et se rend bientôt compte qu’il s’agit réellement d’une dent, de la grosseur d’un poing, sur laquelle est gravée, entre autres circonvolutions, une minuscule carte de géographie indiquant le « Païs des Géants ». Ni une ni deux, le scientifique prépare ses bagages et met les voiles pour l’Inde afin de gagner facilement la Birmanie, pays dans lequel se cache la contrée censée dissimuler les êtres légendaires.

Après un périple riche en rebondissements, notre aventurier, perdu au milieu des montagnes, à bout de forces, est recueilli par un être gigantesque, à l’aspect de pierre, recouvert de tatouage. Les Géants existent donc bel et bien, ils sont neuf et présents sur terre depuis des milliers d’années. Archibald passera un an à leurs côtés, à partager leur vie et à les observer. Il remplira de nombreux carnets de notes et de dessins avant de regagner son Angleterre d’origine où il publiera neuf volumes sur la question des géants…

Ce très bel album de François Place (La douane volante, Tobie Lolness pour les illustrations) – qui signe un texte riche et de superbes illustrations – ravira petits et grands. Il met en lumière les questions de la peur de l’inconnu, de l’étranger et des découvertes scientifiques. Cet album a reçu de très nombreux prix lors de sa parution en 1992.