Archive | juillet, 2013

Au pays des rêves

24 Juil

Un dernier article avant de prendre une quinzaine de jours de vacances sans lecture ou presque !

Passeuse de rêves, Lois Lowry

La Plus Petite vient d’entamer sa formation de passeur de rêves auprès de Tatillonne. Mais cette dernière, malgré les grandes capacités de son élève, ne peut plus supporter ses questions incessantes et son enthousiasme débordant. La Plus Petite est alors confiée à Vieux et  Mince. Très vite, elle apprend à effleurer de ses doigts translucides les moindres objets et recoins de la maison des personnes qui lui ont été confiées. Ainsi, elle parvient à capter des fragments de toutes les histoires et toutes les sensations qui sont rattachées à ces objets. Une fois imprégnée de ces fragments de souvenirs, sa mission est de les assembler et de les octroyer aux humains la nuit afin de les faire rêver.

La maison dans laquelle doivent opérer La Plus Petite et Vieux et Mince est habitée par une vieille femme et son chien Tobby. Celle-ci se voit un jour attribuer la garde par les services sociaux d’un petit garçon de huit ans, John. Après de douloureux sévices infligés par son père, l’enfant a été séparé de sa mère trop déboussolée pour s’en occuper correctement. John nourrit en lui une profonde colère pour tous les adultes qui l’entourent. En arrivant chez la vieille femme, il fait tout pour lui rendre la vie impossible et se sert du chien comme souffre-douleur. La Plus Petite va tenter de lui apporter un peu de douceur en lui insufflant de doux rêves. Hélas, très rapidement, la horde des Saboteurs – les faiseurs de cauchemars – va être attirée par John. Les passeurs de rêves devront déployer d’énormes efforts afin de maintenir l’enfant du bon côté de la vie…

L’été dernier, j’avais lu Le Passeur (que j’avais adoré) du même auteur et je pensais que ce livre était une suite. Et bien non ! Alors que Le Passeur était à classer dans la catégorie roman d’anticipation jeunesse, Passeuse de rêves relève davantage du conte fantastique avec ces créatures imaginaires qui font leur apparition dès que les humains s’endorment pour leur octroyer des rêves. J’apprécié la fraîcheur et la poésie de cette fable onirique qui parvient à traiter d’un thème difficile – l’enfance maltraitée – sans tomber dans le pathos. Ce livre permettra aux jeunes lecteurs (à partir de 10 ans je pense pour les bons lecteurs) de découvrir que malheureusement tous les enfants ne sont pas traités comme ils le devraient mais que des solutions existent. Il leur montrera aussi à quel point les rêves sont essentiels à la vie éveillée et que les cauchemars finissent toujours par disparaître lorsque l’on garde espoir. Le tout est très joliment écrit.

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Contre vents et marées

22 Juil

Un peu de littérature jeunesse rafraîchissante par cette chaleur estivale !

Océania – La Prophétie des Oiseaux, tome 1, Hélène Montardre

L’histoire se passe dans un futur qui semble proche. Flavia, une jeune fille de 16 ans vit avec son grand-père, Anatole – guetteur d’oiseaux – , qui l’a élevée après la mort de ses parents, 2 scientifiques célèbres, victimes d’un attentat alors qu’ils se rendaient en Amérique lorsqu’elle était bébé. S’il n’est pas fait mention de l’endroit exacts où ils vivent, le décor laisse imaginer qu’il s’agit d’un petit village isolé de Bretagne. Flavia et Anatole sont quasiment les derniers habitants de cette partie de la France. Toute la population a déserté les zones côtières en raison de la montée rapide de l’océan. Les autorités, n’ayant pas pris en comptes les multiples alertes des scientifiques, n’ont pas jugé utile de dresser une digue semblable à celle qui protège l’Amérique. Résultat : Anatole le sait bien, son observation attentive des oiseaux ne lui laisse aucun doute, les jours sont comptés avant que l’océan ne recouvre la terre. D’ailleurs, les Pays-Bas viennent tout juste d’être submergés…

Afin d’offrir la possibilité d’un avenir meilleur à sa petite-fille, Anatole la pousse à participer à un jeu télévisé (dans le genre du « Maillon faible ») dont l’enjeu est une place à bord de L’Espérance, le dernier transatlantique à partir pour l’Amérique avant que le continent ne ferme ses ports. Mais l’excellente culture générale de Flavia ne lui suffira pas à faire face au cynisme de ses concurrents. Et après un bref périple à Paris au cours duquel elle a pu prendre conscience de l’état critique de la société (surpopulation dans la ville, nombreux sans-domiciles fixes, règne du chacun pour soi…) – qu’elle ignorait (la télé ne passe quasiment plus car là où elle vit, le câble n’a pas été installé et les liaisons satellites sont coupées depuis bien longtemps). Mais son grand-père, bien décidé à l’envoyer en Amérique, la confie à son vieil ami, le Capitaine Blunt, un marin chevronné qui officie comme passeur de clandestins entre les deux continents.

Après un voyage mouvementé, rescapée d’une terrible tempête, Flavia parvient au Nouveau Monde. Elle est recueillie par Chris, un garçon de 18 ans. Ils tombent tous les deux immédiatement amoureux l’un de l’autre. Le jeune homme lui apprend vite que New-York est très contrôlée et que malgré son passeport, Flavia ne pourra pas circuler librement sans visa. Effectivement, la ville est étroitement surveillée, des patrouilles circulent nuit et jour dans les rues pour traquer les immigrés clandestins. Flavia parviendra-t-elle à s’intégrer sur ce continent qui semble si fermer sur lui-même ? Réussira-t-elle à rencontrer l’homme dont son grand-père lui a donné l’adresse ? Et parviendra-t-elle à comprendre ce que signifie le mystérieux code qu’il lui a confié ?

Ce livre, très rapidement lu malgré ses 330 pages, est captivant. Dès les premières pages, on accroche au personnage de Flavia, une jeune fille intelligente, curieuse de tout, courageuse mais qui a aussi ses faiblesses et ses humeurs. Si l’histoire d’amour et d’aventure est très bien ficelée – on a envie de lire le deuxième tome tout de suite – c’est le côté anticipation qui a surtout retenu mon intérêt. La vision du futur fait assez froid dans le dos : la nature semble vouloir reprendre ses droits sur des hommes qui se voilent la face. Les sociétés se totalitarisent de plus en plus pour faire face à l’angoisse de la population : les médias sont contrôlés, l’information censurée, les intellectuels et les étrangers sont pourchassés… Cette vision, si catastrophique soit-elle, n’est jamais exagérée. On voit comment la situation empire petit à petit sans que personne ne semble s’en apercevoir, comment on peut manipuler des peuples entiers sans que ceux-ci n’aient la moindre réaction et en pensant que toutes les nouvelles atteintes à leur liberté visent à leur offrir davantage de sécurité…

Encore un vrai bon roman d’aventures jeunesse, qui fera réfléchir les adolescents sur de nombreuses questions de société, à partir de 13 ans je pense. Quant à moi, je croise les doigts pour que le deuxième tome se trouve au CDI à la rentrée !

rupture réconciliée

21 Juil

J’ai débusqué ce livre dans la bibliothèque d’une amie. Je la remercie de me l’avoir prêté.

La Déchirure, Henry Bauchau

Le narrateur – dont on ne connaîtra pas le nom – est appelé au chevet de sa mère qui va mourir. Il va la veiller, avec sa soeur Poupée, durant six jours. Ce moment d’accompagnement de la mourante, comme hors du temps, va faire remonter en lui de nombreux souvenirs d’enfance qui vont s’entremêler avec les souvenirs plus récents de la psychanalyse qu’il effectue avec celle qu’il nomme la Sybille.

Les souvenirs de l’enfance sont insiste sur la relation ou l’absence de relation que le narrateur entretenait avec celle qu’il nomme justement Mérence (nom propre créé par Bauchau pour signifier à la fois la Mère et l’Absence), avec son frère aîné Olivier à la fois adulé et jalousé et avec d’autres figures familiales comme le grand-père.

Ce texte peut être qualifié de fiction autobiographique puisque Bauchau a commencé la rédaction de son livre juste après la mort de sa mère. Mais fiction car on ressent toute l’impossibilité de retracer sa vie ou son analyse dans un livre de manière juste puisque dans un certain sens ce qui est passé ne nous appartient plus. Ainsi, ce livre peut tout à fait rejoindre La vie absente de l’autobiographie de Jean Pfeiffer et le commentaire que j’en avais fait.

Si le texte peut apparaître difficile car polyphonique avec des souvenirs qui s’enchevêtrent les uns avec les autres, avec ces morceaux de passé qui font irruption dans la conscience du narrateur de façon désordonnée, tout finit par s’articuler à la fin. La mort de mère, la déchirure, l’acceptation de cette séparation est sans doute le seul moyen pour le narrateur de créer un lien qui lui semblait inexistant jusque là. La parole de la Sybille citée en exergue peut à est seule résumer le roman : « Nous ne sommes pas dans la réconciliation. Nous sommes dans la déchirure. On peut vivre aussi dans la déchirure. On peut très bien. »

J’avoue que cette lecture m’a un peu désorientée avec son style décousu qui n’est pas sans rappeler les expériences littéraires du Nouveau Roman. J’ai eu du mal à accrocher malgré les thèmes de la psychanalyse et du rapport à la mère qui me tiennent à coeur peut-être parce qu’au fond, ils ne m’ont paru qu’esquisser au profit de réminiscences dont je n’ai pas vraiment compris la symbolique. Une seconde lecture est sans doute nécessaire pour en mesurer tous les enjeux de cette oeuvre si riche en symboles…

Hommage à Hannibal Lecter

17 Juil

Me revoilà pour quelques jours et quelques lectures avant une nouvelle session de vacances un peu plus longue cette fois !

L’Invisible, Robert Pobi

Plus de trente après avoir quitté la maison dans laquelle il a grandi en Nouvelle-Angleterre , Jake Cole revient à Montauk pour s’occuper de son père, Jacob Coleridge. Ce dernier est une célébrité, un artiste peintre aussi génial que tourmenté à la croisée de Pollock et Warhol. Mais il n’est plus que l’ombre de lui-même. Atteint de la maladie d’Alzheimer, une crise de folie l’a poussé à se mettre le feu. Ses mains d’or ne sont plus que des moignons… Mais ce n’est pas le problème majeur de Jake qui ne voue pas un grand amour à un père qui a préféré passé sa vie à boire et à peindre plutôt qu’à s’occuper de son fils.

Jake possède quant à lui un autre type de don : lire les scènes de crimes et entrer dans la tête des psychopathes. Si bien que lorsque le shérif Hauser fait appel à son aide pour résoudre un double assassinat, il accepte immédiatement.

Le crime est particulièrement horrible : les deux corps – ceux d’une femme et d’un enfant – ont été retrouvés entièrement écorchés. Le meurtrier a pris soin de retirer chaque parcelle de peau de l’enfant vivant sous le regard de la mère avant d’infliger les mêmes souffrances à cette dernière. Alors que les policiers sont sous le choc à la vue de ce massacre, Jake se concentre sur les moindres détails et les photographie mentalement. L’image qu’il a sous les yeux lui rappelle instantanément un crime commis des années auparavant, jamais résolu.

Pendant ce temps, la ville est menacée par un terrible ouragan. La population doit être évacuée au plus vite. Pour Jake, le temps presse, il doit se dépêcher de retrouver le meurtrier qui a fait de nouvelles victimes. Le retrouver au plus vite car sa femme et son fils ont été enlevés…

J’ai vraiment apprécié ce roman dont j’ai dévoré les 400 pages en deux jours. L’auteur nous tient en haleine et nous balade (si j’ose dire) de la première à la dernière page. Si les meurtres évoquent tout de suite Le Silence des agneaux, ce roman n’en est pas qu’une pâle copie. Le personnage principal est plus que complexe et très atypique pour un agent du FBI. On apprend vite que son passé est plus que trouble : ancien toxico et alcoolo dépendant, un pacemaker l’aide à rester en vie et la plus grande partie de son corps est recouvert par le chant 12 de la Divine Comédie de Dante sans qu’il n’ait jamais réussi à comprendre qui avait bien pu lui faire ce tatouage et pourquoi. Le personnage du père est également intéressant. Avant de s’immoler, il a peint des milliers de tableaux semblant former une sorte de puzzle. Chaque pièce pourrait bien être une partie du visage du tueur. L’enquêteur recherche donc le criminel mais est également en quête de son passé, de la solution à sa propre énigme. Pour cela, il devra écouter ce père qu’il a si longtemps rejeté et regarder le monde d’un tout autre point de vue, afin de voir au-delà des apparences.

Un excellent thriller, machiavélique à souhait ! Un premier roman plus que réussi !

Humanoïdes survoltés

8 Juil

Un petit article avant de prendre une semaine de vacances sans lecture ou presque…

Felicidad, Jean Molla

Au début du roman, nous suivons Buisson, le Ministre du Bonheur obligatoire, qui doit participer à une réunion d’urgence convoquée par le Président à vie. Ce dernier a tenu à réunir tous ses ministres pour  leur exposer un problème majeur : une nouvelle génération de parumains(humanoïdes créés par les hommes pour accomplir diverses tâches de la vie quotidienne) dotés d’une force surnaturelle et de la capacité de prendre n’importe quelle identité conçue par le généticien Choelcher a échappé à tout contrôle. Si les services de la Sûreté intérieure ont éliminé la plupart de ces Delta 5, 12 d’entre-eux avaient été conservés dans le but d’analyser leur ADN afin de fabriquer des parumains de combat surpuissants pour l’armée. Mais ceux-ci ont voulu s’enfuir et ont tué les militaires chargés de les surveiller. Certains sont néanmoins morts. Mais il reste trois Delta 5 qui rôdent dans Felicidad et qui vont sans doute chercher à se multiplier. Il faut à tout prix les en empêcher afin de maintenir la paix dans la Grande-Europe…

Peu après la réunion, Buisson est assassiné. Le meurtre est rapidement attribué à l’un des Delta 5 même si aucune des nombreuses Sécuricams présentes dans Felicidad n’a filmé la scène. Le ministre de la Sûreté intérieure, Bérard, va faire appel à Alexis Dekcked, le meilleur lieutenant de la ville, pour mettre la main sur les Delta 5. Mais l’enquêteur ne va pas se contenter du travail qu’on lui a confié et ses recherches vont le mener à de surprenantes découvertes…

Jean Molla signe un roman d’anticipation entre polar et science-fiction qui se veut un hommage au Blade Runner de Ridley Scott et au livre de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de montons électriques, qui inspira le film. Si l’intrigue policière est bien posée et le thème de la conspiration au sein du pouvoir intéressant, je dois avouer que j’ai eu du mal à me mettre vraiment dans le roman. Je trouve que l’atmosphère de Felicidad aurait mérité d’être plus approfondie. De nombreux points intéressants (présidence à vie, vie très allongée grâce aux progrès médicaux, société ultra-sécuritaire avec caméras à chaque coin de rue, livres interdits…) sont à peine évoqués. Je trouve cela dommage. C’est comme si l’auteur avait associé plusieurs morceaux de romans d’anticipation les uns aux autres (1984, Fahrenheit 451…) sans parvenir à créer un roman avec une identité propre. C’est dommage…

Mortelles amitiés

6 Juil

Je viens enfin de terminer ce gros pavé (700 pages avec une écriture microscopique) au bout de 15 jours. Il faut dire que la fin d’année scolaire ne me laissait pas vraiment le temps de lire…

Le maître des illusions, Donna Tart

Richard Papen, jeune californien de 28 ans, est le narrateur. Il va raconter ce qui lui est arrivé une petite dizaine d’années plus tôt, lorsqu’il a débarqué à l’université de Hampden à 19 ans, dans le Vermont.

Après avoir obtenu une bourse au prix de nombreuses heures passées à remplir un tas de paperasses, Richard apprend qu’il va pouvoir suivre ses études dans la prestigieuse université de Hampden. Alors qu’il émet le souhait de s’inscrire au cours de grec ancien – cours dans lequel il avait excellé les deux années précédentes dans la petite université de sa ville natale -, son conseiller pédagogique lui explique que cela ne sera sans doute pas possible car le professeur de grec, Julian Morrow, n’enseigne qu’à un groupe d’étudiants très restreint (5 précisément) et qu’il n’accepte pas de nouvelles candidatures. Intrigué, Richard décide tout de même de se présenter à ce personnage énigmatique. Cependant, cette rencontre n’aboutit à rien, Julian refuse de prendre un étudiant supplémentaire.

Très vite, l’intérêt de Richard pour Julian et le fameux groupe des 5 va s’accentuer. Fasciné, il passe son temps à glaner des informations sur chacun. Le très hautain et très riche Henry Winter, l’excessif Edmond Corcoran (dit Bunny), le fragile Francis Abernathy et les jumeaux Charles – alcoolique notoire –  et la belle Camilla Macaulay passent leur temps à traduire du grec et lui semblent inapprochables. Ils forment une entité indissociable, coupée du monde, vivant en vase clos, ne quittant la salle du Lyceum où Julian dispense ses précieux cours que pour se rendre à la bibliothèque. C’est à cet endroit qu’après 2 semaines de cours que Richard va pouvoir aborder le groupe en les aidant à résoudre un problème de traduction. Alors que Bunny, Francis et les jumeaux le remercient chaleureusement pour son aide, Henry affiche un mépris distant à son égard. Mais quelques jours plus tard, Richard tente de nouveau sa chance auprès de Julian et est accepté dans son cours.

Le jeune boursier va peu à peu s’intégrer à ce groupe d’étudiants issus de la haute bourgeoisie. Il va vite découvrir un monde qu’il ne soupçonnait pas dans lequel règnent luxe, arrogance intellectuelle, hypocrisie et sophistication. Si les jeunes gens l’ont accepté parmi eux, Richard les soupçonne néanmoins de lui cacher quelque chose d’inavouable. Un jour, il découvre que quelques mois plus tôt, après une semaine passée à tenter de faire une bacchanale, sous l’effet de l’alcool, de la drogue, de la fatigue et de la faim, Henry, Francis, Charles et Camilla ont atrocement massacré un paysan. «  »Alors, quand Charles est revenu avec Camilla, nous sommes partis, c’est tout. Ce qui, après coup, était ce qu’il y avait de mieux à faire. Ce n’est pas comme si des équipes de détectives experts allaient grouiller au nord du Vermont. C’est un endroit primitif. Des gens y meurent sans cesse de mort violente et naturelle. nous ne savions même pas qui c’était, et rien ne nous reliait à lui. Notre seul problème était de retrouver la voiture et de rentrer chez nous sans que personne nous voie. » Il s’est penché pour se servir un peu de whisky. »Ce qui est exactement ce que nous avons fait. »

Bunny, qui n’était pas de la partie mais qui a percé le secret, menace de tout dévoiler. Plus le temps passe, plus il devient ingérable, dépensant toute la fortune de Henry lors d’un séjour à Rome et le faisant chanter à leur retour. Henry ne voit qu’une solution pour résoudre le problème : tuer Bunny !

Voilà un roman d’une cruauté et d’une perversité incroyables ! L’auteur peint avec une simplicité raffinée des personnages froids, égoïstes, imbus d’eux-mêmes, bref terrifiants. Dans cet extrait, Henry révèle froidement à Richard que lui et ses trois amis ont tué un homme :  «  »Alors, quand Charles est revenu avec Camilla, nous sommes partis, c’est tout. Ce qui, après coup, était ce qu’il y avait de mieux à faire. Ce n’est pas comme si des équipes de détectives experts allaient grouiller au nord du Vermont. C’est un endroit primitif. Des gens y meurent sans cesse de mort violente et naturelle. nous ne savions même pas qui c’était, et rien ne nous reliait à lui. Notre seul problème était de retrouver la voiture et de rentrer chez nous sans que personne nous voie. » Il s’est penché pour se servir un peu de whisky. « Ce qui est exactement ce que nous avons fait. » « 

Le suspens est intense. Alors qu’on croit avoir abouti au plus profond d’un abîme de trahison et de cruauté, l’auteur parvient à faire tomber ses personnages plus bas encore. Elle croque le cynisme de cette « bonne société » américaine à merveille. L’exploit est d’autant plus à saluer que Donna Tart a commencé à rédiger ce livre alors qu’elle avait à peine 19 ans. Elle ne terminera son manuscrit que 8 ans plus tard, en 1991. Le livre, qui a enthousiasmé Bret Easton Ellis, a connu un succès international à sa parution.  Un roman glaçant, à ne pas manquer ! Un vrai coup de coeur !