Mortelles amitiés

6 Juil

Je viens enfin de terminer ce gros pavé (700 pages avec une écriture microscopique) au bout de 15 jours. Il faut dire que la fin d’année scolaire ne me laissait pas vraiment le temps de lire…

Le maître des illusions, Donna Tart

Richard Papen, jeune californien de 28 ans, est le narrateur. Il va raconter ce qui lui est arrivé une petite dizaine d’années plus tôt, lorsqu’il a débarqué à l’université de Hampden à 19 ans, dans le Vermont.

Après avoir obtenu une bourse au prix de nombreuses heures passées à remplir un tas de paperasses, Richard apprend qu’il va pouvoir suivre ses études dans la prestigieuse université de Hampden. Alors qu’il émet le souhait de s’inscrire au cours de grec ancien – cours dans lequel il avait excellé les deux années précédentes dans la petite université de sa ville natale -, son conseiller pédagogique lui explique que cela ne sera sans doute pas possible car le professeur de grec, Julian Morrow, n’enseigne qu’à un groupe d’étudiants très restreint (5 précisément) et qu’il n’accepte pas de nouvelles candidatures. Intrigué, Richard décide tout de même de se présenter à ce personnage énigmatique. Cependant, cette rencontre n’aboutit à rien, Julian refuse de prendre un étudiant supplémentaire.

Très vite, l’intérêt de Richard pour Julian et le fameux groupe des 5 va s’accentuer. Fasciné, il passe son temps à glaner des informations sur chacun. Le très hautain et très riche Henry Winter, l’excessif Edmond Corcoran (dit Bunny), le fragile Francis Abernathy et les jumeaux Charles – alcoolique notoire –  et la belle Camilla Macaulay passent leur temps à traduire du grec et lui semblent inapprochables. Ils forment une entité indissociable, coupée du monde, vivant en vase clos, ne quittant la salle du Lyceum où Julian dispense ses précieux cours que pour se rendre à la bibliothèque. C’est à cet endroit qu’après 2 semaines de cours que Richard va pouvoir aborder le groupe en les aidant à résoudre un problème de traduction. Alors que Bunny, Francis et les jumeaux le remercient chaleureusement pour son aide, Henry affiche un mépris distant à son égard. Mais quelques jours plus tard, Richard tente de nouveau sa chance auprès de Julian et est accepté dans son cours.

Le jeune boursier va peu à peu s’intégrer à ce groupe d’étudiants issus de la haute bourgeoisie. Il va vite découvrir un monde qu’il ne soupçonnait pas dans lequel règnent luxe, arrogance intellectuelle, hypocrisie et sophistication. Si les jeunes gens l’ont accepté parmi eux, Richard les soupçonne néanmoins de lui cacher quelque chose d’inavouable. Un jour, il découvre que quelques mois plus tôt, après une semaine passée à tenter de faire une bacchanale, sous l’effet de l’alcool, de la drogue, de la fatigue et de la faim, Henry, Francis, Charles et Camilla ont atrocement massacré un paysan. «  »Alors, quand Charles est revenu avec Camilla, nous sommes partis, c’est tout. Ce qui, après coup, était ce qu’il y avait de mieux à faire. Ce n’est pas comme si des équipes de détectives experts allaient grouiller au nord du Vermont. C’est un endroit primitif. Des gens y meurent sans cesse de mort violente et naturelle. nous ne savions même pas qui c’était, et rien ne nous reliait à lui. Notre seul problème était de retrouver la voiture et de rentrer chez nous sans que personne nous voie. » Il s’est penché pour se servir un peu de whisky. »Ce qui est exactement ce que nous avons fait. »

Bunny, qui n’était pas de la partie mais qui a percé le secret, menace de tout dévoiler. Plus le temps passe, plus il devient ingérable, dépensant toute la fortune de Henry lors d’un séjour à Rome et le faisant chanter à leur retour. Henry ne voit qu’une solution pour résoudre le problème : tuer Bunny !

Voilà un roman d’une cruauté et d’une perversité incroyables ! L’auteur peint avec une simplicité raffinée des personnages froids, égoïstes, imbus d’eux-mêmes, bref terrifiants. Dans cet extrait, Henry révèle froidement à Richard que lui et ses trois amis ont tué un homme :  «  »Alors, quand Charles est revenu avec Camilla, nous sommes partis, c’est tout. Ce qui, après coup, était ce qu’il y avait de mieux à faire. Ce n’est pas comme si des équipes de détectives experts allaient grouiller au nord du Vermont. C’est un endroit primitif. Des gens y meurent sans cesse de mort violente et naturelle. nous ne savions même pas qui c’était, et rien ne nous reliait à lui. Notre seul problème était de retrouver la voiture et de rentrer chez nous sans que personne nous voie. » Il s’est penché pour se servir un peu de whisky. « Ce qui est exactement ce que nous avons fait. » « 

Le suspens est intense. Alors qu’on croit avoir abouti au plus profond d’un abîme de trahison et de cruauté, l’auteur parvient à faire tomber ses personnages plus bas encore. Elle croque le cynisme de cette « bonne société » américaine à merveille. L’exploit est d’autant plus à saluer que Donna Tart a commencé à rédiger ce livre alors qu’elle avait à peine 19 ans. Elle ne terminera son manuscrit que 8 ans plus tard, en 1991. Le livre, qui a enthousiasmé Bret Easton Ellis, a connu un succès international à sa parution.  Un roman glaçant, à ne pas manquer ! Un vrai coup de coeur !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :