Morts-vivants

28 Août

Encore un des livres « piqués » au CDI.

L’Etrange vie de Nobody Owens, Neil Gaiman

Par une sombre nuit, un personnage encore plus sombre se glisse dans la demeure de la famille Dorian. Il assassine froidement le père, la mère et leur petite fille. Afin de terminer son travail en beauté et proprement, le Jack – car c’est ainsi que se nomme ce célèbre égorgeur de Londres – s’apprête à enfoncer sa lame dans le corps du bébé. Sauf qu’il ne transperce pas un bébé mais un ours en peluche. Très vite, il part à la recherche de l’enfant… en vain.

Le bébé, sentant le danger, a quitté tant bien que mal son berceau et est sorti de la maison en rampant. Il arrive jusqu’au cimetière près de sa maison. Là-bas, les fantômes comprenant qu’il est en danger décident de le protéger. Il va être alors recueilli puis adopté par les charmants époux Owens, morts depuis plusieurs décennies… L’enfant – baptisé Nobody et surnommé Bod – va grandir au milieu des spectres, sous l’œil bienveillant de son tuteur Silas, ni vivant ni mort. Les fantômes se font une joie de lui enseigner toutes leurs connaissances : écriture, histoire, poésie mais aussi effacement, épouvante et autres sortilèges.

La vie de Bod aurait pu s’écouler tranquillement au cimetière s’il n’avait pas voulu en sortir pour découvrir le monde des vivants, son monde. Mais à l’extérieur, le garçon court de grands dangers, le Jack est toujours à sa recherche et compte bien terminer enfin sa sinistre entreprise…

Entre conte fantastico-gothique et roman d’apprentissage, L’Etrange vie de Nobody Owens plaira sans doute aux jeunes adolescents amateurs d’histoires de fantômes et autres sorcières. On suit avec plaisir l’évolution du personnage, son passage de l’enfance à l’adolescence, la période de rébellion qui l’accompagne, la découverte du sentiment amoureux porteur de joie et de déceptions. J’ai particulièrement apprécié le moment où Bod veut absolument se rendre au collège pour apprendre comme tout le monde. Alors qu’il fait tout pour passer inaperçu, il se retrouve confronté à un problème de racket et vient en aide aux 6ème en ridiculisant la brute qui les tourmentait, d’abord par des paroles intelligentes, puis par ses pouvoirs particuliers. De peur que le collège tout entier ne le prenne pour une bête de foire, il est obligé d’arrêter sa scolarité, malheureux. J’ai surtout aimé l’échange suivant, entre Bod et l’amie du persécuteur de 6ème, qui fait bien réfléchir : « – T’es bizarre, lui dit-elle. T’as pas d’amis. – Je ne suis pas venu ici pour me faire des amis, répondit Bod avec sincérité. Je suis venu pour apprendre. […] – Tu sais que c’est complètement bizarre, ça? personne ne vient à l’école pour apprendre. Enfin quoi, on vient parce qu’on est obligé. » L’auteur, Neil Gaiman, a mis une vingtaine d’années à écrire ce roman inspiré par son fils qui aimait se balader en tricycle entre les pierres tombales. Il a reçu de nombreux prix. Une belle découverte !

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