Archive | octobre, 2013

Merveilleux Merlin

31 Oct

Ceux qui me connaissent savent que je déteste la littérature médiévale. Hors, je devais préparer de nouveaux cours sur le thème des chevaliers pour mes 5ème. Afin de ne pas avoir à souffrir une indigestion de Chrétien de Troyes pour me plonger dans les légendes arthuriennes, j’ai opté pour un auteur contemporain, et j’ai bien fait !

L’Enchanteur, René Barjavel

Tout le monde connaît Merlin l’Enchanteur et lui associe l’image de vieillard à barbe avec un chapeau pointu. Dans ce roman, Merlin apparaît comme un personnage protéiforme, prenant un aspect différent selon le désir de son interlocuteur. Mais en vérité, il reste jeune et magnifiquement beau, surtout aux yeux de la belle Viviane. Les deux êtres tombent éperdument amoureux mais sont condamnés à ne pas consommer cet amour sous peine de perdre leurs pouvoirs.

Dans le même temps, Arthur et ses chevaliers de la table ronde sont à la recherche du fameux Graal mais attendent toujours le meilleur chevalier du monde, celui qui pourra s’asseoir sur le Siège Périlleux. Sera-ce Gauvain, dont la force est triplée au milieu du jour ? Perceval, dont la force n’a d’égale que la pureté de son coeur ? ou Lancelot, le fils adoptif de Viviane et Merlin ?

Les héros combattent mais surtout s’aiment, dans cette Bretagne enchantée. Arthur a épousé la belle Guenièvre, tant jalousée par Morgane, la soeur du roi, mais la charmante reine n’a d’yeux et de coeur que pour Lancelot. Perceval, après avoir goûté les délices de la chair, veut rejoindre la charmante Bénie. Mais toutes ces histoires sont impossible, à l’image de celle entre Viviane et Merlin.

Je dois avouer avoir particulièrement apprécié ce roman où se mêlent scènes de combats épiques et quêtes et amour impossibles, le tout baigné dans l’atmosphère surnaturelle d’une Bretagne mythique. J’ai vraiment aimé l’écriture de Barjavel, que je n’avais jamais lu jusqu’à présent, et la façon dont il parvient à introduire de l’humour dans la légende grâce au décalage provoqué par de nombreux anachronismes. J’ai même rit lorsque Merlin offre à une pauvre vielle paysanne des boites de conserves avec de la choucroute et du cassoulet, qui se régénèrent dans son placard dès qu’elle a terminé son repas. Merlin a même inventé les canettes de cidre ! J’ai franchement trouvé cela très drôle.

Barjavel m’a réconciliée avec les légendes des chevaliers du Moyen-âge, et pourtant, ce n’était pas gagné ! Chapeau l’Enchanteur !

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Au nom du père

28 Oct

Voilà longtemps que ce titre m’attirait. J’ai profité de mon inscription à la médiathèque de Nevers pour emprunter approfondir ma connaissance de l’univers d’un de mes auteurs fétiches.

L’Invention de la solitude, Paul Auster

Le livre est construit en deux parties : « Portrait d’un homme invisible » et « Le Livre de la mémoire ».

La première partie est consacrée au père de Paul Auster. Celui-ci vient d’apprendre son décès et tente de tracer le portrait d’un homme dont il ne sait, au fond, pas grand chose. Ce père invisible, cette présence absente, a néanmoins marqué la vie du jeune Paul. C’est grâce à sa mort que l’auteur va pouvoir devenir écrivain et grâce à sa mort qu’il va pouvoir naître à lui-même. Cette mort permet aussi à l’auteur de convoquer le souvenir familial et d’évoquer le fonctionnement pour le moins complexe de sa famille.

C’est ainsi que nous arrivons au second livre, au « Livre de la mémoire ». Alors que le premier livre était écrit à la première personne, celui-ci est écrit à la troisième. Auster prend de la distance vis-à-vis de sa propre existence, se détache de lui en ne se nommant que par l’initiale de son nom. Comme l’indique le titre, Auster plonge dans ses souvenirs tout en élaborant une réflexion sur la littérature et les auteurs : « Tout livre est l’image d’une solitude. C’est un objet tangible, qu’on peut rammasser, déposer, ouvrir et fermer, et les mots qui le composent représentent plusieurs mois, sinon plusieurs années de la solitude d’un homme, de sorte qu’à chaque mot lu dans un livre on peut se dire confronté à une particule de cette solitude. »

L’Invention de la solitude est le premier livre de Paul Auster et sert, pour ainsi dire, de manifeste à son oeuvre future. On trouve là les prémices de nombreux thèmes récurrents tels que l’errance et la claustration (avec le thème de la chambre, univers clos qui permet à l’auteur de plonger au fond de lui pour mieux se trouver tout comme le fait de se perdre dans les rues labyrinthiques d’une ville inconnue), la dissolution du moi (les personnages sans identités propres peuvent en revêtir plusieurs) et enfin, son amour pour les coïncidences,  le hasard, qui font se rassembler des événements qui semblent très lointains.

A la fois autobiographie et roman de formation, cette lecture est vraiment indispensable pour apprécier pleinement l’oeuvre de ce grand auteur contemporain.

Un petit air breton

26 Oct

Ce livre a été écrit par mon allergologue… Comme quoi les médecin peuvent aussi aimer la littérature puisqu’il s’agit déjà de son troisième ouvrage.

Morrison’s Jig, Michel Brignot

Andy, ses deux compagnons Fergus et Dermot, ainsi que la ravissante et richissime Shauna – de jeunes irlandais étudiant au Trinity College de Dublin – profitent de la canicule qui réchauffe la France durant l’été 1976 pour s’offrir une croisière sur un voilier le long des côtes bretonnes. Rien ne semble pouvoir entacher leurs vacances qui se déroulent au rythme de l’air traditionnel irlandais Morrison’s Jig, interprété à la flûte à longueur de journées par Fergus…

En parallèle, nous découvrons la querelle confraternelle entre Augustin Fresnel et William Rowan Hamilton, deux physiciens français et irlandais du XIXème, qui se livrent une bataille autour d’une question d’optique. Fresnel inventera la lentille à échelon (dite lentille de Fresnel) qui permettra d’augmenter le pouvoir d’éclairage des phares tandis que son homologue d’outre-Manche restera dans l’ombre de ce succès.

Evidemment, ces deux histoires ont un lien. D’abord parce que Hamilton enseignait au Trinity College et que Fresnel a été admis comme membre à la Royal Society. Mais ce n’est pas tout. Un siècle plus tard, un vieux professeur de l’université de Dublin, Jonh Irvine, ne s’est toujours pas remis du manque de reconnaissance de la société britannique vis-à-vis de Hamilton au profit de Fresnel et passe son temps à se venger de cet affront pendant ses cours d’optique. Andy et sa bande, qui adorent leur professeur, ont décidé de venger Hamilton et en même temps d’effacer la défaite de l’équipe nationale de rugby face au quinze tricolore pendant leur balade estivale…

Dans le même temps, le gardien du phare des Triagoz à mystérieusement disparu et la lanterne a été totalement détruite. Le seul témoin du drame est la mouette du gardien. Le commissaire Le Quéré et son adjoint Pierre Josserand vont devoir percer ce mystère…

On se laisse aisément prendre à cette histoire qui pouvait paraître un peu alambiquée de prime abord. Mais les personnages sont très bien dépeints et l’on finit par s’attacher à ce pauvre Hamilton ! Personnellement, j’ai tout particulièrement apprécié le personnage de Pierre Josserand, malade comme un chien à chaque fois qu’il met les pieds sur un bateau (disons que ça m’évoque des souvenirs…) Bravo à toi Michel !

Magique !

21 Oct

J’ai testé – et approuvé ! – une nouveauté du CDI.

Oksa Pollock – L’Inespérée – tome 1, Anne Plichota et Cendrine Wolf

Oksa Pollock a 13 ans. Elle vient d’emménager à Londres où son père, Pavel Pollock, a décidé d’ouvrir un restaurant avec son fidèle associé Pierre Bellanger. Alors qu’elle fait sa rentrée dans un lycée français, elle ne rêve que d’une chose : se retrouver dans la même classe de 4ème que son meilleur ami, Gus, le fils de Pierre. La chance est du côté des deux ados fous de joie d’être ensemble. Mais ce bonheur ne sera qu’éphémère. En effet, leur prof de maths-science, le détestable M. McGraw, semble avoir décidé de leur pourrir l’existence. Et dans les couloirs, une grosse brute de 3ème les a choisi comme souffre-douleur.

Mais les choses ne sont pas si noires dans la vie d’Oksa. A la maison, elle peut compter sur ses parents et son extravagante grand-mère, la pétulante Dragomira, pour lui remonter le moral. Et puis, ces derniers temps, il se passe des choses bizarres : une partie de son bureau a étonnamment pris feu et des objets semblent se déplacer sans qu’elle ne les touche ! Dans le même temps, une étrange étoile vient se tatouer sur son ventre. Terrifiée, elle cache cette découverte…

Bientôt, Oksa comprend qu’elle est dotée de pouvoirs magiques. Mais ce qui la stupéfait le plus, c’est qu’elle n’est pas la seule : sa grand-mère, son père et une bonne partie de sa famille le sont aussi ! Pendant des années, tout son entourage lui a menti. A peine remise de ces découvertes, sa grand-mère lui révèle toute la vérité concernant ses origines : la famille Pollock vient d’Edéfia, un monde invisible, caché, dont on a perdu l’entrée. Oksa est une Gracieuse, c’est-à-dire qu’elle appartient en quelque sorte à la famille royale (comme sa grand-mère). Elle est leur Inespérée, leur seul espoir de pouvoir un jour regagner Edéfia…

Forcément, à partir de là, la vie d’Oksa va se trouver totalement bouleversée ! Elle va devoir conjuguer sa vie de collégienne ordinaire et sa vie de magicienne « élue » soit jongler entre devoirs de maths et cours de granokologie et de volticalage (en français courant : lancer des sorts à l’aide d’une sorte de baguette magique et voler dans les airs). Ses pouvoirs sont immenses : elle peut déplacer des objets à distance, créer des tempêtes, s’envoler ou marcher sur les murs, envoyer les gens valser à l’autre bout d’une pièce sans les toucher… mais ils lui seront bien plus que nécessaires pour affronter le terrible complot qui la menace…

J’ai littéralement dévoré ce roman ! Et je n’ai apparemment pas été la seule puisque après avoir été auto-édité, ce livre a connu un tel succès auprès des jeunes lecteurs que ses auteures ont pu publier chez un vrai éditeur. Un vrai conte de fée pour elles donc ! Certes, ça rappelle grandement Harry Potter, magie, bestioles farfelues et enfant « marqué » obligent. Mais le roman réussit à s’en détacher avec l’histoire de la quête pour retrouver le pays perdu et surtout son côté délirant, façon famille Foldingue (grâce aux Foldingots justement, des créatures bizarres qui ont une façon de s’exprimer des plus étonnantes). La seule chose qui m’a perturbé est la débauche de néologismes, certes nécessaires pour créer un univers, mais parfois si envahissants que le texte en devient confus. Mais je pense que les jeunes lecteurs ne se focaliseront pas sur ce genre de détails, au contraire !  J’attends donc de lire la suite avec impatience, car le premier tome se clôt sur un suspens insoutenable !

Famille je vous « haime »

16 Oct

C’est avec une grande surprise et un grand plaisir que j’ai découvert ce livre dans ma boîte aux lettres vendredi dernier, offert par les éditions Belfond. Je les en remercie ! 

La liste de Freud, Goce Smilevski

1938. Vienne. Les troupes d’Hitler s’apprêtent à envahir l’Autriche. Depuis quelques temps déjà, la vie s’est beaucoup durcie pour les Juifs. SIgmund Freud profite de sa renommée pour obtenir un visa pour l’Angleterre. On lui permet de dresser une liste de personnes qu’il souhaiterait emmener avec lui. Sur cette liste figurent : son épouse, ses enfants, sa belle-soeur, ses deux femmes de ménage, son médecin et sa famille, et son chien. Les grandes absentes : ses quatre soeurs : Pauline, Maria, Rosa et Adolfina, la narratrice. Pourtant, voilà des mois qu’elles le sollicitaient pour obtenir le précieux sésame qui leur permettrait d’échapper à la barbarie nazie. La seule explication qu’il leur donnera : « cette situation n’est que provisoire pour le pays ».

Quelques mois plus tard, Freud meurt, à 82 ans, d’un cancer de la mâchoire qui le rongeait depuis des années. Adolfina et ses soeurs sont bloquées en Allemagne. Le 29 juin 1942, elles sont emmenées dans un camp de travail. Adolfina y fait la rencontre d’Otla Kafka, la soeur du célèbre écrivain. Au bout de quelques mois, elles sont embarquées dans un train de marchandises. A leur arrivée, elles sont enfermées dans une chambre à gaz. Juste avant de mourir, Adolfina se remémore sa vie…

Voilà un texte bouleversant. Vraiment. On ne peut que s’attacher à la narratrice et être révolté de l’attitude du brillant savant vis-à-vis de sa famille. Révolté contre cette société patriarcale contre laquelle se bat l’amie d’Adolfina, Clara Klimt, la soeur du peintre. Contre laquelle se battent et perdent toutes ces femmes condamnées à rester dans l’ombre de leurs frères, de leurs maris, de leurs pères. Evidemment, il s’agit d’un roman et l’auteur prend donc des libertés avec la vérité historique puisque aucun témoignage ne peut confirmer que Freud a sciemment condamné à mort ses soeurs septuagénaires. N’en reste pas moins la maltraitance morale infligée aux femmes à cette époque, destinées uniquement à enfanter et à rester derrière leurs fourneaux.

L’auteur nous permet également de nous plonger dans l’univers de la psychiatrie de l’époque avec une incursion dans le Nid, établissement psychiatrique « révolutionnaire » à Vienne à l’époque, où les patients, s’ils ne sont plus maltraités physiquement et considérés enfin comme des malades, n’en sont pas moins vus comme des « sous-hommes » par le professeur qui en a la charge et qui semble prendre un plaisir sadique à les malmener dans le but de les « guérir ». On voit également, en toile de fond, l’avancée des découvertes de Freud sur l’inconscient.

Les passages qui m’ont le plus touchée sont ceux qui évoquent les relations plus que difficiles entre Adolfina et sa mère. Ils donnent lieu, à mon sens, aux moments les plus émouvants du livre, notamment lorsqu’ils évoquent l’impossibilité de communiquer entre les deux femmes et la douleur que ressent Adolfina qui ne pourra pas avoir d’enfants : « je suis amputée d’une part de moi-même et un sentiment persistant d’absence, de manque, de vide, me rend démunie face aux exigences de la vie ».

Ce texte est un roman et donc à lire comme tel. Freud n’est là que comme prétexte à l’histoire de toutes ces femmes oubliées. A découvrir d’urgence !

Intrigue mathématicienne

11 Oct

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce livre dont le titre m’intriguait beaucoup. C’est chose faite, et ça n’a pas été sans peine…

Le théorème du perroquet, Denis Guedj

Paris. Rue Ravignan dans le quartier de Montmartre. Monsieur Ruche, 84 ans, libraire, partage son grand appartement avec Perrette Liard qui le seconde depuis une vingtaine d’années aux Mille et Une Feuilles et ses enfants, les jumeaux Jonathan-et-Léa, « trente-trois ans et trois mètres quarante à eux deux », et Max, 12 ans, adopté tout bébé et sourd. Un jour, il reçoit une lettre mystérieuse venant d’Amazonie. Celle-ci a été écrite par un vieil ami de fac, Elgar Grosrouvre, perdu de vue depuis plus de 50 ans et exilé à Manaus. Celui-ci, se sentant menacé – par quoi, par qui, il ne le dit pas – lègue toute sa bibliothèque à Pierre Ruche. Pas n’importe quelle bibliothèque, la plus belle bibliothèque du monde spécialisée dans les mathématiques, avec des dizaines de livres vieux de plusieurs siècles !

Ruche n’a pas le temps de se remettre du choc que les livres font leur apparition et qu’il apprend la mort de son ami. Il décide donc, contraint par le sort, de sortir les livres des caisses et de les ranger dans ce qu’il nommera la BDF (Bibliothèque de la Forêt). Oui mais voilà, comment classer ces livres ? Monsieur Ruche ne connaît rien aux maths, lui, c’était la philosophie qui le branchait. Le voilà donc obligé de se mettre aux mathématiques pour ranger les ouvrages.

Mais le rangement n’est pas le seul de ses soucis. Il veut aussi élucider le mystère de la disparition de Grosrouvre. Pour l’aider, il peut compter sur sa famille de coeur. Et sur Nofutur, un perroquet magnifique, sauvé des mains de trafiquants d’animaux aux Puces par le jeune Max. Pour résoudre le problème Grosrouvre, tout ce brave monde va devoir se plonger dans un long voyage dans l’histoire des mathématiques, de l’Antiquité grecque à nos jours…

Je m’arrête là pour résumer ce gros pavé de plus de 650 pages. Une fois n’est pas coutume, j’avoue avoir sauté des pages. Non pas parce que je m’ennuyais. Mais parce que je ne comprenais rien ! Des pages remplies de théorèmes, de figures géométriques et autres développements mathématiques !

A part ça, j’ai bien aimé l’intrigue de fond. J’ai pu découvrir aussi à quel point les mathématiques étaient liées à la philosophie et j’ai appris des tas de choses sur les hommes qui pour moi n’étaient que des noms de théorèmes : Thalès, Pythagore et Archimède n’ont plus de secrets pour moi ! Enfin, si, car la somme d’informations est telle que je n’ai pas pu tout retenir et que je me suis un peu emmêlé les pinceaux avec toutes les histoires. Mais il fallait y penser à cette enquête quasi policière sur fond de maths. Cela m’a fait penser au Monde de Sophie de Jostein Gaarder, qui permettait, lui, de découvrir la philosophie.

Le tout est raconté avec une telle vivacité, les personnages sont dotés d’un tel enthousiasme pour connaître la vie des mathématiciens et résoudre leur énigme que je me suis laissée emporter moi-aussi. De nombreuses touches humoristiques parsèment également ce roman qui constitue donc une lecture à la fois ludique et instructive. Peut-être de quoi réconcilier les plus réfractaires -comme moi- avec cette science !

Entre deux mères

2 Oct

Ce livre m’a été offert par les éditions Stock via le site Libfly. Je les en remercie vivement !

Une vie entre deux océans, M.L. Stedman

L’action se passe en Australie, juste après la première Guerre Mondiale. Tom Sherbourne, rescapé de l’horreur des tranchées, trouve un emploi bien particulier de retour au pays. Il va devenir le nouveau gardien du phare de l’île pour le moins sauvage de Janus, située entre l’océan Indien et le grand océan du Sud. L’endroit, coupé du monde, lui semble parfait pour retrouver un semblant de paix intérieure après avoir combattu et tué des hommes à la guerre.

Rapidement, il fait néanmoins la connaissance d’Isabel, qui vit dans la petite bourgade de Partageuse, juste en face du phare. Les deux jeunes gens ne tardent pas à se marier. Isabel s’installe sur l’île et vit avec Tom de merveilleux moments de bonheur.

Mais cette félicité ne sera que de courte durée. Isabel et Tom ne parviennent pas à avoir d’enfant. La jeune femme enchaîne les fausses-couches et la dernière, à plusieurs de grossesse, est particulièrement traumatisante.

Quelques jours seulement après ce triste événement, un canot vient s’échouer sur Janus. A son bord : un homme mort, un cardigan de femme et un bébé de quelques mois à peine… vivant ! Isabel supplie Tom de ne pas mentionner « l’incident » dans son registre le jour même. Evidemment, le lendemain, elle ne peut plus se défaire de l’enfant qu’elle a commencé à allaiter et Tom n’a pas le coeur à voir souffrir encore sa femme…

Les conséquences de leur choix vont se révéler redoutables puisque la mère de la fillette est toujours en vie et réside à Partageuse…

Si j’avoue avoir eu du mal à me plonger dedans en raison des 40 premières pages un peu trop descriptives à mon goût, je me suis ensuite littéralement laissée absorber par l’intrigue. Dès le moment où Tom et Isabel recueillent la petite fille, on sait qu’ils courent à la catastrophe et qu’ils finiront tôt ou tard par se faire engloutir par leur mensonge. Un mensonge qui s’amplifie au fil du roman, qui grossit et qui telle une vague va plonger tous les protagonistes dans le malheur.

On pourra apprécier les jeux sur l’onomastique. Le phare – Janus – et la ville – Partageuse. Janus ou les deux visages de ce couple apparemment charmant, qui, traumatisé par la certitude de ne jamais connaître un bonheur complet va prendre une décision qui va totalement les dépasser. Partageuse, puisque la petite fille va se retrouver partager entre deux femmes : sa mère biologique et Isabel, sa mère de coeur. La petite fille, rebaptisée Lucy – lumière – par ses parents d’adoption, mais qui leur apportera tant d’ombre après le bonheur initial; et bien-nommée Grace par sa véritable mère puisqu’elle réchappe à la mort se façon providentielle.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est le fait que cette histoire émouvante ne tombe pas dans le pathos et réussit formidablement à tenir le lecteur en haleine jusqu’à la fin. Ce premier roman de M.L. Stedman est une telle réussite que Dreamworks a déjà acquis les droits d’adaptation et que le réalisateur est déjà trouvé.

Une très jolie lecture qui, je n’en doute pas, saura se faire une place en cette rentrée littéraire !