Famille je vous « haime »

16 Oct

C’est avec une grande surprise et un grand plaisir que j’ai découvert ce livre dans ma boîte aux lettres vendredi dernier, offert par les éditions Belfond. Je les en remercie ! 

La liste de Freud, Goce Smilevski

1938. Vienne. Les troupes d’Hitler s’apprêtent à envahir l’Autriche. Depuis quelques temps déjà, la vie s’est beaucoup durcie pour les Juifs. SIgmund Freud profite de sa renommée pour obtenir un visa pour l’Angleterre. On lui permet de dresser une liste de personnes qu’il souhaiterait emmener avec lui. Sur cette liste figurent : son épouse, ses enfants, sa belle-soeur, ses deux femmes de ménage, son médecin et sa famille, et son chien. Les grandes absentes : ses quatre soeurs : Pauline, Maria, Rosa et Adolfina, la narratrice. Pourtant, voilà des mois qu’elles le sollicitaient pour obtenir le précieux sésame qui leur permettrait d’échapper à la barbarie nazie. La seule explication qu’il leur donnera : « cette situation n’est que provisoire pour le pays ».

Quelques mois plus tard, Freud meurt, à 82 ans, d’un cancer de la mâchoire qui le rongeait depuis des années. Adolfina et ses soeurs sont bloquées en Allemagne. Le 29 juin 1942, elles sont emmenées dans un camp de travail. Adolfina y fait la rencontre d’Otla Kafka, la soeur du célèbre écrivain. Au bout de quelques mois, elles sont embarquées dans un train de marchandises. A leur arrivée, elles sont enfermées dans une chambre à gaz. Juste avant de mourir, Adolfina se remémore sa vie…

Voilà un texte bouleversant. Vraiment. On ne peut que s’attacher à la narratrice et être révolté de l’attitude du brillant savant vis-à-vis de sa famille. Révolté contre cette société patriarcale contre laquelle se bat l’amie d’Adolfina, Clara Klimt, la soeur du peintre. Contre laquelle se battent et perdent toutes ces femmes condamnées à rester dans l’ombre de leurs frères, de leurs maris, de leurs pères. Evidemment, il s’agit d’un roman et l’auteur prend donc des libertés avec la vérité historique puisque aucun témoignage ne peut confirmer que Freud a sciemment condamné à mort ses soeurs septuagénaires. N’en reste pas moins la maltraitance morale infligée aux femmes à cette époque, destinées uniquement à enfanter et à rester derrière leurs fourneaux.

L’auteur nous permet également de nous plonger dans l’univers de la psychiatrie de l’époque avec une incursion dans le Nid, établissement psychiatrique « révolutionnaire » à Vienne à l’époque, où les patients, s’ils ne sont plus maltraités physiquement et considérés enfin comme des malades, n’en sont pas moins vus comme des « sous-hommes » par le professeur qui en a la charge et qui semble prendre un plaisir sadique à les malmener dans le but de les « guérir ». On voit également, en toile de fond, l’avancée des découvertes de Freud sur l’inconscient.

Les passages qui m’ont le plus touchée sont ceux qui évoquent les relations plus que difficiles entre Adolfina et sa mère. Ils donnent lieu, à mon sens, aux moments les plus émouvants du livre, notamment lorsqu’ils évoquent l’impossibilité de communiquer entre les deux femmes et la douleur que ressent Adolfina qui ne pourra pas avoir d’enfants : « je suis amputée d’une part de moi-même et un sentiment persistant d’absence, de manque, de vide, me rend démunie face aux exigences de la vie ».

Ce texte est un roman et donc à lire comme tel. Freud n’est là que comme prétexte à l’histoire de toutes ces femmes oubliées. A découvrir d’urgence !

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