Or noir

27 Nov

Merci encore à Muriel qui m’a prêté ce magnifique roman !

Pétrole ! , Upton Sinclair

Début du XXème siècle. J. Arnold Ross, magnat du pétrole, parcourt les routes américaines avec son fils, Bunny, au volant de sa voiture de sport, à la recherche de nouveaux champs de pétrole à prospecter. Le petit garçon est plein d’admiration pour son Papa – ancien muletier désormais millionnaire – véritable modèle de réussite du rêve américain.

Lors d’une soirée au cours de laquelle Papa tente de mettre la main sur des terrains pétrolifères à moindre coût, Bunny fait une rencontre qui va bouleverser le cours de vie. Paul est un garçon un peu plus âgé que lui. Il vient de s’enfuir de chez son père et crève littéralement de faim. Il demande à Bunny de bien vouloir lui ouvrir la porte de la cuisine de sa tante afin qu’il puisse prendre de quoi se sustenter. Il promet au petit garçon de rembourser la femme dès qu’il en aura les moyens. Bunny est émerveillé par cet être famélique à la force d’esprit hors du commun, qui refuse son aide financière et qui veut vivre sa vie loin de sa famille fanatique, libre de penser par lui-même. Paul s’en va. Bunny fera tout pour le retrouver.

Quelques mois plus tard, lors d’une partie de chasse aux cailles, Bunny s’aperçoit que leur terrain de jeu recouvre sans doute du pétrole. Il supplie son père de l’acheter ainsi que la ferme qui abrite la famille ruinée du fameux Paul. Les deux garçons finissent par se retrouver et Bunny est à nouveau fasciné par le garçon qui a réussi à se débrouiller seul, à s’instruire et à se construire un mode de penser personnel tandis que lui demeure sous la coupe de son père.

Les années passent. Pour J. Arnold Ross, tous les moyens sont bons pour s’enrichir : corruption, quasi esclavagisme des ouvriers… Lors d’une grève de ces derniers, Bunny qui a grandi, grâce à Paul, ouvre enfin les yeux sur les pratiques de son père. Refusant de mener une vie de mensonges et de profiter de la faiblesse des autres pour faire fortune, il va  tenter tant bien que mal de se dégager de son emprise et de tracer son propre chemin, en opposition à celui que lui offrait son papa. Le jeune homme s’oriente vers le socialisme et continue à côtoyer Paul engagé dans le communisme en pleine période de chasse aux sorcières…

Voilà un magnifique exemple de bildungsroman. Par le biais de Bunny qui grandit et s’émancipe peu à peu de l’autorité suprême d’un père charismatique, Upton Sinclair dresse le portrait de l’Amérique de son époque : pauvreté intellectuelle des basses couches de la société, fanatisme religieux, course à l’argent, développement du cinéma, prohibition, capitalisme grandissant, propagande politique, corruption… tout y passe ! Et l’ensemble raconté dans un style génial. Certains pourraient sans doute dire sans style, puisqu’il s’agit là de langage parlé. Le discours indirect libre est en effet roi dans ce roman d’apprentissage et permet à l’auteur/narrateur de laisser aller son regard ironique et grinçant sur le monde qui l’entoure et ses propres personnages. Plus de 700 pages exquises ! Un très grand roman ! Il a d’ailleurs inspiré Paul Thomas Anderson qui l’a porté à l’écran sous le titre de There Will Be Blood. Je suis pressée de voir si le réalisateur est parvenu à rendre ce ton si particulier dont je vous donne un exemple ici pour conclure (toute ressemblance avec une situation actuelle n’est que purement fortuite !) :

Début du roman, le père et son fils sont en voiture en rase campagne et en profitent pour rouler entre 80 et 100 kms au lieu des 50 autorisés, le père voit un agent de police à l’horizon : « Oh ! Oh! voilà une aventure palpitante pour un jeune garçon ! Il aurait bien voulu regarder et se rendre compte, mais il comprenait qu’il devait se tenir assis, les yeux fixés droits devant lui, l’air complètement innocent. Il n’avaient jamais de leur vie marché à plus de 50 km/h, et si quelque agent de la circulation croyait les avoir vus descendre la côte plus vite que cela, c’était une pure illusion d’optique, l’erreur naturelle à un homme chez qui la profession a détruit toute confiance dans l’espèce humaine. Eh oui, ce doit être une chose terrible d’être « agent de la vitesse » et d’avoir pour ennemi tout le genre humain ! S’abaisser à des actes aussi peu honorables que celui de se cacher dans les buissons, un chronomètre à la main […] Il choisissait un endroit où l’on pouvait aller vite en toute sécurité et où il savait que tous voudraient se dégourdir après avoir été retenus si longtemps là-haut, dans les montagnes, par les lacets et les routes grasses. C’était comme cela qu’ils se souciaient du franc-jeu, ces agents de la vitesse ! » 

 

Publicités

4 Réponses to “Or noir”

  1. carolivre novembre 27, 2013 à 2:44 #

    Il a l’air très intéressant même si j’avoue que la grosseur me fait un peu peur.

    J'aime

    • naurile novembre 28, 2013 à 8:26 #

      Oui, moi aussi ça m’a rebuté au début, mais une fois lancée, c’est allé. J’en ai un encore plus gros que ma collègue m’a passé : 950 pages en écriture minuscule ! mais je vais attendre un peu !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :