Anima sana in corpore sano

22 Déc

J’ai bien plus qu’un corps en commun avec cette philosophe…

La philosophie du corps, Michela Marzano

Je vous vois d’ici hausser les sourcils et pousser un grand soupir devant le titre du livre du jour… philosophie ! C’est pour changer de la psychanalyse les amis ! Je vous rassure, l’oeuvre publiée chez Que sais-je ? est très accessible.

Les termes « philosophie » et « corps » peuvent paraître d’emblée antagonistes puisque les philosophes ont toujours préféré s’occuper de l’âme plutôt que de la corporéité synonyme bien souvent de fardeau et de finitude. Mais quoiqu’on fasse, le corps reste l’objet par lequel nous sommes rattachés au monde et c’est la première chose que l’on offre à voir de nous aux autres. Voilà pourquoi poser la question du corps d’un point de vue philosophique semble au final parfaitement approprié.

Dans une première partie, Marzano expose les théories platoniciennes selon lesquelles le corps serait une prison pour l’âme. Pour Descartes, il existe également une dualité de l’âme et du corps. Il voit d’ailleurs ce dernier comme une machine mais cherche à comprendre comment l’âme et le corps peuvent interagir et l’expliquera par l’existence de la glande pinéale , lieu privilégié où l’âme peut exercer ses fonctions. Mais comme le souligne justement Mazano, le problème n’est pas vraiment résolu : « car si la glande est corporelle, comment l’âme immatérielle peut-elle agir sur elle? » Ce premier chapitre théorique est suivi de chapitres qui collent à des questions d’actualité sur le corps, la maîtrise recherchée par le biais des régimes, de la chirurgie esthétique ou la volonté de le faire disparaître derrière les écrans d’ordinateurs.

Dans la deuxième partie, on découvre la théorie de monisme de Spinoza qui ne fait plus de l’âme et du corps deux substances différentes mais qui en fait deux parties d’un ensemble unique : « L’Ame et le Corps sont un seul et même individu qui est conçu tantôt sous l’attribut de la Pensée, tantôt sous celui de l’Etendue » (L’Ethique). Donc l’individu est à la fois âme et corps, la dualité cartésienne est résolue avec Spinoza. Par la suite, Nietzsche pensera que le corps est premier donc qu’il ne peut y avoir d’existence sans corps. Du coup, plus rien ne sert de vouloir distinguer âme et corps puisque cette dualité n’a aucun sens. Suivent des questionnements concrets très intéressants sur la maladie et les greffes. Comment accepter comme étant soi un morceau d’autrui ?

Je ne vais pas faire un résumé exhaustif de l’oeuvre qui comporte 5 parties. Par la suite, la philosophe s’interroge sur la place de la culture et la différence des sexes, sur la réduction de l’homme à sa matérialité, à un corps sans âme comme le prônera le marquis de Sade et finira par poser la question de la sexualité.

En conclusion, impossible de penser sans son corps puisque que « chacun est son corps, tout en l’ayant. Chacun a son corps, tout en l’étant. » Et bien que ce corps nous rappelle constamment notre finitude et puisse nous sembler parfois un fardeau, c’est par lui que notre expérience au monde et aux autres se réalise.

J’ai vraiment apprécié ce petit opuscule assez accessible. On ne s’étonnera pas que la philosophe italienne ait consacré une bonne partie de sa carrière à la question de la corporéité puisqu’elle a souffert d’anorexie, symptôme qui met le corps en première ligne. Elle a d’ailleurs publié un témoignage à ce sujet, Légère comme un papillon.

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