Archive | janvier, 2014

Conte pervers

31 Jan

Le nom de cet auteur me disait quelque chose alors j’ai testé avec ce tout petit livre dont le titre m’a interpellée.

Premier amour – un conte gothique, Joyce Carol Oates

Josie a onze ans lorsque sa mère, Délia, décide de quitter subitement le domicile conjugal sans explication et de partir vivre chez sa grand-tante, Esther Burkhardt. La fillette fait la connaissance de son cousin, Jared, séminariste de 25 ans.

Josie est tout de suite fascinée par ce bel étudiant en théologie, mystérieux, distant, constamment plongé dans ses livres, enserrer dans d’impeccables chemises blanches amidonnées. Un après-midi d’été, Josie le rencontre, torse nu, au bord de la rivière longeant l’arrière de la maison des Burkhardt…

Dès le départ, l’atmosphère créée par l’auteur nous emmène dans un univers à la fois onirique et pervers. Dans une maison où règnent les secrets des adultes, la petite Josie est réduite malgré elle au silence. Avant même qu’il ne se passe quoi que ce soit, on se doute que la petite coure à sa perte. D’une tension érotique intense, ce livre à l’écriture poétique qui ne dit pas un mot de sexe révèle l’inquiétante perversité du personnage de Jared qui dicte les règles de son jeu à une Josie aussi apeurée qu’attirée. Très bonne lecture !

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Un peu d’amour…

28 Jan

La semaine dernière, en me baladant dans les rayons de la médiathèque, je me suis dit : « Tiens, je n’ai jamais lu de Houellebecq ! » Ayant quelques préjugés (négatifs) sur cet auteur, j’ai jeté mon dévolu sur un petit roman, remettant la lecture de La possibilité d’une île à plus tard…

Extension du domaine de la lutte, Michel Houellebecq

Le héros est un jeune cadre en informatique de trente ans. On ne connaîtra pas son nom. Mais ce n’est pas important. Ni pour lui, ni pour personne. S’il gagne très bien sa vie, il ne sait pas vraiment à quoi ça lui sert puisqu’il n’a pas vraiment de vie à côté du travail. Après une histoire d’amour malheureuse, voilà plus de deux ans qu’il est célibataire et qu’il n’a eu de rapport avec aucune femme.

Sa vie lui apparaît donc foireuse mais pas davantage que celle de son binôme de travail, un pauvre type de vingt-huit ans, toujours puceau, qui recherche désespérément à rencontrer une femme avec qui passer la nuit voire plus si affinités.

D’entrée de jeu, on sait que l’auteur ne fera pas dans le pathos. En effet, le narrateur prévient, en parlant de la psychologie des personnages dans les romans : « Toute cette accumulation de détails réalistes, censés camper des personnages nettement différenciés, m’est toujours apparue, je m’excuse de le dire, comme une pure foutaise. […] Pour atteindre le but autrement philosophique, que je me propose, il me faudra au contraire élaguer. Simplifier. Détruire un par un une foule de détails. »

Tout est dit. Le narrateur va porter un regard froid et distant sur une société capitaliste glaciale dans laquelle les rapports humains sont purement factices. Tout n’est que course à la réussite (financière, sexuelle…) mais cette réussite apparente n’est là que pour combler la vacuité des existences.

Notre anti-héros se distancie de plus en plus de cette société où tous ceux qui l’entourent semblent encore lutter, du moins s’agiter, pour un peu d’amour, d’argent et de sexe. Peu à peu, il devient incapable de rester dans la course, il ne parvient plus à lutter et sombre dans la dépression, en marge de toute cette activité vaine de sens.

J’ai vraiment apprécié ce texte à l’écriture minimaliste, froide, qui cadre vraiment bien avec le personnage principal, mais qui peut faire froid dans le dos à certains moments du roman. Une bonne surprise ! En recherchant l’image de la couverture, j’ai d’ailleurs appris qu’un film avait été réalisé en 1999 par Philippe Harel.

Humour nippon

25 Jan

Voilà un petit moment qu’on m’avait chaudement recommandé ce livre connaissant mon goût pour la littérature japonaise.

Je suis un chat, Natsume Sôseki

Je ne ferai pas de long résumé puisqu’il est sans doute impossible de synthétiser convenablement un tel monument de la littérature. Pour faire court et simple, un chat au savoir quasi encyclopédique raconte son quotidien et celui de son maître, le professeur Kushami. Rien n’échappe à l’oeil acerbe du félin qui ne cesse de s’interroger sur les comportements pour le moins étrange des humains.

Sôseki livre ici une satire magistrale de la société japonaise en pleine mutation au début de cette ère Meiji (à partir de 1868). Dans la maison de Kushami (double de Sôseki qui ne craint nullement de se moquer de lui-même), se succèdent des personnages plus caricaturaux les uns que les autres dont Meitei qui ne semble rien faire de ses journées si ce n’est se moquer des autres de façon pédante ou Kangetsu, éternel étudiant, passant son temps à polir des billes de verre pour son doctorat. La présence du chat comme narrateur permet à l’auteur de jeter un regard distancié sur ses concitoyens, un peu à la manière de Montesquieu dans ses Lettres Persanes. L’humour grinçant est omniprésent (j’ai particulièrement apprécié le passage concernant les bains publics où le chat se demande bien pourquoi les hommes s’évertuent à penser qu’il est bon pour leur santé de se baigner dans une eau plus que sale et brûlante et le passage où il nous explique comment la viande de boeuf est échangée par celle de cheval – déjà !) et n’est pas sans rappeler le ton de Swift (Sôseki a étudié 3 ans en Angleterre…).

Le défilé des personnages permet un savoureux mélange de styles (jargon des savants ou du zen, argot d’Edo) qui permet d’insister sur les profonds changements qui s’instaure dans ce Japon en pleine transition et en plein doute (cf : un long questionnement de Kushami-Sôseki sur la folie – agonie et mort du chat à la fin). Un roman d’une richesse inouïe, essentiel pour comprendre le Japon. Bref, une pépite !

Miam !

22 Jan

Pris un peu au hasard dans le rayon manga de la médiathèque…

Le gourmet solitaire, Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi

Un homme, dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’il vit seul, qu’il doit avoir la quarantaine et qu’il travaille dans le commerce, arpente les rues de Tokyo et de quelques autres villes japonaises dont Osaka pour son travail. Mais contrairement aux commerciaux pressés, lui aime prendre son temps. Surtout pour manger.

Chaque histoire va l’amener dans un nouveau lieu, et sera l’occasion de découvrir un nouveau restaurant, de goûter à des plats typiquement japonais qui vont lui faire revivre des souvenirs ou de faire des rencontres furtives. Chaque repas est observé à la loupe si bien que l’on a l’impression de goûter à chaque bouchée avec notre personnage.

Les dessins sont bien réalisés mais j’ai trouvé les paroles trop répétitives et le scénario un peu simpliste – je n’attendais pas un déploiement de souvenirs façon Proust à chaque bouchée de riz, mais cet aspect de l’histoire aurait gagné à être développé. Par contre, grâce aux déambulations du gourmet, j’ai appris beaucoup de choses sur la culture culinaire nippone. A vos baguettes !

 

Printemps des libellules

19 Jan

Je continue ma découverte de la littérature nippone..

Tonbo, Aki Shimazaki

Nobu fonde son juku (établissement privé donnant des cours du soir pour préparer les concours d’entrée dans les écoles souhaitées – très répandus au Japon où il n’est pas rare pour les enfants et adolescents d’enchaîner presque deux journées d’études en une) spécialisé dans le kobuko (langue nationale) après avoir été poussé à quitter un emploi bien rémunéré au sein d’une prestigieuse entreprise. Il n’a toutefois pas à regretter son changement de vie forcé dans la mesure où son juku attire de plus en plus d’élèves.

Quelques années après le lancement de son école (qu’il a nommée Tonbo (libellule) parce que sa fille le lui a demandé), Nobu reçoit la visite inattendue d’un homme qui va raviver de vieilles plaies, Jirô Tanaka. On apprendra alors que le père de Nobu – qui donnait des cours dans un teijisei (lycée du soir) – s’est suicidé après avoir été accusé à tort d’avoir provoqué la mort d’un élève. Jirô expliquera à Nobu qu’il était présent lors de l’altercation et lui révélera les causes sous-jacentes au décès de son père.

Ce court roman est très bien mené. On adhère d’autant plus facilement à l’intrigue que l’écriture est fluide et poétique et les personnages dépeints avec soin. L’édition enrichie d’un glossaire permet de se familiariser avec le vocabulaire japonais laissé tel quel. Le lecteur est ainsi happé dans la culture nippone et s’imagine entouré de cerisiers en fleurs et de libellules rouges aux côtés du personnage.

Une jolie découverte.

Mort à l’écran

18 Jan

Je tiens encore à remercier les éditions du Murmure et Libfly pour m’avoir fait parvenir ce livre !

Snuff movies – Naissance d’une légende urbaine, Antonio Dominguez Leiva et Simon Laperrière

« Qu’est-ce qu’un snuff movie? » vous demanderez-vous tout comme moi avant d’ouvrir ce petit opuscule. Du vieil anglais snithan qui veut dire massacrer ou démembrer, to snuff deviendra tuer en argot américain. Le snuff movie serait un film montrant des vrais meurtres. J’emploie le conditionnel puisqu’en réalité, on apprendra à la fin de l’essai qu’aucune enquête policière n’a jamais été capable de prouver que de tels films aient réellement existé – d’où la mention de « légende urbaine » dans le sous-titre.

Les auteurs dressent donc la genèse de ce « genre » cinématographique. Je ne mentionnerai ici que quelques-uns des faits les plus marquants afin de vous laisser le plaisir d’en apprendre bien davantage dans cet essai très détaillé. Dès les débuts de l’histoire du cinéma les distributeurs ont voulu relayer des morts véritables à l’écran sous couvert de documentaires (nombreuses exécutions filmées au début du 20ème siècle) afin d’assouvir la soif de sensations fortes du public. Mais bientôt, la censure va oeuvrer, interdisant (en France notamment) « tous spectacles cinématographiques publics de ce genre troublant l’ordre et la tranquillité publics ». A la fin des années 60, l’Amérique est épouvantée par les meurtres de Charles Manson et de ses disciples, et notamment par celui de l’actrice Sharon Tate, enceinte (épouse de Roman Polanski). Selon Ed Sanders, auteur de The Family (1971), un petit film montrant un corps décapité existerait. Selon d’autres sources, « une bobine contiendrait les images d’assassinats perpétrés entre 1968 et 1969 et pourrait être enterrée dans le désert de Mojave ». Ajouté au meurtre de la star, il n’en fallait pas moins pour faire naître une légende. En 1971, en Argentine, est tourné un navet, The Slaughter, surfant sur la vague de la « mansonsploitation. Le film est racheté quelques temps plus tard par Shakelton qui en effectue un remontage en ajoutant le pseudo vrai meurtre d’une actrice à la fin. Intitulé Snuff, le long-métrage fait scandale lors de sa sortie et donc salles combles.

Voilà donc un bref résumé de cet opuscule je le répète très documenté qui m’a permis de me familiariser avec un genre que je ne connaissais absolument pas. Le pari est donc réussi pour cette collection Boderline qui permet de faire découvrir de façon intelligente des sujets parfois pointus de la pop culture au grand public. Vous pouvez d’ailleurs retrouver les excellentes chroniques d’Antonio Dominguez et d’autres sur le blog pop-en-stock et dans l’émission du même nom sur Choq-fm.

Duel psychanalytique

15 Jan

Un roman trouvé au hasard dans les rayons de la Fnac. Une petite pépite !!

Et Nietzsche a pleuré, Irvin Yalom

1882. Le Dr Joseph Beuer, célèbre neurologue, passe quelques jours de vacances à Venise avec sa femme. Un billet remis par une inconnue à son hôtel le somme de la rejoindre le lendemain. Aussi intrigué qu’énervé, Beuer se rend au rendez-vous et fait la rencontre de la magnifique Lou Salomé. La jeune femme lui fait une requête hors du commun : soigner son ami (qui refuse de lui parler depuis leur échec dans un ménage à trois avec Paul Rée), le philosophe Friedrich Nietzsche, encore inconnu du grand public mais promis à un brillant avenir si toutefois il parvient à surmonter la crise profonde qu’il traverse depuis plusieurs mois. Incapable de résister à la force de persuasion de Lou Salomé, Breuer accepte de relever ce qu’il faut bien appeler un défi de taille. En effet, Nietzsche, s’il se sait malade physiquement (il souffre de terribles migraines et de multiples autres maux), nie avoir besoin d’un quelconque soutien psychologique. Breuer va donc devoir développer des efforts d’imagination pour que l’auteur du Gai Savoir parvienne à se livrer.

Breuer fait part de ses difficultés à un jeune confrère et ami qui s’intéresse beaucoup à la psychologie et notamment aux rêves, un certain Sigmund Freud qui n’a encore pas développé ses grandes théories. Pour les deux compères, un seul moyen de pouvoir guérir le philosophe : le faire parler et remonter à la source de ses angoisses pour les dissiper. Très bien, mais comment faire parler quelqu’un de ce qu’il ressent au plus profond de son être à son insu ?

C’est là que Breuer a une idée de génie mais très audacieuse : inverser les rôles. Lui soignera Nietzsche pour ses migraines et il demandera à l’auteur de devenir son « médecin du désespoir ». Il imagine qu’à force de confier lui-même ses angoisses (notamment son obsession pour Bertha, une patiente hystérique qu’il a soignée grâce à la parole, avec qui il a passé de nombreuses heures délaissant ainsi son épouse), le philosophe sera forcément amener à lâcher prise et à se livrer.

C’est alors un duel magistral qui s’engage entre un patient plus que brillant et un médecin talentueux. Mais bien vite, on se demande qui soigne qui et qui est le maître qui est l’élève.

Ce livre de psychanalyse est tout bonnement génial ! Les dialogues vifs sont d’une rare intelligence. On ne s’ennuie pas un instant en lisant les discussions entre le philosophe et le médecin qui semblent se livrer à une rude partie d’échecs. Si le texte s’appuie sur de nombreux faits historiques (montée de l’antisémitisme en Autriche, découvertes médicales) et des personnages réels, il n’en reste pas moins un roman puisque Breuer n’a jamais soigné Nietzsche (bien qu’il s’en soit fallu de peu en réalité). Evidemment, la psychanalyse n’est pas non plus née de cette façon. N’en demeure pas moins que tout cela est très réaliste – d’autant plus que l’auteur a inséré d’authentiques lettres de Lou Salomé dans l’ouvrage. J’ai aussi beaucoup aimé le fait de (re)-découvrir la philosophie nietzschéenne distillée tout au long de l’oeuvre. Les personnages sont très attachants, surtout celui de Breuer, médecin de renom, appartenant à la bourgeoisie viennoise et incarnant la réussite sociale, en proie à de cruelles angoisses de déchéance et de mort et à une obsession amoureuse dévoratrice. Original, intelligent, drôle, machiavélique et quasi addictif : un roman exceptionnel !

« Tendre bestialité »

12 Jan

Je n’ai pas résisté longtemps à l’envie de découvrir les ouvrages reçus hier grâce aux éditions du Murmure et à Libfly que je remercie encore.

Sexy teddies, Sébastien Hubier

Dans cette collection Borderline qui a vocation à mettre en avant des thèmes relevant de la pop culture ou considérés à la marge car « osés », Sébastien Hubier (auteur de Douces fessées, plaisantes caresses dans la même collection) s’attache ici à l’érotisation du célèbre Teddy Bear dans notre société postmoderne. Avant de considérer les représentations actuelles de jeunes nymphes dans des positions lascives tenant leur ours en peluche, l’auteur nous rappelle la pensée de Georges Bataille qui dans Larmes d’Eros en 1961 distinguait l’animal de l’homme en ce que le premier « ignore l’érotisme » pendant que le second nie le naturel en lui c’est-à-dire ce qui le rapproche de l’animal. Pourtant, comme le souligne Sébastien Hubier en s’appuyant sur l’exemple des représentations de la pilosité qui hésitent entre répulsion et sublimation, « tout en dissociant humanité et bestialité, l’érotisme met en jeu notre part d’animalité pour la détourner ».

A partir de là – l’auteur ne m’en voudra pas trop, je l’espère, de prendre des raccourcis – on ne s’étonnera pas de constater que l’animal – et l’ours en particulier – est depuis très longtemps associé aux représentations érotiques (on apprend, par exemple, que de nombreux rites populaires liés au folklore nuptial mettent en scène le rapt de jeunes filles par des hommes-ours). Si bestialité et violence apparaissent étroitement liées à la sexualité,ce ne semble plus forcément le cas dans les représentations actuelles. En effet,  à l’heure de la mode du cocooning, l’ours en peluche vient adoucir les images érotiques d’une société postmoderne pourtant hypersexualisée et les photographies de jeunes mannequins ou actrices dénudées en compagnie de peluches dans des postures et tenues suggestives peuplent les magazines répondant ainsi à la demande de sexe, de jeunesse et réassurance dans un monde angoissant.

Voilà donc un petit ouvrage très documenté et riche d’enseignements  sur les thèmes de l’érotisme et de la bestialité qui parvient à donner à réfléchir sur notre société actuelle. A découvrir !

Sexe et vidéo !

11 Jan

SONY DSCJe remercie très chaleureusement les éditions Le Murmure et Libfly de m’avoir envoyé deux des derniers opus de leur toute nouvelle et très belle collection Borderline mettant la pop culture à l’honneur.

Au programme des prochains jours, le Sexy teddies de Sébastien Hubier et le Snuff movies – naissance d’une légende urbaine d’Antonio Dominguez Leiva et Simon Laperrière.

Connaissant les auteurs, je sens que ces lectures seront des plus enrichissantes ! 

Maternité ambigue

7 Jan

Allez, rien ne vaut un bon petit japonais entre deux paquets de rédacs à corriger !!

Le pont flottant des songes, Junichirô Tanazaki

Avec un titre pareil, je ne pouvais que craquer pour ce court roman dans le rayon littérature japonaise de la Fnac !

Otokuni Tadasu, le narrateur, revient sur sa vie et sur sa relation à ses mères. Oui, mères au pluriel. Sa mère biologique, la merveilleuse Chinu, meurt pendant sa seconde grossesse alors que Tadasu a tout juste quatre ans. Il en conserve néanmoins de tendres souvenirs. Il aime surtout à se remémorer les soirs où, incapable de trouver le sommeil dans sa chambre auprès de sa nourrice, il allait se blottir dans le lit de sa mère et lui tétait le sein pendant qu’elle lui chantait une berceuse pour l’endormir bien qu’il ne soit plus en âge de le faire.

Deux ans après la mort de sa mère biologique, son père se remarie avec une femme qu’il appellera Chinu devant son fils bien que ce ne soit pas son nom. Dès lors, la nouvelle épouse se substitue pour Tadasu à sa mère défunte qui se trouve quasiment réincarnée. Son père met tout en oeuvre d’ailleurs pour que les deux femmes se confondent au point que Tadasu devient vite incapable de se rappeler avec laquelle il a vécu tel ou tel événement. L’enfant grandit donc auprès de cette seconde Chinu, d’à peine quinze an son aînée, avec laquelle il va entretenir une relation trouble mêlant amour filial et désir.

Ce court roman très poétique plonge le lecteur dans une atmosphère japonisante délicate notamment par le biais du vocabulaire mais aussi par les multiples citations de grands textes japonais (le Dit du Genji en particulier) . Ecrit à la première personne, on est tout de suite happé dans l’ambiance de l’Ermitage aux Hérons (nom de la propriété dans laquelle se déroule ce huis-clôt familial). Une petite pépite par l’un des grands maîtres de la littérature nippone du XXème siècle !