Archive | février, 2014

Faim insatiable

26 Fév

Un petit Murakami, joliment illustré, pour mettre un peu de poésie dans la grisaille quotidienne.

Les attaques de la boulangeries, Haruki Murakami (illus. Kat Menschik)

1ère attaque : Deux amis sans le sous ressentent une faim violente, irrépressible. Comme ils n’ont pas de quoi se payer à manger, après des heures et des jours à réfléchir au problème, ils décident de braquer une boulangerie. Mais rien ne se passe comme prévu. D’abord, une vieille dame n’en finit pas de choisir ses pâtisseries, puis, lorsqu’ils annoncent au boulanger leur intention, celui-ci leur propose d’écouter du Wagner en échange de tout le pain qu’ils voudront… Nos deux amis, perplexes, se résolvent à ce compromis de peur d’être soumis à une malédiction…

2nde attaque : En plein milieu de la nuit, un homme (un des deux comparses de la 1ère nouvelle) et sa femme , fraîchement mariés, se relèvent, tiraillés par une faim obsédante. Ils cherchent désespérément de quoi la satisfaire dans leur frigo et leurs placard mais ils ne trouvent rien d’autre que de la bière, quelques oignons et quatre boudoirs. Happés par une vie professionnelle intense, ils n’ont pas pensé à faire les courses. L’estomac dans les talons, le mari se remémore son attaque de la boulangerie quelques années plus tôt. Il en parle à sa femme. Bientôt, ils se décident de réitérer l’exploit pour combler le trou noir dans leur ventre.

Ces deux nouvelles, qui n’en forment en fait qu’une seule puisqu’elles s’imbriquent l’une dans l’autre, nous entraînent dans l’univers étrange, proche de l’absurde que connaissent bien les lecteurs de Murakami. Cette faim quasi surnaturelle apparaît comme une métaphore à laquelle l’auteur convie chacun de ses lecteurs à en trouver le sens. Pour ma part, je lis cette faim infernale comme un vide, un manque intrinsèque aux personnages dont on ne sait quasiment rien (pas de nom, pas d’âge, pas de fonction dans la 1ère nouvelle et toujours pas de nom dans la seconde) et qui devront, par le biais de ces étranges attaques, combler de façon gloutonne. Comme dans les autres livres de Murakami, le lecteur est donc happé dans un monde parallèle, onirique, ici joliment illustré par Kat Menschik, qui avait déjà collaboré avec l’auteur japonais pour sa nouvelle Sommeil chroniquée ici.

Blessures de guerre

24 Fév

J’ai été interpellée par le titre dans les rayons de la médiathèque…

Le revolver de Lacan, Jean-François Rouzières

Le roman est divisé en 3 « carnets » : celui du soldat d’abord, puis celui du patient et enfin celui du chasseur. Le soldat, le patient et le chasseur sont en fait un seul et même homme, Gabriel, jeune trentenaire.

Commençons par le carnet du soldat. Gabriel raconte sa vie au front en Afghanistan, en tant que lieutenant dans une unité d’élite. Là-bas, il surmonte les moments difficiles accompagné par ses camarades de combat : Nadja, Capa et Le Géant. Entre deux attaques, il pense à sa mère et à Mathilde, l’amour de sa vie mais l’épouse d’un autre.

Carnet du patient ensuite. Gabriel est de retour de la guerre. Complètement cassé, il n’est plus que l’ombre de lui-même et ne parvient plus à parler. Sa mère est morte juste avant qu’il ne rentre. Nadja est morte aussi. Sous ses yeux. A Paris, il erre dans les rues et tombe un jour sur la plaque d’un psychanalyste au nom étrange : Monte-Cristo. Il entre et entreprend une analyse avec l’étrange personnage, détenteur du revolver chargé de Lacan, sans doute plus fou que ses patients. Une relation complexe se noue entre les deux hommes.

Pendant ce temps, Gabriel cherche toujours à se rapprocher de Mathilde. Mais celle-ci tantôt s’éloigne, tantôt fait un pas vers lui.

Carnet du chasseur. Gabriel reprend les études de médecine abandonnées pour partir sur le front. Il veut devenir psychiatre. Il fait la connaissance d’un vieillard, qui a servi en Algérie.

Voilà pour le fond. Pour la forme, des phrases très courtes, incisives, filant comme des balles de tirs ennemis. A vrai dire, je n’ai pas vraiment accroché. J’ai trouvé la première partie trop froide malgré moult détails sur les sentiments du personnages principal. J’ai apprécié davantage le deuxième carnet avec le récit des séances d’analyse. Toutefois, il est bien difficile de croire à ces séances tant elles sont surréalistes, le psy relevant davantage d’un psychopathe que d’un psychanalyste. Enfin, je n’ai pas franchement compris l’intérêt du dernier carnet…

Un avis plutôt négatif donc pour ce roman dont le titre et la 4ème de couverture m’avaient pourtant semblé attractifs…

En fuite

22 Fév

J’ai découvert cet auteur grâce à la deuxième édition du festival Tandem de Nevers au début du mois.

Les évaporés – Un roman japonais, Thomas B. Reverdy

Une nuit, sans aucune explication, Kaze s’enfuit du domicile conjugal.

Yukiko se trouve aux Etats-Unis où elle a fui aussi en quelques sortes pour mener sa vie lorsque sa mère lui apprend la disparition de son père. Bien décidée à le retrouver, elle convainc son ancien amant, le détective privé et poète Richard B., de la suivre au Japon pour mener l’enquête. Ce dernier, toujours épris, accepte de l’accompagner malgré sa hantise des voyages. La mère de la jeune femme craint que son mari, travaillant dans la finance, ne se soit fait enlever par des yakusas.

Dans le même temps, le jeune Akainu, qui a fui son village dévasté par le tsunami croise la route de Kaze, qui a monté une agence de déménageur de nuit, spécialisée dans l’évaporation dans le nord de l’île.

Ce roman, écrit au Japon un an après le Tsunami et le désastre de Fukushima par Thomas B. Reverdy, nous plonge avec une grande dans la complexité de la société japonaise. Ces johatsu, ces évaporés, se comptent par milliers. Sans dire un mot, des hommes surtout disparaissent de leur vie quotidienne sans laisser la moindre trace. Personne ne les recherche car en général il n’y a pas de crime et la famille se sent trop déshonorée pour tenter quoi que ce soit. Le personnage de Richard B. n’est autre que l’écrivain américain Richard Brautigan, auteur de polars absurdes et poète que j’avais chroniqué ici. Reverdy le met en scène dans son propre rôle, le citant directement ou faisant allusion à ses oeuvres, et crée ainsi un décalage poético-burlesque dans un roman où quête existentielle et intrigues policière et amoureuse sont étroitement liées par une langue splendidement poétique. J’ai adoré ce mélange de style qui fait passé du rire aux larmes d’un chapitre à l’autre. Je vous livre ici deux petits exemples. Un vrai coup de coeur !

« Richard B. avait vraiment du mal avec le Japon. C’est la langue. C’est de ne pas comprendre ce que les gens disent […] C’est humilant. Au Japon, on est soudain analphabète. […] La fadeur elle-même n’offrait pas de répit. Alors qu’il avait fini par s’habituer à l’absence totale de goût du tofu, il avait découvert qu’il y en avait peut-être cinquante espèces différentes, qu’on pouvait en faire des repas entiers sous toutes ses formes, froid, chaud, grillé, bouilli, en soupe, en sauce, en dessert, jusqu’à l’étouffement. C’était l’enfer. »

Le jeune Akainu, juste après que Kaze lui demande s’il n’a jamais tenté de rechercher ses parents après le tsunami :  » Le garçon le regarde stupéfait. Ses yeux se sont emplis de larmes en une seconde, comme si elles attendaient derrière ses paupières, depuis dix mois, la moindre fissure, l’occasion de s’enfuir. Ses larmes sont comme des prisonniers qui se parlent de se faire la belle tous les soirs lorsque la nuit tombe, qui rêvent, qui s’échauffent, qui sont prêts à mettre le pénitencier à feu et à sang dès qu’il se passera quelque chose, n’importe quoi, dès que les surveillants baisseront la garde, ne serait-ce qu’une seconde. Quand elles s’échapperont, plus rien ne pourra les retenir. Il lui semble qu’elles couleront alors telle une source, jusqu’à sa mort. Ca lui fait peur, parce qu’il n’a pas envie de pleurer jusqu’à sa mort à lui, qui peut être dans très longtemps. D’ailleurs, personne n’aime voir pleurer les enfants. Alors il écrase ses poings sur ses yeux pour être bien sûr que ça tienne, une bonne digue bien construite, une qui n’aurait pas laissé passer le tsunami et emporter sa vie, et il fait en détournant la tête un nouveau geste de la main vers le monde vague et sale qui s’étend entre deux océans ».

Histoire à faire peur…

20 Fév

J’ai emprunté ce livre au CDI sur les conseils avisés de mon amie Carolivre !

L’Apprenti Epouvanteur – Tome 1, Joseph Delaney

Thomas Ward va avoir 13 ans et est le septième fils d’un septième fils. Dans la société aux apparences médiévales dans laquelle il vit, cela signifie qu’il peut envisager une carrière bien particulière, celle d’Epouvanteur. Pour Tom, voilà une belle opportunité d’échapper aux pénibles travaux de la ferme tenue par son père. Mais d’un autre côté, il redoute ce métier pour le moins étrange. Effectivement, il aura pour tâche de protéger les villages de créatures plus maléfiques les unes que les autres et devra ainsi affronter sorcières, gobelins, goules et autres démons. En outre, il devra faire face à la solitude puisque en raison de leurs fonctions, les Epouvanteurs, craints de la population, vivent en retrait de la société pour effectuer leur mission indispensable mais ingrate.

Le roman débute alors que le maître Epouvanteur vient s’assurer que Tom est bien le septième fils d’un septième fils, condition sine qua non pour exercer le métier. Après une discussion avec ses parents, il emmène l’enfant avec lui pour qu’il effectue un apprentissage à ses côtés. Très vite, on sent que Tom est partagé entre désir d’apprendre et terreur de se retrouver nez-à-nez avec une créatures monstrueuses. L’enfant, outre ses peurs, devra aussi apprendre à mener une vie d’errance difficile dans les forêts humides et sinistres de cette Angleterre légendaire.

Un jour, alors qu’il est malmené par une bande d’enfants, une jeune fille, Alice, lui vient en aide. Pour la remercier, il va lui promettre de l’aider en cas de besoin. Cette promesse va se révéler lourde de conséquences. En effet, bien malgré lui, il va délivrer une redoutable sorcière, la Mère Malkin, qui compte bien se venger de ses années d’emprisonnement…

J’ai adoré ce roman de littérature jeunesse qui sait s’adresser tout aussi bien aux adolescents qu’aux adultes en appliquant des codes relevant aussi bien de la littérature horrifique que de l’heroic fantasy avec ces paysages sinistres d’une Angleterre de légende. Les personnages sont très bien dessinés. Les enfants pourront se reconnaître dans ce héros en proie au doute, qui ne sait pas trop quoi faire de son avenir et qui est partagé entre volonté de ne pas faire de peine à ses parents et mener l’existence qu’il souhaite. S’il y a évidemment des bons et des mauvais, on est loin de tomber dans la caricature avec la présence de personnalités complexes telle la jeune Alice dont le coeur balance entre les forces du mal et du bien.

Dès qu’on ouvre ce roman initiatique, on pense bien évidemment à Harry Potter, mais je trouve ce premier tome beaucoup plus sombre que le premier opus de J.K. Rowling. Certaines scènes particulièrement angoissantes et sanguinolentes sont dignes de films d’épouvante. Le tout écrit dans une langue soignée. J’ai hâte de lire la suite !

Au coeur de la nuit

12 Fév

Après l’écoute du très documenté et passionnant tryptique de Pop-en-stock sur Choq.fm consacré à Lovecraft, et n’ayant jamais lu cet auteur dont le nom m’était pourtant familier, je me suis décidée pour un court roman (ou une longue nouvelle…) afin de pénétrer en douceur dans l’univers de ce maître de l’angoisse.

Celui qui chuchotait dans les ténèbres, Howard Phillips Lovecraft

Albert Wilmarth, professeur de littérature passionné de légendes et particulièrement du folklore de Nouvelle-Angleterre, découvre dans les journaux de nombreux articles concernant l’apparition de créatures étranges dans les cours d’eaux en crue après de terribles inondations dans le Vermont. S’il minimise les témoignages des paysans sans doute baignés dans la superstition depuis leur plus tendre enfance et qu’il continue à faire preuve de scepticisme après des discussions passionnées avec ses amis, il va finalement revoir ses positions et s’intéresser de près au problème après la parution d’articles de Henry Akeley, scientifique reconnu dans le Vermont.

Commence alors une correspondance entre les deux hommes. Bien vite, les lettres de Akeley effraient notre professeur par la précision des détails rapportés (des empreintes de pas de crabes géants, des voix inquiétantes, la découverte d’une pierre noire gravée de hiéroglyphes…) et l’apparition de plus en plus fréquentes de créatures venues, semble-t-il, d’un autre monde pour l’exterminer. Le vieux scientifique, reclus au fin fond des bois, invite notre professeur à le rejoindre pour constater les preuves de ces affirmations de lui-même. Ce dernier, bien que terrifié à l’idée de ce qu’il va trouver, ne peut refuser la proposition…

Le ton est donné. Dès le départ, on pénètre dans un univers fantastique avec l’intrusion d’éléments surnaturels dans un contexte réaliste, selon la définition qu’en donnera quelques dizaines d’années plus tard Todorov. Tout contribue à rendre l’atmosphère angoissante : la maison isolée dans des bois obscurs, loin de tout, des bruits, des voix inquiétantes, les empreintes de pas étranges, les témoignages d’apparitions de créatures mystérieuses, le tout enrobé de folklore et arrosé de pluie. Le lecteur est très vite happé dans cet univers hostile et sent monter son angoisse en même temps que celle du protagoniste (plutôt pragmatique au départ) auquel il s’identifie facilement. Si j’avoue toutefois avoir été quelque peu désarçonnée au départ par les références à des légendes et à un imaginaire lovecraftien que je ne connais pas ou très peu (certains noms ont fait tilt dans mon petit cerveau grâce à l’émission de radio !), j’ai vraiment dévoré ce court texte qui me donne envie de découvrir davantage cet auteur. J’ai d’ailleurs trouvé Démons et Merveilles dans ma bibliothèque, nul doute que je ne tarderai pas à m’y plonger !

Roulette russe

9 Fév

Vieux livre récupéré chez mon grand-père et qui traînait depuis longtemps dans ma bibliothèque… j’ai bien fait de passer outre l’immonde couverture et les pages jaunies !

Le joueur, Fedor Mikhailovotch Dostoievski

Alexeï Ivanovitch est employé comme précepteur par un général russe en villégiature à Roulettenburg, cité thermale allemande imaginaire manifestement plus attrayante pour son casino que pour ses bains. Alexeï est désespérément épris de Paulina Alexandrovna mais la jeune femme passe ses journées à la persécuter en témoignant des marques d’amour à l’obscure marquis Des Grieux, un français vivant aux crochets du général.

Ce dernier, proche de la ruine, vit, comme tous ceux qui l’entourent – Melle Blanche, une intrigante parisienne, dont il est follement amoureux en tête -, dans l’attente de la mort de sa tante, la Baboulinka, une vieille femme fortunée de laquelle il compte bien hériter. Mais cette dernière, loin d’être mourante, débarque à l’improviste provoquant la stupeur générale au milieu du roman.

Alexeï, qui va d’abord effectuer quelques parties de roulette pour Paulina, va ensuite jouer pour la Baboulinka mais contre son gré puisqu’il est convaincu qu’il ne parviendra à gagner que s’il joue pour lui. Tandis que la vieille femme dévorée par la folie du jeu dépense tout son argent au grand désespoir de sa famille, Alexeï va tenter sa chance pour son propre compte et, pour son malheur, va se mettre à gagner. Après avoir offert à Paulina ses gains, celle-ci le rejette. Il part alors à Paris avec Melle Blanche qui dépense son argent en un temps record. Alexeï ne voit qu’une solution pour se refaire une santé financière : retourner jouer à la roulette…

Outre une satire croustillante des sociétés européennes de la fin du 19ème siècle qui ne jurent que par l’argent, Le Joueur offre une description enfiévrée et méticuleuse de l’addiction au jeu. On sent que Dostoievski lui-même a été frappé par ce mal et c’est bien parce qu’il a lui-même connu les affres de la roulette qu’il en donne une vision si juste. Le lecteur est à la fois happé comme le personnage par le suspens et l’adrénaline que procure cette roulette tout en ayant la prescience que tout finira certainement très mal. Un texte d’autant plus magistral qu’il a été dicté en moins d’un mois pour répondre à une commande d’un éditeur crapuleux en pleine rédaction de Crime et Châtiment.

Inutile et beau

8 Fév

Je poursuis dans ma découverte de l’univers manga

L’homme sans talent, Yoshiharu Tsuge

Un homme d’une quarantaine d’années tente de faire vivre sa femme et son fils en vendant des pierres trouvées dans la rivière qui coule juste derrière son étale. Bien entendu, après plusieurs mois à passer ses journées à attendre désespérément un client, un passant lui fait remarquer que personne n’ira jamais payer pour quelque chose qu’il peut trouver gratuitement à deux pas. Mais cela ne semble pas tracasser notre homme qui décide d’aller chercher des pierres ailleurs, persuadé que son commerce a de l’avenir.

Sa femme, elle, n’en peut plus de cette situation. Exaspérée, elle passe ses journées à le traiter d’incapable et à lui demander de reprendre son ancien métier, dessinateur de bandes dessinées. Mais notre homme ne veut pas s’abaisser à des œuvres de commandes et s’entête dans la vente infructueuse de pierres tout en se remémorant diverses rencontres marquantes dans sa vie. La plupart de ces personnes ont pour point commun d’être un peu en marge de la société, à l’image de l’étrange bouquiniste Yamaï, qui passe ses journées à errer dans les rues et dont on ne sait quasiment rien si ce n’est qu’il a peut-être fuguer de son ancienne vie.

Yoshiharu Tsuge livre ici l’histoire tragique d’une société japonaise régentée par le dieu argent où tout rêve est exclu. Notre anti-héros, symbole de l’artiste incompris, rêve d’une vie facile où il pourrait gagner de quoi nourrir sa famille en faisant ce qui lui plaît (bande dessinée, réparateur d’appareil photo, vendeur de pierres…). Malheureusement, tout son enthousiasme et toute sa capacité de rêver seront anéantis par sa femme et quelques-uns des autres personnages qu’il va croiser qui représentants d’un pragmatisme dénué de sensibilité. Une jolie réflexion sur l’art et le rêve.

Apocalypses now !

5 Fév

Je tiens encore une fois à remercier chaleureusement les Editions des Artistes Fous pour m’avoir offert la version numérique de leur toute première publication.

 Fin(s) du monde – 20 récits pour en finir avec l’Apocalypse, Sébastien « Herr Mad Doktor » Parisot (Président de l’association) et tous les autres artistes fous.

Le titre du recueil annonce le ton : tous les textes (et les illustrations) ont pour thème la fin du monde et sont à classer dans la science-fiction – genre que j’affectionne particulièrement mais qui est trop souvent qualifié de « sous-genre » dans le monde littéraire ; allez savoir pourquoi ! surtout quand on considère toutes les questions d’ordre métaphysique auxquelles il accorde une importance capitale.

Les différents textes présentent des visions très personnelles de la fin du monde qui va de l’anéantissement de la planète par une comète à l’extermination de toute forme humaine par un monstre tentaculaire en passant par le suicide collectif d’un groupuscule sectaire.

Si j’ai apprécié l’ensemble du recueil, certaines nouvelles ont retenu davantage mon attention.

 Emancipation, Southeast Jones. Le vice-président de l’association livre un texte original et touchant mettant en scène un agoraphobe coupé du monde. Un jour, il entend des bruits derrière sa porte. Quelque temps plus tard, il découvre qu’il n’a plus d’électricité dans sa maison-bunker. Sera-t-il en mesure de vaincre sa peur des autres pour sortir voir ce qu’il s’est passé à l’extérieur ?

 Crises tentaculaires, Herr Mad Doktor. J’ai adoré ce texte foutraque quasiment tout en alexandrins et en rimes mettant en scène un jeune cadre au bout du rouleau englué dans la crise économique qui d’un clic de souris active un monstre à tentacules très lovecraftien, Cthulhu le Grand, pour s’amuser un peu. Le monstre surgit dans sa vie, détruisant tout sur son passage, massacrant tout ceux qu’il croise. Une réflexion jubilatoire sur notre société de consommation et d’information anxiogène.

 La fin d’un monde, Corvis. Il s’agit de la plus longue nouvelle du recueil. Elle met en scène un groupe d’astronautes au sein de la station spatiale internationale. A bord, Alice partage l’espace confiné du vaisseau avec ses dix coéquipiers. Leur mission se passe à merveille jusqu’à ce qu’ils voient une météorite immense se fracasser sur la Terre, mettant un terme à toute forme de vie humaine ainsi qu’à tout espoir pour eux de retourner sur leur planète. Se sachant condamnés, les membres de l’équipage tentent de satisfaire leurs désirs comme ils le peuvent. J’ai apprécié ce texte pourtant dur qui insiste sur les côtés les plus sombres de l’humanité avec ces hommes pourtant éduqués capables de se comporter pire que des bêtes avant de mourir. Une vision sombre de l’humanité transcrite dans une langue très poétique.

Je m’excuse auprès de tous les autres auteurs mais le temps me manque pour évoquer tous les textes. Mais encore une fois, j’ai apprécié tout le recueil et vous recommande de vous le procurer ainsi que Sales Bêtes, chroniqué ici, pour aider cette jeune maison d’édition indépendante.