Faim insatiable

26 Fév

Un petit Murakami, joliment illustré, pour mettre un peu de poésie dans la grisaille quotidienne.

Les attaques de la boulangeries, Haruki Murakami (illus. Kat Menschik)

1ère attaque : Deux amis sans le sous ressentent une faim violente, irrépressible. Comme ils n’ont pas de quoi se payer à manger, après des heures et des jours à réfléchir au problème, ils décident de braquer une boulangerie. Mais rien ne se passe comme prévu. D’abord, une vieille dame n’en finit pas de choisir ses pâtisseries, puis, lorsqu’ils annoncent au boulanger leur intention, celui-ci leur propose d’écouter du Wagner en échange de tout le pain qu’ils voudront… Nos deux amis, perplexes, se résolvent à ce compromis de peur d’être soumis à une malédiction…

2nde attaque : En plein milieu de la nuit, un homme (un des deux comparses de la 1ère nouvelle) et sa femme , fraîchement mariés, se relèvent, tiraillés par une faim obsédante. Ils cherchent désespérément de quoi la satisfaire dans leur frigo et leurs placard mais ils ne trouvent rien d’autre que de la bière, quelques oignons et quatre boudoirs. Happés par une vie professionnelle intense, ils n’ont pas pensé à faire les courses. L’estomac dans les talons, le mari se remémore son attaque de la boulangerie quelques années plus tôt. Il en parle à sa femme. Bientôt, ils se décident de réitérer l’exploit pour combler le trou noir dans leur ventre.

Ces deux nouvelles, qui n’en forment en fait qu’une seule puisqu’elles s’imbriquent l’une dans l’autre, nous entraînent dans l’univers étrange, proche de l’absurde que connaissent bien les lecteurs de Murakami. Cette faim quasi surnaturelle apparaît comme une métaphore à laquelle l’auteur convie chacun de ses lecteurs à en trouver le sens. Pour ma part, je lis cette faim infernale comme un vide, un manque intrinsèque aux personnages dont on ne sait quasiment rien (pas de nom, pas d’âge, pas de fonction dans la 1ère nouvelle et toujours pas de nom dans la seconde) et qui devront, par le biais de ces étranges attaques, combler de façon gloutonne. Comme dans les autres livres de Murakami, le lecteur est donc happé dans un monde parallèle, onirique, ici joliment illustré par Kat Menschik, qui avait déjà collaboré avec l’auteur japonais pour sa nouvelle Sommeil chroniquée ici.

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