Archive | mars, 2014

« Ici, tout le monde est fou »

29 Mar

Ils me l’avaient promis, je l’attendais avec impatience et j’ai eu l’extrême plaisir de me la voir remettre par Southeast Jones – que je remercie encore vivement ! – avant sa sortie. Mais de quoi parle-t-elle, bon sang ? De quoi ?? De la toute dernière anthologie des Editions des Artistes Fous ! Et si j’étais si pressée, c’est que je savais que toutes les nouvelles auraient pour thème : la folie ! 

Folie(s) – 18 textes échappés de l’asile, anthologie dirigée par : Paul Demoulin, Matthieu Fluxe, Ludovic Klein, Vincent Leclercq et Sébastien Parisot.

La folie. Voilà un sujet qui m’intéresse au plus haut point. Je me suis toujours interrogée sur cette question : comment sait-on de quel côté on se trouve ? Comment sait-on si l’on est fou ou sain d’esprit ? Existe-t-il une « normalité » ou tout le monde est-il fou à sa manière ? Personnellement, j’opte pour la seconde solution ! Comme l’écrit Sébastien Parisot dans la préface, nous passons notre temps à réinterpréter le monde sous le prisme de notre propre subjectivité, tout simplement pour nous rendre ce monde tolérable. Par conséquent, comme le dit si bien le chat du Cheshire : « Nous sommes tous fous, ici ! ».

Ces 18 textes explorent des types de folie différents, une folie qui peut être dissimulée dans l’intimité de l’espace familial ou au contraire exhibée aux yeux de tous.

Evidemment, si j’ai apprécié l’anthologie dans son ensemble, quelques textes, de par les sujets traités, m’ont plus touchée que d’autres. Voici une sélection de mes préférés (que les autres auteurs me pardonnent, il faut bien faire un choix ! ):

– Nuit blanche, de Sylvie Chaussée-Hostein : il s’agit de la toute première nouvelle de l’anthologie. Une femme doit rejoindre en voiture son mari et ses enfants. Le trajet s’annonce difficile pour Martha en raison des conditions climatiques dantesques prévues pour la nuit dans les montagnes du nord-ouest des Etats-Unis. Mais ce n’est pas une tempête de neige qui l’empêchera de retrouver les siens. Alors que Martha est concentrée sur sa route, un homme très peu habillé la stoppe et lui demande de l’emmener jusqu’à la prochaine ville. Après un temps d’hésitation, Martha accepte. Au milieu d’un flash météo, la radio annonce que des détenus très dangereux se sont évadés d’une prison… Vous l’aurez compris, l’auteur va mettre en scène un huis-clos tendu, dans cette nouvelle chute délicieusement inquiétante.

Coccinelles, d’Emilie Querbalec : Sans doute mon texte préféré ! L’auteur traite avec une finesse poétique remarquable de la maternité, du rapport de la mère à l’enfant juste après la naissance, de « cet autre issu de soi que représente pour sa mère le nouveau-né », de cette sorte d' »inquiétante étrangeté » qu’il suscite aux yeux de celle qui vient de le mettre au monde. A lire absolument !

Le même sang coule dans mes veines, de NokomisM : Un très beau texte également sur une enfant qui se scarifie afin d’expulser le sang familial qui coule dans ses veines et la renvoie à un héritage terrible dont elle ne veut pas. Une nouvelle dure mais magnifique !

La nuit où le sommeil s’en est allé, de Cyril Amourette : En tant qu’insomniaque, je ne pouvais qu’être interpellée par le titre… imaginez un monde où, du jour au lendemain, plus personne ne pouvait fermer l’oeil… Je vous laisse découvrir les hypothèses de l’auteur…

Le temps me manque… j’aurais aimé vous parler aussi de Marie-Calice (un texte extrêmement drôle avec comme personnage principal une missionnaire qui prends son rôle un peu trop au sérieux !), de C15 (ou le quart d’heure mensuel de folie généralisée comme loi fondamentale de la Constitution américaine), de La maman de Martin et de Sanguines (deux autres nouvelles consacrées au thème de la maternité… tiens, c’est étrange à quel point maternité et folie sont toujours mêlés !) et aussi du tout dernier texte, Décalage, de Ludovic Klein – auteur dont que j’avais précédemment chroniqué ici – qui évoque avec finesse la difficulté de réintégrer la société après avoir vécu l’enfermement psychiatrique.

Après Sales Bêtes ! et Fin(s) du Monde, les Editions des Artistes Fous nous offrent une fois de plus une anthologie soignée avec des textes aux tonalités très différentes mais qui s’articulent très bien les uns avec les autres. Félicitations à tous les auteurs sans oublier les illustrateurs qui ont aussi réalisé un travail remarquable !

Au fait, vous pouvez pré-commander l’anthologie ici !

Paumée

21 Mar

En discutant avec une collègue de Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué, j’ai voulu relire ce roman. Mais il n’était pas disponible à la médiathèque. J’en ai profité pour emprunter un autre roman de l’auteur.

Quand est-ce qu’on arrive ?, Howard Buten

Bet est une femme magnifique, aussi jolie qu’une star de cinéma. Dans sa vie, elle a tout fait : serveuse dans une pizzeria, représentante en cosmétiques, vendeuse dans une bijouterie à Las Vegas… En ce moment, elle gère – non pas sans quelques difficultés – une supérette dans le Michigan.

Dans sa vie, Bet a aussi connu beaucoup d’hommes. Normal, ils sont tous fous d’elle. Mais un seul a vraiment compté, à cause de ses lèvres. Teddy. C’est le père de sa fille, Patience. Mais Bet se considère incapable d’être une bonne mère. Elle l’a donc laissée au bout d’un an chez son père. Maintenant, elle ne sais pas quoi faire : la reprendre avec elle ou pas ?

J’avoue avoir un avis très partagé concernant ce livre. D’un côté, je me suis attachée au personnage de Bet, qui semble à la fois complètement paumée pour tout ce qui concerne sa vie intime mais en même temps qui est une femme forte. Elle nous parle d’elle, de son passé, de ses amies de lycée, de son frère, Morris, mort du sida, de son présent, de son job à la supérette, de son rôle de doublure d’une vedette de cinéma… Tout se mélange dans la tête de Bet, le passé, le présent, l’avenir. Tout se mélange dans le texte et finit par se mélanger dans la tête du lecteur aussi. Buten parvient très bien à rendre ce désordre de la pensée. Peut-être trop bien d’ailleurs. Ce qui fait que le fil de l’histoire est parfois difficile à suivre. Le lecteur apprendra néanmoins, par bribes, pourquoi Bet a atterri au milieu des boites de corned-beef et comment elle finira, peut-être, par voguer encore une fois vers une autre vie.

La machine à effacer les souvenirs

15 Mar

Un petit Vian, ça faisait longtemps !

L’Herbe rouge, Boris Vian

Wolf, un jeune ingénieur, a mis au point une bien étrange machine, une sorte de cage, dont il espère beaucoup même s’il ne sait pas vraiment encore à quoi elle va bien pouvoir lui servir. Pendant le processus de fabrication, il a été aidé par son mécanicien, Saphir Lazuli. Les deux hommes sont en couple : Wolf est marié à Lil et Lazuli aime Folavril. L’action se déroule dans l’atmosphère particulière d’un carré étrange où l’herbe est rouge, un peu à l’écart d’une ville qui ne sera pas nommée.

Lors de la première utilisation de sa machine, Wolf est plutôt inquiet à l’idée de ce qu’il pourrait découvrir. Au début, sa construction relevait du passe-temps avec son ami Lazuli. Mais son emploi va se révéler d’ordre métaphysique. Très vite, on songe à la machine à voyager dans le temps de Wells. Sauf que Wolf ne va pas traverser les époques mais effectuer des voyages intérieurs. Et voilà que l’on découvre le véritable rôle cathartique de la machine. Wolf se retrouve dans un lieu imaginaire mais très inspiré de sa vie. A chaque fois qu’il se rendra là-bas, il rencontrera un nouveau personnage qui correspondra à une période de sa vie (famille et enfance, études, religion, amour et sexualité, carrière) en suivant à peu près la chronologie. En se remémorant et en formulant ses souvenirs, Wolf pourra leur dire adieu dans le monde réel et donc effacer tous les traumatismes. Pendant ce temps, Lazuli aimerait profiter des moments passés avec la charmante Folavril mais il en est empêché par un homme qui vient le regarder – qu’il est le seul à voir – dès qu’il sert sa belle dans ses bras.

Voilà pour le résumé si toutefois l’on peut résumer un roman de Vian ! Ce texte est d’une incroyable densité. Forcément, le personnage de Wolf renvoie directement à Vian lui-même qui semble se livrer dans cette machine. L’Herbe rouge peut en cela quasiment se lire comme un roman autobiographique à la croisée entre la science-fiction et la psychologie. Pas vraiment d’humour ici. L’auto-analyse ne lui en laisse pas la place. Cette introspection laisse d’ailleurs entrevoir la personnalité très sombre et triste de Vian qui, dans la vie, dissimulait son mal-être sous son aspect de bout-en-train. Les réflexions philosophiques de Wolf sur la vie et la mort sont la preuve d’un grand pessimisme de l’auteur: « Quoi de plus seul qu’un mort… murmura-t-il. Mais quoi de plus tolérant ? Quoi de plus stable ? […] et quoi de plus aimable ? […] Un mort, continuait Wolf, c’est bien. C’est complet. Ça n’a pas de mémoire. C’est terminé. On n’est pas complet quand on est mort. […] et quand on se gêne soi-même, on a le motif et l’excuse – et si on se débarrasse alors de ce qui vous gêne… de soi-même… on touche à la perfection. Un cercle qui se ferme. »

Avec le thème de la psychanalyse et de ses dérives, l’auteur laisse percevoir les prémices de L’Arrache-coeur (ici). On retrouve également de nombreux éléments qui renvoient à L’Ecume des jours notamment, la disparition de la chambre de Lazuli à sa mort qui rappelle le rétrécissement de celle de Chloé.

Au niveau du style, on retrouve bien évidemment le « langage-univers » de Vian avec l’invention de nombreux mots : Wolf et le Sénateur Dupont (son chien) s’adonne à une belle partie de « plouk » qui rappelle le golf pendant que Lil consulte une « reniflante » pour connaitre son avenir. La poésie est très présente également, et, comme d’habitude avec Vian, le lecteur est projeté dans un monde parallèle – où les objets et la nature prennent vie – duquel il a bien du mal à se défaire. Une véritable pépite qui me donne une fois de plus l’impression que Vian a écrit tout ce que je ne pourrai jamais écrire !

Aller, pour terminer, et vous donner envie de découvrir la suite, les deux premiers paragraphes :

« Le vent, tiède et endormi, poussait une brassée de feuilles contre la fenêtre. Wolf, fasciné, guettait le petit coin de jour démasqué périodiquement par le retour en arrière de la branche. Sans motif, il se secoué soudain, appuya les mains sur le bord de son bureau et se leva. Au passage, il fit grincer la lame grinçante du parquet et ferma la porte silencieusement pour compenser. Il descendit l’escalier, se retrouva dehors et ses pieds prirent contact avec l’allée de briques, bordée d’orties bifides, qui menait au Carré, à travers l’herbe rouge du pays.

La machine, à cent pas, charcutait le ciel de sa structure d’acier gris, le cernait de triangles inhumains. La combinaison de Saphir Lazuli, le mécanicien, s’agitait comme un gros hanneton cachou près du moteur. Saphir était dans la combinaison. De loin, Wolf le héla et le hanneton se redressa et s’ébroua. »

 

Errance adolescente

9 Mar

C’est fou comme parfois on lit le même livre qu’un proche au même moment sans le savoir…

L’Attrape-coeurs, J.D. Salinger

Holden Caulfield, 17 ans, vient de se faire renvoyer de son lycée. Pendant 3 jours, il va errer dans les rues de New-York en attendant les vacances de Noël. Il ne veut pas rentrer chez lui plus tôt pour ne pas alarmer ses parents.

Durant ces trois longues journées, l’adolescent va aller de rencontres en rencontres : anciens professeurs, camarades de classe, jeunes filles, prostituée, bonnes soeurs… Si quelques-unes de ces entrevues sont porteuses de sens (notamment la rencontre avec les nones et celle avec son professeur à la fin), la plupart sont très superficielles. Holden erre dans les rues new-yorkaises, seul, sans but véritable, la plupart du temps ivre. Il repense à son jeune frère Allie, très doué à l’école, mort quelques mois plus tôt, à son aîné, romancier qui se « prostitue » en écrivant des scénarios à Hollywood et à sa jeune soeur, Phoebé, qu’il aime plus que tout. Holden semble de plus en plus désorienté, marginalisé. Trop sensible, il perd prise peu à peu avec la réalité, ne peut plus communiquer avec les autres et devient même étranger à lui-même…

Il faut s’accrocher pour rentrer dans ce roman très sombre écrit à la première personne dans un langage plus que relâché comme en témoigne la première phrase : « Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement la première chose que vous allez demander c’est où je suis né, et à quoi ça a ressemblé, ma saloperie d’enfance, et ce que faisaient mes parents avant de m’avoir, et toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j’ai pas envie de raconter ça et tout. » Mais une fois l’effort initial passé, on ne peut que s’accrocher au destin du jeune Holden dont la vie est en train de lui échapper. Il est d’autant plus difficile de décrocher que le narrateur emploie sans cesse le « vous » qui inclut directement le lecteur dans l’histoire. Caulfield n’a pas besoin de nous raconter toute sa vie, ces trois jours suffisent à donner à voir le basculement de son existence, cette chute en avant qu’il semble vouloir précipiter. Autour de lui, les adultes brillent par leur absence. Ses parents n’ont strictement aucune idée que leur fils vient de se faire renvoyer et erre seul dans les rues en plein mois de décembre. Seul le dernier prof, Antolini pressent qu’Holden court à la catastrophe : « Franchement je ne sais que diable te dire, Holden […] J’ai l’impression que tu marches vers une sorte de terrible, terrible chute… ». D’ailleurs, ça ne manquera pas car, même si rien n’est clairement indiqué, on comprend que le dernier chapitre est écrit depuis un hôpital psychiatrique… ce qui donnera d’ailleurs une autre explication à l’utilisation du « vous ».

Ce roman a connu un grand succès, surtout en raison sans doute de sa censure aux Etats-Unis à sa sortie. La raison : donner un mauvaise exemple à la jeunesse du pays en raison de ce héros qui se marginalise au fur-et-à-mesure de l’histoire.

Opération « Anthropoïde »

6 Mar

Encore un livre qu’on m’a conseillé et pour lequel je ne suis pas déçue.

HHhH, Laurent Binet

En 1942, en pleine seconde guerre mondiale, Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo et des services secrets nazis, fait régner la terreur depuis des mois à Prague tout en planifiant la solution finale. « L’homme le plus dangereux du IIIè Reich » ne recule devant rien pour satisfaire son Hitler et Himmler dont il est le bras droit et n’hésite pas à faire fusiller tous les Juifs et les opposants au régime que compte la capitale Tchèque.

Depuis Londres, la résistance s’organise et entend bien frapper fort en montant l’opération « Anthropoïde ». Deux parachutistes tchécoslovaques seront chargés d’assassiner celui que l’on surnomme aussi « le bourreau de Prague » ou « la bête blonde ».

Tous les personnages du livres ont existé et tous les faits sont réels. Pourtant, il ne s’agit pas d’un documentaire historique mais d’un roman. Oui, mais comment raconter l’histoire de cet attentat sans déformer le réel ? Comment raconter, maintenir le lecteur en haleine sans romancer et sans trahir l’Histoire ? C’est la question que se pose Laurent Binet tout au long de son roman. Le lecteur lit donc deux livres en un : le roman sur l’attentat, et le journal de bord de l’écrivain qui s’interroge sur la manière dont il doit s’y prendre pour raconter un pan de l’Histoire qui lui tient à cœur sans le déformer et pour être le plus précis possible sans être barbant.

Le pari était risqué de livrer ses réflexions d’auteur au sein même de l’intrigue mais je dois avouer que c’est plutôt réussi. On comprend les doutes de Binet, on se demande quelle solution il va adopter, on compatit – et pour être auteur moi-même d’autant plus ! – au mini drame personnel lorsque son éditeur décide de changer son titre initial Opération « Anthropoïde » pour HHhH (Himmlers Hirn heiβt Heydrich : le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich). On se demande même à un moment si Binet réussira à raconter l’attentat. Pour ne pas être fan de roman historique, je me suis vraiment laissée séduire par celui-ci grâce à cette double lecture qui m’a, en outre, permis d’enrichir mes connaissances sur cette période si sombre de l’Histoire.

Prime enfance

2 Mar

Un livre conseillé par quelqu’un qui me connait bien.

Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb

La narratrice raconte le tout début de sa vie. De sa naissance à l’âge de 2 ans, le bébé n’est qu’une masse inerte. Les médecins diagnostiquent une « apathie pathologique » et le bébé se considère comme un tube qu’on nourrit, qui digère et finit par évacuer ce qu’on lui a donné d’un côté par une autre extrémité. Ses parents la surnomme « la plante ». Elle ne témoigne d’aucun sentiment ni d’aucune attention pour le monde qui l’entoure. Le tube ne parle pas, n’émet pas même le moindre son, et ne bouge pas. Un jour pourtant, le tube se met à hurler et rien ne peut plus l’arrêter de crier pendant 6 mois.

C’est grâce à sa grand-mère ou plutôt grâce à un bâton de chocolat blanc belge que cette dernière lui tend que le tube va prend conscience de l’intérêt du monde et quitter enfin, à 2 ans et demi, son état végétatif. La petite fille rattrape vite le temps perdu et se met rapidement à parler et à marcher. Si elle prononce ses premiers mots en français, elle veille néanmoins à ne pas révéler ses progrès trop vite à ses parents et communique en attendant en japonnais avec sa nourrice nippone. Car l’enfant vit au Japon où son père – belge – exerce l’étrange profession de consul. Nous suivrons ensuite les progrès et les réflexions de la petite jusqu’à ses 3 ans dans ce Japon qui ressemble pour elle à un véritable jardin d’Eden.

J’ai adoré ce roman autobiographique !  Techniquement, on passe de la 3ème personne du singulier avec la narratrice qui parle d’elle-même en se surnommant Dieu d’abord puis « tube ». La scène du chocolat met un terme à l’utilisation de la 3ème personne. La narratrice goûte au plaisir, peut enfin se considérer comme un être en tant que tel et donc utiliser le « je ».

L’humour mordant point pratiquement à chaque phrase. J’ai vraiment ri à la lecture de certaines scènes notamment celles des carpes « de tous les poissons, le plus nul – le seul à être nul- […] les Japonais avaient eu raison de choisir cette bête pour emblème du sexe moche » (les parents, croyant faire plaisir à leur fille pour son 3ème anniversaire, lui offriront 3 carpes Koï ce qui donne lieu à un épisode vraiment jubilatoire) et un paragraphe dans lequel elle évoque son grand frère :« je tenais mon frère pour la pire des nuisances. L’unique ambition de son existence semblait de me persécuter : il y prenait un tel plaisir que c’était pour lui une fin en soi. Quand il m’avait fait enrager pendant des heures, il avait réussi sa journée. Il paraît que tous les grands frères sont ainsi : peut-être faudrait-il les exterminer. » Le récit alterne entre le regard de l’enfant sur son entourage (vraiment très drôle) et des réflexions métaphysiques sur l’existence, l’utilité de vivre, de communiquer et la mort. A lire de toute urgence si ce n’est pas déjà fait !