Au « vert paradis des amours enfantines »

18 Avr

Voilà longtemps que je voulais relire ce roman que j’avais découvert alors que je devais à peine être âgée d’une dizaine d’années…

Quand j’avais 5 ans, je m’ai tué, Howard Buten

Gil a huit ans. C’est un petit garçon très mur pour son âge et très intelligent. Il a d’ailleurs remporté plusieurs prix d’orthographe. Mais Gil est enfermé à la Résidence Home d’Enfants les Pâquerettes, une structure psychiatrique infantile fermée. Pourquoi ? Pour ce qu’il a fait à sa petite copine Jessica. Que lui a-t-il donc fait ? Tout est sous-entendu jusqu’aux dernières pages qui révèlent qu’il ne lui a pas fait grand chose…

Gil est donc enfermé aux Pâquerettes et voudrait bien en sortir pour retourner chez ses parents dont on lui interdit la visite. Il voudrait bien aussi pouvoir lire les lettres que son amie Jessica avait promis de lui envoyer. Mais le Dr Nevele – psychiatre aussi insensible qu’intraitable – décrète qu’il souffre de « troubles du comportement schizoïdes » qu’il ne lui accordera pas la moindre permission tant qu’il refusera de se confier à lui. Leurs entretiens se terminent inlassablement par une crise de l’enfant qui se voit vite entraver par une terrible ceinture de contention – seul moyen apparemment trouvé par le médecin pour calmer son jeune patient…

Heureusement, Gil parvient à s’échapper de la Résidence en pensées. Il nous raconte donc son histoire d’amour avec Jessica en parallèle de ses récits à propos de l’internement. Il raconte donc comment il a rencontré la petite fille, comment il joue au super-héros avec son copains, comment il est tombé amoureux et surtout comment les adultes sont stupides.

Et la voilà toute la force de Howard Buten – à la fois clown et spécialiste des enfants autistiques – : réussir avec brio à se glisser dans la peau de ce petit garçon, à adopter son langage et son mode de penser, à nous faire partager ses rêves, ses questionnements, ses peurs et ses joies. On peut aisément reconnaître l’auteur dans le personnage de Rudyard Walton, un médecin un peu excentrique qui calque son comportement sur celui de ses patients autistes pour mieux pénétrer leur univers et les guérir et deviendra la seule source de réconfort de Gil aux Pâquerettes. Mais Evidemment, comme les adultes ne comprennent rien à rien – et que le Dr Nevele en est leur pire représentant – le pauvre Rudyard sera vite renvoyé du centre…

Pour conclure, ce roman ne peut laisser indifférent un lecteur qui ressort bouleversé par cette histoire d’amour à la fois tendre, drôle, ironique et tragique; un roman qui invite les adultes à retrouver leur âme d’enfant, à retrouver ce regard poétique sur la vie et à se débarrasser une bonne fois pour toute des préjugés et des conventions vis-à-vis des enfants. Une pépite qui a été adaptée en 1994 par Jean-Claude Sussfeld.

Allez, un petit extrait pour le plaisir ! Début du chapitre II :

« Je suis à la Résidence Home d’Enfants les Pâquerettes.

Je suis ici à cause de ce que j’ai fait à Jessica. Je saigne encore du nez mais ça fait pas mal, mais j’ai la figure noire et bleue sur la joue. Ca fait mal. J’ai honte.

Quand je suis arrivé ici, la première personne que j’ai rencontrée c’était Mme Cochrane. Elle est venue me voir au comptoir où j’étais avec mon papa et ma maman. Tout le mon s’est serré la main sauf moi. Mais elles étaient dans mes poches mes mains. Et elles étaient fermées, c’étaient des poings. Mme Cochrane m’a emmené. Elle est moche. Elle est à dégobiller de la regarder et elle porte un pantalon malgré qu’elle est vieille. Elle me parle tout doucement comme si je dormais. Mais je dors pas. »

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2 Réponses to “Au « vert paradis des amours enfantines »”

  1. carolivre avril 18, 2014 à 5:16 #

    Je me souviens l’avoir lu et qu’en effet, cet enfant était enfermé dans ce centre pour finalement pas grand chose! ça avait été une lecture dure quand même!

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    • naurile avril 19, 2014 à 7:09 #

      Oui, assez dure mais tellement belle au sens de l’écriture j’entends !

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