Cri du coeur

19 Avr

Un livre dont j’avais longtemps repoussé la lecture… parce que je savais qu’elle me bouleverserait… je ne m’étais pas trompée…

Lettres à l’absente, Patrick Poivre d’Arvor

L’absente du titre, c’est Solenn, la fille du célèbre journaliste. Atteinte d’anorexie mentale, elle a 16 ans et vient d’être internée au Kremlin-Bicêtre en ce début d’automne 1992. Son père, fou de douleur et désespérément impuissant face à la maladie de sa fille, décide de tenir son journal pendant les longs mois d’hospitalisation qui le tiennent à distance de celle qu’il aime le plus au monde.

L’absente est en réalité plus que présente dans la vie de son père qui ne cesse de penser à elle alors qu’il doit arpenter la planète pour couvrir l’actualité. Elle se fait encore plus présente lorsqu’il part pour la Somalie la veille de son internement. Somalie en guerre où chaque enfant décharné lui rappelle le corps de celle qu’il a surnommée sa petite Somalienne…

On ne ressort pas indemne de ce genre de lecture, surtout lorsque l’on a soi-même été à la place de Solenn. Surtout lorsque l’on a tenté, en vain, de savoir ce qu’ont pu ressentir son père, ses parents tenus à distances par les autorités médicales, tenus à distance par la maladie… Surtout lorsque l’on sait que Solenn, ne supportant plus de vivre, mit fin à ses jours à peine plus de deux ans après l’écriture de ce livre, alors qu’elle venait tout juste de fêter ses dix-neuf ans. Sans doute le nœud du problème réside-t-il en partie dans cette phrase-chapitre : « On n’a pas le droit d’aimer sa fille comme ça. »

Ce texte bouleversant n’en demeure pas moins l’une des plus belles déclaration d’amour d’un père à sa fille, à cette petite fille malade de la vie qu’il n’a pas pu retenir…

L’extrait qui suit m’a particulièrement touchée. Je le dédie à mes parents :

« Nous faisions semblant de ne rien voir. Nous brûlions d’aborder le sujet puisque cette table nous était devenue hostile et que tout dialogue était miné… Elle pressentait tout cela, la petite mule têtue; elle fronçait le sourcil quand les mots glissaient vers la zone dangereuse. En un millième de seconde, nous devenions indécents. La faute avait repassé la ligne et se retrouvait dans notre camp. Il nous restait toute la nuit pour vivre avec et nous laisser dissoudre. Mangés par elle. […] C’est ainsi que Solenn, qui ne mangeait plus, a fini par nous manger. »

La Maison de Solenn ou Maison des adolescents, établissement hospitalier destiné à prévenir mais aussi à soigner les maladies liées à l’adolescence comme la dépression et l’anorexie, a ouvert ses portes en 2004. Plus d’informations ici.

 

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