Quand on n’a que l’amour…

5 Mai

Je connaissais cet auteur de nom – sans doute croisé pendant une de mes nombreuses années de cours d’espagnol dans mon cursus scolaire et universitaire – mais je n’avais jamais eu l’occasion de le lire. Vive la médiathèque qui me permet de tester des livres vers lesquels je ne me tournerais peut-être pas en librairies…

En l’absence de Blanca, Antonio Muñioz Molina

Mario est fonctionnaire à Jaén, une petite bourgade de province très tranquille du sud de l’Espagne. Il mène une vie en apparence paisible, partagé entre son travail qu’il quitte à quinze heures précises chaque jour de la semaine et sa femme, Blanca, qu’il rejoint dix minutes plus tard dans leur petit appartement.

En apparence donc, parce que la vie aux côtés de Blanca n’a rien de tranquille pour Mario, constamment inquiet de voir s’évaporer cette femme insaisissable au passé chaotique…

Blanca d’ailleurs semble l’exact contraire de Mario. Alors que lui est un homme simple, qui se contente de son quotidien insipide, qui ne souhaite que de rester enfermé avec l’objet de son amour, Blanca, elle, rêve d’une vie grandiose, de côtoyer les artistes, de s’étourdir d’expositions et de  concerts à la capitale. Avant Mario, c’était son quotidien : muse d’un peintre maudit, la jeune femme dilapidait sa vie en soirées mondaines saupoudrées de coke pour oublier qu’elle gâchait sa vie aux côtés d’un artiste minable dans un taudis… Marion la sauve de tout ça. Mais est-elle capable de l’aimer en retour ? Rien n’est moins sûr…

C’est le style de Molina qui fait toute la richesse de court roman aux accents flaubertiens. Ce pauvre Mario regarde filer sa vie et s’échapper son amour sans réagir. Il se sait menacé, il sent rôder une ombre qui veut lui voler sa femme, il a conscience que Blanca, que cette femme qui le fascine tant, ne peut supporter cette vie insipide, engoncée dans ce conformisme provincial. Mario savait qu’il devait la reconquérir chaque jour, ne pas considérer comme acquis cet amour né six ans auparavant… rien n’y fera. La jeune femme s’échappera sans laisser de traces et sans que Mario n’en comprenne vraiment la raison. Et c’est en cela que réside la force de l’auteur. Donner toutes les clés au lecteur sans qu’il n’y paraisse, faire monter ce sentiment que l’histoire d’amour de Mario est vouée à la catastrophe dès le départ malgré tous ses efforts, insister sur la cruauté et la perversion de cette femme qui brille par son absence et qui semble manipuler notre pauvre homme de bout en bout sans qu’il ne se rende compte de rien… Bref, vous l’aurez compris… une excellente lecture !

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