Passions ardentes

16 Mai

Je dispose hélas de très peu de moments pour lire ces jours-ci ce qui explique l’incroyable temps que j’ai mis à terminer l’oeuvre que je vais vous présenter aujourd’hui mais qui est pourtant magistrale !

Brûlant Secret, Stefan Zweig

Quatre nouvelles composent ce recueil et renvoient toutes à la façon dont le désir peut naître au fond de chaque être et bouleverser un destin. Ce désir, bien évidemment, demeure longtemps secret au coeur du protagoniste déjà qui n’ose se l’avouer à lui-même mais surtout à la société qui l’entoure.

C’est certainement, à mon humble avis, la première nouvelle éponyme du recueil la plus aboutie de toutes. Un baron s’apprête à passer des vacances au milieu des montagnes, dans un hôtel perdu, éloigné de toute la société qu’il a l’habitude de côtoyer. A peine arrivé à destination qu’il se demande ce qu’il fait là et s’ennuie déjà à mourir. Il cherche, en vain, de quoi se divertir en observant les autres clients de l’hôtel lorsqu’il aperçoit une femme accompagnée de son enfant. Celle-ci retient bien vite son attention et voilà qu’il se met dans l’idée de la séduire. Pour se faire, il va se rapprocher de l’enfant et s’en servir d’appât pour amener la mère dans ses lacs. Mais voilà que chez le jeune garçon de douze ans, fier de cette nouvelle amitié avec un homme mûr, va bientôt se révéler un jalousie sans bornes contre ce dernier. En effet, si l’enfant ne comprend pas clairement les enjeux de l’intrigue en train de se nouer sous ses yeux, il n’en demeure pas dupe, sait que le baron et sa mère partagent un secret et souffre de cette relation entre adultes dont il est exclu mais qu’il compte bien percer à jour :  » La vie devenait pour lui incompréhensible, maintenant qu’il voyait que les paroles derrière lesquelles il avait supposé qu’était la réalité n’avait pas plus de valeur que des bulles de savon qui éclatent au moindre souffle. mais quel terrible secret ce devait être pour amener des adultes à la tromper, lui, un enfant, et à s’enfuir comme des criminels ? […] Il sentait obscurément que l’enfance était enfermée derrière ce secret et qu’une fois qu’on l’avait pénétré on devenait enfin une grande personne, un homme. Oh ! connaître ce secret ! Mais il était incapable de penser clairement. La rage qu’il éprouvait en voyant qu’ils lui avaient échappé le consumait et troublait son esprit. »

Le deuxième texte, Conte crépusculaire, raconte les émois d’un jeune homme à qui une demoiselle s’offre chaque nuit sans lui révéler son identité. Alors qu’il tente de découvrir de qui il s’agit, il se méprend et souffrira bien longtemps de cette erreur de jugement. La troisième nouvelle, La nuit fantastique, relate l’histoire d’un jeune baron qui, alors qu’il n’éprouve plus aucun goût pour la vie, se retrouve en possession d’une grosse somme d’argent illégalement. Une rencontre nocturne avec des voyous et une prostituée va littéralement changer le cours de son existence et le ramener à la vie. Enfin, Zweig nous conte avec brio une histoire de rivalité entre deux soeurs jumelles à la beauté inégalable. L’une mène une vie de débauche, l’autre consacre sa vie à Dieu et aux plus démunis. Chacune déborde d’orgueil et souhaite rattacher l’autre à sa cause. Laquelle y parviendra ? Je vous laisse le soin de le découvrir…

Un fois de plus, l’auteur autrichien nous prouve qu’il est le maître incontestable de la peinture des sentiments humains. Chaque émotion est analysée avec une extrême minutie, permettant au lecteur de suivre pas à pas l’évolution psychologique des personnages. La précision dont fait preuve Zweig pour décrire les sentiments des protagonistes est telle qu’on croirait qu’il a lui-même fait l’épreuve de toutes les situations. Alors certes, certains trouveront peut-être que les textes ont vieilli et débordent de romantisme suranné, mais à ceux-là, je demande : citez-moi un auteur capable de transcrire aussi bien la jalousie, le désir ou l’amour que Zweig parce que je n’en connais pas !

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2 Réponses to “Passions ardentes”

  1. mandybule mai 16, 2014 à 6:57 #

    Stefan Zweig, ô maestro des mots, ô chef d’orchestre de la peinture des sentiments !

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  1. Amour malade | Les lectures de Naurile - juillet 31, 2014

    […] découvrir, d’autres chroniques de l’oeuvre de Zweig : Brûlant Secret et La Confusion des […]

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