Dans les contrées glaciales de la non-faim…

31 Mai

J’ai eu la chance de rencontrer cette jeune auteure à l’occasion d’une table-ronde sur les troubles alimentaires il y a quinze jours et suis heureuse de vous faire partager cette belle rencontre par le biais de la chronique qui suit.

Novembre est bleu, Professeur – Confessions d’une anorexique, Adeline Lizuré

Chloé est une élève brillante. Alors que les jeunes de son âge sont préoccupés par leurs études ou leurs amours, la jeune fille n’a que faire de ces futilités bassement terrestres. A la recherche d’un idéal, Chloé se détache peu à peu de la réalité matérielle. Mais comment devenir un pur esprit lorsque le corps vient nous rappeler à l’ordre trois fois par jour ? Bientôt, Chloé va cesser de s’alimenter ou presque, boudant la cantine pour 15 grammes de pain, méprisant ses congénères qui ne comprennent pas sa « physionomie » et s’empiffrent de viennoiseries, craignant les dîners en tête-à-tête avec sa mère, avec celle qui, après ces années d’absence, vient lui imposer le poids terrifiant d’une assiette carrée remplie sur la table de la cuisine…

Chloé confie, à celui qu’elle nomme « Professeur », les tourments de sa plongée dans l’anorexie, les simulacres de repas terminant irrémédiablement à la poubelle, le vide profond que viennent combler les interminables calculs de calories et la quête d’un absolu impossible à atteindre. Mais surtout, Chloé raconte le froid, le froid glacial de l’anorexie, véritable poignard, qui transperce le malade même au plus profond de l’été. Ce froid qui ne laisse aucun répit , qui fait de la maladie un perpétuel hiver sans soleil et couvre ce qui reste de corps d’un fin halo bleuté.

En « voulant ne pas vouloir manger », Chloé en deviendrait presque transparente, paradoxe pour elle qui souhaite pourtant inconsciemment attirer l’attention de son entourage. Pas assez transparente peut-être aux yeux de la médecine, pour qui un imc semble revêtir davantage de sens qu’une alimentation quasi inexistante.

Chloé ne sera donc pas hospitalisée. Après quatre années de mensonges et de restrictions, elle acceptera enfin l’aide qu’on lui propose et de se remettre à manger. Conservant toutefois une certaine lucidité sur son état : « Je sais à présent que je n’en mourrai pas; je sais aussi que rien de cela n’est passé ».

J’ai véritablement « dévoré » ce magnifique roman autobiographique d’Adeline Lizuré, qui témoigne, dans un style aussi érudit que pudique, parfaitement de cette chute dans un vide sans fond qu’est l’anorexie, de cette non-faim qui est, paradoxalement, bien davantage un mode de survie, une mue presque indispensable, pour la personne qui en est atteinte, vers sa propre existence, qu’un simple problème de nourriture. Le style aérien, métaphorique reflète sublimement la quête d’absolu de Chloé et fait de ce livre bien plus qu’un témoignage, une oeuvre littéraire poignante. A découvrir !

Sur le même thème :

Quand je me suis arrêtée de manger, Léa Mauclère

L’Ame en éveil, le corps en sursis, Sabrina Palumbo

 

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