Archive | juillet, 2014

Amour malade

31 Juil

Je tiens à remercier encore vivement celui qui m’a offert ce livre !

La pitié dangereuse, Stefan Zweig

L’intrigue du seul roman de l’auteur autrichien est simple. A la veille de la première Guerre Mondiale, un jeune officier, Anton Hofmiller, est invité au château du riche Kekesfalva par le biais d’un ami. Impressionné par tant de faste, Anton profite pleinement de la soirée quand il s’aperçoit qu’il a oublié d’inviter la fille de son hôte à danser. Il convie donc la jeune femme mais celle-ci ne peut répondre à son invitation pour la simple et bonne raison qu’elle est paralysée ! Anton, honteux de sa « gaffe » et pris de pitié pour la jeune infirme, Edith, va tenter de se faire pardonner en envoyant des fleurs et en multipliant les visites à la demoiselle. Il tombe bien vite dans un terrible engrenage en se retrouvant prisonnier du père et du médecin de la malade qui lui recommandent de lui mentir sur son état afin de lui éviter des souffrances inutiles.

Bientôt, Edith ne peut plus cacher son amour pour Anton. Mais celui-ci n’a pour elle que pitié car comment aimer une fille si peu faible et si riche sans passer pour un profiteur ? Pendant longtemps, il ne s’aperçoit de rien ou préfère ne rien remarquer et ne découvrira l’ampleur des sentiments de l’infirme que bien trop tard…

Je ne le répéterai jamais assez, Zweig est l’un des meilleurs peintres des sentiments de toute la littérature mondiale. Dans ce roman, l’auteur nous entraîne au cœur d’une histoire d’amour aux airs de tragédie antique puisque le destin de notre jeune lieutenant se décide dès les toutes premières pages. A peine a-t-il mis les pieds dans la demeure Kekesfalva que son sort se retrouve inextricablement mêlé à celui de la famille. D’ailleurs, par trois fois il tentera de fuir la maison mais à chaque fois une force extérieure à sa volonté le contraindra à y retourner. Cette force suprême, c’est la pitié, une pitié dangereuse, « mouvement instinctif de défense de l’âme contre la souffrance étrangère » et qui peut, dans certains cas « persévérer jusqu’à l’extrême limite des forces humaines ». Le personnage principal passe son temps à analyser son comportement et à balancer entre la volonté de dire la vérité à la malade et la faire souffrir ou continuer à lui mentir quitte à détruire le peu d’estime qui lui reste de lui-même. Prisonnier des conventions, de l’ordre établi, il ne pourra jamais vraiment se défaire de cette prison et de ces questionnements. Questions d’ailleurs toujours d’actualité : comment parler à un malade ? Doit-on lui cacher une partir de la vérité pour le préserver ou bien tout lui dire sous peine de le faire souffrir davantage ? Le drame d’Anton revêt un problème d’ordre éthique universel.

Par la peinture de ce drame familial, Zweig donne aussi à voir la société viennoise et ses valeurs en perdition à l’aube de la première Guerre Mondiale. Ce n’est pas seulement Edith qui est infirme mais la nation même. En effet, le personnage de Kekesfalva qui cache ses origines juives pour établir sa fortune montre à quel point l’auteur a pu souffrir de la montée de l’anti-sémitisme dans son pays.

Je ne m’étendrai pas davantage dans l’analyse tant il y a de choses à dire. Vous l’aurez compris, ce roman est à classer parmi les monuments de la littérature tant il suscite de pistes de réflexion toujours d’actualité. A lire absolument une fois dans sa vie !

A découvrir, d’autres chroniques de l’oeuvre de Zweig : Brûlant Secret et La Confusion des sentiments

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Chacrés crimes !

29 Juil

Avant de partir en vacances, j’ai flâné à la recherche d’un nouveau texte pour ma liseuse et me suis laissée tenter par le lauréat du concours 2014 « Nos lecteurs ont du talent – découverte Fnac »

Lucifuges, Jean-Baptiste Ducorneau 

Pour le commissaire Augustin Fernand Désiré Cornélius, la journée commence très mal : après avoir répandu son café bouillant sur la moquette de son salon à 4h du matin, être arrivé en retard, le ventre vide et en sueur au 36, quai des Orfèvres suite aux huit kilomètres parcourus à vélo depuis son appartement et s’être saisi de sa précieuse canne à pêche dernier cri dans son casier pour son petit shoot halieutique matinal, son téléphone le rappelle à la réalité. Son collègue, l’inspecteur Pereira, véritable ado attardé, fan et collectionneur de consoles et jeux vidéo, lui demande de rappliquer au plus vite sur une scène de crime.

Après la découverte du corps nu, sans vie, d’une jeune femme à la morphologie particulière, l’enquête est lancée. Mais l’intrigue ne s’arrête pas là. Une vidéo des plus gore a été envoyée à nos deux comparses par la brigades des mineurs. Les images, cruelles, montrent un sadique avec une masque de chien exécuter un chat à l’aide d’une disqueuse devant un homme attaché sur un lit avant de décapiter sauvagement ce dernier avec son arme. Penchant d’abord pour l’hypothèse du snuff-movie, nos deux comparses, aidés par la belle Clara, vont vite se rendre compte qu’il ne s’agit là que du commencement d’une longue série de meurtres horribles qui ont sans doute un rapport avec le premier crime…

Et bien, je dois avouer qu’il s’agit véritablement d’une très bonne surprise ! Je me suis laissée happer par ce long roman (je n’ai pas le nombre de pages exact mais compte tenu du temps de lecture, environ 500 je pense). L’humour, les jeux de mots et les références culturelles sont omniprésents. Le texte est très bien documenté – sur la pêche en particulier, même si j’ai lu en diagonales certains passages consacrés à ce sujet -, l’intrigue bien ficelée même si l’on sait, ou plutôt croyons, rapidement savoir qui est le tueur. Il nous faudra vraiment attendre l’épilogue pour connaître le véritable meurtrier. Je ne me suis pas ennuyée une seconde à la lecture de ce roman policier divertissant, à la limite de la parodie, qui, en tout cas, ne se prend pas au sérieux. Les nombreuses digressions à propos de la vie personnelle du commissaires permettent d’instaurer une complicité avec ce personnage haut en couleurs, jamais avare d’un bon mot. On espérerait une série !

Allez, un petit extrait pour la route, histoire de donner le ton : le ministre appelle Cornélius pour qu’il boucle l’affaire rapidement.

« – Je ne sais pas par quel miracle rien n’a encore transpiré, mais je vous parie ma chemise que dans moins de vingt-quatre heures la panique sera totale. Je veux impérativement des résultats d’ici demain matin commissaire Cornélius. Il va nous falloir des os à ronger à la presse.

– Le terme est judicieusement choisi, monsieur le Ministre.

– Je fais confiance à votre intelligence et à votre professionnalisme, il va falloir se lever tôt pour piquer ce chien.

Cornélius ne répondit pas, il s’était arrêté net de parler.

– Commissaire ? s’enquit le ministre au bout de trois secondes.

– C’est un kakemphaton !

– Quoi ! Vous avez compris ? Bravo commissaire, je n’ai jamais douté de votre efficacité !

– Oui, c’est un foutu kakemphaton, il y avait longtemps !

– Formidable ! Vous m’expliquez ?

– Bien sûr, monsieur le Ministre : Lever tôt pour piquer ce chien, le véto pour piquer ce chien. Kakemphaton ! Calembour involontaire.

On entendit un profond soupir à l’autre bout de la ligne. »

Sans parler du moment où, alors qu’ils interrogent un suspect dans une entreprise flambant neuve, Pereira remarque un baby-foot dans la salle de repos. Nos deux amis se lancent alors dans un match improbable pendant une pause lors de l’entretien ! Hilarant !!

Heures sombres

13 Juil

Il y a quelques mois, j’avais lu et aimé le premier tome de la série L’Apprenti Epouvanteur. J’ai profité du début des vacances pour découvrir la suite.

La Malédiction de l’Epouvanteur, Joseph Delaney

Nous retrouvons le jeune Tom, six mois après le début de son apprentissage auprès de M. Grégory, l’épouvanteur du Comté.

Sur le pays et la ville de Priestown en particulier, pèse une atmosphère moyen-âgeuse sinistre, en raison d’un terrible Inquisiteur qui cherche à se débarrasser de tous ceux qui ont affaire aux forces de l’obscur. Hélas, alors que notre épouvanteur et son apprenti chassent bel et bien les sorcières, l’Inquisiteur fait régner la terreur en accusant de sorcellerie des innocents qui ne peuvent payer la dîme ou qui se refusent à se plier aux règles soi-disant divines…

Dans ce contexte, nos deux amis vont devoir mener un des combats les plus périlleux de leur existence. En effet, dans les profondeurs des catacombes de la cathédrale de la ville, est tapie une horrible créature que l’épouvanteur n’a jamais réussi à vaincre : le Fléau. Il terrorise les prêtres, se nourrissant de leur esprit avant de les presser atrocement…

Ce deuxième opus est très sombre mais également très riche en actions et en rebondissements. L’intrigue laisse très peu de place aux temps morts ce qui ravira sans doute les jeunes lecteurs. Pour ma part, je déplore toujours les trop nombreuses scènes de combat dans un roman qui se font souvent aux dépends d’un approfondissement de la psychologie des personnages. Heureusement, Joseph Delaney ne tombe pas dans le piège de la facilité et creuse le portrait du maitre épouvanteur, laissant entrevoir une personnalité sombre et ambiguë. Nous retrouvons également Alice, la jeune sorcière complice de Tom, qui aura bien du mal à faire son choix entre ses nouveaux amis et le côté obscur… Evidemment, Tom sera également déchiré entre sa famille, son amie et son maitre et devra effectuer des choix et traverser des épreuves qui le feront grandir plus vite que prévu… Une lecture agréable.

 

 

« Ensemble, c’est tout »

7 Juil

Ce livre m’a fortement été conseillé par mon amie et collègue documentaliste. Il faisait partie de la sélection de L’Echappée Lecture 2014, prix de littérature jeunesse organisé par la bibliothèque de la Nièvre.

Nos étoiles contraires, John Green

Hazel, la narratrice, a 16 ans. Comme n’importe quel ados, elle adore passer des heures devant la télé à s’assommer devant des émissions stupides ou passer son temps à dormir. Comme n’importe quel ado, elle ne supporte pas que sa mère lui demande de se bouger. Mais Hazel n’est pourtant pas une ado comme les autres. Elle est atteinte d’un cancer de la thyroïde qui s’est propagé jusque dans ses poumons et qui l’oblige à se trimbaler avec une bonbonne d’oxygène qu’elle déplace à l’aide d’un petit chariot métallique. Le moindre mouvement effectué sans sa canule dans les narines lui demande un effort colossal et risque de l’asphyxier en quelques secondes.

En parallèle à un lourd traitement médicamenteux expérimental (qui lui a permis de maintenir son état alors qu’on lui prédisait la mort), Hazel doit se rendre à un groupe de parole pour jeunes cancéreux qui ressemble à s’y méprendre à un rendez-vous des alcooliques anonymes. Forcément, la jeune fille ne goûte guère à cette séance d’apitoiement collectif. Jusqu’au jour où elle y fait la rencontre d’un splendide jeune homme, Augustus, victime d’un ostéosarcome qui lui a volé sa jambe droite.

Bien vite, des liens intenses vont se nouer entre nos deux amis bien que ni l’un ni l’autre n’ose déclarer sa flamme de peur de mourir et de provoquer un cataclysme dans la vie de celui qui reste : « En fait, ce n’est pas étonnant que je me sois crispée quand Augustus m’avait touchée. Etre avec lui, c’était lui faire du mal, forcément. L’impression que j’avais eue lorsqu’il avait tendu la main vers moi, c’était de commettre un acte de violence envers lui, car c’est ce que je faisais. » Evidemment, ils finiront par vivre leur amour. Evidemment, leur état va vite empirer…

Avec un résumé pareil, on aurait pu fuir en courant, craignant d’assister à un mélo larmoyant type Love Story sauce ado. Et bien toute la réussite de ce roman tient dans le fait qu’il n’en est rien ! Bien sûr, j’avoue avoir retenu mes larmes sur quelques pages, mais quelques pages seulement sur les 327 que compte le livre. En dehors de ça, le lecteur s’étonne de se réjouir en découvrant l’univers de la narratrice qui porte un regard à la fois juste et distancié sur la maladie et tout ce qu’elle implique. Les deux personnages sont d’une telle fraîcheur qu’on espérerait évidemment un happy end. Mais il n’en sera rien. Pourtant, ce n’est pas la mort, pourtant présente tout au long du texte, qui ressort victorieuse, mais la bel et bien la vie. Car c’est d’un hymne à la vie et à toutes les émotions à la fois simples et intenses qu’elle suppose dont il s’agit dans ce texte. Hazel et Augustus savent que, plus que n’importe qui, le temps leur est compté. Mais plutôt que se lamenter sur leur triste sort, ils choisissent de vivre leur histoire comme ils l’entendent, loin de tout préjugé. Vous l’aurez compris, ce roman de John Green, qui vient tout juste de sortir au cinéma aux Etats-Unis (réal. Josh Boone), est un véritable coup de coeur !

Pour le plaisir, encore un petit extrait du chap.6  issu d’un dialogue entre Hazel et ses parents :

« – J’ai l’impression d’être une grenade, maman. Je suis une grenade dégoupillée et, à un moment donné, je vais exploser. Alors j’aimerais autant limiter le nombre de victimes, OK ?

Mon père a penché la tête de côté, comme un chiot qu’on vient de gronder.

– Je suis une grenade, ai-je répété. Je ne veux pas voir de gens. Je veux lire des livres, réfléchir et être avec vous, parce que vous, je ne peux pas faire autrement que de vous faire du mal, vous êtes déjà dedans jusqu’au cou. Alors laissez-moi faire ce que je veux. Je ne fais pas une dépression. Je n’ai pas besoin de sortir. Et je ne peux pas être une ado normale parce que je suis une grenade. »

 

Demi-dieu malgré lui

5 Juil

Mes élèves de 5ème étant fans, je me suis vue dans l’obligation de percer le mystère de Percy…

Percy Jackson – Le voleur de foudre, Rick Riordan

Percy est un jeune adolescent dyslexique et présentant des troubles du déficit de l’attention. Par conséquent, l’école n’est pas son truc, d’autant qu’il a l’art de s’attirer des ennuis pendant les sorties scolaires. Sa prof de maths, l’horrible Mme Dodds, le déteste tandis que M. Brunner, son prof de lettres anciennes, le porte aux nues. Un jour, alors que Percy se retrouve seul avec Mme Dodds à l’occasion d’une sortie, celle-ci se métamorphose subitement en vieille sorcière et cherche à le tuer. Sous le choc, Percy n’a pas le temps de se poser de questions, réceptionne le stylo Bic envoyé par M. Brunner qui se transforme en épée de bronze dans ses mains et transperce le monstre qui se désagrège devant lui…

Alors que Percy est complètement bouleversé par l’événement hors du commun qui vient de se produire, les autres élèves et professeurs ne semblent s’être aperçu de rien. Pire, lorsqu’il évoque Mme Dodds, tout le monde le prend pour un fou : il n’y a jamais eu de prof de maths portant ce nom dans ce lycée ! Seul son ami Grover semble véritablement lui cacher quelque chose… Bientôt, notre jeune héros apprendra qu’il est le fils d’un dieu de l’Olympe et d’une mortelle et que d’autres dieux veulent le tuer !

J’arrête ici pour le résumé afin de conserver du suspens pour les jeunes lecteurs. Je n’ai absolument pas accroché ni à ce personnage ni aux aux autres. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé – j’ai quand même lu plus de 260 pages sur les 470 que compte le livre avant d’abdiquer ! L’idée de départ semblait pourtant bonne (c’est d’ailleurs pour cela que j’ai entrepris cette lecture) : une sorte de réécriture moderne des mythes de l’Antiquité grecque doublée d’une quête initiatique. Mais trop, c’est trop ! On assiste à un catalogue de divinités, à une succession de combat manichéens où les bons dieux gagnent contre les méchants. Je pense qu’à un moment, les choses doivent s’inverser sur ce point car il existe je ne sais combien de tomes de cette série, mais j’avoue ne pas avoir le courage d’en ingurgiter davantage !

Après, je comprends que les élèves de 12-13 ans puissent aimer ce genre de roman qui ne laisse aucun temps mort et met en avant un ado en quête de ses origines et en proie à des bouleversements internes qui, malgré le côté fantastique, rappellent ceux des élèves. En outre, l’utilisation des dieux grecs façon héros Marvel ne peut que leur plaire d’autant que l’on a étudié la plupart des mythes dont il est ici question en classe de 6ème, ce qui les place en terrain plus ou moins connu.

Pour conclure : adultes, passez votre route; ados, foncez ! (mais je crois que vous ne m’aurez pas attendu pour le faire !). Pour info, le roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique de Chris Columbus (réalisateur d’un certain Harry Potter à l’Ecole des Sorciers…)