Amour malade

31 Juil

Je tiens à remercier encore vivement celui qui m’a offert ce livre !

La pitié dangereuse, Stefan Zweig

L’intrigue du seul roman de l’auteur autrichien est simple. A la veille de la première Guerre Mondiale, un jeune officier, Anton Hofmiller, est invité au château du riche Kekesfalva par le biais d’un ami. Impressionné par tant de faste, Anton profite pleinement de la soirée quand il s’aperçoit qu’il a oublié d’inviter la fille de son hôte à danser. Il convie donc la jeune femme mais celle-ci ne peut répondre à son invitation pour la simple et bonne raison qu’elle est paralysée ! Anton, honteux de sa « gaffe » et pris de pitié pour la jeune infirme, Edith, va tenter de se faire pardonner en envoyant des fleurs et en multipliant les visites à la demoiselle. Il tombe bien vite dans un terrible engrenage en se retrouvant prisonnier du père et du médecin de la malade qui lui recommandent de lui mentir sur son état afin de lui éviter des souffrances inutiles.

Bientôt, Edith ne peut plus cacher son amour pour Anton. Mais celui-ci n’a pour elle que pitié car comment aimer une fille si peu faible et si riche sans passer pour un profiteur ? Pendant longtemps, il ne s’aperçoit de rien ou préfère ne rien remarquer et ne découvrira l’ampleur des sentiments de l’infirme que bien trop tard…

Je ne le répéterai jamais assez, Zweig est l’un des meilleurs peintres des sentiments de toute la littérature mondiale. Dans ce roman, l’auteur nous entraîne au cœur d’une histoire d’amour aux airs de tragédie antique puisque le destin de notre jeune lieutenant se décide dès les toutes premières pages. A peine a-t-il mis les pieds dans la demeure Kekesfalva que son sort se retrouve inextricablement mêlé à celui de la famille. D’ailleurs, par trois fois il tentera de fuir la maison mais à chaque fois une force extérieure à sa volonté le contraindra à y retourner. Cette force suprême, c’est la pitié, une pitié dangereuse, « mouvement instinctif de défense de l’âme contre la souffrance étrangère » et qui peut, dans certains cas « persévérer jusqu’à l’extrême limite des forces humaines ». Le personnage principal passe son temps à analyser son comportement et à balancer entre la volonté de dire la vérité à la malade et la faire souffrir ou continuer à lui mentir quitte à détruire le peu d’estime qui lui reste de lui-même. Prisonnier des conventions, de l’ordre établi, il ne pourra jamais vraiment se défaire de cette prison et de ces questionnements. Questions d’ailleurs toujours d’actualité : comment parler à un malade ? Doit-on lui cacher une partir de la vérité pour le préserver ou bien tout lui dire sous peine de le faire souffrir davantage ? Le drame d’Anton revêt un problème d’ordre éthique universel.

Par la peinture de ce drame familial, Zweig donne aussi à voir la société viennoise et ses valeurs en perdition à l’aube de la première Guerre Mondiale. Ce n’est pas seulement Edith qui est infirme mais la nation même. En effet, le personnage de Kekesfalva qui cache ses origines juives pour établir sa fortune montre à quel point l’auteur a pu souffrir de la montée de l’anti-sémitisme dans son pays.

Je ne m’étendrai pas davantage dans l’analyse tant il y a de choses à dire. Vous l’aurez compris, ce roman est à classer parmi les monuments de la littérature tant il suscite de pistes de réflexion toujours d’actualité. A lire absolument une fois dans sa vie !

A découvrir, d’autres chroniques de l’oeuvre de Zweig : Brûlant Secret et La Confusion des sentiments

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5 Réponses to “Amour malade”

  1. mandybule juillet 31, 2014 à 1:55 #

    Sache que TU es à lire au moins une fois dans sa vie : toujours aussi délicieux ! 😉

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    • naurile juillet 31, 2014 à 3:14 #

      Merci !! Malheureusement, je n’ai pas le talent de Zweig… ça se saurait sinon !! D’ailleurs, il faut absolument que je me remette à l’écriture, il ne va pas se terminer tout seul ce roman ! Mais je ne peux hélas pas lire, écrire et préparer mes cours en même temps ! Ô vie cruelle !!

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      • mandybule juillet 31, 2014 à 4:15 #

        Enfer & Damnation, triste monde tragique !

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  2. marclefrancois juillet 31, 2014 à 5:31 #

    La collection (très réputée) et l’auteur (un de mes préférés) font de cette lecture une obligation que je me hâte d’ajouter à ma PAL!

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    • naurile août 1, 2014 à 12:51 #

      Je suis certaine que ce livre saura trouver une bonne place dans ton impressionnante bibliothèque 😉 Tu ne seras pas déçu !

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