Archive | août, 2014

Un meurtre presque parfait !

30 Août

J’avais entendu parler de ce livre dont le titre avait retenu mon attention à sa sortie. Je suis tombée dessus par hasard à la médiathèque. 

J’en profite pour vous annoncer que le blog va être en pause quelque temps en raison de la rentrée des classes – hé oui, il faut bien reprendre ! – et de mes activités annexes. Je pense espacer mes chroniques dans les mois à venir pour me consacrer davantage à l’écriture. Mais, cela ne va pas m’empêcher de lire !

Le Tueur hypocondriaque, Juan Jacinto Muños Rengel

Monsieur Y. exerce la profession peu commune de tueur à gage. Forcément, le métier requiert patience, méthode mais aussi forme physique. La patience, notre (anti-)héros n’en manque pas. Voilà très exactement un an et deux mois qu’il poursuit sa cible, Eduardo Blaisten. Idem pour la méthode, il connait mille et une techniques pour achever ses victimes et toutes les astuces pour les suivre des mois sans se faire repérer. Le seul hic, et non des moindres, c’est bien la santé…

En effet, notre tueur se réveille chaque matin avec l’intime conviction qu’il mourra avant la tombée de la nuit. Atteint de toutes sortes de maladies rares mais surtout très imaginaires (narcolepsie, strabisme, allergies multiples, crampe du tueur professionnel et j’en passe !), pas facile pour lui de concilier son métier et les exigences de soins que lui imposent ses (pseudo-)souffrances. Mais il y a pire que cela. Monsieur Y. a clairement la poisse !

Chaque jour, sans bien comprendre pourquoi il est encore en vie, il s’acharne, en homme de devoir kantien, à exécuter sa victime. Mais celle-ci – qui va pourtant mettre un certain temps avant de se rendre compte qu’elle est suivie – reste insaisissable. Après de multiples échecs dans ses tentatives d’assassinat, notre criminel en vient à établir des liens entre tous les symptômes et la malchance qui l’accablent et les souffrances que connurent Proust, Descartes, Swift, Poe, Voltaire, entre autres illustres hypocondriaques. Mais, l’unique question qui taraude le lecteur est : parviendra-t-il à tuer Blaisten avant de mourir lui-même ???

J’ai A-D-O-R-E ! Pour qu’un livre me fasse rire à voix haute et non seulement intérieurement, il faut y aller ! Pari réussi pour Muñoz Rengel, philosophe qui signe avec Le Tueur hypocondriaque son premier roman. Et non seulement ce livre est parfaitement hilarant, mais il est également d’une rare intelligence, très bien documenté. Une professeure de lettres ne peut que s’enthousiasmer en découvrant ou redécouvrant les nombreuses anecdotes sur des auteurs tous plus célèbres les uns que les autres qui viennent ponctuer et enrichir le récit initial. On ne peut que s’attacher et prendre pitié de ce personnage pathétique souffrant de maux tordus (jusqu’à une espèce d’aphasie surréaliste qui le fait parler et comprendre d’autres langues que la sienne !) Une véritable réussite ! Excellent remède en cas de coup de blues !!

Premier baiser

25 Août

J’ai choisi ce livre en flânant dans les rayons de la médiathèque alors que j’étais à la recherche de littérature japonaise.

Dis-lui que je l’attends, Takuji Ichikawa

Sathoshi a bientôt trente ans. Il est l’heureux propriétaire d’une boutique de plantes aquatiques même s’il peine à se verser un salaire. Il aimerait pouvoir faire plaisir à son père et trouver une femme pour se marier et avoir un enfant mais il est hanté par le souvenir de son amour de jeunesse, Karin, qui lui a donné son premier baiser et de son meilleur ami qu’il n’a pas revus depuis quinze ans.

Un jour, une magnifique jeune femme sonne à sa boutique pour postuler à un poste de vendeuse. Quand elle lui explique qu’elle est actrice et mannequin, il ne comprend vraiment pas pourquoi elle a décidé de venir travailler pour lui. Bientôt, il s’inquiète pour elle car il ne la voit jamais dormir. Quels secrets peut-elle bien cacher ??

J’ai apprécié l’histoire de ces destins croisés et cette histoire d’amour et d’amitié très délicatement dépeinte par l’auteur. Ichikawa joue sur la superposition de différentes époques, mêle souvenirs d’adolescence et d’autres plus actuels. Un petit temps d’adaptation est nécessaire pour réussir à se situer au départ mais une fois qu’on a pénétré dans l’univers, on s’y laisse bercer comme dans un rêve. D’ailleurs, l’onirisme n’est jamais loin ici et la fin réserve une jolie surprise en basculant subtilement dans le fantastique, un peu à la manière de Murakami dont on retrouve le thème du sommeil qui lui est cher. Une jolie découverte.

A découvrir, mes chroniques de Murakami traitant du thème du sommeil : Kafka sur le rivage, Sommeil, Le passage de la nuitLes attaques de la boulangerie

Aux frontières de la mort…

22 Août

Je n’ai pu résister très longtemps à l’envie de me replonger dans les aventures de l’apprenti épouvanteur...

Le Secret de l’Epouvanteur – tome III, Joseph Delaney

L’hiver arrive dans la Comté et John Gregory, le célèbre épouvanteur, et son apprenti, le jeune Tom Ward, doivent quitter le doux foyer de Chipenden pour se rendre à Anglezarke. Tom n’est pas ravi à cette idée, d’autant que son maître refuse que son amie Alice, une sorcière, les accompagne. La fillette – à son grand désespoir – devra vivre chez des fermiers. Juste avant le départ, un mystérieux personnage apporte une lettre de menaces à l’épouvanteur, lui demandant de lui rendre ce qui lui appartient…

Le trajet va se révéler éprouvant, non seulement à cause du froid mais aussi parce que Tom profite du voyage pour rendre visite à sa famille. Là, sa mère lui apprend que les jours de son père sont comptés. C’est le moral en berne que notre jeune héros arrive dans la sinistre demeure d’Anglezarke qui renferme dans son sous-sol sorcières et gobelins mais aussi la belle et mystérieuse Meg…

J’ai bien aimé ce troisième opus dans lequel l’auteur creuse davantage la psychologie des personnages et qui parvient vraiment à instaurer un climat très sombre. Tom va être en proie à un cruel dilemme. Il devra choisir entre trahir la confiance de son maître et venir en aide à son père. Ce roman nous permet aussi de plonger davantage dans le passé trouble de John Gregory. Je pense que les adolescents apprécieront le caractère ambigu des personnages principaux. Bien sûr, les « gentils » finiront par vaincre les forces du mal. Mais on comprendra qu’ils ont eux aussi leurs failles et que tout le monde peut se laisser attirer par le côté obscur à un moment ou un autre de sa vie sans pour autant devenir quelqu’un de mauvais. Tout n’est donc pas manichéen ici, les personnages vont tour à tour douter les uns des autres. Il leur faudra donc faire preuve d’une grande force, non seulement pour entraver gobelins et autres créatures des ténèbres, mais surtout pour vaincre leurs propres démons. De la bonne littérature jeunesse ! Vraiment ! 

A découvrir, mes chroniques du tome I et du tome II.

Cours toujours !

17 Août

Je remercie mon papa qui m’a prêté ce livre !

N’Oublier jamais, Michel Bussi

Jamal est un sportif hors du commun. Certes, il pratique la course à pied comme des millions de personnes, ce qui, en soi, n’est pas franchement extraordinaire… Ce qui l’est, en revanche, c’est son objectif : participer à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, une des courses les plus difficiles au monde. D’autant que Jamal n’a qu’une jambe !

Le jeune homme est en train de s’entraîner à Yport, du côté d’Etretat, lorsque qu’un matin il aperçoit une jeune femme à la robe totalement déchirée complètement paniquée au bord d’une falaise. Son visage ne le laisse pas indifférent. Pas seulement à cause de son maquillage qui a coulé à force de pleurer mais parce qu’il est magnifique. Mais Jamal n’a pas le temps de se perdre en rêveries. Trente seconde plus tôt, il a ramassé une belle écharpe rouge qui traînait. Il l’envoie à la fille pour qu’elle s’accroche et s’éloigne du vide. Mais celle-ci, en l’attrapant, se laisse tomber dans le précipice…

Moins d’une minute plus tard, Jamal la retrouve écrasée sur la plage. Deux autres témoins ont assisté à la chute. Mais en regardant le corps, Jamal, sous le choc, s’aperçoit d’un détail : l’écharpe rouge est enroulée autour du coup de la victime ! Comment est-ce possible ??

Dès lors, le capitaine Piroz va mener l’enquête. Jamal est d’abord convoqué comme simple témoin. Mais dès sa première audition, il sent qu’on ne croit pas à sa version des faits. Pour les flics, il ne s’agit pas d’un suicide mais d’un meurtre. Et pas d’un seul meurtre. Dix ans auparavant, deux jeunes femmes ont été retrouvées tuées dans les mêmes conditions : strangulation avec une écharpe rouge et viol préalable. Jamal ne sait pas pourquoi, mais on cherche à lui coller tous les crimes sur le dos. Et le fait d’être certains de ne jamais avoir violé personne n’y change rien. Se sentant victime d’une horrible machination, il prend la fuite bien décidé à prouver son innocence. Mais est-il vraiment innocent ???

Le roman commençait bien. L’intrigue de départ est intéressante et on ne s’ennuie pas une seconde en lisant. Sauf qu’arrivée à la moitié du livre, j’ai eu l’impression que l’auteur n’avait pas trop su comment extirper son héros des embrouilles dans lesquelles il était plongé. Du coup, les deux-cent cinquante pages qui suivent sont quelque peu abracadabrantesques. On ne pourra pas reprocher à l’auteur son manque d’inventivité. Mais trop, c’est trop ! Jusqu’aux ultimes rebondissements, c’est trop ! Je ne peux évidemment pas dévoiler les ressorts d’un policier mais l’intervention d’une association de soutien aux victimes qui cherche à se faire justice elle-même en inventant un scénario digne d’un film à gros budget, ça vire au n’importe quoi ! Et en plus, c’est prétentieux ! Du style, relevé à deux ou trois reprises dans le livre, et même si c’est mis dans les paroles des gendarmes ou du héros : « voilà une histoire digne d’un excellent polar, les éditeurs s’arracheraient le manuscrit s’il était publié » – j’exagère à peine ! En conclusion, pas très convaincant !

L’heure du crime

12 Août

Je tiens tout d’abord à remercier Southeast Jones et les éditions La Madolière pour m’avoir fait parvenir ce recueil de nouvelles au format numérique.

Morts Dents Lames – Hommage à la violence, éditions La Madolière

Chers lecteurs, il n’est pas dans mes habitudes de vous mettre en garde contre mes chroniques mais celle-ci risque d’être particulièrement sanglante. Ames sensibles, passez votre chemin, les autres – je sais que je compte parmi mes habitués des pervers-sadiques qui ne s’ignorent pas – suivez-moi dans les confins de l’horreur…

Vous l’aurez compris – tout est dit dans le très beau titre de l’ouvrage -, Morts Dents Lames est une anthologie de nouvelles horrifiques, toutes plus sanglantes et dérangeantes les unes que les autres autres. Le thème est parfaitement respecté et l’ensemble est très homogène, les nouvelles coulent les unes à la suite des autres comme le sang jaillit des nombreuses victimes. Si l’ouvrage n’est pas forcément très long (19 nouvelles, d’une longueur à peu près équivalente pour chacun à savoir entre 10 et vingt pages), j’avoue ne pas l’avoir lu très rapidement et avoir ressenti le besoin de reprendre mes esprits entre deux textes… peut-être aussi pour me délecter plus longtemps de ce plaisir presque défendu…

Toutes ces histoires ont donc un point commun : la mort. Et violente si possible. Mais bourreaux et victimes ne sont pas toujours ceux qu’on croit ! Si quelques-unes des nouvelles se placent d’emblée dans des univers un peu parallèles voire fantastiques ou à des époques lointaines – « Anatomie, une histoire de l’âme » d’Olivier Caruso; « Le sang des cailles » de Mathieur Rivero, « Adelphe Ambroisie » de Vincent de Roche-Clermont – la plupart met en scène des personnages du quotidien, des adolescents paumés, au vieux biker, en passant par le gentil couple de banlieue sans histoire au médecin légiste un peu trop professionnel…

Comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de recueil, je ne vais pas faire une analyse détaillée de chaque nouvelle mais seulement m’attarder sur celles qui m’ont le plus touchée.

La première nouvelle, « Anatomie, une histoire de l’âme » d’Olivier Caruso est, selon moi, l’une des plus aboutie de l’anthologie. Le style de l’auteur est très fluide, l’écriture délicate, presque poétique. J’ai aimé l’irruption du fantastique à la fin qui permet d’adoucir le côté sanguinolent. L’histoire se passe à une époque indéterminée mais qui ressemble au Moyen-âge. Un professeur d’anatomie tente de prouver l’existence de l’âme comme élément physique du corps. Mais un spectateur vient mettre en cause ses dires. Aidé de sa fille, le professeur va organiser une représentation qui devrait lui clouer le bec. Mais la leçon tourne au drame…

« Le sang des cailles » de Mathieur Rivero se passe dans l’Egypte Antique. Un embaumeur est chargé de s’occuper du corps de son frère. Il va enfin en profiter pour se venger de ce dernier… Le texte est très bien écrit et renseigné. On découvre, au fur et à mesure de l’histoire, le mécanisme qui a poussé le personnage à la vengeance.

« Les petits crayons rouges » de Nolween Eawy. Trois enfants font office de souffre-douleur pour leurs parents dégénérés avant qu’ils de se retourner contre eux… Un texte poignant, très sombre, rude mais bien mené.

« Adelphe Ambroisie » de Vincent de Roche-Clermont. Décidément, on va croire que j’ai un faible pour les récits à tendance historique (alors qu’en vérité, je déteste cela !). Nous voilà au temps de l’Inquisition, un jeune garçon est recruté comme accompagnateur de l’Inquisiteur avant de devenir bourreau. Il prend un plaisir sexuel pervers et malsain à exécuter les victimes – soi-disant inverties. Si j’avoue que l’aspect sexuel est un peu trop développé à mon goût, j’ai trouvé l’histoire vraiment bien ficelée et très bien écrite. On se met tout à fait dans l’ambiance.

« Sous sa peau » de Pénélope Labruyère. Il s’agit du texte de la fondatrice des éditions de la Madolière. Dans la postface, elle explique qu’elle s’est livrée au jugement des autres auteurs avant d’inclure son récit. Heureusement, il a été retenu ! L’histoire de ce médecin légiste envoyé sur une scène de crime particulièrement gore vient clore le recueil avec brio. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé pendu et quasiment intégralement écorché dans une cabane au milieu des bois. Le cas va virer à l’obcession pour le spécialiste de la mort. J’ai adoré la manière dont est construite la nouvelle qui alterne et mêle de façon presque indissociée le récit du légiste et celui du meurtrier en train d’exécuter sa victime. Je trouve cette technique très bien sentie, elle donne du rythme au récit.

En conclusion, cette anthologie n’est pas à mettre entre toutes les mains. Bien que je ne sois pas franchement friande du genre, j’ai été plutôt agréablement surprise par ce recueil. Evidemment, tous les textes ne se valent pas à mon sens, certains m’ont laissée quelque peu perplexe – je n’ai pas tout compris – et j’en ai trouvé d’autres un peu trop caricaturaux et trash – quoique très divertissants au final, et après tout, n’est-ce pas ce qu’on attend aussi d’une lecture ? – mais dans l’ensemble, le sujet est très bien maîtrisé. A découvrir donc pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux !

A découvrir ici ma chronique consacrée au roman Les Résidents d’Amelith Deslandes, paru également aux éditions La Madolière

Histoire à dormir debout ou le fabuleux destin d’un Indien à Paris…

8 Août

Qui n’a pas été, au cours de ces derniers mois, attiré par cette belle couverture jaune, et ce titre bleu à rallonge énigmatique ? Bienheureuse d’avoir trouvé cette nouveauté en furetant dans les rayons de la médiathèque de Nevers !

L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA, Romain Puértolas

Le fakir indien Ajatashatru Lavash Patel dispose de moins de vingt-quatre heures à Paris pour accomplir une mission d’une importance capitale pour sa carrière : se rendre dans un magasin Ikéa et acheter le tout dernier lit à clous Kisifrötsipik. Pour cela, il dispose d’un faux billet de 100 euros à élastique invisible, imprimé sur une face seulement.

Afin de gagner la grande surface suédoise rapidement à la sortie de l’aéroport, il emprunte le taxi du gitan Gustave Palourde qui tente de l’arnaquer en se rendant au célèbre dépôt de meubles le plus éloigné du tarmac. Mais Ajatashatru, plus filou que Palourde, le paye en monnaie de singe. Enfin, en monnaie de fakir plutôt ! Lorsqu’il s’en rendra compte quelques heures plus tard, il jurera de se venger du vol…

Arrivé à Ikéa, notre Indien est désolé d’apprendre qu’il devra attendre le lendemain pour se voir remettre son précieux achat qui – soit dit en passant – coûte 15,90 euros de plus que prévu. Il lui faudra donc trouver cette somme pour l’ajouter au faux billet de 100 destiné à l’achat. Notre homme se met donc en quête d’une victime au restaurant du magasin. Contre toute attente, il va tomber raide amoureux de sa proie, une belle bourgeoise répondant au doux nom de Marie. Toutefois, il ne se laisse pas détourner de son projet et refuse l’invitation de la belle à visiter la capitale française. Il dormira dans le magasin afin d’économiser une nuit d’hôtel et d’être sur place pour récupérer la marchandise et regagner son pays le lendemain. Sauf que pendant la nuit, entendant des voix, il se cache dans une armoire pour ne pas être découvert. Manque de chance, l’armoire en question est empaquetée pour être transférée… en Angleterre !

Vous l’aurez compris, il ne s’agit là que du commencement des problèmes et du périple de notre sympathique fakir qui va croiser tout au long de son voyage des personnages hétéroclites, tous plus hauts en couleurs les uns que les autres – des clandestins soudanais en passant par la superbe actrice Sophie Morceaux…

J’ai lu rapidement ce roman très divertissant, bourré d’humour, qui réussit à aborder le thème grave de l’émigration clandestine entre l’Afrique et l’Europe sans se prendre au sérieux. L’auteur joue et se moque à merveille des préjugés raciaux grâce à la caricature. Le second degré est omniprésent et on sourit souvent notamment à l’évocation de la course-poursuite cocasse entre Ajatashatru et Palourde qui veut absolument se venger de l’offense qui lui a été infligée. Je conseille vivement cette lecture, très rafraîchissante pour l’été, qui permet de s’évader de la morosité du quotidien.

Un petit extrait, au tout début, quand Ajatashatru demande à Gustave de le conduire dans un Ikéa :

« Gustave en avait eu des requêtes insolites, mais celle-là décrochait le coquetier. Si ce gars-là venait vraiment d’Inde, alors il avait payé une petite fortune et passé huit heures dans un avion, tout cela dans le seul but de venir acheter des étagères Billy ou un fauteuil Poäng. Chapeau! »

Un autre extrait pour la route : Ajatashatru est enfermé dans son armoire, dans un camion en partance pour Londres – mais il ne le sait pas et a peur de mourir de faim et de soif. Il entend des voix qu’il reconnait comme étant d’origine africaine.

« L’Indien savait qu’il devait être vigilant. Les Africains étaient, pour beaucoup, de religion animiste et prêtaient facilement vie à toute chose, un peu comme dans Alice au pays des merveilles. S’il ne leur disait pas la vérité, ils croiraient sans doute avoir affaire à une armoire qui parle et s’enfuiraient à toutes jambes de ce lieu maudit, emportant avec eux la seule chance pour lui de sortir de là vivant. il ignorait encore que ces hommes n’étaient pas animistes mais musulmans et que, se trouvant dans un camion, ils n’auraient jamais pu prendre leurs jambes à leur cou et partir bien loin, même s’ils en avaient éprouvé la plus vive envie ».

 

Danse, meurs de faim et tais-toi !

6 Août

Encore un ouvrage que je voulais lire depuis un moment et que j’ai trouvé lors de ma dernière virée à la médiathèque.

Robert des noms propres, Amélie Nothomb

Plectrude. Avec un prénom pareil, on est forcément voué à un destin hors du commun. Dès sa naissance, la vie de la fillette sort de l’ordinaire. Sa mère, une très jeune femme de 19 ans, tue son compagnon juste avant d’accoucher. Elle met donc son enfant au monde en prison avant de se donner la mort. C’est sa soeur, Clémence, et son mari Denis, qui recueillent le bébé. Ils ont déjà deux filles mais reçoivent leur nièce chez eux comme leur propre enfant.

La petite Plectrude grandit donc au sein d’une famille aimante. Pourtant, elle se distingue de la plupart des enfants dont elle ne cherche pas vraiment la compagnie. Cancre, elle est la risée de toute son école. Par contre, grâce à un corps particulièrement fin et souple, elle excelle à l’école de danse. Dans la vie, Plectrude n’a qu’une crainte : grandir et perdre l’amour de sa mère. La fillette met tout en oeuvre pour cultiver son enfance.

En classe de 5ème, à la suite d’un chagrin d’amour, Plectrude désire devenir petit rat de l’Opéra. Elle passe les examens avec succès et intègre la célèbre école au plus grand bonheur de sa mère. Mais la jeune fille déchante rapidement. Alors qu’elle était catégorisée comme « mince » depuis son enfance, elle se retrouve dans la catégorie des « normales » à qui l’on demande de ne surtout pas dépasser le poids fatidique de quarante kilos pour un mètre cinquante-cinq. Les fillettes, en plus de leurs entraînements incessants et épuisants, sont soumises à un régime drastique. Plectrude a tôt fait de se délester de cinq kilos. C’est dans un état de maigreur extrême qu’elle regagne le domicile familial pour les fête de Noël, vécues avec l’angoisse de manger et de reprendre du poids. Si Denis s’inquiète de la maigreur de sa fille, Clémence s’en félicite et l’encourage. Pour Plectrude, la descente aux enfers de l’anorexie ne fait que commencer…

Sous couvert d’un ton toujours décalé et sarcastique, Amélie Nothomb aborde ici un thème d’autant plus difficile qu’elle en a elle-même fait les frais étant enfant : l’anorexie mentale (cf: Biographie de la faim). L’auteur belge peint le destin de Plectrude à la manière d’une tragédie grecque : victime de la faute originelle de sa mère, elle ne pourra que souffrir et reproduire le même schéma. Mais c’est sans compter l’apparition de la seconde mère. Et n’est pas la mauvaise mère celle que l’on croit. La petite fille est étouffée par cette mère qui met tant d’espérance en elle, qui vit par procuration ce qu’elle n’a jamais vécu elle-même. De cette relation fusionnelle et mortifère – lorsque Plectrude remonte à quarante kilos, Clémence lui lâche qu’elle est « obèse » ! – , le père est totalement évincé et est trop lâche pour tenir tête à sa femme qui, s’en sans apercevoir, est en train de mettre sa fille à mort. Nothomb décrit avec justesse les mécanismes de l’anorexie et les dysfonctionnements de la structure familiale. Bien évidemment, il ne s’agit que d’un exemple, et d’un exemple romanesque. Chaque anorexie prenant ses racines dans un terreau différent. La peur de grandir et l’indifférenciation fille-mère en est un, il en existe malheureusement bien d’autres.

Pour conclure, j’ai trouvé ce livre très bien écrit. Le ton demeure léger, parfois un peu caricatural, malgré un sujet plutôt grave. Il se lit très rapidement (en un peu moins de trois heures) et peut être vu comme un moyen de sensibiliser le grand public à la thématique anorexique.

Deux petits extraits : le premier correspond à l’entrée de Plectrude à l’école des rats et le second à l’aveuglement de la famille face à la maigreur de l’enfant.

« Plectrude avait toujours été la plus mince de tous les groupements humains dans lesquels elle s’était aventurée. Ici, elle faisait partie des « normales ». Celles qu’on qualifiait de minces eussent été appelées squelettiques en-dehors du pensionnat. Quant à celles qui, dans le monde extérieur, eussent été trouvées de proportions ordinaires, elles étaient en ces murs traitées de « grosses vaches ». […] – Les minces, c’est bien, continuez comme ça. Les normales, ça va, mais je vous ai à l’oeil. Les grosses vaches, soit vous maigrissez, soit vous partez : il n’y a pas de place ici pour les grosses truies. […] A toutes ces fillettes, ce premier jour à l’école des rats donna l’impression d’une éviction brutale de l’enfance ».

« Sa maigreur les frappa : sa mère fut la seule à s’en émerveiller. […] – J’ai parfois l’impression d’avoir perdu une enfant, dit Denis. – Tu es égoïste, protesta Clémence. Elle est heureuse. Elle se trompait doublement. D’abord, la fillette n’était pas heureuse. Ensuite, l’égoïsme de son mari n’était rien comparé au sien : elle eût tellement voulu être ballerine et, grâce à Plectrude, elle assouvissait cette ambition par procuration. Peu importait de sacrifier la santé de son enfant à cet idéal. »

Hôtel hanté

5 Août

Voilà un livre que je voulais lire depuis longtemps. Je suis tombée dessus en furetant dans les rayons de la médiathèque Jean Jaurès de Nevers.

Shining – L’enfant Lumière, Stephen King

Jack Torrance vient de se faire licencier de son poste d’enseignant après avoir frappé un élève. Afin de subvenir aux besoins de sa femme Wendy et de son fils Danny, il décide de postuler comme gardien de l’hôtel Overlook. Sa mission : maintenir le bâtiment isolé dans les montagnes du Colorado en état pendant sa fermeture hivernale. Jack compte bien profiter de cette isolement pour renouer avec sa femme – le couple est en crise depuis le jour où Jack, ivre, a cassé le bras de son fils – et terminer l’écriture d’une pièce de théâtre.

Toute la petite famille part donc s’installer dans l’hôtel. Mais dès les premiers temps, l’isolement est difficile à gérer. D’autant que Jack apprend que l’établissement a été le théâtre de nombreuses morts violentes. Bientôt, la folie le gagne. Dans le même temps, Danny, qui possède des dons de médium, a le sentiment qu’un horrible danger plane sur sa famille. Capable de voir dans le passé comme dans l’avenir, il est le témoin de scènes particulièrement horrifiques et a conscience qu’aucun membre de sa famille ne ressortira indemne de ce palace qui semble possédé et qui cherche à tout prix à en faire de nouveaux occupants pour l’éternité…

J’avais adoré l’excellente adaptation de Stanley Kubrick avec un Jack Nicholson fou furieux, terrifiant à souhait. Le roman de Stephen King est encore plus horrifique. On sent dès le départ que la famille court à la catastrophe avec un Jack Torrence violent, en sevrage alcoolique, et un Danny clairvoyant qui sait, grâce à de violents états de transe, que tous vont se jeter dans la gueule du loup, du monstre TROMAL qui veut les réduire à néant.

Le maître de l’épouvante maîtrise l’art du huis-clôt angoissant à la perfection : hôtel loin de tout, isolé dans la neige, terrain de meurtres plus violents les uns que les autres (dès le début, l’employeur de jack lui révèle qu’un précédent gardien, devenu fou, avait sauvagement massacré sa femme et ses deux filles avant de se donner la mort, et met en garde Jack). J’ai aussi apprécié l’ambiguïté des personnages plus présente que dans le film. A un moment, on ne sait plus réellement en qui faire confiance, ce qui augmente d’autant l’intensité dramatique. On sent également que King a mis beaucoup de lui, de ses propres névroses dans le personnage de Torrance (alcoolisme, problèmes de rapports au père, peur de la page blanche)… Bref, je n’ai vraiment pas été déçue et ai dévoré ce pavé de 570 pages en poche en trois jours à peine. Une fois commencé, on ne peut plus s’en défaire ! Pas pour les âmes sensibles par contre !

J’ai hâte de lire la suite des aventures de Danny dans Doctor Sleep, le dernier opus de King.

L’oiseau s’envole…

3 Août

Encore un classique que je n’avais jamais lu et dont le titre me parlait énormément pourtant…

Une maison de poupée, Henrik Ibsen

Nora, le personnage principal, est l’épouse de Torvald Helmer, directeur de banque, depuis huit ans. Ensemble, ils ont eu trois enfants. Dans son ménage, Nora apparaît comme une femme-enfant un peu dispendieuse, heureuse et insouciante aux yeux de son époux qui la considère comme un petit animal sans défense.

Alors que Helmer tombe malade et que le médecin lui prescrit un voyage en Italie pour se reposer et guérir, Nora tente de trouver par elle-même la somme qui leur permettra de financer la prescription. Sans trop se rendre compte des conséquences, elle en vient à faire un faux en écriture. Quelques temps plus tard, alors que Torvald s’est remis de sa maladie, Krogstad – qui a prêté l’argent à Nora et qui risque d’être mis à la porte par Helmer – fait du chantage à la jeune femme en la menaçant de révéler toute l’affaire à son époux et à la rendre publique s’il ne conserve pas sa place. L’affaire ne se réglant pas comme il l’entend, Krodstad finit par dénoncer Nora à Torvald dans une lettre. Choqué et terrifié par le scandale qui pourrait réduire à néant sa carrière ce dernier rejette brutalement son épouse…

Je ne me lancerai pas dans un travail d’analyse trop long pour cette pièce de théâtre pourtant chargée de symboles. Beaucoup de commentateurs ont vu dans l’oeuvre d’Ibsen une pièce féministe, mais plutôt que cela, il s’agit plutôt d’individualisme et du combat d’un individu qui se revendique comme un être à part entière. Et c’est bien ce que cherche à faire Nora en prenant des décisions par elle-même – quitte à faire des erreurs -, en refusant de n’être que la « petite alouette » de son mari, en passant des heures à travailler le soir pour gagner son propre argent et, surtout, en choisissant de quitter le domicile conjugal et en rendant son alliance à Torvald à la fin. Peu à peu, le lecteur se rend compte de l’évolution du personnage qui passe de l’enfant insouciante à l’adolescente rebelle pour atteindre enfin la maturité adulte qui lui permettra de prendre son envol et de partir à la conquête d’elle-même.

La pièce est dynamique, agréable à lire. Le ton qui se veut léger n’est qu’un leurre – à l’image des faux-semblants dans lequel s’illusionnent les personnages – pour masquer le véritable propos de cette pièce qui donne bien davantage à réfléchir qu’elle ne le laisse paraître. A lire !

Un extrait de la fin de la pièce. Nora a changé et en informe son mari.

« Helmer. Comment, tu n’as pas été heureuse?

Nora. Non, je n’ai été que gaie. Et tu as toujours été très gentil avec moi. Mais notre foyer n’a pas été autre chose qu’une salle de jeux. Ici, chez toi, j’ai été femme-poupée, comme j’étais la petite poupée de papa, quand j’habitais chez lui. Et les enfants, à leur tour, ont été des poupées pour moi. Je trouvais cela amusant quand tu me prenais et jouais avec moi, de même qu’ils trouvaient amusant quand je les prenais et que je jouais avec eux. Voilà ce qu’a été notre mariage, Torvald. »