Histoire à dormir debout ou le fabuleux destin d’un Indien à Paris…

8 Août

Qui n’a pas été, au cours de ces derniers mois, attiré par cette belle couverture jaune, et ce titre bleu à rallonge énigmatique ? Bienheureuse d’avoir trouvé cette nouveauté en furetant dans les rayons de la médiathèque de Nevers !

L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA, Romain Puértolas

Le fakir indien Ajatashatru Lavash Patel dispose de moins de vingt-quatre heures à Paris pour accomplir une mission d’une importance capitale pour sa carrière : se rendre dans un magasin Ikéa et acheter le tout dernier lit à clous Kisifrötsipik. Pour cela, il dispose d’un faux billet de 100 euros à élastique invisible, imprimé sur une face seulement.

Afin de gagner la grande surface suédoise rapidement à la sortie de l’aéroport, il emprunte le taxi du gitan Gustave Palourde qui tente de l’arnaquer en se rendant au célèbre dépôt de meubles le plus éloigné du tarmac. Mais Ajatashatru, plus filou que Palourde, le paye en monnaie de singe. Enfin, en monnaie de fakir plutôt ! Lorsqu’il s’en rendra compte quelques heures plus tard, il jurera de se venger du vol…

Arrivé à Ikéa, notre Indien est désolé d’apprendre qu’il devra attendre le lendemain pour se voir remettre son précieux achat qui – soit dit en passant – coûte 15,90 euros de plus que prévu. Il lui faudra donc trouver cette somme pour l’ajouter au faux billet de 100 destiné à l’achat. Notre homme se met donc en quête d’une victime au restaurant du magasin. Contre toute attente, il va tomber raide amoureux de sa proie, une belle bourgeoise répondant au doux nom de Marie. Toutefois, il ne se laisse pas détourner de son projet et refuse l’invitation de la belle à visiter la capitale française. Il dormira dans le magasin afin d’économiser une nuit d’hôtel et d’être sur place pour récupérer la marchandise et regagner son pays le lendemain. Sauf que pendant la nuit, entendant des voix, il se cache dans une armoire pour ne pas être découvert. Manque de chance, l’armoire en question est empaquetée pour être transférée… en Angleterre !

Vous l’aurez compris, il ne s’agit là que du commencement des problèmes et du périple de notre sympathique fakir qui va croiser tout au long de son voyage des personnages hétéroclites, tous plus hauts en couleurs les uns que les autres – des clandestins soudanais en passant par la superbe actrice Sophie Morceaux…

J’ai lu rapidement ce roman très divertissant, bourré d’humour, qui réussit à aborder le thème grave de l’émigration clandestine entre l’Afrique et l’Europe sans se prendre au sérieux. L’auteur joue et se moque à merveille des préjugés raciaux grâce à la caricature. Le second degré est omniprésent et on sourit souvent notamment à l’évocation de la course-poursuite cocasse entre Ajatashatru et Palourde qui veut absolument se venger de l’offense qui lui a été infligée. Je conseille vivement cette lecture, très rafraîchissante pour l’été, qui permet de s’évader de la morosité du quotidien.

Un petit extrait, au tout début, quand Ajatashatru demande à Gustave de le conduire dans un Ikéa :

« Gustave en avait eu des requêtes insolites, mais celle-là décrochait le coquetier. Si ce gars-là venait vraiment d’Inde, alors il avait payé une petite fortune et passé huit heures dans un avion, tout cela dans le seul but de venir acheter des étagères Billy ou un fauteuil Poäng. Chapeau! »

Un autre extrait pour la route : Ajatashatru est enfermé dans son armoire, dans un camion en partance pour Londres – mais il ne le sait pas et a peur de mourir de faim et de soif. Il entend des voix qu’il reconnait comme étant d’origine africaine.

« L’Indien savait qu’il devait être vigilant. Les Africains étaient, pour beaucoup, de religion animiste et prêtaient facilement vie à toute chose, un peu comme dans Alice au pays des merveilles. S’il ne leur disait pas la vérité, ils croiraient sans doute avoir affaire à une armoire qui parle et s’enfuiraient à toutes jambes de ce lieu maudit, emportant avec eux la seule chance pour lui de sortir de là vivant. il ignorait encore que ces hommes n’étaient pas animistes mais musulmans et que, se trouvant dans un camion, ils n’auraient jamais pu prendre leurs jambes à leur cou et partir bien loin, même s’ils en avaient éprouvé la plus vive envie ».

 

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