Archive | septembre, 2014

Artiste raté

25 Sep

J’avais choisi ce livre un peu au hasard à la médiathèque, attirée par le fait que l’auteur avait reçu le prix Goncourt du premier roman en 2008 et par les éditions de l’Olivier qui me réservent en général de bonnes surprises.

La blonde et le bunker, Jakuta Alikavazovic

Je vais aller droit au but : je n’ai rien compris ou presque à ce roman ! Est-ce dû à mon état de fatigue actuel ou à la complexité de la trame narrative ? Sans doute un peu des deux. Je vais donc recopier – une fois n’est pas coutume – la quatrième de couverture, pour ceux que ça intéresserait.

Gray est l’amant de la blonde Anna, qui vient de divorcer du célèbre auteur des Narcissiques anonymes, John Volstead. A la mort de ce dernier, une ligne du testament charge implicitement le jeune homme d’une enquête.

Voilà pour le résumé. Si je n’ai rien compris, je dois toutefois admettre que la lecture n’a pas forcément été une corvée car le style est très bon et j’ai appris pas mal de choses en ce qui concerne la conservation des oeuvres d’art et la photographie. Par contre, je me suis totalement perdue dans les méandres d’une narration anarchique (et pourtant, après avoir lu et apprécié Faulkner et Joyce, je pense être rodée !) et n’ai pas bien compris au juste ce que cherchait Gray si ce n’est la Collezione Castiglioni ni surtout pourquoi il le cherchait (pour satisfaire la volonté de John Volstead, artiste plus ou moins raté, défunt mais dans quel but ???) Bref, je ne m’attarde pas davantage !

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Le genre en question

23 Sep

Encore un petit nouveau au CDI !

Bacha Posh, Charlotte Erlih

Farrukh, 15 ans, a un rêve dans la vie : se qualifier pour l’épreuve d’aviron aux prochains Jeux Olympiques. Mais lorsque l’on vit à Kaboul (Afghanistan) et que l’on s’entraîne avec du matériel plus vieux que soi, les espoirs sont minces. Plus minces encore lorsque son terrible secret est sur le point d’être révélé…

Parce que Farrukh n’est pas un ado comme les autres. C’est une « bacha posh », une fille élevée comme un garçon par sa famille qui n’a pas eu de fils. Mais voilà, avec la puberté, la jeune fille doit reprendre la place qui est la sienne : celle de la parfaite femme d’intérieure, cachée derrière sa burka… Bien entendu, son équipe n’est pas au courant de la supercherie et tous les membres la prennent pour un garçon depuis toujours, même son meilleur ami Sohrab, avec qui Farrukh partage tout.

Pour l’adolescente, pas question de renoncer à ses rêves et à la liberté. Après s’être laissée mourir à petit feu face aux horribles conventions sociales afghanes, elle va se rebeller.

J’ai adoré ! Voilà un texte puissant, très bien écrit. Il relate le quotidien terrible de ces fillettes qu’on fait passer pour des garçons, auxquelles on laisse goûter à la liberté avant de la leur reprendre à la puberté. Peut-être un peu manichéen ou caricatural dans le sens où tous les garçons afghans sont présentés comme des machos en puissance, dénigrant les femmes, ce roman a le mérite d’aborder un sujet sensible et de présenter une culture que nos adolescents européens connaissent peu. Ils pourront donc découvrir le clivage ou plutôt le fossé entre la vie d’un homme et celle d’une femme en Afghanistan, mais aussi s’interroger sur la fameuse question du genre qui fait tant polémique actuellement. Vit-on différemment dans la peau d’une fille ou d’un garçon ? Ressent-on les mêmes choses ? En filigrane, le texte pose aussi la question délicate à cet âge de l’homosexualité. Très franchement, je n’ai pas été déçue et le livre et son auteur méritent bien les prix NRP 2013 et Sésame 2014 qui leur ont été attribués.

Lire pour vivre

22 Sep

Une fournée de nouveautés est arrivée au CDI ! Je n’ai pu résister à l’envie d’en découvrir quelques-une !

Holden, mon frère, Fanny Chiarello

Kévin Pouchin, élève de 3ème, n’est pas franchement gâté par la vie. Au milieu de ses frères et soeurs, au mieux, il passe totalement inaperçu auprès de sa mère qui passe son temps à regarder de mauvaises séries américaines à la télé, au pire il reçoit des batteries d’injures, de coups et d’humiliations en guise de marques de tendresse… Quant à son père, il disparaît du jour au lendemain pour revenir des semaines plus tard sans fournir la moindre explication.

Un après-midi d’hiver, alors qu’il est en quête d’un coin au chaud où il ne se ferait ni hurler dessus par sa mère, ni embêter par les caïds de la cité, Kévin se décide à pousser la porte de la bibliothèque municipale. Juste pour être au chaud. Surtout pas pour lire un livre. Mais par un malheureux – ou heureux peut-être, je vous le laisse découvrir – Kévin va croiser le chemin de Laurie, la première de la classe de 3èmeD et d’Irène, une mamie survoltée, bien décidée à œuvrer à l' »élévation spirituelle et culturelle » du jeune homme. Ainsi, contre toute-attente, celui qui cachait un album des Schtoumpfs dans un livre consacré aux motos pour se donner une contenance et entretenir une apparence de « mâle dur-à-cuire » va se retrouver à dévorer L’Attrape-coeur de Salinger en cachette et s’attacher à son héros – Holden Caulfield – avec qui il se découvre de nombreuses ressemblances.

En devant faire un choix dans les nouveautés, j’ai tout de suite été attirée par la quatrième de couverture laissant augurer une initiation littéraire à la fois drôle et émouvante. Sur ce point, je n’ai pas été déçue, c’est bien de cela dont il s’agit. On s’attache rapidement au héros-narrateur et à ses amis. Par contre, j’avoue n’avoir pas vraiment accroché au style de l’auteur qui cherche trop à « parler jeune » et se perd en périphrases incessantes qui rendent parfois le propos difficile à saisir. J’ai trouvé aussi la peinture de la famille de Kévin vraiment très caricaturale, et même s’il s’agit sans doute d’une volonté de l’auteur, certains aspects auraient gagné à être affinés. Cela mis à part, on passe un bon moment avec ce roman de formation qui parle d’amour et de littérature et le jeune lecteur sera amené à réfléchir sur les apparences : est-il préférable de conserver une bonne réputation dans son collège avec son image de cancre ou d’élargir son champ de vision, espérer sortir de la case que l’on vous a réservé et au final vivre sa propre vie ? A vous de le découvrir très prochainement au CDI !

Racines

19 Sep

Chaque année, la même question taraude les professeurs de français : quels livres faire étudier à leurs élèves ? Voilà des années que nous cherchons avec ma collègue des idées en matière d’autobiographie. Le genre est certes riche, mais lorsqu’il s’agit de dénicher une oeuvre accessible à des troisièmes tout en conservant un texte de qualité, l’exercice n’est pas aisé. Je crois que nous sommes enfin parvenu à trouver le Graal avec Le Clézio ! J’aime quand mes collègues me mettent de bons livres entre les mains !

L’Africain, J.M.G Le Clézio

Dans ce petit ouvrage rédigé en à peine deux mois, le prix Nobel 2008 revient sur son enfance passée en Afrique de l’Ouest, au Nigéria pour être précis, après avoir quitté Nice, sa ville natale, pendant la guerre. L’enfant, âgé alors de huit ans, vit dans une case avec sa mère, son frère et son père. Ou plutôt, avec l’idée de ce dernier, médecin militaire qui passe davantage de temps à parcourir le territoire et à sauver la vie d’inconnus que de s’occuper de sa famille. Pour le petit Le Clézio, l’Afrique est synonyme de liberté mais aussi de violence et d’incompréhension avec un père pour qui la discipline vaut mieux que la parole. Voilà sans doute pourquoi l’auteur a longtemps rêvé que c’était sa mère l’africaine, figure douce et aimante, celle avec qui les règles n’existaient pas en l’absence de son mari.

Avec une écriture simple mais très intense, Le Clézio parvient à nous faire voyager non seulement dans son enfance mais aussi dans cette Afrique dont on ressent vivement chaque odeur, chaque saveur et où joies et malheurs sont intimement liés. Peu à peu, ce n’est plus seulement de lui que nous parle l’auteur mais de son père, de ses racines, de ce qui l’a fait devenir l’homme qu’il est devenu. Ce livre, au-delà de l’autobiographie, est sans doute à lire comme un hommage à son père avec lequel il a eu tant de difficultés à communiquer. En partant en quête de lui-même, ce n’est pas seulement l’enfant qu’il était mais celui qui lui a donné vie qu’il a rencontré. Je crois que les mots de l’auteur lui-même résumeront bien mieux que moi son oeuvre. Voici quelques lignes qui viennent à la fin de l’ouvrage :

« […] je me souviens de tout ce que j’ai reçu quand je suis arrivé pour la première fois en Afrique : une liberté si intense que cela me brûlait, m’enivrait, que j’en jouissais jusqu’à la douleur. […] Si je n’avais pas eu cette connaissance charnelle de l’Afrique, si je n’avais pas reçu cet héritage de ma vie avant ma naissance, que serais-je devenu ? […] C’est en l’écrivant que je le comprends, maintenant. Cette mémoire n’est pas seulement la mienne. Elle est aussi la mémoire du temps qui a précédé ma naissance, lorsque mon père et ma mère marchaient ensemble sur les routes du haut pays, dans les royaumes de l’ouest du Cameroun. La mémoire des espérances et des angoisses de mon père, sa solitude, sa détresse à Ogoja.[…] »

Trash TV

14 Sep

Je poursuis dans ma découverte de l’oeuvre d’Amélie Nothomb. Non, il ne s’agit pas du tout dernier Pétronille – mais vous pourrez en découvrir très prochainement la critique chez mon amie Carolivre.

Acide sulfurique, Amélie Nothomb

Dans un futur que l’on imagine très proche, un jeu de télé-réalité atteint des records d’audience inégalés jusqu’alors. Le principe ? Très simple. Inspiré des camps de concentration nazis. Les producteurs ont recruté un groupe de jeunes adultes assez bêtes et cruels pour insulter et tabasser des innocents sans avoir de remords. Ce seront les kapos. Zdena, qui n’a jamais réussi quoi que ce soit dans sa vie et qui est la risée de son entourage, est fière d’avoir passé l’entretien avec succès et d’avoir ainsi obtenu un poste dans une émission de télévision. L’autre groupe, celui des détenus, ne fait l’objet d’aucune sélection. Des rafles sont organisées ça et là afin d’approvisionner le programme. Parmi les malheureux, la belle Pannonique alias CKZ 114 va très rapidement devenir la favorite des téléspectateurs.

A un rythme régulier, les kapos désignent des détenus qui seront éliminés – litote pour signifier qu’ils seront en fait tués. Les autres tentent de survivre dans des conditions inhumaines, travaillant toute la journée sous les insultes et les coups des kapos dans l’attente de leur maigre pitance du soir. Subjuguée par la beauté de CKZ114, la kapo Zdena veille tout particulièrement à lui rendre la vie infernale avant de lui proposer un marché. Mais pour Pannonique, pas question de perdre sa dignité. En elle, germe la révolte…

Si ce n’est pas mon préféré de l’auteur belge, le concept d’Acide sulfurique est excellent et a le mérite de faire réfléchir le lecteur sur la puissance des médias dans notre société. J’imagine d’ailleurs très bien m’en servir en cours avec mes 3ème afin de développer leur esprit critique à ce sujet. Le livre interroge : jusqu’où peut aller la fascination pour l’horreur ? Car dans le roman, personne n’intervient pour sauver les pauvres détenus, pas même le gouvernement. Tout le monde s’insurge et trouve cela ignoble, mais plus le temps passe, plus les règles du jeu se durcissent, plus le public est nombreux. Mais à bien y songer, ne retrouvons pas là les principes même des jeux du cirque de l’Antiquité ou des mises à mort publiques ? De là à voir des vertus cathartiques dans ce genre de programmes, il n’y a qu’un pas… Vous l’aurez donc compris, Nothomb ne donne pas matière à rire cette fois – on ne goûte que très peu à son humour grinçant dans ce roman – mais à nous interroger sur l’homme et la société. Ceux qui ont apprécié les Hunger Games aimeront ce roman !

Education sentimentale

9 Sep

J’ai choisi ce livre à la médiathèque en raison de son auteur d’abord qui est un grand monsieur de la littérature américaine et de son titre ensuite qui, d’une certaine façon, a pu et peut encore me correspondre.

A moi seul bien des personnages, John Irving

Bill, adolescent, vit au sein d’une famille peu banale. Son grand-père maternel s’occupe d’une troupe de théâtre dans une petite ville des Etats-Unis. Il se plaît à s’attribuer les rôles de femmes afin de se travestir à son gré. Sa tante est elle aussi actrice tandis que sa mère est souffleuse. Il ne connaît pas son père mais bientôt, un magnifique acteur prénommé Richard fait son entrée dans la troupe. Dès que Bill l’aperçoit pour la première fois, il en tombe amoureux. Bientôt, Richard devient son beau-père et le présente à la sculpturale Miss Frost, une bien singulière bibliothécaire. Le garçon conçoit immédiatement pour elle aussi ce qu’il nomme un « béguin contre nature »…

Dans ce roman à la fois drôle et profondément tragique, Irving nous invite à suivre le destin de Bill, le narrateur, qui revient, au crépuscule de sa vie, sur ce qu’a été son existence. Il nous explique comment très jeune, il fut troublé par des figures marquantes adultes des deux sexes et comment s’est ainsi fondée son identité sexuelle. Après avoir refoulé ses béguins pour ses camarades de classe garçons et dissimulés ses désirs par craintes de contrevenir à l’ordre social, Bill va peu à peu s’émanciper de sa mère et envoyer balader les idées puritaines putrides de soi-disant médecins qui voudraient le « guérir » de ses maux. Une fois adulte, il parviendra à assumer son statut de bisexuel, s’affichant tour à tour avec des hommes, des femmes ou des transgenres.

A moi seul bien des personnages est aussi une réflexion sur le pouvoir de l’art – la littérature et le théâtre en particulier – qui joue un rôle majeur dans l’apprentissage et la construction du narrateur en lui permettant de se rendre compte qu’il n’est pas le seul à douter de ses sentiments, de ses désirs.

Enfin, le roman, et c’est sans doute ce qui m’a le plus marquée, est un véritable hymne à la tolérance et à la liberté de penser et d’aimer. J’ai trouvé la fin – qui se passe dans les années 80 – à la fois très dure avec la progression et les ravages du SIDA dans les milieux gays mais en même temps porteuse d’espoir avec ce cri d’amour et de vie des personnages qui se battent pour rester avant tout humains. Excellent !