Le psychopathe s’habille en Valentino

3 Oct

Âmes sensibles, passez votre chemin…

American psycho, Bret Easton Ellis

Encore un roman culte de la littérature contemporaine que je n’avais jamais lu mais que je rêvais de découvrir. C’est chose faite et je n’ai pas été déçue !

Patrick Bateman, 26 ans, a tout pour lui : jeune, beau, intelligent et surtout très riche. Il travaille dans la finance, à Wall Street, mais semble passer le plus clair de son temps à chercher dans quel restaurant à la mode il doit dîner avec ses amis (tous aussi riches que lui) puis dans quel night club il trouvera la meilleure coke pour poursuivre sa soirée de la meilleure façon. Son divertissement préféré consiste à tourmenter les clochards qui jonchent les rues de new-yorkaises en leur tendant des billets pour les reprendre aussitôt. Pour ses amis et lui, la vie n’est que luxe et consommation. Les questions fondamentales qui les traversent sont de savoir quelle est la couleur de chaussettes la plus adaptée avec un costume gris et des chaussures noires. Quant à l’amour, ce sentiment leur est totalement étranger, puisqu’ils considèrent les femmes comme aussi interchangeables qu’un accessoire de mode…

Considérés ces fait, notre cher Patrick Bateman ne nous apparaît pas comme quelqu’un de particulièrement charmant. Mais ce n’est rien comparé à ce que l’on découvre au tiers du roman. Bateman est le pire psychopathe que l’Amérique ait pu enfanter. Sous des apparences de dandy respectable le jour, se cache un serial killer complètement sadique qui prend un plaisir pervers à tronçonner ses victimes dans son appartement et à en conserver des morceaux pour les déguster tranquillement devant le Patty Winters Show.

Il faut bien l’avouer, j’ai rarement lu de livre plus gore que celui-ci (et pourtant, je ne suis pas une oie blanche en la matière ! ) Les scènes de sexe et de crimes sont d’une rare violence, la mise en scène des meurtres étant très travaillée par l’auteur. Mais au-delà de ça, il faut surtout voir dans ce roman une satire acerbe de la société consumériste américaine du début des années 80, une critique contre cette société d’apparences, où l’argent règne en maître tout-puissant. D’ailleurs, les très nombreux détails donnés par l’auteur – qui virent à l’obsession – en ce qui concerne la façon de s’habiller ou de dépenser son argent – je confesse avoir sauter de nombreux passages d’accumulations de marques en tout genres – ne sont là que dans ce but : montrer à quel point tout cela est vain et qu’il s’agit peut-être là de la véritable violence : l’anéantissement de la pensée recouverte par des costumes Armani.

Outre le fond, j’ai vraiment apprécié le style de Ellis dans ce texte (style que m’avait assez déconcertée dans Moins que zéro – qui faisait partie de ma première chronique, très courte) qui nous plonge véritablement dans la tête du tueur grâce à la technique du journal de bord. Mais même si nous sommes au coeur des pensées de Bateman, impossible de s’attacher à lui tant la distance qu’il possède vis-à-vis de lui est grande. C’est presque comme si le personnage n’habitait pas son propre corps. Comme si nous assistions à une narration externe à la première personne ce qui ne fait que renforcer la froide cruauté du personnage et son aspect sociopathe. A la fin, je me suis tout de même interrogée : Bateman commet-il vraiment ces crimes ou ne fait-il que les fantasmer ? Le coup de génie réside sans doute dans le fait que les deux hypothèses puissent se défendre. En tout cas, une fois ce livre terminé, que l’on aime ou pas, on en conserve forcément une trace dans un coin de sa tête et c’est bien en cela qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre. A découvrir !

Un petit extrait qui reflète selon moi le mieux notre personnage principal :

 » … il existe une idée de Patrick Bateman, une espèce d’abstraction, mais il n’existe pas de moi réel, juste une entité, une chose illusoire et, bien que je puisse dissimuler mon regard glacé, mon regard fixe, bien que vous puissiez me serrer la main et sentir une chair qui étreint la vôtre, et peut-être même considérer que nous avons des styles de vie comparables, je ne suis tout simplement pas là. […] Je suis un moi-même préfabriqué, je suis une aberration. Un être non-contingent. Ma personnalité est une ébauche informe, mon opiniâtre absence profonde de coeur. Il y a longtemps que la conscience, la pitié, l’espoir m’ont quitté (à Harvard, probablement), s’ils ont jamais existé. »

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2 Réponses to “Le psychopathe s’habille en Valentino”

  1. carolivre octobre 4, 2014 à 2:04 #

    Je ne pensais pas du tout que ce roman virait « gore » comme cela. Bien vu pour l’analyse consumériste. En revanche, je passerai mon chemin cette fois-ci! Bisous 🙂

    Aimé par 1 personne

    • naurile octobre 5, 2014 à 3:05 #

      Ah, c’est clair qu’il faut aimer le genre, parce qu’il ne faut pas avoir froid aux yeux pour les scènes de sexes et de meurtres ultra-violentes… Si c’était à comparer à un film, Orange Mécanique est bon pour des enfants de maternelles à côté !

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