Archive | décembre, 2014

Bilan 2014

31 Déc

2014 se termine et l’heure est au bilan !

88 livres lus cette année soit seulement un de moins qu’en 2013 ! Encore plusieurs dizaines de milliers de pages ! Dire que je pensais ralentir le rythme !

Encore de belles découvertes et re-lectures cette année.

J’ai enfin fait la connaissance (littéraire s’entend !) d’Amélie Nothomb et je n’ai pas été déçue. Les Catilinaires mais surtout Métaphysique des tubes m’ont particulièrement marquée.

Dans un tout autre style, j’ai dévoré les célèbres Shining de Stephen King et American Psycho de Bret Easton Ellis. De l’angoisse et du gore en veux-tu en voilà mais extrêmement bien rédigé.

J’ai aussi découvert la prose de John Irving avec l’énorme (dans tous les sens du terme) A moi seul bien des personnages. Voilà un auteur que je compte bien explorer davantage.

Dans un genre plus léger, je me suis délectée de La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, qui est rentré dans la liste de mes livres préférés.

Pour ce qui est de la littérature jeunesse, de belles découvertes là aussi. Deux classiques dans des styles complètement différents : Le Baron perché d’Italo Calvino et L’Attrape-coeurs de J.D. Salinger. Et beaucoup plus contemporain mais qui s’inscrit dans la droite ligne de ce dernier, les magnifiques Qui es-tu Alaska et Nos étoiles contraires de John Green.

Cette année, j’ai aussi lu Stephan Zweig – indémodable – avec délectation, notamment La Pitié dangereuse qui m’a gentiment été offert.

La littérature nippone a également été à l’honneur avec le grandiose Je suis un chat de Natsume Sôseki et de nombreuses oeuvres de Haruki Murakami avec lequel j’ouvrirai les chroniques 2015 (j’en suis au tiers des Chroniques de l’oiseau à ressort).

Enfin, j’ai relu Boris Vian, et y ai pris un immense plaisir, comme à chaque fois. J’ai commencé par L’herbe rouge en début d’année et ai terminé par le chef-d’oeuvre qu’est L’écume des jours (que j’aurai le plaisir de faire découvrir à mes élèves de 3ème à la rentrée).

En attendant de vous retrouver, je vous souhaite par avance une très bonne année 2015 et surtout de belles lectures !

 

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A faire froid (polaire) dans le dos…

27 Déc

Je vous livre ici ce qui sera sans doute ma dernière chronique de l’année 2014 puisque je vais m’attaquer par la suite à un mastodonte qui devrait m’occuper pendant plusieurs jours voire semaines.

40 jours de nuit, Michelle Paver

Janvier 1937. Une expédition scientifique se prépare depuis l’Angleterre. Son objectif : étudier la biologie, la géologie, la dynamique des glaces et effectuer des relevés météorologiques dans le Haut-Arctique. Le jeune et démuni Jack Miller accepte de se joindre à l’équipe afin de s’occuper des transmissions radio. Dès le départ, rien ne va. Alors que cinq hommes devaient prendre le large, le médecin est contraint de rester en Angleterre. Seuls Algie Carlisle, Hugo Charteris-Black et Austus Balfour embarquent pour la Norvège avec Jack. Pendant le trajet, Hugo – chef de l’expédition – se casse une jambe. Il ne pourra donc pas accompagner ses camarades jusqu’au camp de Gruhuken.

Jack, Algie et Gus finissent par accoster au campement en compagnie d’une meute de huskies. Si les trois comparses sont fort occupés les premiers temps, une appréhension mêlée d’angoisse commence à s’emparer d’eux dans cet endroit si reculé du monde. L’atmosphère particulière du soleil de minuit et les légendes terrifiantes évoquées à mi-mots par les marins qui les ont conduits jusque là n’arrangent en rien la situation. D’ailleurs, Jack est certain d’avoir aperçu un homme pour le moins étrange rôder auprès du camp. Quelques temps après leur arrivée, Gus tombe malade et doit impérativement être conduit à l’hôpital. Algie est chargé de le raccompagner. Dès lors, Jack va devoir rester seul afin de mener la mission à bien.

Très vite, l’hiver gagne du terrain et les jours raccourcissent jusqu’à disparaître totalement pour laisser place à une nuit sans fin, oppressante. Jack tente tant bien que mal de conserver une routine mais rapidement, d’horribles visions viennent le hanter et l’angoisse le gagne. Il pourrait quitter le camp. Mais il ne veut pas trahir la confiance de son ami. Il se sent capable de rester, d’affronter la nuit, la neige et l’ombre étrange qui rôde. La question est de savoir jusqu’à quand ?

Voilà un roman qui mêle à merveille aventure et suspens. L’auteur parvient à transcrire à merveille l’atmosphère du Grand Nord – certains passages m’ont rappelé les romans de Jack London – tout en distillant un savant dosage de fantastique qui vient s’insinuer au fil des pages à mesure que la neige et la nuit s’épaississent, créant ainsi une ambiance plus qu’angoissante. Ce sentiment est renforcé par la technique narrative du journal de bord qui nous permet de suivre de l’intérieur les réflexions et les craintes du personnage principal qui se retrouve livré à lui-même dans un univers plus qu’hostile. On finit par assister à un huis-clos en solitaire et à ciel ouvert parfaitement terrorisant qui n’est pas sans me rappeler Shining de Stephen King. Folie ou fantôme ? Je vous le laisse découvrir par vous-même. Une très bonne lecture pour passer le temps en cas de tempête de neige !

Des tonnes de livres !

27 Déc

Ma PAL était déjà assez impressionnante avant les fêtes :

Papa Noël est passé et l’a enrichie avec 1500 pages de Murakami à mon plus grand bonheur ! Je pense que je ne vais pas m’ennuyer ! Enfin, il faut que je m’y remette sérieusement car je viens de passer 2 jours sans lire une page ! 

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A très bientôt pour des nouvelles chroniques ! (enfin, il faudra me laisser un peu de temps pour absorber les 950 des Chroniques de l’oiseau à ressort !)

A la vie, à la mort !

23 Déc

Depuis ma lecture de Nos étoiles contraires j’avais très envie de découvrir le premier roman de John Green. Le Père Noël étant passé en avance au CDI, j’ai pu satisfaire ma curiosité.

Qui es-tu Alaska ?, John Green

Miles Halter a 16 ans, n’a pas d’amis mais se passionne pour les biographies de personnages célèbres et en particulier pour leurs dernières paroles. Sa vie n’est donc pas très intéressante. Voulant à tout prix découvrir ce qu’il nomme son Grand Peut-Etre, il s’inscrit en classe de première en tant qu’interne au lycée de Culver Creek. Il ne tarde pas à faire la connaissance avec son camarade de chambre, Chip Martin, jeune homme extraverti et sûr de lui arrivé dans l’établissement trois ans auparavant. Ce dernier se fait appeler le Colonel et va très vite surnommer Miles le Gros en référence ironique à sa maigreur. A peine les présentations sont elles faites que le Colonel entraîne Miles dans la chambre de la sublime Alaska. Ce dernier tombe immédiatement sous le charme de la jeune fille aux courbes parfaites. Malheureusement pour lui, la belle a déjà un petit ami et le crie haut et fort. En outre, elle possède un caractère bien trempé et est capable de passer des rires à une humeur massacrante sans que rien ne l’explique ce qui ne manque pas de perturber grandement notre cher Miles.

Notre ami va très vite s’intégrer à la petite bande formée par le Colonel, Alaska et Takumi – le roi du rap – et vivre de nouvelles expériences « interdites » comme fumer et boire dans l’enceinte du lycée. Les quatre comparses passent la majorité de leur temps libre à inventer des blagues pour faire enrager celui qu’ils surnomment l’Aigle – à savoir le directeur de l’établissement – mais aussi leurs ennemis jurés, les weekendeurs – gosses de riches (le Colonel boursier ne les supporte pas) qui n’ont de cesse de leur rendre la vie insupportable en retour.

Quelques jours avec ses nouveaux amis suffisent à Miles pour se sentir enfin vivant. Une chose le chagrine pourtant. Il aimerait percer le mystère d’Alaska Young, découvrir qui se cache vraiment derrière cette fille aussi insaisissable qu’insoumise et qui le fascine tant mais qui demeure si silencieuse quant à sa vie en dehors du lycée…

Je ne vais pas cacher mon avis très longtemps : j’ai adoré ! J’ai littéralement dévoré les 400 pages de ce magnifique roman qui parvient à transcrire avec une grande justesse la complexité des émotions adolescentes. Nous suivons le jeune Miles dans son apprentissage de la vie, dans sa découverte de l’Autre, de l’amitié, de l’amour, de la transgression nécessaire à la formation de son être et surtout dans sa quête de sens, dans cette quête de lui-même qu’il cherche à découvrir par le biais d’Alaska. J’ai trouvé la construction du texte particulièrement intéressante avec un décompte de jours qui ménage le suspens de manière très efficace. Que nous réserve le jour J ? Je vous laisserai le soin de le découvrir ! L’auteur réussit aussi la performance de faire passer son lecteur du rire aux larmes dans la même page – et je peux vous assurer qu’il en faut beaucoup pour me faire pleurer en lisant ! – sans jamais tomber dans le sentimentalisme ni la mièvrerie. Tragique et comique se mêlent à la perfection et ne laissent aucun temps-mort dans ce texte qui se lit à cent à l’heure. Je comprends que John Green ait reçu le prestigieux M.L. Printz Award du meilleur livre pour adolescents à sa parution et que le roman soit devenu un véritable best-seller. Parce que toute sa force est justement de ne pas se restreindre à un public adolescent. Effectivement, le livre réveillera chez chaque adulte la part d’adolescence qui sommeille en lui, ce bout d’être en constante mutation, la part de révolte contre l’ordre établi, la part de crainte mais aussi d’espoir sans limite en l’avenir, l’étincelle, que dis-je, le feu d’artifice qui donne envie de brûler sa vie sans attendre que celle-ci ne vous consume. Un grand livre !

Un petit extrait de la fin du livre qui me fait un peu penser au Petit Prince de Saint-Exupéry :

« Lorsque les adultes disent avec un sourire imbécile et sournois : « Les adolescents se croient invincibles », ils ne se doutent pas à quel point ils ont raison. Inutile de perdre espoir car nous ne pouvons être brisés irrémédiablement. Nous pensons être invincibles parce que nous le sommes. Nous ne pouvons pas être nés ni mourir. Comme les énergies, nous changeons seulement de forme, de taille et de manière de nous manifester. Les adultes l’oublient en vieillissant.Ils sont gagnés par la peur de perdre et de décevoir. Mais cette partie de nous plus remarquable que la somme de nos parties n’a pas de commencement ni de fin, et par conséquent elle ne peut décevoir. »

Vide oppressant

21 Déc

Ma chef a mis à disposition tout un carton de livres en salle des profs. Comme personne ne se servait, j’ai franchi le pas et rapporté quelques exemplaires à la maison. Je vous remercie ici si vous me lisez !

Passer la nuit, Marina de Van

Ce court roman (autobiographique ?) nous fait partager les journées sans fin d’une narratrice quadragénaire, plongée dans la dépression. Chaque matin, le jeune femme se lève et appréhende la nouvelle journée interminable qui s’annonce, une journée sans rien d’autre à faire que se confronter au vide qui remplit son existence. Les jours passent et se ressemblent, parfois ponctués d’un rendez-vous avec un ami, d’une sortie à la terrasse d’un café, vaines tentatives d’immersion dans l’agitation du monde réel. Notre narratrice semble happée par le néant, complètement perdue en elle-même, consumée par ses angoisses, incapable de se sortir de ses pensées qui ne la mènent à rien si ce n’est à se renfermer chaque jour un peu plus…

Si vous êtes amateur d’action, ce livre n’est clairement pas pour vous puisqu’il ne se passe strictement rien. Pourtant, ce livre ne dit pas rien. Il dit la difficulté d’exister. La difficulté de se sentir en vie et de ne pas arriver à profiter de la vie. La difficulté de se sentir à l’écart d’une société où tout le monde semble avancer, changer alors que la personne en état de dépression a le sentiment au mieux de stagner au pire de régresser. Le texte de Marina de Van relate avec une précision incroyable et une poésie délicate cet état qui paraît si incompréhensible à ceux qui ne l’ont jamais vécu. Voilà pourquoi je me demande s’il ne s’agit pas d’une autobiographie car il me semble difficile d’approcher à ce point ce qu’est la dépression sans jamais ne l’avoir vécue. Si j’avoue avoir lu en diagonale sur la fin en raison des longueurs (mais en pouvait-il être autrement lorsque l’on évoque des journées remplies de Rien ?), je n’en conserve pas moins un jugement très favorable car ce livre a su toucher à une partie intime de moi-même et aussi parce qu’il m’a fait penser très fort à une amie…

Je vous livre ici l’incipit de ce beau texte et ensuite le début du chapitre deux (à savoir qu’il n’y a que deux chapitres) :

« Ce matin, j’ai effectué les gestes nécessaires. Prendre mon café, me préparer, m’habiller. Je suis maintenant dans le vide de la journée qui commence sans que rien n’y soit prévu pour moi. Je fume et le mégot court brûle ma peau. Je laisse ma main pendre sans broncher. La braise consume ce qu’elle touche de mes doigts relâchés. La douleur me tient éveillée, occupée. Je regarde par la fenêtre, les arbres nus, leurs branches taillées. Je vois le ciel blanc. Je songe à ce que je pourrais faire. Mais quelque chose m’empêche d’agir. Il est midi. Je pourrais lire, ou écrire mon courrier. Mais la vue des enveloppes décachetées me paralyse. Je pourrais faire des courses, acheter quelque chose à manger. Mais là aussi, cette pensée me fige. Je reste sur mon lit, à regarder le ciel blanc, les toits d’ardoises, les fenêtres opaques de mes voisins. Chacun vit à rideaux tirés, sauf moi, qui n’ai ni rideau ni store, et chez qui on peut donc observer la fixité de l posture, assise, près du plateau du petit-déjeuner, une cigarette brûlante fichée entre mes deux doigts; le filtre résiste à la consomption. […] Je pourrais me lever et ranger. Plier les vêtements que je ne porte pas. Je pourrais trier les papiers qui sont sur mon lit. Le mieux serait de lire. Mais je ne parviens pas à concentrer mon attention, ni à demeurer allongée. Je ne parviens qu’à rester ainsi, en tailleur, et à sentir monter l’angoisse de la journée vide, sans rendez-vous, sans tâches. »

« Ce matin, je me réveille en colère. L’émotion est forte. Je me sens impuissante à décrire la réitération de mes gestes matinaux. Je ne désire plus les exhiber. Je veux rompre avec cette branche de mon récit. Je veux retrouver des matinées furtives, un rituel muet. Je dois rompre avec la préparation du café, l’eau de la bouilloire, le lait, et le plateau posé sur le lit, près de mon assise toujours identique, de mes jambes croisées. Rien ne me contraint à cette rupture sinon la lassitude et la colère contre la constance de mes impressions. Je ne veux plus évoquer le vide de la journée qui commence. Je ne veux plus décrire la fenêtre, les arbres et le ciel blanc. Je ne veux plus penser aux choses que je pourrais faire; je ne veux plus le formuler. »

Au pays des bisou-vamp’

19 Déc

Lecture en lien avec le comité de lecture du collège.

Fascination, Stephenie Meyer

La jeune Bella Swan quitte sa mère et la chaleur de la Californie pour partir vivre chez son père Charlie dans une bourgade froide et pluvieuse de l’Etat de Washington, au Nord-Ouest des Etats-Unis. Peu sûre d’elle, elle redoute le premier jour de lycée. Mais elle est vite rassurée : les jeunes du coin sont plutôt accueillants. Très rapidement, son attention est captée par un groupe d’adolescents hors du commun. Cinq frères et sœurs adoptifs, d’une beauté aussi exceptionnelle que la pâleur de leur visage… Elle ne tardera pas à faire la connaissance du mystérieux Edward Cullen, qui agit sur elle tel un aimant. Mais cette fascination à son égard pourrait se révéler dangereuse…

Je m’arrête là. En six lignes j’ai résumé 300 pages ! J’avais vu le premier épisode de la célèbre sage Twilight. Si je n’avais pas adoré, je n’avais pas non plus détesté. Disons que ça se laissait regarder. Mais alors là ! Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un livre puisse être moins bon que son adaptation cinématographique ! Il ne se passe absolument rien en 300 pages, si ce n’est que Bella découvre qu’Edward est un vampire et que les deux tourtereaux finissent par s’embrasser page 300 ! Entre-temps… il ne se passe rien. Absolument rien si ce n’est des échanges de regards pendant les cours ou dans les couloirs du lycée, des discussions entre filles du style : « Tu crois que je lui plais ?? » ou des réflexions pseudo-métaphysiques sur la différence. En bref, c’est complètement mièvre ! J’ai arrêté le supplice à la page 357 sur plus de 500. Inutile de dire que je ne m’infligerai pas les trois tomes suivants. Après, je comprends que ce genre de livres puisse plaire aux ados puisque sont traités des thèmes qu’ils apprécient : histoires de coeur, d’amitié, découverte de soi et de l’autre… mais très franchement, là, c’est trop ! Je me suis d’ailleurs demandé si l’auteur n’était pas payée au mot ! C’est dire ! A éviter donc !

Amis des mots

14 Déc

Un prêt surprise découvert dans mon casier le jour de la reprise !

Moi, Ambrose, roi du Scrabble, Susin Nielsen

Ambrose a 12 ans. Il vit seul avec sa mère et n’a jamais connu son père, décédé avant sa naissance. Le jeune garçon n’a pas vraiment confiance en lui – il faut dire qu’il déménage tous les trois ans maximum en fonction du travail de sa mère, professeur en université – et se fait harceler dans son nouveau collège. Un jour, ses bourreaux ajoute une cacahuète dans son sandwich. Rien de bien grave a priori. Sauf qu’Ambrose est allergique à l’arachide. Après un violent choc anaphylactique, sa mère décide qu’il ne retournera pas au collège. Désormais, il étudiera par correspondance. Au début, notre ami est plutôt heureux de cette décision; mais bien vite, il finit par s’ennuyer ferme et par en avoir marre d’être aussi isolé. Jusqu’au jour où il fait la connaissance du fils de ses voisins – Cosmo, la vingtaine, sortant tout juste de prison…

Alors que tout les oppose et qu’Irène, la mère d’Ambrose, voit d’un très mauvais œil l’arrivée d’un délinquant à proximité de son foyer, les deux garçons vont se nouer d’amitié autour de leur passion commune pour le Scrabble. Les deux garçons décident de s’inscrire à un cercle de joueurs et de participer à des concours. Au fil du temps, notre jeune ami va reconnaître dans l’ex-taulard la figure paternelle qui lui a tant fait défaut et ainsi gagner en confiance. Seulement, il y a un hic, Ambrose n’a pas parlé de cette amitié à sa mère. Et si elle découvrait son secret ?

Si on se laisse porter par l’histoire et l’écriture fluide de Susin Nielsen, j’ai trouvé l’intrigue un peu trop « gentillette » et peu crédible. En effet, on peut croire qu’un enfant de 12 ans se passionne pour le Scrabble mais pas qu’un cambrioleur drogué récidiviste trouve la rédemption en prison grâce à ce jeu. Et encore moins qu’il s’attache à son petit voisin. A moins que je ne porte un regard trop pessimiste sur notre monde… Mis cela de côté, j’ai apprécié le thème de la mère surprotectrice qui ne vit que pour et par son enfant sans se rendre compte à quel point elle finit par l’étouffer et l’empêcher de vivre. Je regrette cependant que cet aspect ait été trop mis de côté et soit si peu développé, se résumant presque à cette réflexion d’Ambrose à sa mère à la fin du livre : « Tu sais ce que je crois ? Je crois que tu préfères que je n’aie pas d’amis, parce que comme ça je n’ai que toi, et on est tous les deux contre le mode entier. […] Parce que c’est le seul moyen, pour toi, de garder un peu de papa auprès de toi ». Les craintes apparentes de la mère (peur de l’intoxication, peur des mauvaises rencontres, peur du collège qui entraîne la déscolarisation…) ne sont en effet qu’un moyen de bâtir une forteresse autour de l’enfant, un moyen pervers de rester le centre du monde aux yeux de sa création au lieu de la pousser à vivre sa vie. Bien sûr, le jeune public auquel ce livre est adressé ne s’attachera sans doute pas à ce niveau de lecture. Les adolescents un peu en marge et peu sûrs d’eux se retrouveront sans doute dans le personnage d’Ambrose et trouveront un certain réconfort à voir que l’on peut réussir à grandir sans forcément ressembler à tout le monde, que chacun à le droit de vivre et qu’on peut s’enrichir des différences.

Le cimetière des poupées

13 Déc

Petit thriller récupéré chez mon bouquiniste préféré.

Birdman, Mo Hayder

A quelques pas du Dôme du Millénaire, dans un terrain vague de la banlieue de Londres, une pelleteuse met à jour un horrible charnier. Cinq corps de jeunes femmes affreusement mutilées sont retrouvés. L’inspecteur Jack Caffery, fraîchement nommé au poste du Service régional des affaires sensibles, est chargé du dossier. L’hypothèse d’un dangereux tueur en série ne met pas longtemps à naître dans son esprit. Toutes les victimes ont été tailladées puis recousues avec un oiseau enfermé vivant dans leur cage thoracique. Toutes aussi se droguaient, n’avaient plus d’attaches familiales et fréquentaient le même bar.

Alors que Caffery dirige ses soupçons vers les membres de l’hôpital le plus proche en raison des sutures réalisées sur les corps, un de ses collègues, complètement raciste, est persuadé que c’est un jeune black  – dealer et taxi pour les filles du bar – qui a fait le coup. Notre jeune inspecteur a bien du mal à imposer son autorité et l’enquête piétine. Dans le même temps, il doit faire face à des difficultés personnelles : il ne supporte plus celle qui partage sa vie mais ne sait comment le lui avouer. En outre, la promiscuité avec son voisin le rend malade. Il est en effet persuadé que ce dernier a assassiné son frère lorsqu’ils étaient enfants et cherche le moindre indice qui pourrait le prouver…

J’ai mis un peu de temps à rentrer dans ce roman. Sans doute en raison du nombre important de personnages et de la multiplication des intrigues mêlée à une narration décousue. Mais une fois le premier tiers passé, je me suis vraiment prise à cette lecture haletante. Mo Hayder a l’art de mettre en scène des univers cauchemardesques et de renouveler le suspens jusqu’aux toutes dernières pages (cf : Skin). J’ai apprécié le fait que l’auteur présente une équipe de flics humaine, avec ses failles, ses tensions et ses échecs. Pas de super-inspecteur ici qui comprend tout en examinant le cheveu d’une victime. Au contraire, le lecteur est souvent en avance sur les enquêteurs grâce au jeu de la narration (celle-là même qui me déplaisait au départ ! ). Cela ajoute à l’intérêt et au suspens je trouve puisque j’en arrivais à m’énerver des bourdes commises, sachant très bien qu’il y aurait des victimes supplémentaires ! Alors que je rechignais à la lecture les cent premières pages, je ne pouvais plus m’arrêter de lire ensuite ! J’ai donc bien fait de persévérer.

Noces funèbres

6 Déc

Il est des livres que l’on peut lire et relire sans jamais éprouver le moindre ennui et surtout en découvrant une résonance nouvelle à chaque lecture. Ces livres, rares, sont des chefs-d’oeuvre ! 

L’Écume des jours, Boris Vian

Je vais faire très simple pour résumer cette histoire que tout le monde connaît. Je ne pourrais d’ailleurs faire mieux que l’auteur lui-même. Ainsi, je lui laisse la parole : « Colin rencontre Chloé. Ils s’aiment. Ils se marient. Chloé tombe malade. Colin se ruine pour la guérir. Le médecin ne peut la sauver. Chloé meurt. Colin ne vivra plus très longtemps. » (in Prière d’insérer prévue pour la publication en 1947) Tout est dit. Et en même temps, L’Écume des jours est tellement plus que cela…

Si je ne veux pas davantage détailler ce résumé, c’est parce que je pourrais en écrire des pages, tant ce roman est foisonnant non seulement du point de vue de l’intrigue mais surtout du point de vue du style. En effet, même s’il s’agit de son troisième roman, L’Ecume des jours est la première oeuvre aboutie du jeune auteur qu’était Vian à l’époque (il a 26 ans et écrit le roman en trois mois à peine, souvent à l’abri des regards dans les bureaux de l’AFNOR où vient d’être engagé comme ingénieur). Il y développe un monde très personnel, créant ce que Jacques Bens a appelé « langage-univers », dans lequel règnent en maîtres les jeux de langage, les néologismes et autres calembours. Dans le roman de Vian, chaque objet, chaque pensée prennent vie et donnent vie à un monde imaginaire très particulier, très visuel puisque chaque idée prend une certaine contenance. Les personnages évoluent donc dans ce monde parallèle sans en être perturbés – à la manière des personnages de conte. Les expressions prises au pied de la lettre contribuent fortement au sentiment d’étrangeté et d’onirisme dégagé par le roman. Ainsi, l’ordonnance du médecin est « exécutée » par le pharmacien au moyen d' »une petite guillotine de bureau ». Les néologismes et transformations linguistiques sont légion dans le roman. On retiendra évidemment le célèbre « pianocktail » merveilleuse invention de Colin pour concocter de divins breuvages sur des airs de jazz, mais aussi des distorsions de vocables tels que l' »antiquitaire » ou la « béniction » du mariage qui permettent de transporter le lecteur dans cet univers parallèle.

L’espace comme les mots subit des modifications au fur et à mesure de l’évolution du texte et de l’avancée de la maladie de Chloé. L’appartement du jeune couple rétrécit inexorablement (au même rythme que les économies de Colin s’amenuisent), la chambre s’arrondit, les fenêtres deviennent opaques (la souris s’épuise et se blesse les pattes à vouloir les nettoyer). Ce rétrécissement de l’espace qui fait pendant à l’accroissement de l’inquiétant nénuphar qui ronge les poumons de Chloé confère au roman son aspect tragique. Ainsi, si la première partie du texte se veut légère, festive et insouciante – faite de surprise-parties et de badinage amoureux – dès lors que le mariage est prononcé le sort des personnages est scellé (la toux de Chloé à la sortie de l’église annonce la maladie à venir) Le couple Colin-Chloé ne sera d’ailleurs pas le seul à péricliter. Celui formé par leurs amis Chick et Alise ne sera pas épargné, rongé par le fanatisme maladif – qui s’apparente à de la toxicomanie – du jeune homme pour Jean-Sol Parte. L’issue sera fatale à tout le monde, comme dans une tragédie antique. Et c’est sans doute cette composition très classique en toile de fond d’un texte résolument moderne qui a permis au roman d’entrer dans la catégorie des chefs-d’oeuvre. Je vois dans le nénuphar la représentation d’un destin tragique qui, emprisonnant Chloé, va empoisonner tout ce qui l’entoure à commencer par Colin. Celui-ci aura beau faire tout son possible pour tenter de la sauver, rien n’y fera, simplement parce qu’il n’y peut rien, la maladie est plus forte.

Il y aurait tant de choses à dire encore… J’ai dû opérer une sélection drastique dans mon esprit pour en extraire cette courte chronique. Il y a tant de thèmes à développer et tant à approfondir sur le peu que je viens de vous soumettre ici… mais je ne vais pas rédiger une mémoire ici ! Queneau avait qualifié cette histoire comme étant le « plus poignant des romans d’amour contemporains. » Je ne vais pas le contredire. Ce roman est d’une poésie et d’une tristesse magnifiques. Il a toujours résonné en moi de façon puissante mais sans doute encore davantage aujourd’hui qu’auparavant. J’y ai découvert une lecture toute personnelle, qui fait profondément écho à mon vécu. Je sais que si je le relis dans quelques années, j’y découvrirai encore un nouveau sens.

J’ai récemment vu l’adaptation cinématographique de Michel Gondry. Je n’étais pas allée au cinéma de peur d’être déçue. Je l’ai été à mon premier visionnage. Mais après relecture et après avoir vu à nouveau le film, je dois bien reconnaître que le réalisateur a accompli un sacré travail et s’est vraiment montré fidèle au texte. Pour la petite histoire, je me suis replongée dans ce roman que j’affectionne tant pour préparer une séquence de cours pour mes 3ème. J’espère que je parviendrai à leur transmettre ma passion pour ce texte et pour son auteur (vous pouvez d’ailleurs découvrir mes chroniques de L’Automne à Pékin, de L’Arrache-coeur, de L’herbe-rouge et de Elles se rendent pas compte )

Un petit extrait quand même, je ne pouvais pas m’en empêcher !

« La main de Chloé, tiède et confiante, était dans la main de Colin. Elle le regardait, ses yeux clairs un peu étonnés le tenait en repos. En bas de la plate-forme, dans la chambre, il y avait des soucis qui s’amassaient, acharnés à s’étouffer les uns les autres. Chloé sentait une force opaque dans son corps, dans son thorax, une présence opposée, elle ne savait comment lutter, elle toussait de temps à autres pour déplacer l’adversaire accroché à sa chair profonde. Il lui paraissait qu’en respirant à fond, elle se fût livrée vive à la rage terne de l’ennemi, à sa malignité insidieuse. »

Aux portes de l’enfer

2 Déc

J’ai débusqué ce roman que je voulais lire depuis un moment sur les étagère de mon petit bouquiniste préféré la semaine dernière. Je n’ai pas été déçue !

L’Âme du Mal, Maxime Chattam

Joshua Brolin, jeune profileur au sein de la police de Portland, est chargé de résoudre une enquête bien glauque : un détraqué tue des femmes, leur sectionne les mains et leur brûle le front à l’acide… Il parvient, grâce à ses qualités d’analyste exceptionnelles, à découvrir celui que l’on nomme le bourreau de Portland et à l’achever d’une balle dans le crâne juste avant qu’il n’exécute sa dernière, la charmante Juliette.

Un an après les faits, de nouvelles victimes d’horribles mutilations sont découvertes. Pas de doute possible : le modus operandi est exactement le même que celui du tueur en série mort l’année précédente. Et personne, hormis les enquêteurs, ne connaissait le procédé exact de mise à mort. Voilà qui dépasse l’entendement ! Brolin a peur. Mais il n’est pas du genre à se laisser impressionner et déterminé à connaitre le fin mot de l’histoire, surtout que la vie de Juliette – dont il s’est rapproché ces derniers temps – est peut-être à nouveau en danger…

On retrouve dans ce roman – premier opus de la Trilogie du Mal – tout ce qui fait le succès de Chattam : suspens, peur, horreur et surtout énorme travail de documentation préalable pour coller au plus près de la réalité et c’est d’ailleurs cela qui fait peur ! L’auteur, comme son héros, tente de sonder l’âme de ces criminels pour tenter de percer les secrets de l’origine du Mal et parvient à emporter son lecteur dans les méandres de ces esprits détraqués. Les rebondissements sont nombreux, les héros ne sont pas épargnés ce qui rend le tout d’autant plus réaliste. Seul petit reproche mais qui est le défaut d’une qualité sans doute : peut-être trop de pédagogie. Tout est en effet expliqué comme si le lecteur était un parfait ignare en matière de thriller (qu’est-ce qu’un modus operandi, le syndrome de Stockholm, à quoi sert le profileur…), ce qui fait perdre malheureusement l’impression de réel par moments. Mis à part cela, les amateurs du genre passeront un bon moment de lecture. Ce livre avait d’ailleurs reçu le prix Sang d’encre à sa parution.