Archive | février, 2015

L’attente

28 Fév

Je remercie les éditions Baudelaire pour m’avoir fait parvenir ce roman.

La porte s’ouvre, Etienne Renaudon

Christine, 23 ans, se retrouve à l’hôpital pour des symptômes inquiétants. Seule dans sa chambre, elle attend plus ou moins patiemment que la porte s’ouvre, pour tenter d’obtenir des explications sur sa maladie ou juste de passer le temps.

Ce roman à l’intrigue en apparence simple donne une perception très juste du milieu hospitalier avec le point de vue de la malade mais aussi des soignants. L’auteur – infirmier dans la vie – parvient à transcrire avec une grande précision l’attente souvent désespérée que peut ressentir le patient, cette impression de ne pas se sentir ni compris ni écouté, la froideur de certains membres du corps médical. Cette impression aussi que le monde médical peut exclure le malade en ne lui donnant pas des informations claires sur son état et qui, au final, en voulant protéger finit par angoisser davantage. Cette porte qui s’ouvre peut receler un espoir en même temps qu’une crainte et parfois une violation de l’intimité. Au fil des chapitres, nous suivons l’évolution des pensées de la malade qui prend conscience peut à peu de la gravité et de l’irréversibilité de son état. L’auteur, autant qu’une réflexion sur son métier – on le découvre en filigrane de l’infirmier de nuit à la fin du roman, désolé de ne pas pouvoir suivre davantage ses patients – livre une réflexion plus profonde sur la vie et la mort, sur le sens de l’existence dans ce lieu à part qu’est l’hôpital, un lieu hors du temps et du monde, un lieu dans lequel on tente de vous reconstruire tout en vous tenant parfois à l’écart de vous-même. Etienne Renaudon parvient donc grâce à son style d’une grande délicatesse à poser des questions sensibles et à toucher son lecteur sans tomber dans la sensiblerie.

Conte cruel

27 Fév

Je poursuis dans mes lecture en partenariat avec la bibliothèque de la Nièvre pour notre comité de lecture du collège.

Le Passage du Diable, Anne Fine

Depuis sa plus tendre enfance, Daniel Cunningham se croit atteint d’un mal incurable. Sa mère l’a toujours tenu à l’abri des regards, confiné dans une chambre minuscule, ne lui faisant prendre l’air que très occasionnellement, assis dans un fauteuil. Pour éviter de s’ennuyer, Daniel dévore les livres d’aventure et s’amuse parfois avec la magnifique maison de poupée de sa mère. Coupé du monde, il n’en est pas moins malheureux, persuadé que l’amour plus qu’exclusif et étouffant de sa mère est parfaitement normal. Mais un jour, des voisins qui ont découvert son existence et deviné sa réclusion décident d’agir.

Alors que sa mère est envoyée à l’asile, Daniel est recueilli par le bon Dr Marlow et sa famille. A leur côté, il va comprendre qu’il est un petit garçon en parfaite santé et va découvrir le monde réel. Mais l’absence de sa mère et les soupçons de maltraitance à son égard lui pèsent.

Afin de le divertir, le Dr Marlow lui rapporte la maison de poupée et les figurines qui vont avec. Bientôt, les enfants vont s’apercevoir que les jouets renferment de nombreux secrets et surtout qu’ils ne sont pas si inoffensifs qu’ils en ont l’air…

Voilà encore une œuvre de littérature jeunesse passionnante mais qui n’est toutefois pas à mettre entre toutes les mains. En effet, le sujet de départ avec la mère toxique qui finit à l’asile (et se pend sous les yeux de son fils !!) me semble assez difficile à supporter pour des adolescents de moins de 13-14 ans. Ensuite, l’histoire bascule dans le fantastique avec de le topos de la poupée qui s’anime (des images de Chucky me sont venues à l’esprit en lisant) et la situation de Daniel va bien vite tourner au cauchemar. Très sincèrement, je me suis laissée happer par l’écriture et surtout le thème au départ. Jusqu’au trois quart du roman, j’aurais pu parler de franche réussite et de coup de cœur. Mais la fin selon moi est un peu manquée. Comme si l’auteur avait voulu trop en faire, en ajouter dans le cauchemardesque qui finirait presque par tourner au guignol. C’est dommage car le sujet du lourd secret familial est très bien traité. Après, il ne s’agit que de mon ressenti. Ce roman fantastique/d’horreur, n’en reste pas moins une lecture de grande qualité. Mais une fois encore, il doit être destiné à un public averti et sans doute faire l’objet d’une discussion avec un adulte car certaines scènes s’avèrent assez troublantes pour ne pas dire choquantes.

Toxique

22 Fév

Un petit Nothomb pour bien débuter les vacances.

Antéchrista, Amélie Nothomb

Blanche a 16 ans. Elève brillante, elle rentre à l’université en avance pour son âge. Mais si la jeune fille est douée pour les études elle l’est beaucoup moins pour les rapports sociaux. Aussi surprenant que ça puisse paraître, elle n’a aucun ami. Alors quand elle rencontre la belle et populaire Christa, c’est un véritable coup de foudre pour elle. Elle veut absolument devenir son amie. Pour cela, elle est prête à tous les sacrifices et lui propose rapidement de s’installer chez elle pour éviter à Christa de longs trajets en train. Cette dernière accepte, trop heureuse d’avoir trouver une si belle victime à se mettre sous la dent…

Car Christa se révèle être une parfaite manipulatrice. Si Blanche s’en rend compte assez rapidement – tout en refusant néanmoins de se l’avouer -, ses parents se laissent complètement duper par la séduisante adolescente qui va peu à peu prendre plus de place que leur propre fille dans leur cœur. La vie de Blanche, avec ce démon qui ne cesse de la persécuter à longueur de journées, devient un enfer. Une seule solution pour échapper à l’emprise de Christa : révéler au grand jour sa véritable nature. Mais plus facile à dire qu’à faire tant le rôle de l’étudiante désargentée et brillante est rôdé.

Une fois encore, j’ai été charmée par le style efficace et corrosif de Nothomb qui offre ici un duel entre une perverse narcissique et sa proie d’une grande intensité. On assiste impuissant à la scène de l’araignée qui tisse sa toile autour de sa victime, on voit peu à peu l’étau se resserrer et l’on se demande jusqu’où la cruauté va être poussée. Mais si le sujet apparaît comme dramatique, l’auteur ne tombe jamais dans le pathos grâce à son humour sous-jacent omniprésent. Je conseillerais ce livre à tous les adolescents qui manquent de confiance en eux, afin qu’ils comprennent que l’amitié réelle n’est en aucun cas une dépendance à l’autre ni une relation de subordonnés.

Famille je vous hais

21 Fév

Un livre lu dans le cadre du partenariat du collège avec la bibliothèque de la Nièvre.

Les Willoughby, Lois Lowry

Les Willoughby forment une famille « vieux jeu » mais cependant peu commune. Les parents détestent parfaitement leurs enfants (enfin, pour ceux dont ils se rappellent l’existence !) et ces derniers le leur rendent bien. Les rejetons sont au nombre de quatre. L’aîné, Tim, règne en véritable tyran sur ses cadets. Il a instauré une loi inique, faite d’attribution ou de retranchement de points au fil du déroulement de la journée. Bien évidemment, il est toujours vainqueur et s’octroie le droit de martyriser les enfants. Viennent ensuite les jumeaux, Barnaby et Barnaby. Comme ils portent le même prénom, on nomme l’un A et l’autre B. Ils doivent se partager un unique pull-over. Leur mère les hait particulièrement car elle est incapable de les distinguer. Jane est la petite dernière de la fratrie. A six ans, elle possède encore toute sa fraîcheur et voudrait pouvoir aimer ses parents (qui ont oublié son existence !) mais qui, commandée par Tim, doit en dire du mal également.

Alors que les parents rêvent d’abandonner leurs enfants à la manière de ceux d’Hansel et Gretel, les enfants prient pour devenir orphelins ! Un jour, leur mère leur annonce qu’il part en voyage avec leur père pour très longtemps et qu’il va devoir recruter un nourrice pour s’occuper d’eux pendant leur absence…

Excellent ! Dès le premier chapitre, le ton est donné ! Rien de larmoyant dans ce roman contrairement à tous les récits « vieux jeu » auxquels il fait référence (les adolescents découvriront les célèbres de titres de Twain, Dickens, Brontë…). Si on doit pleurer ici, c’est de rire ! Tout les personnages sont à proprement parler ignobles et c’est un véritable délice de découvrir tous les stratagèmes mis en place par les uns et les autres pour se débarrasser réciproquement de chacun. L’humour noir règne en maître dans ce roman totalement caustique et second degré. Voilà donc une très bonne lecture jeunesse qui ravira également les adultes. J’avais déjà lu et apprécié cet auteur (cf : La passeuse de rêves et Le Passeur – non chroniqué). Une valeur sûre de littérature jeunesse.

Un petit extrait croustillant pour la route !

« Tu aimes nos enfants ?

– Oh non, dit Mme Willoughby […] Je ne les ai jamais aimés. Surtout le grand. Comment s’appelle-t-il déjà ?

– Timothy Antony Malachy Willoughby.

– Oui, lui. C’est celui que j’aime le moins. Mais les autres sont épouvantables aussi. La fille pleurniche tout le temps et, il y a deux jours, elle a essayé de me faire adopter un ignoble bébé.

Son mari frissonna.

– Et il y a les deux que je n’arrive pas à différencier, continua Mme Willoughby. Ceux avec le pull.

– Les jumeaux.
– Oui, eux. Pourquoi se ressemblent-ils autant ? Ca perturbe les gens et ce n’est pas bien.

– J’ai un plan dit M. Willoughby en posant son journal.

 Il se caressa un sourcil d’un air satisfait.

– C’est complètement abject.

– Magnifique. Un plan pour quoi ?

– Pour nous débarrasser des enfants.

– Oh, zut, il faudra les emmener dans une forêt sombre ? Je n’ai pas les bonnes chaussures pour ça.

– Non, un plan bien meilleur. Plus professionnel. »

L’homme invisible

18 Fév

Une (grosse) pépite qui dormait dans les rayons du CDI…

L’éclipse, Robert Cormier

Depuis qu’il est tout petit, Paul Moreaux est intrigué par une photo de famille réalisée avant la Première Guerre mondiale. La raison de sa curiosité ? Son oncle Adélard avait subitement disparu au moment du cliché alors qu’il était présent dans le groupe quelques secondes plus tôt. Lorsque l’enfant interroge ses parents, il obtient inexorablement la même réponse : chaque famille a ses mystères et ton oncle adorait faire des farces. Oui mais voilà, le jeune Paul est persuadé qu’une autre explication à cette disparition existe.

En 1929, une crise économique sans précédent ravage les Etats-Unis. Paul a 13 ans et, avec son regard d’adolescent, en constate les ravages dans la petite communauté d’ouvriers canadiens émigrés. L’usine de peignes dans laquelle travaille son père est en grande difficulté, les ouvriers se mettent en grève et sont prêts à en découdre physiquement. Dans le même temps, le Klux Klux Klan (société secrète raciste) tente de convertir de nouveaux adeptes dans la ville.

Dans ce contexte difficile, Paul  – en proie à ses premiers émois amoureux qui vont de paire avec les bouleversements physiologiques de son âge – se rend compte qu’il possède un étrange pouvoir. Il découvre qu’il est capable de devenir invisible à volonté, de s’éclipser totalement. Alors qu’il pourrait se réjouir de ce formidable pouvoir, il s’en inquiète. En effet, s’il pourrait le mettre à profit pour une bonne cause, il n’y verrait pas d’inconvénient, mais devenir invisible peut aussi permettre de faire le mal, d’assouvir ses fantasmes, les meilleurs comme les pires et peut-être même de tuer…

Voilà un excellent roman. Non seulement de par son intrigue passionnante, fantastique dans tous les sens du terme, mais de par une structure narrative complexe, faite de récits enchâssés et de mises en abîme (roman dans le roman). Je reviens à l’intrigue dans un premier temps. Si le phénomène de l’éclipse occupe la majeure partie du roman, l’auteur dresse une toile de fond historique très bien documentée et accessible à un jeune public qui découvrira un aspect de l’Histoire américaine qu’il n’aura peut-être qu’entrevue en cours. la question de l’invisibilité quant à elle renvoie à de nombreux questionnements métaphysiques, notamment les questions du bien et du mal et de la liberté. Ce pouvoir rend-il plus libre celui qui le possède ? Lui donne-t-il tous les droits sur les autres ? Comment être certain qu’une action que l’on croit bonne sur le coup n’est pas en réalité très néfaste ? Des interrogations parmi d’autres que les personnages et le lecteur devront se poser.

J’en reviens à la narration cette fois. J’ai littéralement été bluffée. le plus difficile est ici de tenir ma langue afin de ne pas ôter le plaisir procuré par ce livre gigogne. Je ne donnerai qu’un indice, le titre du livre peut prendre plusieurs signification et renvoie également à la narration. L’auteur réalise donc un véritable tour de force, d’autant plus qu’il s’agit d’une oeuvre jeunesse, genre qui laisse rarement entrevoir d’aussi passionnantes et remarquables prouesses techniques en matière de construction. Un véritable coup de coeur (pas seulement destiné aux jeunes lecteurs donc). J’espère que de courageux élèves seront assez curieux pour dépasser la peur d’affronter près de 500 pages et une couverture un peu défraîchie… le livre en vaut la chandelle !

Eros/Thanatos

14 Fév

Un auteur que je voulais découvrir depuis un moment. Ce n’est pas son oeuvre la plus connue, mais comme le bouquin était dans la pile de la salle des profs, voilà qui permet de me faire une idée.

La bête qui meurt, Philip Roth

David Kepesh enseigne la littérature en fac et est critique littéraire à la radio. A 62 ans, il profite toujours de son aura pour séduire ses jeunes étudiantes dès que le semestre est bouclé. Un jour, il tombe réellement amoureux d’une magnifique cubaine, Consuela, 24 ans. Cette dernière, émerveillée par la culture de son mentor, se laisse séduire. Mais très vite, David qui a toujours vécu très librement va se rendre compte qu’il devient de plus en plus dépendant – sexuellement notamment – à sa jeune protégée.

Voilà un très bon roman, qui livre une réflexion très riche sur le rapport à l’autre mais surtout sur la condition humaine et notamment la question de la mort. On suit la réflexion du narrateur qui s’interroge sur sa dépendance de plus en plus importante à Consuela, grandissant avec son avancée en âge et la dégradation de son corps.

Si certaines scènes de par leur précision pourraient facilement paraître pornographiques, elles ne le sont jamais tant l’écriture est maîtrisée et le rapport au corps sans cesse ramené à une réflexion plus globale sur la société et la vie. Un roman qui réussit à traiter de la mort tout en jouant un hymne à la vie.

Un petit extrait pour vous donner envie (le narrateur parle de ses étudiantes et révèle son caractère) :

« Depuis quinze ans, j’ai pour règle d’or de ne plus entretenir aucun rapport extra-universitaire avec elles tant qu’elles n’ont pas passé leur dernier examen et reçu leurs notes, et que j’ai encore un rôle de tuteur. Malgré la tentation, et bien qu’elles m’encouragent parfois sans équivoque à flirter avec elles et à amorcer des travaux d’approche, je n’enfreins plus cette règle depuis le jour où, au milieu des années quatre-vingt, j’ai trouvé affiché sur la porte de mon bureau le numéro de téléphone de la permanence contre le harcèlement sexuel. Je n’entre pas prématurément en contact avec elles, pour ne pas m’exposer à la censure de certains collègues qui ne se priveraient pas de gâcher mon plaisir de vivre s’ils le pouvaient. 

Pendant le semestre où j’enseigne, je m’interdis toute liaison avec elles. Mais j’ai un truc. C’est un truc honnête, ouvert, cartes sur table, mais un truc tout de même. Après l’examen de fin d’année, une fois les notes rendues, je donne une soirée chez moi pour mes étudiants. »

The Lady

11 Fév

Nouveauté du CDI. Voilà un livre que tous les élèves devraient lire !

Moi, Malala, Malala Yousafzai et Patricia McCormick

Malala est née en 1997 dans un Pakistan en paix. Son père, auquel elle tient énormément et qui est son modèle, est le directeur d’une école qui comptera jusqu’à 800 élèves. Du coup, Malala et ses deux frères ont la chance de vivre dans un contexte plutôt privilégié dans ce pays : ils possèdent un poste de télévision et, surtout, leurs parents tiennent à leur donner la meilleure éducation possible, même à Malala qui est une fille.

En effet, la fille se rend compte très vite d’une chose. Dans le pays qu’elle adore, les femmes ne sont pas les égales des hommes. Elles doivent bien souvent arrêter leurs études très jeunes et rester quasi illettrées, comme sa mère, pour s’occuper de la maison et des enfants, cachées derrière des niqabs ou des burqas en présence des hommes. Dès l’enfance, Malala se révolte contre ce qu’elle juge une atteinte à la liberté. A l’école, elle s’acharne pour obtenir les meilleures notes et être la première de sa classe. Pas seulement par esprit de compétition. Surtout pour être libre de choisir son destin.

En 2005, un horrible tremblement de terre frappe le pays. Malala n’est qu’une enfant mais est fortement marquée par l’événement. D’autant plus marquée que les Talibans, des intégristes religieux, profitent de la situation de grande détresse de la population pour imposer peu à peu un règne de terreur obscurantiste sur le pays. Les actes terroristes se multiplient et la condition des femmes se dégradent de jours en jours. Début 2009, les talibans ordonnent la fermeture des écoles de filles et l’interdiction pour celles-ci de recevoir une instruction. Malala et son père sont révoltés par cette répression. La jeune fille commence à rédiger un journal sur Internet pour raconter comment elle brave l’interdit avec quelques-unes de ses amies. Dans le même temps, le New York Times vient la filmer avec son père. Le monde entier prend connaissance de la situation et du combat mené par la jeune fille. En 2011, Malala, qui a multiplié les interventions en faveur du droit à l’éducation des filles dans son pays malgré de nombreuses menaces de mort, reçoit le prix international de la jeunesse pour la paix. La jeune fille est ravie mais ne se repose pas sur ses lauriers et continue à militer en essayant de ne pas trop se soucier du danger.

Mais le 9 octobre 2012, la vie de Malala va basculer. Alors qu’elle rentre de l’école, elle est prise pour cible par un taliban qui lui tire une balle dans la tête. Deux de ses amies sont également blessées. Par miracle, les trois jeunes filles s’en sortent indemnes. Mais Malala doit être expatriée d’urgence en Angleterre pour recevoir des soins. Bientôt rejointe par sa famille, elle va devoir réapprendre à vivre, loin de son Pakistan natal…

J’ai vraiment apprécié ce livre. Plus qu’un simple témoignage, il s’agit là d’une leçon de courage et d’une leçon de vie d’une force incroyable. Pas un instant la jeune fille ne fait dans le pathos ni ne cherche à apitoyer son lecteur. Le tir et l’hospitalisation qui s’en suit – d’une sobriété remarquable – n’occupent qu’une infime partie du récit qui développe essentiellement la montée de l’intégrisme au Pakistan et avec lui la diminution des libertés accordées aux femmes. on ne peut être qu’admiratif devant la force de caractère de cette enfant très mature, qui s’est battue pour le droit à l’éducation des filles dès son plus jeune âge, qui a risqué sa vie pour cela et qui a continué à mener son combat en dépit de l’attentat terrible subi. Comme elle le dit si bien, les talibans qui ont voulu la faire taire ont au contraire réussi à faire révéler son combat au grand jour. Malala a d’ailleurs reçu le Prix Nobel de la Paix en 2013 et a créé une fondation pour venir en aide à toutes celles qui ne peuvent encore étudier dans de bonnes conditions. J’invite vraiment tous les élèves – en particulier les 3ème – à lire ce témoignage qui ne manquera pas, je l’espère, de leur faire prendre conscience de la chance de vivre dans un pays démocratique et de recevoir une éducation de qualité sans avoir à craindre pour leur vie chaque fois qu’ils se rendent au collège !

Derrière la toile

7 Fév

Encore un livre récupéré en salle des profs, puisque mes collègues ne semblent pas se presser pour faire diminuer la pile !

Groom, François Vallejo

Véra Carmi vient de recevoir un coup de fil peu banal : le musée national d’Art Moderne lui a téléphoné pour lui annoncer que son mari a fait un malaise devant une toile. Mais le temps qu’elle arrive au Centre Pompidou, Antoine s’est envolé et les agents de surveillance sont bien embêtés. Quant à Véra, elle ne peut s’expliquer la soi-disant présence de son mari en ce lieu pendant ses heures de bureau et encore moins ce malaise étrange alors qu’il semble en bonne santé. La jeune femme aimerait tirer l’histoire au clair. Mais plutôt que de demander simplement des explications au principal intéressé, elle va se rendre chaque jour au musée pour tenter de trouver une explication plausible à cette étrange affaire. Il faut dire qu’entre elle et son mari – cadre commercial dans une grande société, très souvent en déplacements – le dialogue est quasiment inexistant. Difficile dès lors d’entamer une réelle discussion sans provoquer de soupçons ou une dispute. Alors que Véra penche pour une liaison, il n’en est en fait rien. Antoine doit passer beaucoup de temps auprès de Melle Rotheim, une vieille femme à la tête d’une pension de famille digne de Balzac, et se livrer pour elle à un dangereux trafic dont il ne souhaite parler à sa femme…

Si l’intrigue du roman est intéressante et le caractère des personnages très bien brossé, j’ai trouvé ce roman un peu longuet, voire ennuyant par moment. Bien sûr, en apprendre davantage sur la vie de cette étrange Melle Rotheim permet au lecteur de mieux cerner le personnage et ce qui la pousse à agir. Mais ces voyages dans le temps finissent par trop l’emporter sur l’intrigue de base et nous en détourner par la même occasion, ce qui est fort dommage je trouve. J’aurais aimé que la narration s’attache davantage à ce couple en perdition, rongé par les mensonges et les non-dits (en même temps, plus facile à suggérer qu’à mettre en pratique… écrire un livre sur le silence n’est sans doute pas la chose la plus évidente qui soit !) Par contre, j’ai beaucoup apprécié la sensation d’étouffement que l’auteur parvient à créer autour de ce couple et surtout autour d’Antoine Carmi, dont le destin semble tout tracé et qui ne peut échapper à sa condition. Dans le même genre d’idée, la pension de famille prend une place telle que l’on peut la considérer comme un personnage à part entière, ce qui est à mon sens un sérieux tour de force narratif. Un bilan mitigé donc pour ce roman qui n’en reste pas moins très bien rédigé.

Une vie à réécrire

2 Fév

Et encore une nouveauté au CDI !

Patients, Grand Corps Malade

Grand Corps Malade, le désormais très célèbre slameur, n’a pas toujours été handicapé. Celui qui se nomme en réalité Fabien Marsaud nous raconte comment sa vie a basculé du jour au lendemain après un « bête » accident. En effet, quelques jours avant ses 20 ans, alors qu’il s’amuse au bord d’une piscine avec de amis, Fabien plonge et sa tête se cogne au fond de ladite piscine trop peu remplie. Ce jour-là, Fabien aurait pu rester au fond de l’eau. La vie en a décidé autrement.

Le jeune homme – qui se destinait à devenir professeur de sport – survit à l’accident. Mais dans quel état ! Dans le service de réanimation qui l’accueille, les pronostiques des médecins ne sont pas favorables. On dit à ses parents qu’il ne remarchera jamais. Le jeune homme, une fois hors de danger, est néanmoins transféré dans un centre de rééducation spécialisé dans les para et tétraplégies. Là-bas, il va devoir peu à peu à apprivoiser son nouveau corps affaibli et complètement repenser sa vie future.

L’ouvrage s’ouvre sur deux textes de slam « Sixième sens » et « Je dors sur mes deux oreilles » très percutants, poignants et d’une grande poésie. Ces préambules – ainsi que la quatrième de couverture – laissaient augurer une excellente prose. J’ai été déçue sur ce point. La langue est courante, très souvent parlée voire quelque fois familière. Malgré quelques formules choc très imagées telles que « Quand tu es dépendant des autres pour le moindre geste, il faut être pote avec la grande aiguille de l’horloge. La patience est un art qui s’apprend patiemment », je n’ai pas retrouvé ce qui fait la beauté des textes en vers. Dommage. De même, l’écriture peut sembler distante. Mais là, je crois qu’il ne pouvait pas en être autrement. Fabien raconte à la première personne l’histoire d’un corps qu’il ne connait plus, qui n’est plus vraiment le sien. Les sentiments sont parfois difficiles à déceler derrière les actes mais ils sont bien présents en filigrane.

Pour le fond, voilà donc un récit coup de poing, qui témoigne avec des mots simples, sans prendre de pincettes ce qui fait le quotidien des grands paralysés en centre de rééducation. Fabien nous raconte tout : du fait de devoir regarder le plafond pendant des jours, de ne pas pouvoir changer le programme de la télé et de supporter des programmes stupides toute la journée, de ne pas pouvoir « aller à la selle » tout seul… tout ce qui fait que le quotidien peut vite devenir insupportable lorsque l’on a pas d’autre choix que de rester scotcher à son lit. Ensuite, vient le temps de la découverte de ce nouveau corps, malade, qui réagit bien trop mal à ce qu’on lui demande. Et encore, Fabien, dans son malheur a de la chance. Après quelques mois au centre, on lui apprend qu’il pourra remarcher. Difficilement, avec des béquilles. Non, il ne pourra plus courir ni envisager de carrière sportive. Oui, bien sûr, cette nouvelle l’accable à un point indescriptible. Mais lui pourra remarcher. Contrairement à la majorité de ses compagnons de galère – des jeunes pour la plupart accidentés de la route – qui eux demeureront collés à leur fauteuil le restant de leurs jours. J’ai eu bien du mal à lâcher le livre (que j’ai lu quasiment d’une traite) tant j’avais envie de savoir comment l’auteur avait pu surmonter tout cela. Bien évidemment, je savais que ça se terminait plutôt bien, mais j’avais envie de connaitre les différentes étapes psychiques par lesquelles il était passé : incrédulité, espoir, abattement, espoir de nouveau… Il faut une sacrée de courage et une force de caractère hors norme pour conserver un moral d’acier dans de telles conditions et dépasser justement sa condition. Une très belle leçon de vie, à méditer !

Mère au bord de la crise de nerfs !

1 Fév

Je remercie les Editions Baudelaire pour l’envoi de cet ouvrage.

Wonder Mum en a ras la cape ! , Serena Giuliano Laktaf

Serena est une jeune maman mais pas que. Trentenaire hyper-active, elle tente de concilier ses rôles de mère, épouse et chef d’entreprise. Et malgré la meilleure volonté du monde, il faut bien se l’avouer, ce n’est pas tous les jours facile ! Surtout quand on n’est pas toujours aidé par son époux qui semble avoir subitement le même âge que ses enfants devant la console de jeu…

Ce petit opuscule punchy regroupe des brèves, des pensées, des anecdotes cocasses, tendres et mordantes. Des instants de vie pas toujours drôles – même parfois sinistres – dont l’auteure pleine d’auto-dérision préfère rire et se moquer afin d’éviter de se pendre réellement. Voilà donc un petit livre bourré d’humour qui fera déculpabiliser toutes les mères – et elles sont nombreuses j’en suis certaine ! – qui ont ressenti l’envie de prendre quatre somnifères et de mettre de boules Quiès afin de pouvoir passer ne serait-ce qu’une nuit tranquille !

Quelques extraits :

« Tu sens que la maternité t’a bouffée quand, de bon matin, tu commences à chercher les étoiles avec cette connasse de Dora ».

« Une pensée émue pour tout ce temps perdu, chaque jour, à la recherche du doudou de l’enfant (ou de sa tétine, c’est pareil). Si c’était comptabilisé comme du temps de travail on pourrait prendre notre retraite à 45 ans. A l’aise. »