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Amitié en péril

5 Mar

Je remercie les éditions Le Muscadier pour m’avoir fait parvenir de bien beaux romans jeunesse hier. Je n’ai pas pu m’empêcher d’en dévorer un dès réception du colis.

Une frontière, Patrice Favaro

Sâd et Nôr sont amis depuis leur plus jeune âge. Plus que des amis, ils se considèrent comme des frères tant ils sont proches. Ils vivent dans un petit village tranquille du Souryastan, au pied de montagnes qui servent de frontière avec le pays voisin, le Chandrastan.

Bientôt, leur vie va basculer avec la naissance d’un conflit entre les deux pays. La famille de Nôr est originaire du Chandrastan et en a conservé les coutumes et les croyances. Jusque-là, Sâd n’a jamais fait de différence entre son ami et lui. Mais le petit chef du Parti de Soleil Safran arrive en ville pour appeler les hommes à combattre à ses côtés, le jeune garçon va se laisser influencer par ses propos hostiles vis-à-vis de la communauté Chan et peu à peu délaisser son ami…

Patrice Favaro signe là un roman qui offrira de nombreux thèmes de réflexion aux jeunes lecteurs. L’amitié d’abord. Peut-elle résister aux différences culturelles et religieuses en cas de conflit ? L’influence du groupe ensuite et la violence qui résulte souvent de l’ignorance de ceux qui s’imaginent supérieurs aux autres (ici, le personnage de Kargil est un bon exemple de brute en mal de reconnaissance, qui utilise la violence pour se venger d’un handicap physique et de moqueries qu’il a subies plus jeune). La question de l’éducation des filles est enfin soulevée également avec le personnage de Ada, la soeur de Sâd, qui ne peut se rendre à l’école comme son frère parce qu’elle doit s’occuper de la maison.

Des sujets forts donc, traités de manière à ce que les jeunes lecteurs puissent comprendre facilement tout en s’interrogeant sur ce qu’ils feraient, eux, dans un tel contexte. Je trouve l’idée de situer l’intrigue dans des pays imaginaires très pertinente car elle permet de donner au texte une valeur universelle. Cette histoire pourrait se passer dans n’importe quel coin du monde hélas. L’issue du conflit me semblait quelque peu idéalisée, mais s’inspire en fait du conflit de Kargil qui se déroula entre deux puissances nucléaires, l’Inde et le Pakistan, en 1999 (merci à l’auteur pour ces précisions !) La fin est donc porteuse d’espoir – même si on comprend hélas, que des guerres de ce genre seront sans doute amenées à se reproduire et que les questions culturelles n’y sont pas pour grand chose par rapport aux enjeux financiers. L’auteur laisse espérer que les enfants ont le pouvoir de changer le monde en mieux, le pouvoir de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Je crois aussi en ce pouvoir de l’enfance. Je conseille donc vivement ce roman intelligent, fort bien écrit (l’univers montagneux est très bien rendu) à partir de 10-11 ans pour les bons lecteurs, sinon, dès la 5ème.

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