Archive | avril, 2015

Triangle amoureux

26 Avr

Je remercie chaleureusement les éditions Syros pour l’envoi de ce roman.

Même pas peur, Ingrid Astier

Comme tous les ans, Stephan retrouve ses meilleurs amis Phil et Mica à l’île d’Yeu pour une chasse au trésor géante. Alors que Stephan se faisait une joie de retrouver la belle Mica, le voilà ronger par la jalousie. La demoiselle semble avoir jeter son dévolu sur Phil. Submergé par des vagues de sentiments contradictoires, notre jeune héros est prêt à n’importe quoi pour exister aux yeux de celle qu’il aime, quitte à prendre des risques inconsidérés ou à briser des années d’amitié.

Ingrid Astier signe avec Même pas peur son premier roman pour la jeunesse et valide l’essai avec brio. Nous suivons, sans temps mort, l’évolution des sentiments de Stephan en même temps que les énigmes de la chasse au trésor. La romancière parvient parfaitement à rendre compte de toute la complexité du bouillonnement intérieur de l’adolescence, cet âge de tous les possibles en même temps que des doutes les plus intenses. « Education sentimentale » adolescente, ce roman donne à voir à quel point l’apprentissage de l’amour peu parfois s’avérer compliqué.

Les jeunes lecteurs s’identifieront sans peine au personnage principal à la fois timide et fragile mais aussi provocateur par moments. J’ai apprécié que l’auteur traite le thème de l’amour adolescent du point de vue d’un garçon et parvienne à rendre compte de ses difficultés à exprimer ses sentiments sans jamais tomber dans l’angélisme, loin de là. Pour travailler avec des collégiens, je pense qu’il reflète assez bien la réalité car bien souvent les adolescents masquent leurs craintes sous leurs airs fanfarons. Les lecteurs de John Green – en particulier de Qui es-tu Alaska – apprécieront sans doute cet ouvrage.

Futur or no futur ?

22 Avr

Je tiens à remercier le collectif des Artistes fous associés et notamment Sébastien Parisot alias Herr Mad Doktor pour m’avoir confié leur dernier né après Sales Bêtes, Fins du monde et Folies.

L’homme de demain – 16 récits de l’utopie au cauchemar, Les artistes fous associés

Grande amatrice de récits d’anticipation, j’attendais beaucoup de ce recueil. Si j’avoue n’avoir pas accroché à toutes les nouvelles, j’ai néanmoins pris grand plaisir à lire ces textes qui évoquent des thèmes d’actualité poussés à leur paroxysme qui fait souvent froid dans le dos. On retrouve ainsi le problème de l’intelligence artificielle et de l’homme augmenté non seulement physiquement mais intellectuellement qui finira sans doute par se faire happer par la machine ou par le flux des médias omniprésents, les questions d’écologie et de ce qu’il adviendra de notre planète si nous continuons à la polluer de la sorte ou encore celle de la mutation génétique… Plus que d’utopies, il s’agit pour la plupart de récits dystopiques assez effrayants. Si vous avez tendance à angoisser en songeant au futur, passez votre chemin ! Au contraire, si comme moi vous adorez envisager les hypothèses les plus farfelues, ce livre est fait pour vous !

Comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de recueils de nouvelles, je ne vais en sélectionner que quelques-unes – mes préférées ! Cela ne signifie pas que j’ai détesté les autres ! loin de là !

La frontière des rêves, Tesha Garisaki : Dans le monde de la narratrice, une jeune anthropologue, tout le monde est en permanence connecté à l’Omn-IA, une intelligence artificielle qui vient suppléer les utilisateurs et qui serait même dotée d’une conscience… La narratrice, un peu inquiète mais totalement dépendante de l’IA, décide de partir à la découverte d’une civilisation préservée de l’IA et donc de déconnecter quelques temps. Cette nouvelle liminaire met tout de suite dans l’ambiance et nous fait réfléchir sur l’hyper-connectivité dans un style tout à fait agréable.

Paradise4, Emilie Querbalec : J’avais déjà adoré sa nouvelle Coccinelles dans l’anthologie Folies. Il s’agit là de ma nouvelle préférée de l’ouvrage. Une nouvelle à la fois sombre et lumineuse, qui évoque le sacrifice de parents pour leur enfant alors qu’un dangereux virus condamne à terme l’humanité. Un texte d’une puissante délicatesse dans le thème abordé, centré sur le personnage du père en proie à un choix cornélien.

Le coeur sous la cloche, Ludovic Klein : Là encore, il s’agit d’un auteur dont j’avais déjà apprécié les nouvelles dans les anthologies précédentes. Dans le monde de la petite fille de huit ans qui est le personnage principal, les enfants n’ont pas le droit de sortir des chemins balisés. Ils sont perpétuellement placés sous étroite surveillance. La liste des règles à ne pas enfreindre est interminable et difficile à comprendre pour la petite fille qui, un jour, désobéit… Encore un texte d’une grande puissance poétique et allégorique.

Les héritiers, Anthony Boulanger : Après que la Terre a subi de nombreuses radiations, les humains qui ont survécu ont muté. Tous sont maintenant Augmentés, en quête de nouvelles planètes susceptibles de les accueillir. Tous sauf un, qui est resté un homme ordinaire et qui va voir la Terre se vider de ses derniers habitants. Une jolie réflexion sur les questions de différence et de solitude.

Poogle Man, Herr Mad Doktor : Dans un monde hyper-connecté, le géant Poogle est omniprésent et les citoyens ne peuvent plus faire un pas sans les notifications incessantes émises par la multinationale. Poogle s’est tellement rendu indispensable que les hommes n’arrivent plus à penser par eux-mêmes et se retrouvent totalement perdus en l’absence de connexion. Et si quelqu’un avait l’outrecuidance de vouloir échapper au système, nul doute que la Poogle-police le retrouverait… J’ai beaucoup aimé le principe de cette nouvelle interactive (avec des liens sur lesquels cliquer) peu commun, et surtout la réflexion sur notre société contrôlée/manipulée par un géant omnipotent… A méditer !

Changez d’air, Arnaud Lecointre : Le narrateur travaille et vit près d’une usine dont s’échappent d’étranges fumées. Après un repas chez des amis munis d’un système de traitement de l’air dans leur habitat (les gens doivent porter des masques toutes la journée pour respirer un air pur), il est convaincu que c’est la seule solution pour survivre à la pollution de l’usine. Mais tout cet équipement coûte cher, très cher… Une nouvelle agréable à lire à la chute assez terrible !

Au-delà des apparences

15 Avr

Je termine en beauté ma session littérature jeunesse avec une belle pépite.

Eleanor and Park, Rainbow Rowell

Eleanor vient d’emménager dans une nouvelle ville. Le premier jour qu’elle met les pieds dans le bus pour se rendre au lycée, tout le monde la dévisage. Les passagers – ses futurs « camarades » de classe – se moquent ostensiblement d’elle à cause de sa tignasse rousse, de son embonpoint et de son accoutrement bizarre. Personne ne veut d’elle à côté de lui. Elle finit par s’installer à la seule place libre, à côté d’un ado d’origine asiatique, Park. Ce dernier ignore totalement sa voisine et ne lui adresse pas la parole. Bref, c’est mal parti pour l’intégration d’Eleanor qui va bien vite devenir la tête de turc de Tina, la fille la plus populaire du lycée.

Pour ne rien arranger, la vie familiale d’Eleanor est également un enfer. Son père ne veut plus la voir, ni sa tripotée de frères et soeurs. Du coup, elle partage une unique chambre avec ces derniers dans une minuscule maison dans laquelle viennent d’emménager sa mère et son beau-père qu’elle déteste. Il faut dire qu’il y a de quoi. L’homme est un violent pervers alcoolique. Il a d’ailleurs mis sa belle-fille à la porte des mois plus tôt. Sa mère n’était pas intervenue pour la défendre et Eleanor avait dû passer un an chez ses voisins…

Les journées au lycée se suivent et se ressemblent pour notre amie qui se fait toujours harceler dans le bus et en cours de sport. Une chose a néanmoins changé et pas des moindres. Park lui adresse enfin la parole. Ils possèdent une passion commune pour les comics et les Smiths. Bientôt, un lien très fort va s’instaurer entre eux.

Si vous avez aimé Nos étoiles contraires et Qui es-tu Alaska ? de John Green, vous adorerez Eleanor and Park. Comme les deux autres, ce roman est centré sur la découverte de l’autre, du sentiment amoureux chez les adolescents. Comme les deux autres, l’histoire n’a rien de mièvre. Elle sonne juste. Les personnages sont des adolescents cabossés par la vie (surtout Eleanor mais Park n’est pas épargné. En effet, s’il a la chance de vivre dans une famille aimante et unie, il se sent mis à l’écart par son père qui semble être constamment déçu par son fils), des adolescents comme on peut en croiser dans la réalité. Tout semble les opposer et pourtant, ils finissent par devenir inséparables. Les thèmes de la différence, de l’exclusion du groupe parce que l’on n’appartient pas à la « norme » et du harcèlement qui peut en découler sont eux aussi traités avec beaucoup de réalisme et l’auteur ne tombe jamais dans la caricature. Les « méchants » ne sont pas forcément punis, les choses ne s’améliorent pas nécessairement. Il faut essayer de passer outre. Chacun a le droit à la différence, qu’elle soit physique, vestimentaire, sociale… et l’assumer est encore le meilleur moyen de la faire accepter par les autres (à moins d’avoir affaire à de sacrés abrutis comme c’est malheureusement le cas pour Eleanor). J’ai justement apprécié que le personnage principal ne corresponde par à la norme, qu’elle ne soit pas un canon de beauté répondant aux critères actuels. Eleanor a des complexes mais Eleanor est une fille en vie, qui a du caractère et c’est bien le principal.

En ce qui concerne la narration, on suit alternativement les points de vue des deux personnages principaux dans de courts chapitres et sous-chapitres. Le rythme est donc assez soutenu et l’on ne voit pas le temps passer malgré presque 400 pages tout de même. Le fait de traiter certaines scènes sous deux aspects permet de se rendre compte de l’avancée parallèle des sentiments des personnages bien souvent en proie au doute l’un et l’autre. je me suis tellement prise à l’intrigue que j’avais parfois envie d’intervenir pour les aider à mieux se comprendre ! Autre petite chose qui n’a rien à voir avec le style : les références à la pop-culture des années 80 avec les comics et tous les grands groupes de l’époque qui susciteront peut-être la curiosité de nos jeunes lecteurs. Vous l’aurez compris, à savourer sans hésitation !

Poète maudit

13 Avr

Je poursuis dans mes lectures à distance pour le CDI.

C’était mon oncle, Yves Grevet

Depuis peu, Noé vit à la campagne avec ses parents. Un jour, le commissariat appelle et lui annonce le décès d’un certain Armand Petit. Noé, qui n’en a jamais entendu parler, pense à une erreur. Mais son père lui apprend qu’il s’agissait de son frère aîné, SDF depuis quinze ans.

A l’occasion des fêtes de Noël, Noé se rend une semaine chez sa grand-mère à Clermont-Ferrand. Dans sa valise, il a apporté les recueils de poèmes de son oncle Armand que lui a confiés son père. Le jeune garçon est bien décidé de mettre à profit ces quelques jours de vacances en ville pour découvrir ce que fut la vie de son oncle. Comment un homme si cultivé, passionné de voyage et de poésie a-t-il pu se retrouver à la rue, alcoolique, délaissé par sa famille ?

Yves Grevet, l’auteur de Méto, traite avec délicatesse le thème de la marginalité. Grâce à un texte simple et efficace, les jeunes lecteurs (à partir de  ans) découvriront que la vie peut parfois prendre bien des détours et entraîner bien bas n’importe quel être humain, surtout peut-être les plus sensibles et que si l’amour peut rendre invincible, la perte de ce dernier peut totalement détruire un homme. Le texte donne aussi une vraie leçon de solidarité et de respect de la personne. Mais ce que j’ai préféré – là, c’est mon côté amoureuse des mots qui parle -, ce sont tous les extraits de poèmes cités au fil du texte. Des textes magnifiques de Verlaine, Rimbaud, Eluard, Char, Supervielle, Vian et j’en passe. Une excellente initiation à la poésie. Et puis un texte qui cite Boris Vian ne peut être que bon ! (d’accord, je ne suis pas objective sur ce point !)

« La Belle au Bois Dormant »

12 Avr

Merci encore à ma collègue et amie documentaliste qui m’a fait parvenir ce livre.

Carabosse – La légende des cinq Royaumes, Michel Honaker

Alors qu’il revient d’un rude combat contre les Dongles, le prince Florestan, accompagné de son fidèle fou et conseiller le nain Trublion, décide de se reposer une nuit dans la demeure du comte Vituperi qui lui offre l’hospitalité. Il va alors faire la connaissance de ses filles, la ténébreuse et sensuelle Cara, qui aurait été la beauté incarnée si elle n’avait pas été affublée d’une horrible bosse dans le dos, et la magnifique et douce Léonore. Le jeune prince tombe immédiatement sous le charme de cette dernière. Il propose au comte et à ses filles de venir passer quelques jours en sa compagnie à Bois-Dormant. Le comte décline l’invitation tout comme Cara, folle de rage et de jalousie envers Florestan et Léonore. Concluant un pacte avec les forces obscures, elle qui se passionnait pour les potions devient une véritable fée maléfique. Avec ses nouveaux pouvoirs, elle jure de se venger : le fruit de l’amour du prince et de la princesse mourra le jour de ses dix-huit ans. Heureusement, la bonne fée Lilas, marraine de la jeune Aurore détourne le sort. La jeune femme ne mourra pas mais tombera dans un sommeil profond que seul le baiser d’un prince à l’amour pur pourra interrompre.

A vrai dire, je craignais un peu la lecture de ce texte à sa réception. De nombreuses réécritures du conte de Perrault existent déjà et j’avais peur que celle-ci ne soit adaptée à la sauce Twilight. Hé bien je me suis trompée et ai été agréablement surprise par ce conte aux allures de roman d’aventures que j’ai dévoré en deux jours à peine. La première partie est totalement nouvelle. L’auteur dresse le portrait des personnages en insistant sur celui de Cara qui deviendra Carabosse. Il explique comment le jeune femme a basculé du côté obscur de la force si je puis m’exprimer ainsi. Si l’explication est un peu simpliste (en gros, le mal se nourrit du mal : rejetée et moquée à cause de sa difformité, le jeune femme va vouloir se venger), elle a au moins le mérite d’être bien traitée et devra inviter à la réflexion des plus jeunes sur la question de la différence. La seconde partie du texte constitue la véritable réécriture du conte originel. Les principaux éléments sont conservés mais largement développés et la fin est modernisée. L’auteur apporte en effet une petite réflexion féministe sur le droit à aimer l’être que l’on choisit et pas celui qui a été désigné pour vous, même si cette personne ne correspond pas aux « critères » exigés par la famille.

Je pense que les adolescents (à partir de la 6ème pour les bons lecteurs) apprécieront ce roman dont l’intrigue leur est familière. Tout le monde y trouvera son compte car l’action est très présente tout au long du livre et laisse peu de temps-morts. Le petit côté heroic fantasy est appréciable dans la mesure où l’on ne tombe pas dans l’excès. Le tout est bien évidemment saupoudré d’une bonne dose d’amour et de magie et forme un ensemble agréablement divertissant.

Féérique

11 Avr

Voilà un auteur de littérature jeunesse qu’il me pressait de retrouver. C’est chose faite grâce à ma merveilleuse amie documentaliste qui vient de me faire porter son dernier roman.

Le livre de Perle, Timothée de Fombelle

Trois destins sont intimement noués dans ce livre. Celui de l’auteur, garçon rêveur passionné de photographie, bouleversé à 14 ans par un chagrin d’amour, qui deviendra écrivain. L’histoire de d’un jeune garçon débarqué de nulle part, qui prendra le nom de Joshua Perle après avoir été recueilli en 1936 par le couple Perle, marchands de guimauves renommés de la capitale. Quelques temps après son arrivée, il sera obligé de partir sur le front puis s’engagera dans la Résistance en découvrant que ses parents adoptifs ont été raflés. Enfin la vie torturée d’Ilian, un jeune prince pourchassé par son frère, amoureux d’une fée, Olia, dont il est cruellement séparé mais qu’il tentera à tout prix de retrouver.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai mis du temps à comprendre l’intrigue et à relier tous les fils de l’histoire tant les différents univers spatio-temporels sont imbriqués. Mais loin de me décourager, je me suis au contraire laissée porter par la magie d’un texte subtile, d’une poésie incroyable, aussi subtile qu’une perle de rosée sur un brin de muguet. Au fur et à mesure d’une lecture qu’il est impossible de lâcher, le mystère s’éclaircit pour laisser apparaître un véritable livre gigogne, un roman dans le roman qui conte et met en abyme l’histoire tragique d’un prince de conte de fées chassé de son royaume, qui devra affronter la barbarie humaine tout en souffrant la douleur de la perte de celle qu’il a tant aimée. Timothée de Fombelle (auteur des déjà très réussis Tobie Lolness et Vango) réussit l’exploit de réunir des univers très différents, le charme envoûtant du pays des fées et celui terrifiant de la seconde Guerre mondiale, en peignant des personnages d’une extraordinaire intensité car protéiformes. Il permet avec ce roman d’aventure proche du conte fondé sur un imaginaire d’une extrême richesse de procurer à la littérature jeunesse ses lettres de noblesse. Je conseille ce livre à partir de la 5ème pour les très bons lecteurs. En tout cas, il ne faut pas prendre peur devant la complexité de la construction. Laissez-vous conduire par la beauté des mots.

Un petit extrait pour le plaisir :

« Ilian eut alors l’impression qu’on lui attrapait la main et qu’on le tirait en arrière, entre les chênes verts. Olia pourtant n’avait pas bougé. Ses doigts restaient sur l’écorce de l’arbre. Ilian se sentait irrésistiblement emporté. il n’essayait d’ailleurs pas de résister. il courait au-dessus des ronciers. Une force inconnue animait son corps et sa volonté. Il voulut retourner un dernière fois vers elle, mais la forêt les masquait l’un à l’autre.

Une heure plus tard, Ilian arriva à la nage sous les pilotis du palais, se hissa sur une poutrelle pour reprendre son souffle. Il sentit se détacher le fil invisible qui l’avait fait courir.

Certaines forces sont pourtant plus puissantes que la magie. Un autre fil d’or restait attaché au centre de sa poitrine. Un fil dont il ne pourrait jamais se défaire. »

Le crime était presque parfait

9 Avr

Encore une jolie rencontre, en attendant le train du retour du salon du livre de Montaigu. J’avais beaucoup entendu parler de ce livre à sa sortie et m’étais promis de le lire un jour. C’est chose faite ! (mais dans la version abrégée disponible dans mon CDI)

Et si c’était niais ?, Pascal Fioretto

Un vent de panique règne dans le monde littéraire contemporain ! Denis-Henri Levy, en pleine exploration de Barbès, vient de recevoir un message de menaces. Constatant avec horreur qu’il n’est pas la seule cible, il décide de contacter son éditeur au plus vite afin de prévenir les autres écrivains au plus vite. Mais au même moment, Christine Anxiot se fait kidnapper…

C’est le commissaire Adam Seberg – double parodique du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, héros des romans de Fred Vargas –  qui est chargé de l’enquête alors qu’il s’ennuie ferme à s’occuper des trafics de hasch dans les collèges huppés du 6ème arrondissement. Bien que rongé par les soucis personnels et fatigué par un aller-retour express aux Etats-Unis afin de régler une vieille histoire, notre homme est bien décidé à découvrir le mobile de l’auteur de ces menaces et à retrouver tous les écrivains qui disparaissent au fur et à mesure. Il décide d’aller interroger Mélanie Notlong et jean d’Ormissemon pour tenter de percer le mystère…

Génial ! J’ai ri tout le long ! Pasal Fioretto réussit coup double avec cette intrigue policière qui pastiche un auteur contemporain à chaque nouveau chapitre. L’auteur se moque – gentiment – non seulement des tics stylistiques mais aussi de l’ego parfois surdimensionné de certains. Mes deux chapitres préférés sont sans conteste celui consacré à BHL qui inaugure cette version abrégée – on y découvre le philosophe égocentriste en plein « vertigo » dans un hôtel miteux de Barbès, c’est juste hilarant ! – et celui consacré à  Amélie Nothomb avec de magnifiques réécritures de Métaphysique des tubes et Hygiène de l’assassin. Le pastiche de Marc Lévy vaut également son pesant de cacahuètes ! Et je rassure tout de suite les élèves, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu tous les auteurs cités pour apprécier l’humour de ce texte (l’édition présente tout de même quelques extraits à la fin du livre de trois des écrivains pastichés, afin de se rendre compte de l’écriture initiale). Le texte est très drôle par essence ! Un vrai bon moment de lecture, distrayant et intelligent !

Traître de génie

7 Avr

Une jolie découverte rapportée du salon de livre de Montaigu où j’ai eu la chance d’échanger avec l’auteur (le hasard a voulu qu’il vienne s’installer à mes côtés le dimanche matin).

Américain, Américain, Hubert Prolongeau

américainHoward Perrineau, le narrateur, personnage fictif, vient de perdre celui qui fut son meilleur ami, Elia Kazan, cinéaste de renom, bien réel. Au lendemain de la mort de ce dernier, Perrineau entreprend de relate ce que fut la vie de son ami – et par conséquent la sienne, constamment dans l’ombre – afin de faire taire les critiques qui font rage. Effectivement, Kazan, véritable génie, a forgé son succès sur un acte a priori indéfendable. Ainsi, pendant les grandes heures du maccarthysme, le réalisateur a dénoncé une grande partie de ses amis communistes à la Commission des activités anti-américaines. Les thèmes de la dénonciation et de la trahison deviennent dès centraux dans ces films, notamment dans Sur les quais, sorti en 1954, qui remporta huit oscars.

Hubert Prolongeau nous offre une plongée exceptionnelle dans l’univers des Etats-Unis des années 20 aux années 70. Grâce à un travail de documentation méticuleux, l’auteur parvient à reconstituer avec une remarquable précision l’évolution de l’Histoire américaine en même temps que celle des personnages. De l’insouciance des années 20 au traumatisme de la crise de 29, de l’engouement suscité par le communisme à la chasse aux sorcières, le lecteur est véritablement transporté dans un autre monde grâce au réalisme de chaque détail (l’auteur a d’ailleurs poussé le souci de réalisme au point de placer dans la bouche de ses personnages des phrases qu’ils ont réellement prononcées ou écrites). J’ai particulièrement apprécié le traitement de l’enthousiasme du narrateur qui plonge corps et âme dans le communisme, persuadé comme ses amis d’œuvrer pour le bien du peuple, suivi de la difficile prise de conscience de ce qu’il en va réellement dans l’Union soviétique ainsi que de celui de l’aire McCarthy avec le lourd sentiment de suspicion qui se répand et finit par étouffer peu à peu l’Amérique.

Si le roman m’a permis de me remettre en mémoire ces éléments historiques, j’ai également apprécié le magnifique voyage dans le paysage hollywoodien de l’époque avec le passage du film muet au sonore, les coulisses des tournages, les noms de stars légendaires : Bacall, Garbo, Wayne… et très envie de découvrir tous ces films que je ne connais malheureusement que de noms (il faut que je rattrape mon manque cruel de culture cinématographique !)

Enfin, le livre apporte une réflexion sur l’âme humaine et de manière plus globale pose la question du bien et du mal. Le livre se clôt d’ailleurs sur cette question : « J’ai cru en beaucoup de choses, et plutôt fait le bien. Elia a été un salaud. Je suis resté stérile. Il a puisé dans son infamie de quoi nourrir une des plus belles œuvres de son époque. Lequel d’entre nous a été le plus homme ? » Je vous laisse le soin de vous faire votre propre opinion en découvrant le parcours peu ordinaire d’Elia Kazan, cet émigré turque qui voulait plus que tout devenir américain.

« Huis-clos »

6 Avr

Dimanche dernier, j’ai eu la chance d’effectuer une partie du trajet du retour du salon du livre de Montaigu en compagnie d’Yves Grevet, un grand monsieur de la littérature jeunesse française, dont je n’avais pourtant jamais lu les livres (mea culpa !) Je rattrape donc mon retard grâce à ma charmante collègue et amie documentaliste qui m’a fait parvenir le premier tome d’une trilogie qui a remporté un vif succès auprès des lecteurs et de la critique.

Méto – La maison – tome 1, Yves Grevet

Méto, un jeune adolescent, se voit confier par un César la grande responsabilité d’initier Crassus, un petit nouveau, aux règles drastiques de la Maison – par exemple : compter jusqu’à 120 avant de se saisir de ses couverts pour manger et laisser cinquante secondes entre chaque bouchée. Pendant un mois, notre héros devra surveiller son protégé afin qu’il ne commette aucun impair. Si tel était le cas, c’est Méto qui en subirait les terribles conséquences…

Soixante-quatre enfants – uniquement des garçons – occupent la Maison. Ils sont coupés du monde, ne sortant jamais de la Maison elle-même construite sur une île, placés sous le joug de chefs tyranniques appelés les César. Les enfants sont regroupés selon leur âge en différentes couleurs. Lorsqu’ils atteignent une quinzaine d’années, ils disparaissent mystérieusement et sont remplacés par des plus petits. Mais que leur arrive-t-il ensuite ? Voilà la question cruciale que chaque membre de la communauté se pose. Méto, qui n’a jamais eu froid aux yeux ni peur de transgresser les interdits, compte bien résoudre ce problème…

Voilà un best-seller qui mérite amplement son succès ! Dès les premières pages, le lecteur est happé par cette inquiétante maison – qui est le second protagoniste de l’histoire, et qui m’a d’ailleurs rappelé le sinistre hôtel de Shining de Stephen King – qui emprisonne nos jeunes héros. Au fil des pages, l’atmosphère de ce huis-clos dystopique s’accroît tant que l’on craint voir étouffer les personnages sous nos yeux si ce n’est sur un plan physique d’un point de vue symbolique (poids des règles, poids du secret, vie en communauté non désirée…)

Cet univers concentrationnaire dans lequel chaque activité est minutée, programmée à l’extrême, où n’est strictement jamais laissée la possibilité de s’exprimer librement (des traîtres se cachent même parmi les enfants) évoque bien évidemment le régime nazi. Il m’a également fait penser au livre d’Orwell, 1984, une dystopie également, dans lequel l’auteur décrit une nation entièrement soumise à Big Brother dans laquelle la liberté individuelle n’existe plus et où l’Histoire est réécrite en fonction de la politique menée par le dictateur (ici on réécrit les souvenirs des enfants).

Les jeunes lecteurs seront à mon avis vite absorbés par cet univers très bien mis en place (les sports de combat – assez violents – sont d’un très grand réalisme) et accrocheront facilement à l’intrigue en s’identifiant au personnage principal. La quête identitaire est elle aussi – bien que sous-jacente – au centre de l’oeuvre puisque aucun des enfants ne se rappelle ce qu’a été son existence avant d’arriver dans la Maison (qui pourrait d’ailleurs évoquer le ventre d’une mère d’un point de vue psychanalytique mais je ne vais pas me lancer dans une analyse si complexe ici).

Deux autres tomes font suite à ce premier opus, L’île et Le monde, qui laisse le lecteur sur un suspens insoutenable ! Et si la question principale des enfants est de savoir ce qu’il y a après la Maison (vous le découvrirez dans ce premier tome) la mienne est : pourquoi cette Maison et où sont les femmes ??? (sans allusion aucune à Patrick Juvet !)

Petit message personnel : Muriel, commande la suite immédiatement !! Et Nox aussi !

En quête égyptienne

2 Avr

Je remercie une nouvelle fois Eric Poupet pour m’avoir fourni la suite du Dernier secret de Cléopâtre.

Le testament Néfertiti, Xavier Milan

Nous retrouvons Claire Delorme, jeune conservatrice au département des Antiquités égyptiennes du Louvre, qui reçoit, juste après son mariage avec son charmant collègue et ami de longue date Guillaume Plot, la visite d’un étrange notaire. Ce dernier vient lui annoncer le décès d’une tante lointaine dont elle ignorait totalement l’existence. La vieille femme, également amoureuse de l’Egypte, a laissé un testament à sa nièce qui va l’inciter à partir in petto pour le pays des pharaons afin de résoudre une énigme millénaire.

Notre jeune couple, accompagné par une stagiaire peu dégourdie, débarque dans un Caire en pleine révolution du « printemps arabe ». Tous les trois vont se lancer sur la piste laissée par la grand tante de Claire et découvrir la vérité sur la disparition de la reine Néfertiti. Mais ils devront rester sur leurs gardes, car de dangereux fondamentalistes musulmans souhaitent mettre la main sur le trésor que les chercheurs pourraient bien découvrir dans leur quête de la vérité.

Ici encore, Xavier Milan réussit le pari de dépayser ses lecteurs en les entraînant du Caire à Assouan en passant par Louxor et en effectuant un détour pas la Syrie. Les descriptions détaillées permettent une nouvelle fois de se projeter totalement dans l’ambiance de ces décors de rêves. Le fait d’avoir situé l’intrigue au cœur des problèmes politico-religieux est très judicieux et vient contribuer au réalisme du roman, en plongeant le lecteur dans un univers aussi enchanteur qu’inquiétant. Si j’avoue avoir été plus séduite par le premier opus (rien ne peut remplacer le plaisir de la découverte de nouveaux personnages !), j’ai passé un très agréable moment en suivant les passionnantes péripéties de nos jeunes égyptologues. Les rebondissements s’enchaînent sans laisser de temps mort, et j’ai trouvé la fin – qui nous entraîne au sein d’une secte qui perpétue le culte d’Aton depuis des siècles – vraiment très réussie. Mais je vous laisse découvrir le fin mot de cette énigme par vous-même !