Traître de génie

7 Avr

Une jolie découverte rapportée du salon de livre de Montaigu où j’ai eu la chance d’échanger avec l’auteur (le hasard a voulu qu’il vienne s’installer à mes côtés le dimanche matin).

Américain, Américain, Hubert Prolongeau

américainHoward Perrineau, le narrateur, personnage fictif, vient de perdre celui qui fut son meilleur ami, Elia Kazan, cinéaste de renom, bien réel. Au lendemain de la mort de ce dernier, Perrineau entreprend de relate ce que fut la vie de son ami – et par conséquent la sienne, constamment dans l’ombre – afin de faire taire les critiques qui font rage. Effectivement, Kazan, véritable génie, a forgé son succès sur un acte a priori indéfendable. Ainsi, pendant les grandes heures du maccarthysme, le réalisateur a dénoncé une grande partie de ses amis communistes à la Commission des activités anti-américaines. Les thèmes de la dénonciation et de la trahison deviennent dès centraux dans ces films, notamment dans Sur les quais, sorti en 1954, qui remporta huit oscars.

Hubert Prolongeau nous offre une plongée exceptionnelle dans l’univers des Etats-Unis des années 20 aux années 70. Grâce à un travail de documentation méticuleux, l’auteur parvient à reconstituer avec une remarquable précision l’évolution de l’Histoire américaine en même temps que celle des personnages. De l’insouciance des années 20 au traumatisme de la crise de 29, de l’engouement suscité par le communisme à la chasse aux sorcières, le lecteur est véritablement transporté dans un autre monde grâce au réalisme de chaque détail (l’auteur a d’ailleurs poussé le souci de réalisme au point de placer dans la bouche de ses personnages des phrases qu’ils ont réellement prononcées ou écrites). J’ai particulièrement apprécié le traitement de l’enthousiasme du narrateur qui plonge corps et âme dans le communisme, persuadé comme ses amis d’œuvrer pour le bien du peuple, suivi de la difficile prise de conscience de ce qu’il en va réellement dans l’Union soviétique ainsi que de celui de l’aire McCarthy avec le lourd sentiment de suspicion qui se répand et finit par étouffer peu à peu l’Amérique.

Si le roman m’a permis de me remettre en mémoire ces éléments historiques, j’ai également apprécié le magnifique voyage dans le paysage hollywoodien de l’époque avec le passage du film muet au sonore, les coulisses des tournages, les noms de stars légendaires : Bacall, Garbo, Wayne… et très envie de découvrir tous ces films que je ne connais malheureusement que de noms (il faut que je rattrape mon manque cruel de culture cinématographique !)

Enfin, le livre apporte une réflexion sur l’âme humaine et de manière plus globale pose la question du bien et du mal. Le livre se clôt d’ailleurs sur cette question : « J’ai cru en beaucoup de choses, et plutôt fait le bien. Elia a été un salaud. Je suis resté stérile. Il a puisé dans son infamie de quoi nourrir une des plus belles œuvres de son époque. Lequel d’entre nous a été le plus homme ? » Je vous laisse le soin de vous faire votre propre opinion en découvrant le parcours peu ordinaire d’Elia Kazan, cet émigré turque qui voulait plus que tout devenir américain.

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