Archive | juin, 2015

Mondes parallèles – suite

18 Juin

Je poursuis dans ma relecture du chef-d’oeuvre de Murakami.

1Q84 – Livre 2 – Juillet-Septembre, Haruki Murakami

Nous retrouvons Aomamé et Tengo qui poursuivent leurs itinéraires toujours séparément. Chacun des jeunes gens voit sa vie se complexifier.

Aomamé doit accomplir un dernier travail qui pourrait lui coûter la vie. Elle devra, une fois son rôle accompli, disparaître de la circulation et changer complètement d’existence pour avoir une chance de survivre.

Dans le même temps, les problèmes autour de Tengo et de son roman La Chrysalide de l’air ne cessent de s’accumuler. La jeune auteur, Fukaéri, a mystérieusement disparu et un inquiétant personnage rôde autour de notre professeur de mathématiques.

Dans le monde extérieur, les étrangetés se multiplient. Aomamé, Tengo et Fukaéri voient deux lunes, exactement les mêmes que celles qu’a décrites Tengo dans le roman. Un énorme orage inonde le métro de Tokyo et les Little People font entendre leurs voix…

Avec ce deuxième tome, nous pénétrons davantage encore dans un monde parallèle, à la frontière du réel et de l’imaginaire. La trajectoire des deux protagonistes se rapproche de plus en plus et le mystère pèse sur la manière dont ils pourront –  ou non – enfin se rencontrer. L’auteur approfondit sa peinture des caractères, mettant à nu les failles de chacun. Plus on tourne les pages, plus on est happé par le monde à la fois envoûtant et angoissant de 1Q84. Et surtout, à l’image des personnages principaux, nous nous posons de très nombreuses questions auxquelles nous n’aurons pas de réponses pour l’instant même si certains aspects du tome 1 s’éclaircissent. Pour cela, il faudra patienter jusqu’à la lecture du dernier tome. Le thème de la secte est cette fois beaucoup plus approfondi et joue un rôle central. En ce qui me concerne, si je considère ce tome comme moins poétique dans le style que le premier, je trouve que l’auteur parvient avec brio à kidnapper son lecteur dans ce monde onirique. Le suspens s’accroît aussi intensément avec l’étau qui se resserre inexorablement sur les personnages. Une excellente suite donc !

Diabolique machination

11 Juin

Après des semaines d’absence et malheureusement une impossibilité totale de m’adonner à la lecture, je reviens avec le tout dernier roman d’Yves Grevet paru chez Syros le mois dernier.

Celle qui sentait venir l’orage, Yves Grevet

A la toute fin du XIXème siècle, en Italie, la jeune Frida, 15 ans, vient de subir une épreuve terrible. Ses parents viennent d’être pendus, accusés de meurtres horribles dans la région. La jeune fille, recherchée par la population comme « la fille des démons », est contrainte de quitter les lieux au plus vite en diligence, grimée pour ne pas être reconnue. Des proches ont organisé son départ. Elle est censée trouver refuge chez le docteur Grüber, à Bologne.

Alors qu’on semble lui réserver un accueil plutôt chaleureux, Frida, encore terrassée par la mort de ses parents, reste sur la défensive. Et grand bien lui en prend. Le docteur se comporte de façon de plus en plus étrange, l’examinant beaucoup trop méticuleusement. Bientôt, l’adolescente se sent constamment épiée et à l’impression de devenir une espèce de cobaye servant à démontrer les thèses pour le moins odieuses du médecin. La seule chance de lui échapper sera de prendre la fuite une nouvelle fois… encore faudrait-il en avoir la possibilité !

L’auteur de Méto signe ici un excellent roman d’aventure, très bien documenté sur la médecine de l’époque. J’ai vraiment apprécié tout le développement sur la physiognomonie avec les thèses selon lesquelles l’aspect physique d’une personne révélerait sa nature profonde. L’auteur s’est inspiré du savant Cesare Lombroso qui affirmait que les traits du visage pouvait permettre à coup sûr de débusquer les criminels. Ce sont sur ces thèses profondément erronées que se sont appuyés les projets eugénistes du XXème siècle. Je trouve qu’elles font malheureusement écho à l’actualité puisqu’il n’y a pas si longtemps, certains scientifiques disaient pouvoir prédire dès le plus jeune âge qu’un enfant aurait plus ou moins de potentiel et pourrait être plus ou moins agressif… Voilà qui donne à réfléchir.

En ce qui concerne l’intrigue, elle est menée tambour battant par une héroïne à laquelle on s’attache très vite. Frida n’a pas été épargnée par la vie. Sujette à la discrimination dès son plus jeune âge parce que ses parents vivent en marge de la communauté, cette solitaire, dont ceux dont elle pense qu’ils sont des proches vont abuser, va devoir s’ouvrir et faire confiance à des inconnus pour réaliser son projet : réhabiliter la mémoire et l’honneur de ses parents dont elle sait pertinemment l’innocence. Il lui faudra bien du courage et de l’acharnement pour parvenir à son but sans y laisser sa vie et surtout conserver sa dignité devant ceux qui la voient elle et sa famille comme des tueurs-nés. Voici donc une héroïne avec ses forces et ses faiblesses qui la rendent très humaine – j’ai bien aimé les séances de déguisements, notamment celle de la transformation en garçon, pas évidente pour une adolescence en pleine quête d’identité, qui laissent transparaître habilement les émotions de la jeune fille.

Pour conclure, je conseille ce roman à partir de 13-14 ans mais les adultes y prendront également plaisir. Si l’héroïne est une fille, les garçons y trouveront totalement leur compte tant l’intrigue est bien menée et les sujets de réflexion vastes. Coup de cœur !