Archive | juillet, 2015

Apparences trompeuses

27 Juil

Je continue dans la littérature jeunesse avec un récit d’intrigue cette fois paru aux éditions Syros.

Là où se cache le diable, Benjamin Guérif

Le jeune Adam, un garçon solitaire, vient d’emménager avec ses parents dans une maison éloignée de tout en pleine campagne. Malgré l’atmosphère sinistre du paysage environnant rendu plus glauque encore par l’hiver brumeux, Adam se plaît à découvrir son nouvel environnement dès qu’il quitte le lycée. Un soir, alors qu’il parcourt un sentier dans les sous-bois, il aperçoit une lueur intrigante, fantomatique au-dessus du sol. Peu rassuré, l’adolescent veut découvrir l’origine de ce phénomène paranormal. Pour ce faire, il va mener l’enquête dans le village et avoir le coeur net sur ce qu’est vraiment le Puits du Drac, un lieu jugé maléfique depuis des années.

Dès le départ, Benjamin Guérif introduit son lecteur dans une ambiance glaciale, nimbée d’une brume effrayante. Les descriptions – notamment les dernières qui concernent le Puits du Drac – permettent vraiment d’apporter une atmosphère angoissante et d’augmenter la tension dramatique, tout comme le point de vue interne du personnage. Ce sont vraiment les aspects du roman qui m’ont plu.

Le jeune héros auquel pourront facilement s’identifier les ados, s’il n’a pas froid aux yeux, n’en reste pas moins un garçon ordinaire, qui a du mal à s’intégrer dans son nouveau lycée et qui entre parfois en conflit avec ses parents. Par contre, ce dernier aspect aurait peut-être gagné à être affiner afin de rendre le récit plus réaliste.

Si de nombreux personnages secondaires font leur apparition, c’est celui de l’intrigante madame Rilklho, une jeune femme vivant complètement retirée du monde au fin fond de la forêt, qui est le plus développé et vient encore contribuer à rendre l’ambiance étrange. C’est d’ailleurs, sans révéler le fin mot de l’histoire, qui aidera Adam à percer le mystère du Puits du Drac et à se rendre compte qu’il faut savoir porter son regard au-delà des apparences.

Un récit prenant, à partir de 13 ans je pense pour les bons lecteurs qui n’ont pas peur des fantômes.

Aux armes !

21 Juil

Je remercie les éditions Le Muscadier pour l’envoi de ce livre.

Contre courant, Florence Cadier

Le livre se compose de neuf nouvelles avec pour thème commun la lutte pour faire valoir le droit des femmes et des hommes à l’humanité.

Le premier récit, « Amar, rêve d’une terre d’asile« , narre l’histoire d’un jeune afghan de 15 ans qui a fui son pays dans l’espoir d’un avenir meilleur en France. Après un voyage long et pénible, l’accueil sur le sol français n’est pas des plus chaleureux. Lors d’une descente de police dans le camp, un homme étrange l’entraîne avec lui et lui permet d’échapper aux forces de l’ordre. Mais que lui veut-il ?

Vient ensuite « Véronique, 17 ans en octobre 1972 » , l’histoire d’une jeune fille qui vient de vivre sa première relation charnelle et a le malheur d’être tombée enceinte. Honteuse, elle n’ose en parler à ses parents. Elle se trouve beaucoup trop jeune pour élever un enfant. Sa seule solution pour se sortir de cette galère : avorter dans la clandestinité, à ses risques et périls…

« Martine, pour quelques euros » met en scène la caissière de supermarché d’un quartier populaire. Ne supportant plus de voir certains clients reposer des articles de première nécessité au passage en caisse par manque d’argent, elle décide de leur faire crédit sans en parler à sa direction. Jusque-là, tout s’est toujours bien passé. Mais jusqu’à quand ces petits arrangements pourront-ils durer ?

« Mabrouk, mon amour » raconte la cruelle histoire d’amour entre deux jeunes hommes dans un pays africain où l’homosexualité est considérée comme un crime…

« Les dernières heures de Sophie Scholl » nous plonge au coeur de l’Allemagne nazie. Un groupe d’étudiants dont la jeune Sophie fait partie décide de distribuer des tracts pour dénoncer le régime d’Hitler. Nous assistons à la mascarade de procès qui eut lieu pour condamner ces « traîtres » à la patrie.

Dans « Contre un mur« , la narratrice s’apprête à passer le checkpoint de Jérusalem Est pour rentrer chez elle en terre israélienne. C’est le soir de Noël, elle est pressée de retrouver sa famille pour fêter ça. Mais alors qu’elle va franchir le mur, elle s’aperçoit qu’un homme étrange la suit. Les gardes-frontière deviennent subitement source de salut, à moins que les ennuis ne fassent que commencer…

« Les neuf de Little Rock » nous envoie en Arkansas, en 1957. Beth est folle de joie, elle vient d’être admise avec huit autres élèves noirs au Central High School, un prestigieux lycée qui n’accueillait jusque-là que des blancs. Mais malgré les nouvelles lois anti-ségrégationnistes les mentalités ne sont pas encore prête à évoluer.

L’avant-dernière nouvelle, « Interdit de nourrir ceux qui ont faim« , situe son histoire en Floride, à l’hiver 2014. Alors que des bénévoles distribuent de la nourriture à des sans-abris, les forces de l’ordre viennent les en empêcher…

Enfin, « Temps de guerre » raconte comment deux enfants juifs vont échapper de justesse à la rafle du Vél’ d’hiv et comment certaines situations peuvent modifier en profondeur un homme.

Encore une fois, cette collection Place du marché réussit le pari de mettre en lumière des textes qui font réfléchir. Tous les personnages de ces nouvelles luttent contre l’injustice, pour un idéal, celui d’un monde plus humain, contre les totalitaristes et moralisateurs « bien-pensants » bêtes et méchants. Très appréciables, les notes historiques à la fin des récits qui permettront aux jeunes lecteurs de bien situer le contexte des nouvelles et de se rendre compte que derrière des fictions se cache la réalité.

Si j’ai aimé tous les textes, deux m’ont particulièrement touchée. J’ai trouvé l’histoire de la jeune Véronique et de son avortement clandestin particulièrement insoutenable par son réalisme et d’autant plus pénible que certains extrémistes militent actuellement contre ce droit à l’avortement si péniblement acquis. Je pense que ce récit fera office d’une bonne piqûre de rappel aussi pour les jeunes filles qui doivent prendre conscience que des femmes ont lutté avant elles pour obtenir le droit de disposer librement de son corps, que la contraception est très importante et que l’avortement, même s’il est maintenant pratiqué plus humainement et en toute sécurité, n’en reste pas moins une décision très difficile qui marque une vie entière. L’autre texte qui m’a marquée est celui qui met en scène les deux jeunes homosexuels dont l’un est frappé à mort dans une ruelle. Se dire qu’au XXIème siècle, on peut encore être enfermé, persécuté ou mourir en raison de ses préférences sexuelles est aberrant. Et quand on voit les relents de haine qu’ont suscité les débats autour du mariage pour tous en France, il est triste de constater que même dans le pays des droits de l’homme certaines mentalités restent à ce point fermées face à la différence.

J’espère que les collégiens – à partir de la 4ème je pense – iront découvrir cet ouvrage, hymne à la tolérance, et qu’ils y apprendront à ne pas se comporter en moutons de Panurge et comment désobéir peut parfois se révéler l’acte le plus citoyen qui soit.