Hors du temps

11 Nov

Ce livre se trouvait dans ma PAL depuis un certain temps, je ne sais pas trop pourquoi je n’avais pas encore trouvé le courage de le lire.

Chaos calme, Sandro Veronesi

Pietro Paladini vient de vivre un drame. Sa femme est décédée de manière brutale alors qu’il était lui-même en train de tenter de sauver une inconnue de la noyade. Alors que la rentrée des classes arrive, il fait une promesse à sa fille : rester toute la journée à l’attendre devant son école. Et c’est ainsi que Pietro, ce quadragénaire à qui jusque-là tout réussissait, va voir défiler les jours puis les saisons, immobile ou presque dans sa voiture, garée devant une école primaire de Milan. Et alors qu’il attend de souffrir, de ressentir ce sentiment de perte et de vide qui devrait l’envahir, ce sont ses amis, ses collègues, sa famille qui lui rendent visite et apportent avec eux leurs problèmes en pensant d’abord venir le réconforter. Dans cet espace clos, hors du temps et du monde, toutes ces personnes que Pietro connaissaient plus ou moins avant le drame vont lui révéler les aspects les plus importants de leur vie.

Voilà un excellent roman. Très déroutant. J’avoue que j’en avais retardé la lecture parce qu’affronter plus de 500 pages d’une écriture miniature avec pour sujet un veuf qui ne sort pas de sa voiture, ça ne m’attirait pas spécialement. Et au final, j’ai été très agréablement surprise et je n’ai pas vu le temps passer en lisant ce livre. L’intrigue, aussi simpliste peut-elle paraître, est en réalité très travaillée. La valse des personnages qui défilent aux côtés de Pietro est menée sur un rythme savamment orchestré par l’auteur. On suit ainsi les déboires des collègues de bureau du personnage principal, en proie à une fusion de leur entreprise avec un grand groupe et donc à un drastique plan de licenciement, ceux de sa belle-soeur, une fois de plus enceinte et une fois de plus seule pour affronter sa grossesse, ceux de son frère, grand styliste opiomane ainsi que tous les petits soucis des personnes qu’il croise quotidiennement devant l’école. Pendant ce temps qu’il passe à écouter les souffrances des autres tel un curé ou un psy, Pietro ne se rend pas compte de sa propre douleur, ne s’aperçoit pas qu’il est en train de faire son deuil, à sa façon, là devant cette école, à attendre un signe de la main de sa petite fille. Et tout ce temps passé hors du monde, dans un état de calme chaos comme il le dit, ne sera pas perdu. Puisqu’au fond, il va permettre à Pietro de se trouver enfin vraiment et au lecteur de comprendre que le deuil et sa façon de le mettre en oeuvre est propre à chacun.

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