Archive | février, 2016

Vice versa

28 Fév

Un petit nouveau aux éditions Syros.

Transfert, Rémi Stefani

couv-transfertVictor Demer, jeune polytechnicien, fils d’un négociant en fruits et légumes, est sur le point de faire le grand saut. Dans quelques instants, il va se jeter pour la première fois dans le vide pour un baptême de parachute. Hélas pour lui, la toile ne s’ouvre pas…

Pendant ce temps, Valentin Descoudras se réveille à l’hôpital. Il vient de miraculeusement revenir à lui à la suite d’un terrible accident de voiture dans lequel il a laissé une jambe.Problème, il ne se souvient de rien. Ni de l’accident, ni de toute sa vie d’avant. Même pas de ceux qui affirment être ses parents. Autre chose étrange, alors qu’apparemment il était un élève médiocre, il devient subitement excellent. Quelques temps plus tard, surgissent de folles interrogations : et s’il n’était pas le véritable Valentin Descoudras ? Et si son esprit antérieur avait été remplacé par l’esprit d’un autre pendant qu’il était dans le coma ?

Dès le premier chapitre, Rémi Stefani nous plonge dans un suspens haletant qui ne nous quittera plus jusqu’à la fin du livre. Si le point de départ est quelque peu fantaisiste – le transfert d’un esprit à un autre de deux graves accidentés devenus amnésiques – le lecteur se prend très vite au jeu. A la fois traité à la manière d’un thriller avec la présence du détective Vital Mistraki et d’un roman d’aventures avec une seconde partie ancrée en Afrique, ce texte bourré d’humour se dévore à toute vitesse. On s’amuse à la fois des conséquences et problèmes inattendus provoqués par ce transfert de personnalités qui nous permettent également de remettre en question le regard que nous portons sur notre propre vie. Et si nous étions nés dans une autre famille, dans un autre milieu social, un autre pays, quelle aurait été notre vie ? Sommes-nous destinés à une vie toute tracée ou avons-nous le choix de la modifier et la modeler à volonté ? Voilà les interrogations que posent ce roman d’apprentissage également puisque les deux jeunes hommes vont devoir repartir de zéro après leur amnésie pour construire leur vie d’adulte avec les nouveaux paramètres qui seront les leurs.

 

La petite brodeuse

11 Fév

Dernière chronique avant un temps de pause. Je déménage donc je ne vais guère avoir loisir de lire et je serai privée d’internet pendant une petite quinzaine de jours. En attendant, je vous laisse avec un peu de littérature jeunesse.

L’Élue, Loïs Lowry

9782070538768La mère de Kira vient de mourir d’une maladie inconnue. La jeune fille, déjà orpheline de père, se retrouve confrontée à elle-même dans un environnement hostile. En effet, elle vit dans un village peuplé par des rustres qui ne supportent pas les personnes handicapées, inutiles à la société. Or, Kira est boiteuse et le village veut la chasser. Un procès est organisé, mais en raison de ses dons de brodeuse, le Conseil des Seigneurs décide de la prendre en charge dans son palais afin qu’elle restaure la merveilleuse robe du Chanteur, sur laquelle est inscrite toute l’histoire de son peuple. Rassurée au départ, Kira va bien vite se poser des questions quant aux véritables motivations des Seigneurs et devra aussi faire preuve de courage pour apprendre à réaliser les teintures qui lui permettront de colorer ses fils, techniques que sa mère n’a pas eu le temps de lui enseigner avant sa mort…

Uchronie dystopique, ce roman de Loïs Lowry se situe dans une époque archaïque et violente, un monde dans lequel les enfants sont traités et parqués comme du bétail, où le savoir est détenu par quelques privilégiés, où il est totalement interdit aux femmes d’apprendre à lire et où le handicap, vu comme une tare si horrible car ceux qui en souffrent ne peuvent pas travailler et deviennent un fardeau pour la société, est synonyme de mort dès la naissance. L’auteure pose ici selon moi les jalons de ce qui devrait composer une petite série car la fin de texte nous laisse réellement sur notre faim. Les personnages principaux comme secondaires sont peints avec beaucoup de précisions et plus nous avançons dans la lecture plus nous nous rendons compte que tout n’est pas aussi manichéen qu’il n’y paraît. Mais si le mystère devient de plus en plus opaque (nous obtenons quelques réponses à la fin, je vous rassure !), l’intrigue tarde à se mettre en place à mon goût et le tout manque un peu de piquant. L’univers est parfaitement décrit, la façon de parler des gens du peuple et surtout du petit Matt, le meilleur ami de Kira, vient apporter une bonne touche de réalisme à ce monde qui pourrait s’apparenter au Moyen-âge. Toutefois, je trouve qu’il manque un peu d’actions et c’est seulement lors des toutes dernières pages que la véritable aventure semble sur le point de commencer. Un peu frustrant ! J’attends donc de connaître la suite, si suite il y a ! Le tout forme néanmoins un bien joli roman d’apprentissage, à la fois sombre et féerique, qui permettra aux jeunes adolescents de réfléchir sur l’importance du savoir, de l’enseignement pour détenir un moyen de réflexion et de pouvoir alors que le manque de culture ne produit que violence et rejet de l’autre.

Deux frères

8 Fév

Un livre pris un peu au hasard dans les rayons de la bibliothèque…

L’inconscience, Thierry Hesse

cvt_linconscience_3032Après une chute de trois étages, Carl, 49 ans, se retrouve dans le coma. Jusqu’à sa rencontre avec Stern, un collègue dans sa boîte d’assurances, Carl a toujours été un cadre exemplaire, un mari fidèle et un père de famille sérieux. Pourquoi a-t-il changé du jour au lendemain ? Comment se fait-il que lui, toujours si sobre d’habitude, ait pu tomber de son balcon ? Telles sont les questions – entre autres – que se pose son frère aîné, Marcus, célibataire endurci, insouciant, prof d’ethnologie à Roubaix qui voit comme principal attrait de son métier la possibilité de cueillir régulièrement les jeunes filles en fleurs présentes à ses cours…

Voilà pour l’intrigue de fond. A celle-ci vont venir se greffer de nombreux récits enchâssés qui vont donner une évolution de la société peu reluisante (notamment celui qui relate l’histoire de la compagnie d’assurances pour laquelle travaille Carl). L’auteur mêle agréablement les souvenirs au présent, présentant ainsi d’une manière à la fois complète et parcellaire la vie sociale et intime de ces deux frères que tout semble opposer.

Si les thèmes traités et le style de l’auteur sont très intéressants, j’ai malheureusement trouvé que le roman manquait un peu de punch, notamment lors de longues périodes de remémorations qui viennent couper trop longuement à mon goût l’intrigue principale. Dommage.

La pensée en danger

7 Fév

Je voulais lire ce livre depuis avoir dévoré Et Nietzsche a pleuré, d’autant qu’une amie me l’avait fortement conseillé.

Le problème Spinoza, Irvin Yalom

51qiavl6cgl-_sx363_bo1204203200_Quel rapport existe-t-il entre le célèbre philosophe, un juif excommunié et un des plus grands idéologues nazis ? C’est ce que vous apprendrez en lisant ce roman palpitant.

L’auteur va effectivement mêler deux récits. Le premier se déroule à Amsterdam, au milieu du XVIIème siècle. Celui qui deviendra le célèbre philosophe, Bento Spinoza, n’est pour l’instant qu’un commerçant au bord de la faillite qui passe le plus clair de son temps à réfléchir quant à sa vision du monde et de la religion. Selon lui, entre autres, c’est l’homme qui a créé un Dieu à son image et non le contraire, la religion n’est donc que supercherie. Forcément, les instances religieuses juives ne partagent pas cette vision et prononcent l’excommunication de Spinoza qui va être contraint à ne plus pouvoir adresser la parole à un seul juif, même à sa soeur et son frère.

Le second récit se passe au début du XXème siècle. Le jeune Alfred Rosenberg, alors au lycée, se fait élire délégué de classe en prônant des idées antisémites et en accusant le chef d’établissement d’être un juif. Alerté par les faits, ce dernier tente de comprendre pourquoi le jeune homme déteste ainsi cette communauté. Devant le refus de Rosenberg de changer d’avis, et après avoir appris que son auteur préféré est Goethe, le chef d’établissement demande à Alfred de traduire tous les passages de l’autobiographie du célèbre écrivain dans lesquels il fait référence à Spinoza, qu’il vénère. Evidemment, Rosenberg ne comprend pas comment un représentant de la pure race allemande ait pu se prendre d’admiration pour un juif… Mais cet épisode d’adolescence va profondément marquer celui qui deviendra l’une des têtes pensantes du système nazi.

Irvin Yalom mêle avec brio romance et faits réels dans cet ouvrage passionnant. Comme dans son précédent opus, il se sert de ses capacités de psychanalyste pour tenter de pénétrer les âmes de Spinoza et Rosenberg. Les personnages secondaires mis en face de ces deux personnalités sont parfaitement fictifs mais permettent grâce à des dialogues très pertinents de sonder les pensées les plus profondes du philosophe et du nazi, notamment les conversations entre Alfred et son ami psychiatre Friedrich qui tente de débusquer ce qui a bien pu rendre cet homme aussi radical dans ses idées antisémites. Je trouve particulièrement intéressant de rassemblant au sein d’un même roman deux êtres semblant aussi antithétiques sans que cela ne paraisse le moins du monde artificiel. En outre, le travail considérable de recherches à la fois historiques et philosophiques est à saluer. Et pour ceux qui penseraient que ce genre de roman qui évoque en grande partie les concepts philosophiques de Spinoza serait ennuyeux, pas le moins du monde. Les chapitres assez courts alternent les deux récits ce qui apporte beaucoup de rythme. En outre, le lecteur est vite happé par les deux histoires et surtout s’interroge sur ce « problème Spinoza » tout au long du roman, problème qui le tiendra en haleine jusqu’au bout. Franchement, c’est aussi palpitant qu’un roman policier. Coup de cœur !

Chers chocolats

2 Fév

C’est avec plaisir que je relis ce roman policier que j’avais étudié en 4ème afin de le faire découvrir aux élèves de mon ancien collège.

Le Faucon malté, Anthony Horowitz

logo_12483Herbert et son jeune frère Nick, âgé d’à peine 13 ans, sont restés vivre à Londres tandis que leurs parents ont mis les voiles pour l’Australie. Afin de tenter de gagner sa vie, Herbert a créé une agence de détective privé sous le nom de Tim Diamant. Malheureusement, strictement personne ne fait appel à lui et les deux frères croulent sous les dettes. Jusqu’au jour où un nain, nommé Johnny Naples, fait irruption dans leurs vies. L’homme semble aux abois et demande à Tim de conserver précieusement un paquet pour lui. Pour cela, il lui offre une rondelette somme d’argent et en promet davantage à son retour. Après s’être fait cambrioler, les garçons décident d’ouvrir le paquet que le jeune Nick avait fort heureusement gardé sur lui. Il s’agit d’une vulgaire boîte de chocolats maltés ! En quoi des chocolats peuvent-ils susciter tant de convoitises ? C’est la question à laquelle nos enquêteurs devront répondre. Mais pour Tim et Nick, les ennuis ne font que commencer…

Je me rappelais avoir adoré ce livre dans ma jeunesse. Sa relecture a été un vrai plaisir d’autant que depuis j’ai étudié et lu de nombreux classiques du roman policier dont le fameux Faucon de Malte ou Faucon Maltais de Dashiell Hammett, un chef-d’oeuvre du roman noir dont s’est inspiré Horowitz pour son titre et la tonalité de son texte. Nous avons justement affaire ici à une parodie de roman policier avec le personnage du privé, une intrigue compliquée, et une série de bandits tous plus acharnés et décidés les uns que les autres à mettre la main sur le pactole. Sauf que dans notre cas, Tim est une caricature de détective : sans aucune jugeote et ayant peur de son ombre, le seul endroit où il se sentira bien sera derrière les barreaux d’une prison ! C’est donc son jeune frère Nick, qui n’a lui pas froid aux yeux, qui va se charger de l’enquête quitte à devoir y laisser sa peau.

Vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer en lisant ce policier riche en rebondissements et bourré d’humour. Je vous encourage comme Nick à tenter de percer l’énigme des chocolats et pour les adultes à découvrir toutes les petites références aux premiers romans noirs américains. Coup de coeur !

Pour info, Horowitz a reçu de nombreux prix pour ce roman. Il est également l’auteur de L‘île du Crâne et de la série Alex Rider que vous trouverez au CDI et scénariste de multiples séries tv ou films dont le prochain Tintin adapté au cinéma qui sortira en 2016.