Archive | mai, 2016

Soir d’orage

25 Mai

Je remercie à nouveau celle qui sait si bien me comprendre et m’a offert ce livre.

On regrettera plus tard, Agnès Ledig

on-regrettera-plus-tardUn soir d’orage, Valentine, une institutrice célibataire, est à la fois surprise et apeurée d’entendre frapper à sa porte. Munie d’une poêle – au cas où elle aurait affaire à un dangereux maniaque – elle se décide néanmoins à aller ouvrir. Elle se retrouve alors nez à nez avec un homme tenant une petite fille dans ses bras.

Eric et sa fille Anna Nina parcourent les routes de France depuis bientôt sept ans dans une roulotte. Il s’agit d’un choix de vie pour ce père qui a perdu sa femme lors de son accouchement. Depuis, il vit solitaire avec sa fille qu’il élève de son mieux mais en la tenant à l’écart de la société. En frappant à la porte de cette inconnue un soir d’orage, il ne sait pas encore à quel point sa vie et celle de sa petite vont s’en trouver bouleversées.

Malgré une rencontre plus qu’agréable avec l’auteure l’an dernier, je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire un roman d’Agnès Ledig. C’est désormais chose faite et je suis heureuse d’avoir retrouvé dans ces lignes toute la chaleur et la générosité de la femme avec qui j’ai partagé une soirée. Par le biais de ses personnages adultes tous écorchés par des sentiments qu’ils maîtrisent mal, envahis par un passé qui les fait agir à contre-courant de ce qu’ils sont en réalité, l’auteure nous invite à réfléchir sur les émotions qui nous gouvernent, sur la provenance parfois ancrée très profondément d’une sensibilité qui nous fait nous comporter à l’opposé de ce qui serait bon pour nous. Le personnage de la fillette plus que mature pour son âge permet un regard critique extérieur, dénué de tout jugement moral ou social. Il apporte la fraîcheur nécessaire à une remise en question d’un ordre de vie qui semble établi depuis une éternité et impossible à modifier. Alors qu’en réalité, nous avons tous le pouvoir de choisir quel sens doit prendre notre vie et d’opérer des changements dans le chemin auquel nous pensions être prédestiné. Coup de cœur !

Amour toujours

15 Mai

Je remercie une nouvelle fois très chaleureusement l’amie qui m’a offert ce livre.

Les oubliés du dimanche, Valérie Perrin

9782226317155-jJustine, 21 ans, est aide-soignante aux Hortensias, la maison de retraite de la petite ville de Bourgogne où elle a été élevée, avec son cousin Jules, par ses grands-parents. Les parents (leurs pères étaient jumeaux) de Justine et Jules sont décédés dans un accident de voiture alors que les cousins étaient en bas-âges.

Justine aime son métier et la compagnie des personnes âgées, peut-être parce qu’elle a grandi chez son pépé et sa mémé. Aux Hortensias, une patiente occupe davantage son attention que les autres. Il s’agit d’Hélène Hel, une ancienne couturière devenue patronne de bistrot, qui avait toujours rêvé d’apprendre à lire. Justine a décidé d’écrire la vie de la vieille dame dans un cahier afin que son petit fils Roman – dont la jeune femme est secrètement amoureuse – puisse mieux connaître la vie fascinante de sa grand-mère.

Dans le même temps, un étrange corbeau sévit à la maison de retraite. Des appels anonymes sont passés depuis la chambre d’un patient. L’auteur de ces coups de fil appelle les familles des personnes qui ne reçoivent jamais de visite pour leur faire part du décès de leur aïeul. Evidemment, personne n’est mort mais les familles viennent au grand complet à la maison de retraite pensant faire leurs adieux. La surprise est grande des deux côtés à l’arrivée : pour les enfants qui n’y comprennent rien et surtout pour les personnes âgées, ravies de ces visites inattendues.

Encore un roman que j’ai adoré ! Pourtant, l’idée de me retrouver plongée dans une maison de retraite pendant 400 pages n’avait pas spécialement de quoi m’enchanter. Et pourtant, j’ai véritablement été absorbée par ce roman très bien construit, qui mêle trois intrigues qui s’entrecroisent. Le récit enchâssé de la vie d’Hélène vient très opportunément s’intercaler dans l’histoire principale et conduit le lecteur avant et après guerre dans une histoire d’amour passionnante (et pourtant, je ne suis pas particulièrement fan du genre !). Quant au récit cadre, le mystère du corbeau va entraîner Justine bien au-delà de qu’elle aurait pu imaginer puisqu’elle va remonter jusqu’au décès accidentel de ses parents et lever le voile sur un secret de famille plus que glaçant. En outre, tout en se plongeant dans l’histoire de la vieille dame, la jeune aide-soignante va peu à peu se découvrir et s’interroger sur le sens qu’elle veut donner à sa vie.

Je ne me suis pas ennuyée un seul instant avec ce roman subtile, traitant d’un sujet pourtant pas très attirant de prime abord. Les personnages sont très bien dépeints et gagnent en épaisseur et en complexité à mesure que l’on avance. A aucun moment l’intrigue ne tombe dans le sentimentalisme et c’est ce qui fait la force et le charme de ce roman d’amours complexes, que ce soit au passé comme au présent. A découvrir ! Coup de cœur !

 

Amour fou

9 Mai

Je remercie infiniment mon amie Alexandra pour m’avoir prêté ce livre et fait passer un excellent moment de lecture.

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

en-attendant-bojanglesGeorges et sa femme – à laquelle il attribue un nouveau prénom chaque jour -, forment un couple heureux mais pour le moins extravagant. Leur vie n’est que fêtes, dîners entre amis et cocktails à tout va. Dès qu’ils ont un moment de libre, ils le passent à danser sur « Mr Bojangles » de Nina Simone. Leur fils participe à cette vie fantaisiste avec un regard émerveillé, chaque jour ressemblant au nouvel acte d’une pièce de théâtre hallucinée dont le metteur en scène est sa mère. Celle-ci ne peut rester en place. Hors de question que son fils moisisse sur les bancs de l’école quand il peut participer à de somptueux dîners en compagnie de l’Ordure – un ami sénateur -, de banquiers ou d’auteurs réputés. La famille compte un quatrième membre bien particulier, Melle Superfétatoire, un immense oiseau exotique qui se promène à son aise dans l’appartement. Mais cette vie tourbillonnante va bientôt prendre fin, quand notre principale actrice commet l’acte de trop. Père et fils vont alors tout mettre en oeuvre pour éviter que leur vie ne bascule du rêve au cauchemar et vont continuer ensemble d’écrire la suite de leur vie sur des airs de comédie.

Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu un livre si désespérément drôle. J’emploie cet adverbe car le désespoir est bien présent, dissimulé dans chaque recoin de ce roman fantaisiste. Et voilà justement la force de l’auteur, Olivier Bourdeaut (qui signe d’ailleurs ici son premier roman). Rédiger un drame sans en avoir l’air. Nous amuser pour faire diversion et éviter de nous faire pleurer. Et pour réussir ce pari, un seul mot d’ordre : la folie ! Ce texte très travaillé – beaucoup de jeux sur les sonorités et le rythme des phrases – propose au lecteur de partir en voyage dans l’univers complètement décalé de cette famille de menteurs et noceurs nés. L’ambiance loufoque m’a fortement fait penser aux roman de Boris Vian, aux surprises-parties déjantées que l’on peut trouver dans Vercoquin et le Plancton par exemple. Alors surtout, n’hésitez pas un instant, si vous voulez un texte bien écrit, à la fois émouvant et divertissant pour le printemps, jetez-vous sur ce roman ! Coup de cœur et je ne suis pas la seule puisque ce titre a obtenu le grand prix RTL  Lire 2016 et a été élu Roman des étudiants 2016.

Premier roman

6 Mai

Je remercie les éditions Syros qui me font une nouvelle fois découvrir un excellent roman jeunesse.

Comment j’ai écrit un roman sans m’en apercevoir, Annet Huizing

003914853La mère de Katinka est décédée brutalement alors que celle-ci n’était qu’une toute petite fille. Avec son frère Kalle, ils ont été élevés avec amour par leur père tout en devant parfois se débrouiller seuls.

Katinka a désormais 13 ans et elle est passionnée d’écriture. La jeune adolescente est impressionnée par sa voisine Lidwine, une romancière de renom qui donne des cours d’écriture. Prenant son courage à deux mains, Katinka va aller lui demander de l’aide pour écrire son propre roman. Le problème, c’est qu’elle ne sait même pas quoi raconter ni par où commencer. Au fil des textes que va écrire la jeune fille et des corrections apportées par l’écrivain, un lien profond va se tisser entre ces deux êtres dont l’un pourrait être la grand-mère de l’autre. Et au fur et à mesure de leurs conversations et des conseils prodigués par l’auteur, le roman va s’écrire sous nos yeux, comme par enchantement.

En arrivant à la fin de la lecture de ce roman, on comprend tout de suite pourquoi il et devenu en seulement un an un best-seller de la littérature jeunesse au Pays-bas. L’amitié naissante entre deux personnages si différents, l’adolescente peu épargnée par la vie qui raconte néanmoins avec humour son quotidien entourée par son frère et son père bedonnant en train de tomber amoureux, et surtout cette merveilleuse idée de composer un récit en intégrant sa critique, ses ratures et ses corrections font de ce livre une petite pépite que l’on a du mal à lâcher avant la fin. Car outre les thèmes abordés, c’est surtout le style qui est ici à saluer : au fur et à mesure de l’écriture, grâce à l’aide de la romancière qui lui apporte de nombreux conseils et grâce à son regard de plus en plus critique sur ses écrit, Annet Huizing, par le biais de sa narratrice Katinka, nous livre les secrets nécessaire à l’écriture d’un bon roman. Et le résultat est sans appel, c’est une vraie réussite ! Encore un coup de cœur !

Coup double

3 Mai

Je remercie Alexandra de France Loisirs pour sa confiance et m’avoir fait découvrir ce nouvel auteur.

Je reviendrai sur tes pas, Liam McAllister

je-reviendrai-sur-tes-pasA Londres, une série de meurtres sans lien apparent les uns avec les autres, si ce n’est le mode opératoire, laisse à penser qu’un dangereux tueur en série rôde dans les parages. Comment l’auteur de ces horreurs choisit-il ses victimes et pourquoi réalise-t-il de telles mises en scène ? Voilà les questions auxquelles devront répondre l’inspecteur Martin Peterson et sa jeune collaboratrice Kate Mulligan s’ils veulent mettre un terme à cette suite macabre. Mais entre le flic expérimenté et fort en gueule et sa mystérieuse collègue, les débuts sont un peu compliqués, ce qui ne va pas aider l’enquête.

Difficile d’évoquer l’intrigue d’un thriller sans en révéler plus qu’il n’en faut et vendre la mèche, voilà pourquoi j’arrête ici mon résumé. Très bonne surprise que ce roman pour l’amatrice du genre que je suis. Je l’ai littéralement dévoré ! Il faut dire que dès la première page, Liam McAllister nous plonge au cœur du suspens en mettant en scène un premier meurtre en direct (qui se révélera être le troisième en fait). Dès lors, nous connaissons le criminel et son mode opératoire et sommes en cela en avance sur les enquêteurs. Mais bientôt, les pistes vont s’emmêler et le véritable psychopathe n’est peut-être pas celui que l’on pense (ça aussi, le lecteur le découvrira bien avant Martin et Kate). Toutefois, ce n’est pas pour autant que nous sommes au courant de tous les tenants et aboutissants de l’enquête. Loin de là. Et c’est ici que l’auteur possède un réel art de la narration. Cette narration interne qui alterne entre tous les protagonistes et qui finit par réaliser un kaléidoscope narratif qui ne nous laisse apparaître que quelques parcelles de la solution sans nous la révéler dans son ensemble. A nous comme aux enquêteurs de tenter de reformer le puzzle afin de comprendre les vraies motivations du coupable. Et plus l’intrigue progressent, plus les fils s’emmêlent, formant un tissu complexe qui va toucher de près, voire de très près un personnage auquel nous nous sommes attachés. Vous l’aurez compris, je ne me suis pas ennuyée une seconde en lisant ce polar psychologique et tout laisse à croire que nous pourrions retrouver notre couple d’enquêteurs dans d’autres livres car leur relation demanderait à être développée. Auteur à suivre donc… Coup de cœur !

Au-delà des murs

2 Mai

Je remercie plus que chaleureusement l’amie qui m’a prêté ce livre et ai une pensée toute particulière pour elle

Bianca, Loulou Robert

9782260029410Bianca a 16 ans. Elle vient de faire une tentative de suicide après plusieurs mois d’anorexie. Suite à son acte, elle se retrouve à l’unité psychiatrique pour adolescents dans l’hôpital de sa ville, Les Primevères. Dans cet univers en dehors du monde, l’adolescente va devoir se reconstruire et trouver ses repères aux côtés d’autres jeunes complètement perdus. Trouver un semblant d’équilibre lors de journées se ressemblant toutes, rythmées par les pesées, les prises de sang, les repas insipides, quelques cours, quelques sorties à la piscine ou au club d’équitation. Un monde cloisonné duquel elle ne pourra sortir durant des mois. Un monde où l’on côtoie une violence quotidienne qu’on ne devrait pas côtoyer à 16 ans : histoires d’inceste, de violences parentales, de suicide, de drogues, de mort.

Bianca a 16 ans et a la vie devant elle. Pourtant, elle s’est laissée mourir à petit feu avant de vouloir un jour s’ouvrir les veines. Bianca a été envoyée chez les « fous » mais elle est persuadée que ce sont les gens qui sont à l’extérieur avec leur petite vie parfaitement huilée en apparence qui sont les véritables fous. Bianca a 16 ans et refuse cette vie étriquée. Elle a 16 ans, et dans cet environnement si particulier qu’est l’hôpital psychiatrique, elle va enfin naître et découvrir l’amour. Pour la première fois de sa vie, après des mois d’enfermement, Bianca va ressentir les choses et vivre.

Livre coup de poing et très poignant que ce roman de Loulou Robert, mannequin de 22 ans, qui nous offre une plongée plus que réaliste dans les affres de l’adolescence et le monde de l’hôpital psychiatrique. Jamais larmoyant, dans un style sans fioriture mais d’une fulgurance incroyable, l’auteure, par le biais de sa narratrice, emporte le lecteur au cœur des couloirs sombres de cette unité pour adolescents, dans ce monde quasi carcéral recelant un nombre de si jeunes vies détruites qu’il faut reconstruire. On pourrait croire à un livre sombre. Il n’en est rien. Derrière l’horreur des situations se dissimule un combat acharné pour la vie. Tout le monde, hélas, n’en réchappera pas. Les violences subies et le mal être qui en résulte auront parfois raison de ceux qui se cachent derrière ces murs et ces barreaux. Et pour l’avoir vécu, je peux vous assurer que tout ce qui est raconté ici relate parfaitement la réalité. Mais si certains n’en réchappent pas, d’autres réussissent à franchir le cap. Et c’est avant tout le message porté par cette œuvre et qu’il faut retenir. Gros coup de cœur !