Archive | juin, 2016

Étrange bibliothèque

30 Juin

Je remercie encore Alexandra qui me connait si bien et m’a encore fait découvrir une magnifique pépite !

Au paradis des manuscrits refusés, Irving Finkel

9782709656221-001-xAu fin fond de la campagne anglaise se cache une bibliothèque pour le moins étrange. Ici, en effet, ne sont répertoriés et mis en rayons que les manuscrits ayant fait l’objet de refus de la part d’éditeurs, accompagnés de leurs missives – parfois violentes – de rejet. Sous l’égide du conservateur en chef, le Dr Montague Patience, une incroyable équipe de bibliothécaires est chargée de veiller à la bonne classification et conservation des différents ouvrages qui parviennent nombreux à la bibliothèque. Et alors que l’on s’attendrait à ce que personne ne soit attiré par ces manuscrits inédits – bien souvent mal écrits – d’auteurs totalement inconnus, il n’en est rien. Notre bande de bibliothécaires va devoir surmonter toute une série de perturbations : consœur américaine plus que pénible, troublante étudiante cachant une actrice aux intentions plus que douteuses, cambrioleurs et j’en passe ! Mais qu’on se le tienne pour dit, Montague et son équipe sont prêts à tout pour défendre les biens qui leur ont été confiés.

Ce roman est tout bonnement un chef-d’oeuvre d’humour anglais ! Chaque page vient révéler des situations plus cocasses les unes que les autres et des personnages hilarants par le sérieux avec lequel ils y font face. On retrouve ici le fameux nonsense carrollien, les bibliothécaires et surtout le conservateur en chef se posant des questions plus qu’absurdes mais hautement existentielles dont les principales sont : « quel était l’intérêt de la Bibliothèque ? A quoi servaient-ils tous ? […] la littérature publiée avait-elle plus de valeur que la littérature impubliée ? ». Evidemment, ce genre de questionnement ne remet absolument pas en cause le travail du Dr Patience ni celui de la trentaine de personnes œuvrant dans cette bibliothèque si singulière. Bien difficile de décrire davantage cet ouvrage tant il réserve de surprises. Je l’ai lu très doucement pour profiter le plus longtemps possible des pépites qu’il réserve, c’est dire ! Il m’a un peu fait penser à La conjuration des imbéciles de Toole que j’avais lu et chroniqué il y a quelques années.On notera un joli pamphlet contre la cruauté du monde éditorial qui viendra réjouir tous les écrivains qui se sont vus refuser un jour ou l’autre leur manuscrit. Gros coup de cœur ! Juste pour le plaisir de vous donner un exemple de l’humour et de l’écriture parfaitement maîtrisée de l’auteur, je cite ici l’une des fameuses lettres de refus adressées par un éditeur à un auteur de manuscrit refusé en devenir :

« Cher monsieur,

En dépit des quarante-sept rudes années que je vient de passer dans l’édition, je ne parviens pas à comprendre comment quelqu’un peut oser écrire un manuscrit tel que celui que vous nous avez envoyé. C’est peu dire que cela relève d’un scandaleux gâchis de papier dactylographié.

Vous êtes, monsieur, un affront vivant à tous les arbres qui poussent sur cette planète ».

Tout le livre est sur ce ton délectable. Si vous avez un livre à lire cette année, ne cherchez plus, c’est celui-ci qu’il vous faut !

Enquête bretonne

21 Juin

Je remercie vivement Alexandra de France Loisirs pour sa confiance renouvelée qui me permet de passer d’agréables moments de lecture.

Les bruines de Lanester, Jean Failler

les-bruines-de-lanesterLa jeune inspecteur stagiaire Mary Lester est nommée au commissariat de Lorient sous les ordres du misogyne Amédéo qui fait tout pour la rabaisser et lui rendre la vie impossible. Alors que la vie s’écoule plutôt paisiblement dans ce coin de Bretagne, le calme quotidien est bousculé par la découverte du cadavre d’un sans-abri, la disparition d’un directeur de supermarché et d’une voiture volée. Alors que pour Amédéo tous ces incidents ne sont que pure routine et affaires de plus à classer, la jeune Mary est au contraire persuadée que tous les événements sont liés et qu’un criminel opère dans la région. Mais la jeune femme devra faire preuve d’un très grand savoir-faire et surtout se montrer plus que persuasive pour faire entendre son point de vue et mener l’enquête dans ce milieu masculin qui voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une femme au sein de leur service…

Voilà un récit policier qui ne manque pas de piquant. Placé sous le signe de l’humour, le roman se lit presque d’une traite. L’auteur ne lésine pas sur la caricature du vieux flic macho pour caractériser le personnage d’Amédéo que le lecteur prend plaisir à détester. Si le ton est enlevé et enjoué, l’intrigue n’en est pour autant pas délaissée même si les motivations des crimes ne sont guère originales. Mais j’ai envie de dire que ce n’est pas tellement cela que l’on recherche en lisant ce sympathique polar qui fourmille de rebondissements et de dialogues cinglants. L’important étant plutôt de savoir comment la jeune Lester parviendra à s’imposer devant un chef si imbuvable. J’ai également apprécié le côté rétro qui nous replonge à une époque où le téléphone portable et les cartes téléphoniques pour les cabines n’existaient pas encore. Nous sommes bien loin ici des Experts Miami et je dois avouer que l’enquête à l’ancienne a son charme. Alors si vous cherchez un roman policier qui vous fasse sourire pour l’été les livres de la collection Piment Noir sont pour vous ! (n’hésitez pas à cliquez sur le lien pour les découvrir en vidéo) Et pour l’été, France Loisirs vous fait profiter d’une offre à tout petit prix, profitez-en !

 

Amants maudits

17 Juin

Je remercie vivement les éditions Syros pour l’envoi de ce roman.

Les amants du génome, Johan Heliot

004014388Dans un futur proche, Irdiss et son petit ami Orphée sont à la fois nerveux et surexcités. Ils doivent bientôt se présenter à la sélection qui sanctionne la fin de leurs études au lycée et qui permettra aux deux meilleurs élèves de la promotion d’intégrer l’Enclave, un petit paradis qui recrute les élèves les plus doués afin de chercher des solutions pour sauver la planète qui se dégrade de plus en plus vite : surpollution, détresse sociale…

A la fin des épreuves, les amoureux sont persuadés d’avoir très bien réussi. Mais qu’elle n’est pas la déception d’Irdiss lorsqu’elle apprend qu’elle n’est pas sélectionnée mais que c’est Yaelle, la meilleure amie d’Orphée, qui ira avec lui à sa place dans l’Enclave. Irdiss, elle, sera dégradée au plus bas de l’échelon social après que son père a tenté de soudoyer des membres de l’Enclave pour y faire entrer sa fille.

Alors que les amants souffrent de leur séparation de part et d’autre de la bulle protectrice de l’Enclave, qui préserve un air sain pour ses habitants, Orphée se porte volontaire pour tester le traitement de Vie Augmentée qui permettra de retarder le vieillissement et améliorera les capacités physiques et intellectuelles de ceux qui l’auront reçu. Mais dans le reste du monde, la colère grimpe chez les ouvriers qui voient leurs conditions de vie se dégrader de jour en jour tandis que les rares élus de l’Enclave savourent pleinement leur réussite…

Ce récit futuriste qui commence presque comme une utopie avec une ville idéale peuplée des plus grands esprits de l’époque sensés aider le reste de la planète tourne vite à la dystopie. En effet, l’auteur décrit un monde clivé entre quelques rares élus vivant au sein de l’Enclave, un havre paradisiaque, qui peuvent profiter de toutes les richesses et de la santé alors que le reste de l’humanité est voué à travailler dans des conditions horribles en suffoquant sous le permasmog, un épais brouillard de pollution qui recouvre les villes d’Europolis devenues l’enfer sur terre. A la critique de cette société à deux vitesses qui n’est qu’une représentation de notre monde actuel, s’ajoute celle de problèmes éthiques tels que le transhumanisme et l’eugénisme intellectuel (on pensera au film Bienvenue à Gattaca). Les questions de la vie augmentée ne tarderont pas à se poser à nous et malheureusement, comme beaucoup de nouvelles découvertes, seuls les plus fortunés pourront y avoir accès. Le roman pose aussi la question des risques associés à ces découvertes. Sont-elles réellement des avancées pour l’homme ?

Enfin, si c’est bien évidemment le côté science-fiction qui a surtout retenu mon attention, cette histoire d’amour impossible (on reconnaîtra l’allusion à peine déguisée au mythe d’Orphée et d’Eurydice) est parfaitement menée en alternant le récit de chacun des amants pour lesquels le temps s’écoule d’une manière bien différente. On retrouve tous les éléments de la tragédie avec des personnages contraints à la séparation et à des choix cornéliens, sans toutefois verser dans le larmoyant.

Pour conclure, Les amants du génome est un passionnant récit de science-fiction qui ravira les adolescents comme leur parents. Je le conseille !

La femme à la moto

10 Juin

Je ne sais plus quels mots employer pour remercier la charmante petite fée qui me couvre de livres…

Le jour où Anita envoya tout balader, Katarina Bivald

product_9782207130476_195x320Anita, 38 ans, mère célibataire, employée dans le supermarché local, voit sa vie s’effondrer le jour où sa fille Emma quitte le foyer pour partir faire ses études à l’université. Effectivement, elle vient de passer les 19 dernières années de sa vie à tout mettre en oeuvre pour l’élever au mieux et là, elle se rend compte du jour au lendemain que sans sa fille, il ne lui reste rien. Dans un premier temps, après avoir compté les jours jusqu’au retour d’Emma et nettoyé de fond en comble son appartement, elle ne sait vraiment pas comment occuper son temps libre. Heureusement, sa meilleure amie Pia et Nesrin, une collègue de l’âge de sa fille, vont l’aider à trouver des idées pour ne plus s’ennuyer. Forcément, elles ne sont pas vraiment au goût d’Anita mais elles ont au moins le mérite de réveiller un vieux rêve d’adolescence : apprendre à faire de la moto. Le jour où Anita se décide à pousser la porte de la moto-école, sa vie va radicalement changer. Encore plus quand elle va rencontrer son moniteur, Lukas aussi séduisant que mystérieux. A côté de ses cours de moto, Anita va se voir confier bien malgré elle l’organisation de la Journée de la Ville, une fête désuète qui n’intéresse personne. Bref, à l’approche de la quarantaine, la célibataire ne va bientôt plus disposer d’un moment à elle. Mais est-elle bien prête à tous ces bouleversements ?

J’ai littéralement dévoré ce roman enjoué qui m’a donné le sourire d’un bout à l’autre. Je n’avais entendu que du bien à propos du premier roman de Bivald La bibliothèque des cœurs cabossés (présent dans ma PAL grâce à ma petite fée, qui fera donc partie de mes lectures estivales), je ne suis absolument pas déçue par celui-ci qui m’a fait passer un doux moment de bonheur littéraire. Si l’ensemble se veut plutôt léger et badin, des questions profondes sont abordées : est-il possible de changer de vie du jour au lendemain ? notre chemin est-il tout tracé ? avons-nous le droit de mettre de la folie dans notre vie quitte à y laisser quelques plumes ? n’est-il pas préférable de rester dans son train-train quotidien par facilité au risque de ne jamais connaître véritablement le bonheur ? Au trois premières questions, ce roman répond par un grand oui contre un énorme non à la dernière. Cette jeune mère saura vous prouver qu’on peut toujours choisir de changer notre vie, à n’importe quel âge, quelque soit les risques à prendre. Parce que le plus gros des riques n’est-il pas de passer le restant de ses jours à s’ennuyer par confort ? Un livre qui me parle forcément particulièrement en ce moment pour ceux qui me connaissent. Je vous conseille donc fortement ce livre qui éclaircira votre été. Tous les personnages principaux comme secondaires sont parfaitement dépeints, les dialogues s’enchaînent avec justesse et humour de sorte qu’on ne voit absolument pas le temps passé. Coup de cœur !