Archive | septembre, 2016

Instants de bonheur

28 Sep

Pour changer, un genre littéraire que j’ai peu l’habitude de présenter ici mais dont je me délecte à chaque fois que l’occasion m’est donnée de lire ce type d’ouvrage.

Journal d’un homme heureux, Philippe Delerm

1507-1Du 6 septembre 1988 au 31 décembre 1989, Philippe Delerm – qui a déjà publié quelques ouvrages mais qui n’a pas encore connu le succès de La Première Gorgée de bière qui viendra en 1997 – décide de tenir un journal. Lui et sa femme, tous deux professeurs, ont décidé d’enseigner à temps partiel, pour profiter de l’existence, de leur vie avec leur fils Vincent et pour se consacrer davantage à la création artistique. Et c’est ce temps libre qu’il a choisi de s’offrir qui va procurer à Philippe cet immense sentiment de bonheur : « Je crois que je me coucherai ce soir en me disant que je suis le plus heureux des hommes. […] Je suis riche, incommensurablement riche de ce qui manque à presque tout le monde : le temps ».

Et c’est le temps, justement, le personnage principal de ce journal dans lequel l’écrivain peint des instants de vie, de petites touches de moments heureux, en famille, entre amis ou solitaire. A la manière d’un impressionniste, Delerm nous invite à nous attacher à tous ces détails du quotidien que nous ne savons plus apprécier, happés que nous sommes par une société sans cesse en mouvement. L’auteur prend le temps de s’arrêter, d’observer, de ressentir le présent et d’en apprécier la saveur. A coup sûr, le meilleur remède au stress généré par l’activité permanente.

Moi qui ne suis pourtant guère amatrice de descriptions, j’ai été totalement séduite par ce journal que j’ai pris le temps de savourer et qui vient me confirmer que je fais le bon choix en mettant ma carrière de professeur de Lettres de côté cette année (hé oui, un joli point commun avec Delerm !), de m’accorder cette pause qui me permet de retrouver du plaisir à admirer ces petits rien de la vie qui sont en réalité de grands tout. Delerm a totalement raison. Le temps est un luxe. Le seul véritable. Celui qui permet d’être heureux. Coup de cœur pour ce texte magnifiquement écrit, d’une subtilité et d’une poésie remarquables. A paraître le 3 octobre aux éditions Seuil. Une très jolie façon de démarrer la saison automnale.

« Mardi 13 juin 1989

C’est en ce moment. Aujourd’hui, à peine. Demain, sans doute davantage, et cependant, le moindre vent peut balayer cette présence diaphane : les champs de lin sont en fleur. Sur l’océan vert pâle, ployant, ondoyant, une infime touche de bleu vient jouer dans la lumière, se répand, puis s’efface. On ne possède pas ce bleu comme un blanc sûr de marguerite, un rouge de coquelicot flamboyant sur un blond mat. Le bleu du lin n’est qu’une vague d’impalpable flottant sur un étrange vert aux courbes douces comme l’eau. Une eau pour le regard étendu sur la plaine, une brasse coulée dans le vert pâle et bleu – le premier signe de l’été. »

Publicités

Le terrible pouvoir des jeux vidéo

14 Sep

Une grande première sur ce blog : un album pour enfants !

la_sorci_re_des_ecrans_330La sorcière des écrans, écrit et conté par Pauline Pucciano, illustré par Laura Giraud et mis en musique par Philippe Guerrieri

Un jour, la maman de Théo, un jeune garçon qui passe tant de temps devant les jeux vidéo qu’il en oublie le monde qui l’entoure, décide de lui raconter une histoire pour le mettre en garde contre les méfaits des écrans.

Toutes les fées se sont penchées sur le berceau du prince Léo afin qu’il possède tous les talents physiques, intellectuels et moraux dont un enfant puisse rêver. Mais après leur passage, la sorcière des écrans – folle de rage de ne pas avoir été conviée aux festivités organisées en l’honneur de sa naissance – jette une malédiction sur le garçon : lorsque Léo aura atteint ses 6 ans, Léo se laissera envoûter par les écrans, ne fera rien de ses talents et ne verra plus le temps passer…

Je remercie d’abord chaleureusement les Editions VOolume pour l’envoi de ce conte moderne qui m’a permis d’occuper un moment de détente et d’apprentissage avec les deux petits monstres que je gardais cet après-midi. J’ai donc pu tester ce livre avec deux garçons de 5 et 7 ans, l’histoire étant destinée à des enfants à partir de 7 ans.

En recevant l’album, j’ai été d’emblée conquise par les illustrations. Douces et oniriques, les couleurs bleutés nous convient à pénétrer dans un univers féerique. Mais sous la douceur de ce bleu se cache également la froideur des écrans et la terrible Mort qui guette sans que l’on y prête attention, absorbés que nous sommes par l’univers numérique dans lequel nous baignons et qui finit par tout absorber sur son passage.

Le texte, lui, est très bien rédigé, modernisant l’histoire de la Belle au bois dormant. Ce conte amène les enfants – et les adultes – à réfléchir sur la nocivité de l’omniprésence des écrans qui empêche de vivre pleinement, de prendre conscience de tout ce qui fait la richesse d’une vie. La richesse du vocabulaire employé permet aux enfants de découvrir des mots qu’ils n’ont pas l’habitude ni d’entendre, ni d’employer.

Je n’ai malheureusement pas eu le temps d’utiliser le CD avec les enfants mais l’ai écouté avec attention. La musique accompagne parfaitement le texte et les images, des sonorités à la fois douces et inquiétantes au fur et à mesure de l’avancée du conte.

Pour conclure, cet album est parfaitement adapté aux enfants dès 7 ans (avant, c’est trop tôt, le plus jeune a décroché). On peut à la suite de la lecture aborder le sujet des jeux vidéo et surtout des autres loisirs et activités à pratiquer. Mon jeune lecteur a globalement apprécié le livre. Son seul défaut selon lui : la mort. Pour ma part, j’ai adoré ! Coup de cœur !

Champagne !

13 Sep

Qui dit rentrée dit Nothomb. En attendant de pouvoir déguster le millésime 2016, Riquet à la houppe, j’ai goûté à la cuvée 2014.

Pétronille, Amélie Nothomb

telechargement-1Amélie adore le champagne. Elle se plaît à savourer la finesse pétillante de sa boisson préférée à toute occasion, recherchant son ivresse bienfaisante. Après avoir rompu un jeûne de 36 heures avec un veuve-cliquot et avoir ainsi pu profiter d’une expérience sensorielle extatique, l’auteur belge décide de se mettre en quête d’une personne avec qui elle pourrait partager de tels états de transe. Après des recherches infructueuses, elle va jeter son dévolu sur Pétronille Fanto, jeune androgyne prolétaire amatrice de grands crus.

S’il était déjà de notoriété publique avant la parution de ce roman qu’Amélie Nothomb consommait énormément de champagne, l’auteur confirme ici ses goûts en matière d’alcool. Toutefois, le roman ne se résume pas à évoquer la divine boisson. Hautement autobiographique, Amélie dévoile ici quelques parcelles de son quotidien voire de son intimité. Elle en profite surtout pour pratiquer l’autodérision en se moquant de ses extravagantes tenues par exemple et évoquer en filigrane une quête permanente de la sensation d’exister, recherche qui l’a poussée maintes fois à se mettre en danger.

Si ce roman autobiographique est agréable à lire et divertissant, il est loin, bien loin d’atteindre le niveau des brillants Catilinaires ou Hygiène de l’assassin. J’attendais bien mieux de cet opus. Amélie joue la facilité et c’est bien dommage. Distrayant mais à consommer avec modération.

 

Drôlerie funeste

10 Sep

Et dire que j’ai acheté ce livre dans une église…

Petits suicides entre amis, Arto Paasilinna

1540-1Le président d’une société en faillite a décidé de se donner la mort. Pour cela, il décide de se rendre dans une grange à l’abri des regards. Malheureusement pour lui, un colonel a eu le même projet. Le président sauve le pauvre homme de la pendaison. Devant remettre leurs funestes projets à plus tard, les deux suicidaires sympathisent et décident de rassembler d’autres désespérés. Pour ce faire, ils postent une petite annonce dans un journal. Qu’elle n’est pas leur surprise en recevant quelques jours plus tard des centaines de lettres de personnes n’ayant plus goût à la vie ! Les deux compères invitent alors leurs correspondants à se réunir afin de mettre au point un suicide collectif. Débute alors à bord d’un car de tourisme grand luxe un voyage totalement loufoque de la Finlande à la Norvège en passant par l’Allemagne, la France, la Suisse et le Portugal.

Sans mauvais jeu de mots, ce livre est tout simplement à mourir de rire ! Les aventures rocambolesques de ce groupe de suicidaires pas anonymes à travers l’Europe est tout bonnement désopilant. L’humour présent à chaque page fait de ce road-trip hors du commun un véritable moment de plaisir livresque. Le tout est vraiment très bien rédigé et offre une réflexion non seulement sur la société finlandaise et sur le suicide mais sur la vie en général. Inutile d’en dire plus. Véritable coup de cœur ! Hâte de découvrir d’autres romans de cet auteur ! Je vous laisse avec un extrait :

« Une fois le commissaire et le liquidateur de faillite partis, le président Rellonen monta sur la table de la terrasse afin de mieux se faire entendre. Il prononça une violente diatribe, s’en prenant aux représentant de la loi qui venaient de leur rendre visite, et se plaignit d’avoir justement dû se battre, tout au long de sa carrière, contre de tels pillards bureaucratiques. Rien d’étonnant à ce qu’il ait été poussé plusieurs fois au suicide. L’auditoire opina du bonnet. « Mais ne laissons pas ce déplorable incident gâcher une journée si bien commencée », conclut l’homme d’affaires en levant son gobelet en carton où pétillait du champagne frais. « Buvons à la santé des plus exquis suicides ! » Les désespérés sablèrent le champagne toute la journée. Quand les premières réserves furent épuisées, Korpela et Lismanki prirent l’autocar pour aller se réapprovisionner à Lammi. « On a bien failli finir dans l’fossé », se vanta Uula au retour. le colonel Kemppainen mit ses troupes en garde contre l’abus d’alcool. On y risquait sa santé, les reins et le foie ne supportaient pas l’excès de boisson. Les suicidaires firent remarquer aux prêcheurs qu’une éventuelle cirrhose était le cadet de leur souci, vu qu’ils avaient de toute façon un pied dans la tombe. Kemppainen ne trouva rien à répliquer ».