Archive | octobre, 2016

Coup double

23 Oct

Vous l’aurez sans doute remarqué, je suis dans une période thriller en ce moment.

Am Stram Gram, M.J. Arlidge

51xfkee8kgl-_sx195_L’inspecteur Helen Grace se voit confier une affaire peu banale. Une toute jeune femme vient d’être retrouvée quasiment morte de faim, les vêtements en lambeaux, puant les excréments et affirmant avoir tué son petit ami d’un coup de revolver. Elle dit y avoir été contrainte après qu’une femme les a laissés sans nourriture dans un endroit clos et totalement isolé plusieurs jours. Avec pour seule compagnie une arme à feu et une terrible règle du jeu : le détenu qui tuera le premier ressortira libre.

Quelques jours plus tard, un autre survivant est retrouvé. Il vient de passer les pires jours de sa vie et ceux qui s’apprêtent à suivre ne seront pas meilleurs, hanté qu’il est par le meurtre de son collègue. Une série semble donc se former et Helen va devoir sérieusement se creuser les méninges pour comprendre à quel jeu joue la meurtrière. Aucun lien apparent entre les victimes. Aucun mobile. Rien à se mettre sous la dent si ce n’est un nouveau meurtre. Mais bientôt, l’inspecteur va comprendre que les survivants détiennent sans doute la solution à ce mystère. La traque va alors pouvoir commencer. Une chasse à la meurtrière qui pourrait bien réveiller de terribles souvenirs…

Pour tout vous dire, j’ai littéralement été bluffée par ce polar qui met en scène une machine terriblement bien huilée. Déjà, chose extrêmement rare, le tueur en série est ici une femme. Ensuite, elle ne tue pas directement ses victimes mais les laisse s’entre-tuer et « décider » ainsi de qui doit rester en vie. Honnêtement, en matière de perversité, Arlidge assure. Et on confiant l’enquête à une femme qui emploie un homme pour entretenir des relations masochistes (elle qui passe son temps à régenter d’une main de fer son service aime étrangement qu’on lui fasse très mal dans l’intimité), l’auteur place la barre du vice assez haut ! Et encore, je ne peux décemment pas vous révéler le pire de l’affaire ! Il vous faudra vous laisser prendre au piège de ce polar infernal pour découvrir tout ce que l’humain peut receler de plus sombre en lui. Et croyez-moi, ce n’est pas joli joli ! Je vous laisse donc plonger dans les entrailles du mal en lisant ce roman diaboliquement haletant (le style est vraiment soigné, et moi qui apprécie les chapitres courts, j’ai été ravie : 5 pages pour les plus longs). Un vrai coup de cœur !

De l’autre côté

17 Oct

Je remercie Nicolas Le Bault pour m’avoir fait parvenir et dédicacé son ouvrage.

La Fille Miroir, Nicolas Le Bault

la-fille-miroir-16-reseau-tu-dois-01b-768x970Hygiène est un garçon amoureux de son cousin Pierre qui le persécute. Hygiène est également une fille, souffre-douleur de sa cousine Léna qui refuse de la voir approcher trop près de Pierre. Hygiène, tantôt garçon tantôt fille est un être hybride, androgyne, en quête identitaire, qui va quitter un univers quasi paradisiaque pour se retrouver projeté(e) dans un monde sordide et cruel. En quête aussi d’un amour qui risque de se révéler fatal…

Je vais être honnête. Pas simple de rédiger une chronique à propos de ce que j’appellerais un livre-concept, de ce conte cruel graphique, de cette oeuvre plastique littéraire faite de collages de photos, d’aquarelles et de textes manuscrits. 03Une oeuvre placée sous le signe du morcellement, non seulement celui de la petite fille coupée en morceaux dont on ne sait si les membres retrouvés à ses côtés sont bien les siens, non seulement de celui du personnage principal, Hygiène Rose, écartelé(e) entre son statut de garçon et son statut de fille mais également dans sa forme mêlant texte écrit de différentes couleurs et images à la fois dessinées et photographiées. Un objet totalement hybride en corrélation parfaite avec le sujet traité qui entraîne le lecteur dans un monde cauchemardesque et pervers. Un univers dans lequel Hygiène, telle l’Alice de Carroll courant derrière le lapin blanc et tombant dans le terrier, poursuit un cerf dont la tête sera bientôt coupée référence (?) à la manie de la dame de cœur pour les décapitations.d7409a3012801d6f4694798de013a1f1 Un ouvrage hors du commun donc, une véritable expérience artistique.

Apparences

15 Oct

Désolée de vous avoir laissés plusieurs jours sans nouvelle, mais je viens encore de m’atteler à un pavé. 600 pages de plus au compteur ! Mais quand on aime, on ne compte pas !

Tout pour plaire, Ingrid Desjours

9782266262125Déborah, une magnifique et brillante jeune femme qui ne laisse insensible aucun regard masculin et féminin, est mariée à David, un séducteur hors-pair, macho prétentieux et colérique, qui fait fortune en prodiguant ses conseils pour « serrer » les femmes à coup sûr. Alors qu’ils semblent tous deux former le couple parfait, leur voisine s’inquiète pour Déborah. En effet, outre les cris issus de nombreuses disputes qui se font entendre de plus en plus fréquemment la jeune femme présente de nombreuses marques sur les bras, laissant songer qu’elle est battue et sous l’influence d’un pervers narcissique bien qu’elle nie en bloc les soupçons de violences et affirme aimer son mari plus que tout.

Dans ce contexte de vie de couple tendu, le petit frère de David, Nicolas fait irruption dans leur foyer accompagné de sa fillette de 4 ans, Emma. Nicolas est paniqué. Voilà plusieurs jours que Laura, sa femme, a disparu sans laisser de traces. Pire, il est soupçonné de l’avoir fait disparaître. Il faut dire que son passif de junkie ne plaide pas en sa faveur… Alors que David ne veut absolument pas de son frère chez lui – il lui voue une haine intense et ne l’a pas vu depuis 5 ans -, Déborah insiste pour qu’il reste afin de prendre soin d’Emma qui se retrouve sans maman et avec un père soupçonné de meurtre. Mais la fillette ne semble ne pas être la seule motivation de la jeune femme. Nicolas se révèle en effet encore plus séduisant que son frère… Une cohabitation dangereuse va alors commencer…

Je ne connaissais pas du tout l’auteure, psychologue spécialisée en sexo-criminalité, consultante et scénariste de plusieurs séries pour la télévision française et qui n’en est manifestement pas à son coup d’essai en matière de roman. J’ai donc entamé ma lecture sans a priori, curieuse de découvrir l’univers de cette romancière. Je n’ai pas été déçue et c’est le moins que je puisse dire. Ce thriller psychologique m’a tenue en haleine du début à la fin. Tous les fils sont inextricablement mêlés, aucun détail n’est laissé au hasard. Sans rien dévoiler de l’intrigue, aucun des personnages n’est vraiment ce qu’il fait voir de lui. Dans ce roman, tout n’est qu’apparences et manipulation. L’auteure parvient à savamment suggérer les choses de manière à entraîner le lecteur dans son jeu. Et si j’avoue avoir eu des doutes quant à l’identité du coupable assez rapidement – sans pourtant détenir le mobile -, cela n’a en rien gâché mon plaisir d’observer le tissage complexe de cette toile d’araignée. Un vrai travail d’orfèvre auquel s’ajoute une plume fluide. Les personnages sont tous très travaillés, notamment celui du commandant Sacha Mendel, chargé de l’enquête concernant la disparition de Laura. Une enquête qui va lui demander un bien plus grand investissement qu’il ne l’aurait pensé. Coup de cœur ! A savoir, ce roman est en cours d’adaptation par Arte pour devenir une série TV. J’ai hâte de voir ça !

 

Théorie du complot

3 Oct

Retour au thriller avec un vieux Chattam qui traînait dans ma bibliothèque depuis un moment.

Les arcanes du chaos, Maxime Chattam

1507-1Yael est une jeune femme de 27 ans sans histoire qui travaille chez un taxidermiste. Bien que son métier ne la passionne pas réellement, il lui permet de gagner sa vie sans trop se poser de questions. Toutefois, depuis quelques temps, des phénomènes étranges se produisent dans l’appartement de la jeune célibataire. Les miroirs renvoient des ombres étranges. Pire, l’ordinateur se met en route tout seul et envoie des messages codés à Yael. Affolée, cette dernière va tenter de percer le mystère et de trouver une explication rationnelle à ces apparitions paranormales, entraînant avec elle un jeune journaliste indépendant qu’elle vient de rencontrer. Bientôt, elle va s’apercevoir que tous ses faits et gestes sont observés et que de dangereux tueurs sont à sa poursuite…

Pour ce qui est du fond, rien à dire. On se laisse embarquer avec plaisir avec Yael dans un monde où l’intimité a perdu tout son sens, où tout et tout le monde est placé sous contrôle informatique, un univers quadrillé par l’électronique que les magnats de la finance manipulent à leur guise pour satisfaire leurs intérêts. On plonge même avec délices au cœur de la théorie du complot international et nous nous laissons gagner par une douce paranoïa au fur et à mesure que l’intrigue progresse, nous entraînant sur la piste du véritable assassin de JFK et sur une toute autre vision des attentats du 11 septembre que celle que les médias ont bien voulu nous donner. Franchement, une fois le pacte de lecture accepté, on se laisse vraiment prendre au jeu et on ne s’ennuie pas une seconde dans ce roman qui enchaîne les rebondissements. Par contre, pour ne rien vous cacher, j’ai été déçue au niveau de la forme. Formules toutes faites, lieux communs, lourdeurs stylistiques viennent, selon moi, perturber la fluidité de l’intrigue. Chattam gagnerait à alléger son écriture. Et à limiter ses références perpétuelles au diable et autres forces du mal sorties des ténèbres quand elles ne viennent pas servir directement l’histoire. Enfin, ce n’est que mon avis et j’ai tout de même passé un moment divertissant.