Archive | décembre, 2016

Intermède

28 Déc

Bonjour à tous ! J’espère que vous passez de bonnes fêtes !

Un petit message pour vous dire que le blog n’est pas en pause mais que je suis sur une lecture pour le moins complexe et longue en ce moment.

Un livre-concept qui mêle différentes histoires, différents supports (comme vous pouvez le constater sur les photos)img_20161228_163602 et qui nécessite du coup beaucoup de temps de lecture. Voilà quinze jours que je l’ai commencé et je n’ai suis pas à la moitié… (bon, à ma décharge, j’ai aussi été bien occupée ces derniers temps entre l’achat des cadeaux, les dégustations de foie gras et de chocolats – arrosées de quelques petits verres histoire d’oublier – et le départ à la montagne). img_20161228_170121

Mais ne vous inquiétez pas, j’avance au plus vite dans les méandres de cet objet littéraire non-identifié et je reviens avec deux nouveautés : un polar et un roman jeunesse/young adult. En attendant, je vous souhaite une excellente fin d’année 2016 !

Publicités

La cité des mensonges

18 Déc

Le Japon. Ce pays qui me fait tant rêver ! Pourtant, ce n’est ni un nouveau Murakami que je vous propose aujourd’hui ni même un autre auteur nippon mais le roman d’une française qui a vécu 10 ans au pays du soleil levant.

Kabukicho, Dominique Sylvain

b9dc839a8b7e576590ec5b003a021fcaKabukicho, c’est le nom du quartier le plus sulfureux de Tokyo. Aucun intérêt de s’y rendre en journée car c’est la nuit que Kabuchiko s’éveille, illuminée par les néons des bars et love hôtels où les hôtesses et les hôtes se succèdent auprès de clients en quête d’estime. C’est dans ce royaume de l’alcool, de la drogue, du sexe et de l’argent facile gagné à coups de conversations creuses et de compliments tarifés que l’on fait la connaissance de Marie, une jeune française, qui voit fondre ses économies à vue d’œil. Un soir, dans un pub pour expatriés, elle rencontre Kate, une anglaise, réputée pour être l’hôtesse la plus populaire du club Gaïa – un établissement « à l’ancienne », où coucher avec les clients n’est pas obligatoire. Kate propose à Marie de venir travailler avec elle afin de se remplir les poches rapidement. Les deux jeunes femmes qui se lient d’amitié décident de devenir colocataires pour partager les frais de logement.

Un soir, alors que Marie se rend au club pour travailler, la patronne s’étonne de ne pas voir Kate. La française se montre inquiète également. Le lendemain, le père de Kate reçoit une photo de sa fille, allongée, les yeux clos, accompagnée d’un sinistre message : « Elle dort ici« . Inquiet, il prend le premier vol pour le Japon, bien décidé à faire la lumière sur ce mystère et surtout à retrouver sa fille.

La disparition inquiétante de la jeune occidentale est bien évidemment très vite parvenue aux oreilles de l’inspecteur Yamada, le capitaine du commissariat de l’arrondissement de Shinjuku. Cette histoire de photo envoyée au père de la disparue et le texte joint lui laisse un vilain arrière-goût de déjà vu. Exactement le même procédé qu’un tueur en série qui a mis la police japonaise en déroute pendant des années… avant d’être arrêté, condamné à mort et exécuté… A-t-on à faire à un admirateur ? Dans ce cas, le pire est à prévoir. Rapidement, les enquêteurs soupçonnent le bel et intrigant Yudai, l’hôte le plus convoité de Kabukicho, qui avait justement rendez-vous avec Kate, le soir de sa disparition…

Voilà longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi rapidement ! Dominique Sylvain m’a littéralement transportée dans les rues artificielles de Kabukicho grâce à une intrigue extrêmement bien ficelée mêlant intrigue policière, amour, quête identitaire et étude sociologique que le regard des trois personnages principaux vient éclairer sous des angles différents. Chaque chapitre met en avant tour à tour Marie, Yudai et Yamada autour desquels gravitent une myriade de seconds rôles finement travaillés, permettant au lecteur de se plonger davantage dans cet entre-deux mondes qu’est le quartier des plaisirs tokyoïte. Si le lecteur attentif parvient assez facilement à dénouer les fils de cet imbroglio, il n’en sera pas moins conquis par la toile d’araignée tissée par l’auteur. Le suspens est présent du début à la fin et je me suis surprise à être épatée par la maîtrise avec laquelle l’écrivain est parvenu à mettre en scène la folie d’un personnage. Du grand art ! Merci aux éditions Viviane Hamy qui m’ont permis de découvrir cette pépite ! Coup de cœur !

 

Je communique donc je suis

11 Déc

Je casse le rythme des nouveautés avec ce livre débusqué cet été au cours d’un vide grenier. Pour tout vous dire, les livres sont ma seule et unique motivation lorsque que je fréquente ce genre de manifestations…

Une vie à se dire, Jacques Salomé

518w9j4eapl-_sx195_Pour le propos du roman, ça va être du rapide ! -autant vous prévenir vu que ce n’est pas franchement dans mes habitudes.

Une mère de famille, Anne, après avoir assisté à de nombreuses conférences et lu plusieurs livres, décide d’introduire, au sein de son environnement relationnel, la méthode ESPERE (Energie Spécifique Pour une Ecologie Relationnelle Essentielle) du psychosociologue Jacques Salomé. Nous suivons donc son quotidien, celui de ses trois enfants, de son époux et du groupe de femmes et d’hommes qui viennent partager leur expérience avec elle qui tentent de se former à un nouveau style de communication, fondé sur la bienveillance et la responsabilisation afin de remplacer notre langage souvent basé sur l’agressivité et la mauvaise foi.

A la lecture de ce court résumé, vous penserez sans doute comme moi : il a un sacré culot ce Jacques Salomé pour faire la pub de ses bouquins et de ses conférences dans un roman ! C’est certain. Mais à sa décharge, moi qui ne lit que très rarement des ouvrages de développement personnel j’ai bien accroché à cette méthode expliquée sous forme romancée. Si pas mal de discours sont totalement irréalistes – notamment ceux tenus par les enfants  qui s’expriment comme des chiens savants et qui ne sont que des J. Salomé version miniaturisée – le texte est globalement agréable à lire d’autant plus qu’il est bourré d’humour et que l’auteur ne manque pas d’autodérision. Une manière efficace d’illustrer de façon concrète et attrayante cette méthode que le spécialiste enseigne depuis des années. A vrai dire, j’ai eu la sensation de me retrouver comme un scientifique qui regarde ses rats de laboratoire derrière une vitre et constate les évolutions de ses spécimens. Ce livre permet aussi de nous rendre compte à quel point notre façon de communiquer possède une incidence sur notre relation non seulement aux autres mais à nous-mêmes. Mieux parler, c’est aussi mieux se comprendre. Je vous laisse méditer.

Par delà le temps

1 Déc

Je m’accorde un moment de douceur dans ma série polars avec un magnifique premier roman.

Par un jour de thé gris, Eugénia Jeltikova

cent-mille-milliards-edition-couv-jour-the-grisThéo, jeune élève de CM2, a pour habitude de fréquenter la bibliothèque municipale tous les samedis et tous les mercredis après-midi afin de faire ses devoirs mais également d’effectuer d’innombrables exercices de mathématiques, extraits d’un manuel que lui a remis son père. Loin d’aborder ce travail comme une corvée, l’écolier prend au contraire plaisir à jouer avec les chiffres et imagine avec un bonheur son entrée en 6ème qui lui permettra d’améliorer encore son niveau dans cette discipline qu’il adore.

L’enfant n’est pas le seul à fréquenter assidûment la bibliothèque. Laure, une de ses camarades de classe, en fait tout autant. Pas étonnant qu’ils se disputent la première place en cours ! Quelqu’un d’autre aime aussi à passer son temps auprès des livres. Un « vieux » monsieur vient ainsi tous les jours s’installer à la même table pour consulter des revues et en faire des tas. Au fil des saisons et du temps qui passent, Théo va apprendre à connaitre le vieux et va l’aider, à sa manière, à lutter contre l’Oubli qui semble vouloir le dévorer.

Difficile de décrire l’extrême douceur dégagée par ce roman que je qualifierais presque de conte philosophique. Je me suis laissée emporter dans cet univers étrangement hors du temps alors que le temps qui passe est justement un thème majeur de ce roman. Le temps qui passe et ses conséquences : fin de l’insouciance pour Théo, début de troubles physiques et psychiques pour le vieux. Loin de s’arrêter à cette évocation d’un temps que rien ne peut retenir, l’auteur nous offre une jolie réflexion sur l’amitié inter-générationnelle. A l’heure d’une société dominée par le règne du chacun pour soi, où nos aînés sont assez aisément mis à l’écart, l’histoire de cette amitié discrète mais profonde qui unit un enfant à une personne âgée me semble bienvenue en portant les valeurs positives d’un partage réciproque. Mais outre le sujet, c’est essentiellement le style d’Eugénia Jeltikova  qui m’a transportée. Une écriture d’une infinie délicatesse et d’une poésie exceptionnelle teintée d’une légère mélancolie qui parvient à transmettre aux petites choses de la vie une importance capitale. De coups de gomme sur un cahier à la confection de petits paniers à partir de marrons, tous ces minuscules instants rendus minuscules et presque invisibles dans notre vie toujours plus pressée et « utile », confèrent à ce roman traitant du temps un caractère quasi intemporel. Si vous souhaitez aussi passer un tendre instant de lecture qui vous fera garder confiance en l’être humain, n’hésitez pas à vous offrir Par un jour de thé gris. Coup de cœur.

Je remercie vivement Eugénia et les éditions Cent Mille Milliards pour l’envoi de ce beau roman.