Archive | janvier, 2017

Sanguines

26 Jan

Je remercie chaleureusement Philémon Le Bellégard pour m’avoir fait parvenir son roman et permis de découvrir son univers.

Syndrome de Stockholm, Philémon Le Bellégard

book-1306Enstenov Khalinek, homme d’affaires multimillionnaire à la morale douteuse mais surtout très grand esthète, se prend d’une passion artistique pour le jeune Stendriëk Börgen, un peintre suédois aussi génial que torturé. Pendant dix ans, Khalinek décide de mettre tous les moyens possibles à la disposition de l’artiste afin qu’il puisse exercer son art en toute liberté.

Après toutes ces années passées à peindre quasiment nuits et jours, Börgen accepte de présenter son grand oeuvre lors d’une exposition colossale, à la hauteur de la collection qu’il a à présenter. Plus de 3200 toiles, toutes peintes en rouge, vont venir peupler la gigantesque Gallery of the Immortality du Titanium Palace de Los Angeles.

Lors de l’ouverture de l’exposition à la presse, alors que tous les professionnels contemplent, subjugués, l’oeuvre titanesque, une journaliste spécialisée dans la critique d’art ose aborder le génie pour lui poser la question qui brûle les lèvres de tous ses collègues : quelle matière a-t-il employer pour réaliser ses milliers de toiles ? Sans le savoir, Anna vient de pénétrer dans les arcanes les plus profondes de la folie humaine…

Pari réussi pour Philémon Le Bellégard qui a réussi à me kidnapper avec son thriller artistique et psychologique. Avant d’évoquer le fond, un petit mot sur le style. L’auteur parvient à mêler à merveille une écriture à la fois épurée et érudite dans des chapitres qui présentent différents styles (extraits de journaux, d’interviews, récit…). En ce qui concerne le fond, ce premier roman comporte tous les ingrédients nécessaires pour convaincre le lecteur de parcourir un chemin aussi pervers et cruel soit-il. Certes, ce livre ne conviendra sans doute pas aux âmes sensibles. Mais si, comme moi, vous êtes amateurs de manipulation, de folie et d’hémoglobine, alors vous serez sans nul doute conquis. Outre tout l’aspect psychologique et notamment la détention de la journaliste qui finira par se prendre de sentiments pour son teneur d’otage – frappée donc du fameux syndrome de Stockholm – toute la réflexion sur l’art et la morale est extrêmement intéressante. Jusqu’où l’artiste peut-il aller au nom de l’art ? Je vous laisse vous faire votre propre opinion en compagnie de ce roman coup de cœur que vous pourrez vous procurer ici en version numérique ou papier.

Publicités

Objet littéraire non identifié

19 Jan

Je remercie de tout cœur Alexandra pour ce cadeau et ces moments de lecture surprenants.

S. – Le Bateau de Thésée, J.J. Abrams et Doug Dorst

wp_20160708_004Jennifer, étudiante en lettres, ramasse un livre égaré à la bibliothèque. A l’intérieur, de nombreuses notes laissent découvrir un lecteur captivé. Intriguée, elle écrite à son tour dans l’exemplaire puis le replace à l’endroit initial. Ainsi va étrangement débuter une relation particulière entre Jennifer et Eric – étudiant plus âgé, interdit de séjour à l’université par son ancien directeur de thèse.

Le fameux roman dans lequel échangent les deux étudiants s’intitule Le Bateau de Thésée. Il a été rédigé par un certain V.M. Straka, un auteur pour le moins énigmatique. Disparu en 1946, personne n’a jamais réussi à découvrir sa véritable identité et cette quête perdure dans le monde universitaire. Jennifer et Eric sont bien décidés à percer le mystère grâce à ce roman – le dernier de l’auteur – qui conte l’histoire de S., un homme qui a perdu la mémoire. Embarqué de force sur une sorte de vaisseaux fantôme peuplé de marins monstrueux, son seul désir est de retrouver qui il est et pour cela il est prêt à endurer toutes les épreuves. img_20161228_170121

Jennifer et Eric se lance donc à la quête de l’identité de Straka par le biais de son ultime roman et des notes de bas de page laissées par la traductrice qui les emmènent sur diverses pistes. Ils ne tarderont pas à s’apercevoir qu’ils ne sont pas les seuls à vouloir percer le mystère et que certains sont prêts à tout pour y parvenir.

Voilà pour le résumé. J’ai tenté de faire simple. Parce qu’en réalité c’est extrêmement complexe, tortueux, voire tordu. J’ai été vraiment fascinée par l’objet livre en tant que tel (livre présenté dans un écrin, fausses référenciations de bibliothèque, notes des étudiants, lettres et documents insérés entre les pages…) et la mise en abîme très travaillée : nous lisons le livre d’un auteur que d’autres ont lu et annoté et nous lisons donc également ces notes. De ce point de vue là, rien à dire. Jolie mise en scène, conception expérimentale réussie de la part du réalisateur de la série Lost et de Mission Impossible, J.J. Abrams. Si j’ai été séduite par la forme totalement atypique de cet ouvrage et par les intrigues superposées qu’il propose – perso, j’ai lu toutes les intrigues en même temps mais on peut déjà lire Le Bateau de Thésée intégralement puis lire seulement les notes dans l’ordre chronologique, selon les couleurs d’encre – je n’en ai été que plus déçue par le fond. L’histoire avait a priori tout pour me plaire : personnage en quête d’identité, à la recherche d’un passé qui lui rendrait son présent et la possibilité d’un futur, étudiants tentant de découvrir la vérité sur leur auteur fétiche, intrigue dans le milieu universitaire… bref, des thèmes qui m’attirent. Oui. Mais. Le roman Le Bateau de Thésée et donc le récit concernant S. se révèle rapidement un faire-valoir. Se voulant érudite et obscure, l’intrigue finit par devenir si complexe qu’elle en perd son sens. Quand à l’histoire annexe des étudiants – qui m’a au final davantage intéressée – elle demeure hélas tristement incomplète. En conclusion, ce livre fait malheureusement « pschitt ». Le projet est certes ambitieux – pour ne pas dire prétentieux -, le concept est vraiment intéressant et original, la supercherie fonctionne très bien mais littérairement parlant, ça ne suit pas et c’est fort dommage. Il n’en demeure pas moins que S. demeure une expérience à part entière si vous avez le temps et le courage de vous y consacrer (je lis assez rapidement en temps normal, mais là, j’ai atteint mon record de lenteur avec 2-3 pages au 1/4 d’heure tant le nombre d’infos par page est élevé… je vous laisse calculer le nombre d’heure de lecture pour ce livre de presque 500 pages…).img_20161228_163602

Mains de maîtres

13 Jan

Voilà un polar qui pourrait bien intéresser ceux qui ne sont pas adeptes du genre…

Duel de faussaires, Bradford Morrow

256 pages, SEUIL policiers

124299_couverture_hres_0Adam Diehl, collectionneur de livres rares, a été retrouvé chez lui, mutilé. L’agresseur lui a coupé ses mains – qui ne seront pas retrouvées – et cette blessure le conduira bientôt à la mort. Sur la scène de crime, de nombreux volumes précieux sont éparpillés sur le seul, déchirés pour la plupart.

Le narrateur, faussaire repenti, est le beau-frère de la victime. Les deux hommes n’entretenaient pas une relation très chaleureuse. Après s’être fait prendre pour confection de faux, notre homme a exécuté sa peine et coule des jours heureux avec sa femme. Bien sûr, le meurtre vient entacher ce bonheur, mais les tourtereaux sont bien décidés à vivre tranquillement et décident de quitter leurs activités aux Etats-Unis pour reconstruire leur vie en Irlande, pays d’origine de la jeune femme.

Malheureusement, le passé refait surface. Notre narrateur reçoit des lettres de menaces signées tantôt Henry James, tantôt Conan Doyle. Des faux parfaitement réalisés par un maître-chanteur coriace. S’agit-il du tueur ? Que cherche-t-il exactement à obtenir ? Comment le démasquer sans révéler des secrets qui viendraient assurément mettre en péril l’équilibre de son couple ? Un duel palpitant va se jouer entre les deux faussaires bien décidés l’un et l’autre à en découdre.

Avis aux amateurs d’actions, de courses-poursuites, de meurtres en série, ce roman ne vous est pas destiné ! Ce qui ne signifie en aucun cas qu’il n’est pas intéressant. Au contraire ! Morrow livre ici un polar érudit, extrêmement bien documenté, se déroulant dans le cercle très fermé des bibliophiles. Dès le départ, un charme suranné émane de l’écriture subtile de l’auteur et du côté très snob de son narrateur. On se croirait dans un épisode d’Agatha Christie ou dans une partie de Cluedo. Chacune des actions et pensées du narrateur sont détaillée avec une extrême finesse ce qui entraîne forcément une certaine lenteur du rythme qui colle parfaitement à l’univers un peu hors du temps de la bibliophilie. Au fil du roman, nous découvrons un narrateur très complexe auquel nous finissons à nous attacher malgré son snobisme. Bientôt, une légère paranoïa vient souffler sur le roman par le biais d’un personnage rayonnant par son absence : le maître-chanteur. Si j’ai eu un peu de mal à m’adapter au rythme particulier de ce roman, j’ai fini par ne plus pouvoir le lâcher des mains tant j’ai été happée par l’intrigue et le style de l’auteur. Il ne faut pas prendre peur devant les phrases longues et parfois alambiquées qui viennent enrichir le caractère érudit de notre narrateur-personnage. Amis des livres et de belle calligraphie, laissez-vous envoûter par ce roman. Disponible à partir de 17 janvier. Merci aux éditions Le Seuil pour cette avant-première.

Le Muscadier, éditeur engagé

9 Jan

Je tenais aujourd’hui à vous présenter une maison d’édition qui m’est particulièrement chère : Les éditions du Muscadier. Il s’agit d’une des toutes premières maisons d’édition à m’avoir contactée afin de me proposer un partenariat. C’est donc cette maison qui a ouvert la voie aux autres et qui me permet désormais de vous présenter des nouveautés très régulièrement. Vous ne connaissez pas cet éditeur engagé ? Suivez ce lien pour le découvrir :

présentation des éditions du Muscadier

Je devrais pouvoir bientôt vous présenter de nouveaux titres, en particulier de leur nouvelle collection « Rester vivant ».

Bonnes lectures !

Super-héros !

3 Jan

Bonjour à tous ! Avant de commencer cette première chronique de l’année, je tiens à vous souhaiter tous mes vœux de bonheur pour 2017 et surtout de belles lectures !

Je reviens donc, comme promis, avec une nouveauté young adult que je vous propose en avant-première grâce aux éditions Syros.

Power Club – L’apprentissage, Alain Gagnol 

004532557Pour ses 17 ans, Anna reçoit le cadeau rêvé par les adolescents du monde entier : son billet d’entrée pour le très sélect Power Club. Nous sommes en 2038 et toute la planète a les yeux rivés sur les exploits quotidiens des jeunes super-héros dont les performances physiques ont été décuplées grâce à l’introduction de boosters dans leur organisme. Une fois ces minuscules machines biotechnologiques inoculées,  le corps humain devient invincible et surtout peut défier les lois de la gravité. Armés de ces superpouvoirs, la petite équipe d’adolescents ultra-priviligiés se met au service des citoyens pour assurer leur sécurité.  Anna devrait donc sauter de joie en découvrant le cadeau que ses parents – extrêmement riches – lui ont offert… mais ce n’est pas franchement le cas. Parce qu’elle trouve que cette bande de héros friqués sont atrocement frimeurs mais surtout qu’ils ont davantage l’ambition de faire le plus de publicité possible à leurs sponsors qu’à réellement tenter de punir les criminels. Mais évidemment, après tous les sacrifices réalisés par ses parents pour lui offrir cette opportunité unique, impossible de se défiler. Elle part donc à New-York afin de signer son contrat avec le Power Club…

Autant vous le dire franchement, je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de me lancer dans cette lecture. En effet, je ne suis vraiment pas fan des comics et de lire les péripéties de bonhommes en collants cogner des méchants. Mais étrangement, j’ai été très positivement surprise par ce roman punchy et surtout intelligent. L’auteur ne se contente pas de narrer les exploits de ses héros surboostés, loin s’en faut. Les scènes de combat sont même reléguées au second plan. Dans ce premier opus de cette trilogie, le focus est mis sur la jeune protagoniste, Anna. Une adolescente bien dans ses baskets et dans son époque, totalement banale – si ce n’est qu’elle est ultra-riche -, qui aime passer du temps à papoter et à rire avec sa meilleure amie Lisa. Nous allons donc découvrir les coulisses de la multinationale la plus importante de tous les temps à travers le regard de cette jeune fille un peu naïve mais qui compte bien ne pas se laisser influencer par l’univers dans lequel elle vient de pénétrer et garder les pieds sur terre malgré son pouvoir de voler. D’entrée, Anna va s’apercevoir que ce monde clinquant n’est pas tout rose et que de nombreux secrets se cachent derrière les murs du luxueux building du club. Tiraillée entre son envie de profiter de ses superpouvoirs et son désir de rester honnête et fidèle à ses valeurs, Anna va bientôt se retrouver confrontée à un dilemme. Je n’en dirai pas davantage mais Alain Gagnol parvient très habilement à traiter de sujets d’actualité concernant directement les adolescents à savoir les problèmes de l’immédiateté, de l’image, des médias et d’une société d’hyper-consommation dans laquelle l’argent et le nombre de followers tiennent lieu de valeurs fondamentales. De quoi réfléchir tout en se divertissant car il n’y a aucun temps mort dans ce roman de 500 pages qui se dévore en quelques jours. Même les parents prendront plaisir à le lire ! Alors pour découvrir le premier opus de cette série addictive, rendez-vous le 5 janvier pour sa sortie en librairies !