Archive | mars, 2017

Retour parmi les vivants

30 Mar

Je remercie Julie pour sa confiance et l’envoi de son ouvrage.

Faim de vivre, Julie Martin

image_27569_1_20304_1_9323_1_38646_1_132216Je n’ai pas l’habitude de vous présenter des témoignages mais une fois n’est pas coutume.

Dans ce petit livre coup de poing, la jeune femme nous présente sa descente dans l’enfer de l’anorexie : les hospitalisations, les hallucinations dues à son poids extrêmement faible.

Mais plus qu’un simple témoignage, Julie apporte une lueur d’espoir. Aujourd’hui, la jeune a retrouvé sens à sa vie en s’investissant dans le bénévolat. La fin de son livre tente d’apporter des explications pour les personnes touchées de près ou de loin par ces troubles et tord le cou à certaines idées reçues. Il ne s’agit pas simplement d’une histoire de poids, de nourriture. Non. Il s’agit de l’histoire d’une vie. La reconstruction est longue, semée d’embûches mais elle est possible. Julie en est la preuve.

Je vous invite à suivre l’auteure sur sa page Facebook : Faim de vivre  et à vous procurer son ouvrage à ce lien s’il vous intéresse : Edilivre

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Mère amère

20 Mar

Je remercie vivement Le Passeur Éditeur pour m’avoir fait parvenir le roman que je vais vous présenter aujourd’hui.

Je n’écrirai que morte, Elisabeth Letourneur

teaserbox_60488890La narratrice et son mari, qui sont déjà parents d’une petite fille, décident d’agrandir la famille en adoptant un petit garçon au Vietnam.

Dès le départ, tout est bien sûr compliqué entre les démarches administratives, les frais multiples, le voyage à l’autre bout du monde et la confrontation avec une culture totalement différente de la notre.

Dès le départ, rien ne va entre la femme et l’enfant qui va lui être confié. Entre elle et celui qui va devenir son fils, par la force des choses.

Le lien, le tissu maternel qui devrait se former ne se fait pas. La narratrice demeure froide, insensible à cet enfant qu’elle est pourtant venant chercher. Pire, cette insensibilité se transforme en colère. Colère impossible à contenir. Colère qui trahit l’impuissance de la narratrice à se sentir mère d’un enfant auquel elle n’a pas donné vie.

Bientôt, arrive un premier geste insensé. Une gifle. Geste qui va se répéter. Trahissant le vide et l’impossibilité de créer ce lien d’amour nécessaire…

Voilà un premier roman coup de poing dérangeant, dont le thème ne manquera pas d’apparaître comme choquant. Une femme bat l’enfant qu’elle adopte. Elle le sait, elle en a conscience, elle essaie d’appeler à l’aide mais rien n’y fait. C’est plus fort qu’elle. Ce thème fort est magistralement servi par un style puissant, une ponctuation parfaitement maîtrisée et de courts chapitres qui traduisent bien la douleur de la narratrice. Un style ciselé que j’apprécie tout particulièrement.

Je ne sais si ce texte est d’inspiration autobiographique, mais l’intensité qui s’en dégage est tellement exceptionnelle que j’imagine – en tant qu’auteur – toute l’énergie qu’a dû employer Elisabeth Letourneur pour accoucher de ce premier roman. Et si le sujet traité n’est pas, a priori, des plus réjouissants, une lueur d’espoir apparaît à la fin, avec le commencement d’un processus  de guérison. Sans contexte mon plus gros coup de cœur de ce premier trimestre 2017, un roman que m’a fait avoir la chair de poule dans le bon sens du terme.

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir toute l’intensité de ce style si particulier :

« Je suis censée t’aimer, moi. Je suis censée venir adopter un enfant et en prendre soin, comme si c’était le mien.

Mais je suis insensée. Je ne le savais pas, avant. Pas avec cette force-là. Je ne suis pas sensée du tout, je m’en aperçoit là-bas, au Vietnam. […]

Je gifle un petit garçon qui ne comprend pas. 

Comment pourrais-je me parler à moi-même ? Evidemment que je ne me dis rien. Que ça ne me dit rien de me dire ça : tu frappes tous les jours l’enfant que tu adoptes.

Comment pourrais-je ?

Je me tais. Imaginez ne plus rien vous dire à vous-même, soudain. C’est un silence de fou qui se fait. Votre tête est insonorisée. Le son est coupé.

C’est mon corps qui fait. Mon corps te donne de petites gifles. Parfois une ou deux plus grosses. Tu ne pleures pas plus fort pour autant. Je ne me dis rien.

Mon cerveau n’entend pas arrête.

Je te dis tais-toi. Ça ne marche pas. »

En quête de soi

7 Mar

Je remercie les éditions Flammarion qui me permettent de vous faire découvrir ce roman en avant-première.

Le Chercheur, Lars Mulh

unnamedLars Mulh est un musicien et auteur danois de renommée internationale. Après quelques années d’une vie d’artiste qui ne le satisfait pas pleinement, il prend conscience que sa voie n’est pas celle du star-system. Il va alors chercher ce pour quoi sa vie est vraiment faite.

Double voyage et double temporalité, Le Chercheur mêle en effet le récit de la première rencontre de l’auteur avec celui qu’il nomme le Voyant, sorte de guide spirituel, et celui du trajet qu’il effectue du Danemark au sud de l’Espagne en train pour achever son initiation avec le Voyant. Ce dernier est celui qui lui a permis d’effectuer les premiers pas sur le chemin de sa véritable identité lorsqu’ils se sont rencontrés à Montségur.

Le Chercheur, premier tome de la trilogie O’Manuscrit, déjà traduit en huit langues, est un roman initiatique à la fois autobiographique et fictionnel. Si j’avoue avoir d’emblée été attirée par le thème de la quête spirituelle et identitaire et avoir réellement été conquise par les premières pages, mon enthousiasme s’est quelque peu relâché par la suite. En effet, si le début du roman est assez entraînant et aiguise la curiosité vis-à-vis des personnages principaux, l’auteur ne soutient pas la cadence et le récit devient un peu poussif. C’est dommage car sur le fond, Lars Mulh propose une réflexion intéressante sur la vie bien que certaines conceptions se révèlent un peu trop new-age à mon goût. J’ai, par exemple, bien aimé ce passage dans lequel le Voyant charge des pierres dans le sac à dos du narrateur. Chacune symbolise un défaut, une angoisse… :

« Mon fardeau ne cessait de gagner en réalité. Je penchais tant en avant à présent que j’en vins presque à ramper. Je transpirais abondamment. Comme le Voyant l’avait promis, j’éprouvais désormais physiquement tout les poids psychologiques de ma vie. Parce que je les emportais sur la montagne, chaque défaut, chaque doute et chaque projection acquérait une réalité qui me forçait à les contempler. Parce qu’ils sciaient assez littéralement mes épaules, courbaient mon dos, faisaient vaciller mes jambes, il était impossible désormais de les refouler. Et tandis que je rampais, je commençais à comprendre la signification de cette tâche en apparence vaine. Je me sentis soudain responsable de toutes ces maladies. »

Voilà pour ce petit extrait qui me semble assez représentatif du message que souhaite apporter l’auteur : pour mener une vie plus apaisée, il faut ouvrir les yeux sur tout ce qui vient nous alourdir au quotidien, en prendre réellement conscience avant de parvenir à nous en libérer pour gagner en sérénité. Un livre à découvrir pour les amateurs de récits de vie et de spiritualité.