Archive | septembre, 2017

A mots couverts

29 Sep

Afin de bien commencer le week-end, je tiens à vous présenter le deuxième roman d’une amie qui m’a fait l’honneur de me demander de rédiger sa quatrième de couverture. C’est donc celle-ci que je vous livre ce soir en guise de chronique. Je vous invite également à découvrir son premier roman, Par un jour de thé gris, que j’avais chroniqué.

Liz, Eugénia Jeltikova

recto-couverture-liz-v1-titre-grossiLa jeune Liz danse sa vie sur les praticables de gymnastique. Elle maîtrise à la perfection le lancer de ruban et se plaît à imaginer de nouveaux enchaînements virevoltants. Mais un jour, au cours d’une compétition de haut niveau, le jeune prodige, contre toute attente, trébuche. Un trop lourd secret qui entache ses songes l’a fait chuter.

Eglantine, professeur de Lettres en collège, ne sourit plus. Pas parce qu’elle n’apprécie pas son métier. Au contraire, elle aime par-dessus tout transmettre sa passion pour les mots à ses élèves. Mais un accident lui a ôté son sourire. C’est sa fille Zoé, amie de gymnastique de Liz, qui nous l’apprend. Eglantine aussi la pratiquait, cette gym-magie, et était douée, comme Liz, jusqu’à la chute.

Sous une plume délicatement poétique, Eugénia Jeltikova aborde le sujet encore trop tabou de l’inceste. Si tous les personnages sont très finement esquissés, ce sont ceux de Liz et d’Eglantine qui retiennent surtout l’attention, deux existences parallèles construites comme en accident mais qui seules parviennent à s’autoriser le verbe en échange. Avec les autres, Liz communique avec son corps qui danse, sublimé par le ruban qu’elle manie magnifiquement. Quant à Eglantine, si elle transmet sa passion pour les mots, son corps qui a par le passé chu se trouve désormais comme cristallisé, même si, derrière ce visage qui ne sourit plus, l’appel de la vie demeure bien présent. A qui d’autre Liz pourrait-elle donc bien confier l’indicible si ce n’est à cette douce professeur de Lettres qui ne sait plus trahir sa tristesse et qui a elle-même renoncé à ses chaussons de gymnastique dans sa jeunesse ?

Mais loin d’être un récit de souffrances, Liz, grâce à l’écriture acrobate de son auteur, est un hymne à la vie. Les mots semblent réaliser de savants entrechats et joliment s’entremêler sur les pages praticables. Dès les premières lignes, l’écrivain nous convie dans un univers onirique et poétique, joyeusement mélancolique. Dès lors, ne reste plus pour le lecteur qu’à se laisser guider et à doucement savourer la superbe alliance des mots qui tourbillonnent sous ses yeux.

Si vous le souhaitez, vous pouvez précommander le livre à ce lien

 

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Anonyme

22 Sep

Je vous présente aujourd’hui un roman atypique paru récemment aux éditions L’esprit du temps.

Pseudocryme, Philipe Brenot

pseudocrymeLe narrateur, Philip Brontë, est le descendant de Brandwell, le frère des célèbres Charlotte et Emilie Brontë. Écrivain lui-même, l’homme était devenu fou suite aux succès de Jane Eyre et des Hauts de Hurlevent. Notre narrateur, Philip, s’est naturellement destiné à l’écriture. Malheureusement, il vient de s’apercevoir qu’un livre vient d’être publié sous son nom. Or, il n’est pas l’auteur de ce livre ! Quelqu’un s’est emparé de son identité. Le voilà donc dépossédé de son nom en pleine crise existentielle. Le seul moyen pour lui de renaître à lui-même : prendre un pseudonyme. Il en rêve depuis sa plus tendre enfance, supportant difficilement les quolibets liés à son véritable nom. En outre, il est bien résolu à se débarrasser de l’importun qui lui a subtilisé son identité…

Pseudocryme n’est pas un livre comme les autres. En effet, Philipe Brenot nous offre à la fois un thriller psychologique, une réflexion sur l’identité proche de la psychanalyse et un essai sur l’utilisation des pseudonymes dans la littérature. J’ai aimé le jeu de chat et de la souris entre le narrateur et l’autre personnage dont je ne veux pas trahir l’identité ici. Le texte est très intelligemment mené, un peu loufoque et surtout fort bien documenté. J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce court roman qui fait voyager autant dans les rues parisiennes que dans l’histoire de la littérature. Une jolie surprise.

 

Célibattante

18 Sep

Aujourd’hui, je vous présente un premier roman paru tout récemment aux éditions Mauconduit.

Comme une grande, Élisa Fourniret

fourniret-comme-une-grandeLa narratrice, originaire de Lorraine, fille d’ouvriers qui ont réussi à s’extraire de l’usine sidérurgique où ils travaillaient pour gravir les échelons et s’installer à Paris. Aujourd’hui, à 40 ans, elle mène sa vie de mère célibataire tambour battant. Mais pas simple tous les jours d’être une femme et une mère et de concilier vie amoureuse et quotidien familial et professionnel.

Avec une écriture incisive, Élisa Fourniret nous offre une vision personnelle de la féminité et de la parentalité. L’héroïne nous entraîne avec elle dans le dédale des rues parisiennes tout en nous livrant les souvenirs de son enfance près des hauts-fourneaux. L’auteure ne mâche pas ses mots et c’est très bien ainsi car on se sent proche de cette femme en quête de l’amour et finalement en quête d’elle-même au tournant de la quarantaine. On sourit lors des dialogues croustillants et tendres avec son fils. On ne s’ennuie pas une seule seconde en lisant ce roman au style moderne qui mêle savoureusement humour et instants de mélancolie.

Under Control

9 Sep

Quoi de mieux pour bien aborder cette rentrée qu’un bon roman jeunesse ? Et si je vous dis que c’est le dernier opus d’Yves Grevet paru chez Syros, il vous sera impossible d’y résister !

Le GRUPP, Yves Grevet

9782748524062Dans un futur pas si éloigné, l’espérance de vie s’est considérablement allongée grâce à l’implant Long Life. Cette multinationale, qui a mis au point un système très pointu de surveillance, protège la population à tous les niveaux. Cependant, une organisation secrète d’adolescents tente de contourner le système pour s’offrir quelques moments de totale liberté.

Stan et Scott sont frères. Leur vie paisible entouré de leurs parents va basculer le jour où Scott va être envoyé en prison. Stan apprend alors la vérité sur son frère : il était un des leader du Grupp. Aussi intrigué qu’en colère contre son aîné qui lui a caché cette partie de sa vie, il va chercher à en savoir plus sur la société clandestine à laquelle appartenait son frère. Ce qui, au début, est presque un jeu pour lui, va bien vite se révéler bien plus dangereux qu’il n’y paraît…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : ce roman jeunesse est vraiment génial. Il allie, en effet, savamment action et réflexions sociétale et philosophique. Dès le départ, on se prend d’affection pour les personnages principaux, auxquels les adolescents à qui est destiné le livre n’auront nulle difficulté à s’identifier. L’auteur parvient très bien à rendre compte des bouleversements internes (corporels, émotionnels) liés à cette période charnière de la vie, ainsi qu’à l’évolution progressive qui va s’opérer en eux, ce qui en fait un très bon roman de formation. Outre cet aspect, ce récit est un excellent roman d’espionnage qui sait parfaitement jouer sur le suspens. Jusqu’au bout, la tension est à son comble et le danger omniprésent pour les personnages. Enfin, et c’est l’aspect que j’ai le plus apprécié, la question de l’hypervigilance, de la surprotection de la population est abordée avec beaucoup d’intelligence. Les avancées technologiques sont-elles vraiment bénéfiques ? Le contrôle, sous prétexte de préserver la vie le plus longtemps possible, favorise-t-il le bonheur ou n’est-il pas un immense frein à nos libertés les plus élémentaires ? Accepter de prendre des risques n’est-il pas une façon de se sentir plus vivant ? Ce sont à ces interrogations que se verront confrontés les jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Vous aimez l’action, l’aventure mais aussi la réflexion, ce livre est fait pour vous ! Gros coup de cœur jeunesse pour cette rentrée littéraire.