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Résurrection

13 Oct

En ces temps de remises de prix littéraires, on entend souvent parler des grandes maisons d’éditions. Je trouve très dommage que d’autres ne soient pas davantage mises en lumière car la richesse des textes qu’elles proposent valent largement les plus hautes récompenses. C’est le cas de la maison Au Diable Vauvert, qui propose un panel d’œuvres d’une grande diversité mais surtout d’une incroyable qualité. Et ce n’est pas le roman que je vais vous présenter aujourd’hui qui me fera dire le contraire !

C’est beau, la guerre ! Youssouf Amine Elalamy

006930841Après avoir assisté aux horreurs de la guerre dévastant son pays, un jeune comédien s’enfuit et embarque sur un navire de fortune pour l’Europe. A l’arrivée, il est placé avec les autres migrants dans un centre de réfugiés. C’est là qu’il proposera ses services : « réparer les vivants » en incarnant le rôle des disparus.

Ce texte est tout simplement bouleversant. L’auteur parvient à décrire l’horreur avec un réalisme poétique incroyable. Moi qui ne suis pas une adepte des longues descriptions, je me suis laissée entraîner dans celles de Youssouf Amine Elalamy avec grand plaisir. Le texte est violent, il transperce le cœur de ses images aussi sublimes qu’assassines. Mais au-delà de la violence de la guerre, l’auteur livre une véritable ode à l’humanité et à la paix. Grâce au regard porté sur une pléiade de personnages dont on découvre l’intimité, les sentiments et le parcours de vie, l’auteur rend hommage aux migrants et à toutes ces vies brisées. Enfin, en ne situant pas précisément son récit, ni dans le temps, ni dans l’espace, ce roman prend une dimension d’universalité qui dit tous les exils. Une pépite ! A découvrir en librairie à partir du 17 octobre.

Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer un extrait :

« Ma ville. Bombardée, détruite, incendiée, rasée. Ma ville, atteinte d’une étrange maladie qui, jour après jour, s’en prenait à son corps, l’attaquait et le brûlait jusqu’à n’en laisser que des ruines. Ma ville ne ressemblait plus à ma ville; on aurait dit un château de sable piétiné par une horde d’enfants. Toute chose a une couleur et la guerre c’est tout gris.Au premier coup de feu, les couleurs s’envolent et se dispersent d’un coup comme des oiseaux que l’on aurait fait fuir avec le bruit. Et même quand le ciel brûle et que le sang coule, la guerre c’est tout gris. D’un gris qui, tout comme les cendres, garde en lui le souvenir du feu. »