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Ode à la vie

Autant être franche, je vais terminer ce mois de novembre avec un roman pas franchement drôle. Mais très sincèrement, difficile de le lâcher des mains tant il est intense. Il est paru aux éditions Les Escales en octobre.

Sonate pour Haya, Luize Valente

cvt_sonate-pour-haya_7535Lisbonne, 1999. Amalia surprend une conversation téléphonique entre son père et sa grand-mère, Gretl. Celle-ci explique à son fils que sa grand-mère, Frida, centenaire, désire le voir. La discussion tourne court. Dans le plus grand secret, Amalia décide de partir pour l’Allemagne pour rencontrer son arrière-grand-mère qu’elle n’a jamais vue. La vieille dame lui parlera de sa jeunesse, de son mari, nazi de la première heure et de son fils, Friedrich, qui après avoir fait ses classes dans la jeunesse hitlérienne est devenu pilote de chasse avant d’être envoyé en mission à Auschwitz après un accident. Amalia est sous le choc de ce passé nazi. Mais ce Friedrich, mort peu de temps après avoir pris ses nouvelles fonctions au camp, n’était peut-être pas un représentant du Reich comme les autres. En effet, juste avant sa mort, il était revenu voir sa mère avec un bébé juif. Cette dernière n’ayant pas voulu cacher l’enfant, il confia la petite Haya à son grand-père Johannes, ne laissant derrière lui que les douces notes d’une sonate composée pour le nourrisson. Amalia, intriguée par cette histoire qui est en partie la sienne, va partir à la recherche de Haya. Bientôt, elle retrouve la trace de cette dernière à Rio où la femme, âgée d’une cinquantaine d’années, tient une pâtisserie avec sa mère, Adele. Celle-ci va alors leur raconter comment elle en est arrivée à mettre au monde sa petite Haya au beau milieu de l’enfer sur terre, Auschwitz, et comment Friedrich la sauva d’une mort certaine.

Je pourrais encore développer le résumé tant cette histoire familiale est complexe de par le nombre de personnages qui entrent en scène. L’autrice a pris soin de dresser les arbres généalogiques des deux familles afin de ne pas perdre les lecteurs. Personnellement, je n’ai pas eu besoin de m’y reporter car j’ai trouvé le récit suffisamment clair. Pour tout vous avouer, je ne suis pas spécialement fan des sagas familiales. Encore moins des récits en rapport avec l’Histoire. Hé bien je me suis totalement laissée emporter par ce roman. Je crois que le seul véritable livre que j’avais lu en rapport avec la shoa était Si c’est un homme de Primo Levi. Ce dernier est d’ailleurs cité au début de Sonate pour Haya. J’étais en classe de Terminale et j’avais été bouleversée de découvrir l’horreur des camps d’une façon bien plus frappante que dans les cours d’histoire. La lecture du roman de Luize Valente, inspiré d’un fait réel, m’a de nouveau plongée dans cet enfer créé par l’homme. Sans doute pas d’une façon aussi forte que le témoignage de Primo Levi mais je peux vous garantir que je n’en suis pas ressortie indemne. Et constater la façon dont des êtres humains qui ont survécu à ce cauchemar ont pu continuer à vivre, à aller de l’avant est totalement surprenant. Belle leçon de résilience. Ce livre montre aussi que derrière quelques uniformes SS se cachait heureusement un reste d’humanité. Tout est juste dans ce roman qui témoigne de l’incroyable complexité de l’Homme. Entre ceux qui ont manqué de courage, ceux pour qui il était plus facile de ne rien voir ni savoir, ceux qui ont combattu, ceux qui ont tenté de continuer à vivre par tous les moyens en gardant toute la dignité possible dans des conditions toujours plus atroces, ceux qui ont laissé exprimer leur haine, ceux qui ont résisté… Toutes les facettes des hommes et des femmes sont exposées ici. Et la question sous-jacente : comment se reconstruire avec un passé tel que celui-ci pour ceux qui l’ont vécu comme pour leurs descendants ? Je vous recommande ce roman d’une incroyable intensité, best-seller au Brésil. Coup de cœur pour cet hymne à la vie.

Vous pouvez écouter la sonate composée par Luize Valente ici.

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A la recherche des truites perdues

Bonsoir à tous ! Aujourd’hui, je vous emmène dans le Montana avec un récit loufoque mais profond paru aux éditions L’Age d’homme.

La disparition des arcs-en-ciel, Antonio Albanese

img_4142Ernesto Pirroni, journaliste indépendant suisse, est à la recherche d’un sujet qui fera mouche pour renflouer ses finances. Un peu par hasard, il s’envole pour le Montana où les truites arcs-en-ciel ont manifestement déserté les cours d’eaux. Afin de comprendre la cause de cette disparition, il va arpenter l’état et rencontrer une multitude d’autochtones qu’il interrogera afin de trouver une éventuelle réponse. Entre les amateurs de rodéo, une hippie déboussolée, un universitaire parano, un taxidermiste sceptique et tout un tas d’autres personnages haut en couleur, pas simple pour notre ami de rester concentré sur sa quête.

Voilà ce que l’on peut appeler un roman hors du commun. Sous prétexte d’une enquête abracadabrantesque sur la disparition des truites arcs-en-ciel, l’auteur se lance dans une réflexion sur le sentiment d’appartenance à une terre, l’extermination des indiens, la colonisation, l’immigration, le patriotisme. A l’heure où Trump – et de nombreux autres dirigeants – prône la préférence nationale, le repli sur soi et la fermeture des frontières, l’auteur réfléchit sur la notion d’ancrage, le besoin de se raccrocher à un espace déterminé pour affirmer son identité. Les récits enchâssés – qui s’accumulent au fur et à mesure que notre journaliste se convainc de la vanité de son enquête – viennent témoigner de la crise identitaire d’un pays multiculturel et de la recherche d’idéal qui dépasse la question des frontières. Le roman est bourré d’humour et d’ironie, l’auteur aime à se moquer de l’Amérique profonde mais aussi de son personnage qui, loin de son pays, se raccroche à des réflexes identitaires pour se rassurer dans des situations embarrassantes. Un livre très intelligent, riche en références – les connaisseurs apprécieront de voir cités Georges Bataille et Richard Brautignan. Vous aurez compris, j’ai adoré voyager dans le Montana !

 

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Quand tombe la nuit…

Vous souhaitez faire plaisir à votre enfant et faire une bonne action, n’hésitez pas à mettre ce magnifique album au pied du sapin. Un joli moyen de soutenir l’Unicef à l’occasion des 30 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant. Vous le trouverez en librairie chez Flammarion Jeunesse ou sur la boutique solidaire Unicef.

Bonne nuit Planète, Liniers – Trad. Olivia Ruiz

9782081489431Une petite fille passe une journée bien remplie à jouer avec son doudou, Planète, qu’elle traîne partout. Le soir venu, elle lui souhaite une bonne nuit et s’endort contre lui. Mais pour le doudou, c’est le début de nouvelles aventures ! Vite, il rejoint le petit chien pour s’amuser et s’empiffrer de cookies. Puis une souris vient à leur rencontre leur promettant de leur montrer le plus gros gâteau de l’univers. Il est vraiment énorme et brille dans le ciel en pleine nuit. Planète monte tout en haut d’un arbre avec la souris et saute pour tenter de l’attraper. Le doudou n’arrivera pas à croquer la lune et retournera se coucher à côté de la petite fille, ni vu, ni connu.

Voilà un très bel album sous forme de bande dessinée qui offre une vision poétique du monde qui nous entoure. Les dessins sont d’une finesse et d’une beauté incroyable. C’est un vrai régal pour les yeux des petits et des grands. L’intrigue, semblable à celle de Toy story avec le jouet qui prend vie et part à l’aventure, ravira les plus jeunes enfants qui s’identifieront à la petite fille. Pour l’anecdote, mon petit Jules, 13 mois, ne s’en lasse pas ! Traduit de l’espagnol par la chanteuse et comédienne Olivia Ruiz, très engagée dans l’humanitaire, l’album est dessiné par Liniers, un artiste qui réalise des couvertures pour The New Yorker et dont les livres sont publiés dans de nombreux pays. Un vrai petit coup de cœur !

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Fait-divers

Aujourd’hui, c’est d’un polar qui sort un peu de l’ordinaire dont je vais vous parler qui est paru aux éditions L’âge d’homme.

De fiel et de fleurs, Guy Y. Chevalley

de-fiel-et-de-fleursDébut du vingtième siècle. Monsieur et Madame Doudieux coulent une vie paisible de bons bourgeois. Monsieur tient son affaire de façon fort rigoureuse, ce qui lui vaut le succès mais aussi l’animosité de ses rivaux. Madame, quant à elle, profite de sa situation pour goûter aux bonheurs futiles de l’existence. Tout serait parfait dans le meilleur des mondes si Madame n’était pas tombé un jour sur une lettre anonyme en ouvrant le courrier. Le message incite son mari à l’empoisonner ! Elle ne le sait pas, mais ce dernier a déjà reçu de nombreuses missives de la sorte par le passé. Une ombre vient planer sur le ménage mais bien vite, tout rentre dans l’ordre. Jusqu’au jour où un célèbre ténor belge, suite à un malaise, décide de passer la nuit chez eux pour se reposer. Le malheureux ne sortira pas vivant de la demeure… Quelques temps plus tard, M. Doudieux se remémore une histoire qu’il avait eu avant de rencontrer sa femme.

Aussi fou que cela puisse paraître, cette histoire est tirée de faits réels. L’auteur nous raconte avec une ironie finement mordante comment un couple de bourgeois échappe à plusieurs tentatives d’empoisonnement de la part d’une ancienne conquête du mari alors qu’un artiste qui va passer une nuit chez eux de façon totalement hasardeuse succombera à l’absorption de médicaments empoisonnés. La réalité dépasse souvent la fiction, c’est le cas de ce fait-divers ! Qu’un couple ne se soit pas affolé outre mesure de recevoir des lettres d’un corbeau et des cadeaux empoisonnés est hallucinant ! Si l’intrigue est excellente, la mise en récit ne l’est pas moins et Guy Y. Chevalley retrace l’histoire d’une façon fort agréable, ménageant le suspens comme dans un roman feuilleton. L’ironie, présente par petites touches, fait sourire mais laisse également le lecteur réfléchir sur la société de l’époque en évoquant les thèmes du mariage et du célibat, de la classe bourgeoise et de la classe ouvrière, de la frivolité et du désespoir, et de la place de la femme. Un court roman à savourer avec une bonne tasse de thé au coin du feu. Coup de cœur !

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Sisyphe

Un petit thriller, ça faisait longtemps ! Celui-ci vient tout juste de paraître aux éditions du Seuil.

Un autre jour, Valentin Musso

un-autre-jourAdam Chapman, architecte, la quarantaine, se réveille angoissé. Il a un mauvais pressentiment. Sa femme, Claire, est partie en week-end chez ses parents. Sans trop savoir pourquoi, il est persuadé qu’il lui est arrivé quelque chose. Il tente de l’appeler sur son portable, en vain. Un peu plus tard, c’est à son tour de recevoir un appel. Il ne reverra plus jamais Claire… D’un coup sa vie entière bascule et se transforme en cauchemar. En fait, peut-être que tout cela n’est qu’un très mauvais rêve. Peut-on vraiment toujours être sûr de la réalité du monde qui nous entoure ?

Voilà un thriller psychologique extrêmement bien mené, qui joue avec les nerfs du lecteur. Ce n’est vraiment que dans les dernières pages que nous comprenons le « truc » si je puis m’exprimer ainsi car il s’agit quasiment d’un tour de prestidigitation. En gros, il faut s’imaginer le fameux Jour de la marmotte dans le film Un jour sans fin avec Bill Murray. Version angoissante et macabre. A posteriori, on se souvient des indices laissés tout au long du récit. J’ai apprécié le côté psychologique, la manière dont l’auteur nous met le doute sur ce qu’il s’est vraiment passé ou non, si tout n’était qu’un rêve ou pas, si le protagoniste est victime d’une machination, fou ou que sais-je… Très franchement, j’ai passé un très bon moment de lecture grâce à ce roman de Valentin Musso vraiment bien construit et rythmé à la perfection.

Nouvelles·Roman

Seul

L’automne s’installe et avec lui les jours raccourcissent, laissant cette légère mélancolie s’insinuer dans les foyers. Le court roman que je vous présente aujourd’hui, paru aux éditions L’âge d’homme, colle très bien à la saison ! 

Minuit blanc, Maxence Marchand

ob_5ca5e3_minuit-blanc-marchandUn jeune homme, approchant la trentaine, vient d’être quitté par celle qu’il aimait. Bien que sachant que la rupture menaçait, difficile pour lui d’encaisser le choc et de se retrouver seul dans l’appartement au double vitrage dans lequel ils avaient choisi de s’installer ensemble. Bientôt, des angoisses surgissent et il lui devient difficile de se mouvoir dans le monde qu’il entoure. L’hiver est là, et comme la nature, les sens du jeune homme sont engourdis.

Ce court roman – ou longue nouvelle – de Maxence Marchand a des allures de balade nocturne, hors de toute temporalité. Le lecteur est invité à suivre le jeune protagoniste dans ses réflexions, dans la tristesse langoureuse qui l’habite, dans ses tentatives pour se rattacher au monde alors qu’il ne trouve plus aucune prise. Son cœur et son âme frigorifiés dans le froid hivernal cherchent en vain le réconfort et les questionnements sur la vie et son sens se multiplient. L’écriture poétique nous plonge dans des limbes oniriques et nous invite à laisser errer nos pensées.

coup de cœur·Roman·roman de formation

L’Amérique !

Heureuse de vous présenter cette suite et encore plus heureuse d’avoir rencontré son auteure lors du salon Livres en vignes à Vougeot le mois dernier.

Hope, Loulou Robert

51kibq4orcl._sx195_Après sa sortie de l’hôpital psychiatrique où elle avait été internée après sa tentative de suicide et sa descente aux enfers dans l’anorexie, Bianca part vivre à New-York avec son père qui espère lui faire retrouver sa joie de vivre de l’autre côté de l’Atlantique. La jeune femme vient d’avoir 17 ans et doit faire sa rentrée dans le prestigieux lycée français de la ville. Mais ça commence plutôt mal car elle arrive en retard le premier jour et tombe sous le charme de son prof de littérature. A vrai dire, son arrivée en Amérique ne lui a pas vraiment remonté le moral. Son père passe la plupart de son temps à travailler, la laissant livrée à elle-même dans cette ville en effervescence, et lorsqu’il rentre en pleine nuit, c’est pour passer du bon temps avec sa conquête. Bianca gobe les somnifères pour tenter de trouver le sommeil. Bien vite, elle sombre de nouveau dans la dépression, ses troubles alimentaires ne sont pas loin. Le rêve américain vire au cauchemar. Bianca se retrouve dans des endroits sordides avant d’être repérée par le chasseur de tête d’une agence de mannequins. L’esquisse d’une vie meilleure ? Pas si sûr. Malgré tout, au fond d’elle-même ne cesse de scintiller une lueur d’espoir…

Le premier roman de Loulou Robert, Bianca, m’avait frappé par la force de son style. Je n’ai pas été déçue par cette suite, où l’on retrouve un personnage plus mature, endurci par les épreuves mais toujours en proie à ses démons. Bianca se cherche, teste ses limites, se frotte au monde, aux sentiments et s’écorche l’âme. Mais cette quête existentielle, aussi douloureuse soit-elle, est un passage obligé pour la jeune femme. C’est son moyen de s’affirmer, de ressentir ce corps qu’elle a nié, de trouver le passage vers l’âge adulte. En ce qui concerne le style, les chapitres courts mettent en valeur la fulgurance des émotions du personnage, tout se passe très vite dans ce New-York qui ne dort jamais. Certaines scènes sont décrites avec un réalisme froid, sans fioriture, qui témoigne de la violence des actes auxquels assiste Bianca ou dont elle fait preuve. Une chose est sûre, on ne sort pas indemne de la plume acérée de Loulou Robert.