Roman

« Tu seras un homme mon fils »

Les lectures de Naurile

Aujourd’hui, je vous fais voyager en Amérique avec ce roman paru aux éditions Le nouveau pont. Merci à l’amie qui me l’a offert.

Mama Red, Bren McClain

mama-redNous sommes au tout début des années 50, en Caroline du Sud. Le petit Emerson Bridge a à peine 7 sept ans et il vient de perdre son papa. Sarah se retrouve seule et sans argent pour élever son garçon. Pour elle qui ne s’est jamais réellement sentie mère, tout est à construire. Il lui faut d’abord trouver de quoi nourrir l’enfant et ce ne sont pas les quelques robes vendues aux femmes de la bourgade qui lui permettront de régler ses dettes ni de remplir les assiettes. Alors, quand elle lit dans le journal qu’un enfant a gagné près de 700$ à la foire au bétail de l’année, elle décide d’inscrire son fils et de se procurer un veau afin…

Voir l’article original 586 mots de plus

Initiatique·nouveauté·Roman

« Tu seras un homme mon fils »

Aujourd’hui, je vous fais voyager en Amérique avec ce roman paru aux éditions Le nouveau pont. Merci à l’amie qui me l’a offert.

Mama Red, Bren McClain

mama-redNous sommes au tout début des années 50, en Caroline du Sud. Le petit Emerson Bridge a à peine 7 sept ans et il vient de perdre son papa. Sarah se retrouve seule et sans argent pour élever son garçon. Pour elle qui ne s’est jamais réellement sentie mère, tout est à construire. Il lui faut d’abord trouver de quoi nourrir l’enfant et ce ne sont pas les quelques robes vendues aux femmes de la bourgade qui lui permettront de régler ses dettes ni de remplir les assiettes. Alors, quand elle lit dans le journal qu’un enfant a gagné près de 700$ à la foire au bétail de l’année, elle décide d’inscrire son fils et de se procurer un veau afin qu’il puisse concourir l’année suivante. Dans le même temps, Luther Dobbins, éleveur de renom, a lui aussi inscrit son fils, le petit LC, dans le but de gagner coûte que coûte, et d’en faire un homme, un vrai…

Je suis assez mitigée quant à ce roman. En effet, s’il est extrêmement bien rédigé, avec une écriture fluide qui donne envie de tourner les pages, le côté très manichéen et rempli de bons sentiments n’est pas forcément à mon goût. Aucune surprise quant à l’intrigue, tout est cousu de fil blanc. Il y a les bons personnages, qui le resteront jusqu’à la fin, et le mauvais – bien évidemment le riche éleveur – ne sortira pas de son rôle non plus. Dans la même veine, aucun suspens non plus quant au gagnant du concours. Je sais, j’ai sans doute mauvais fond, mais j’ai toujours eu beaucoup de mal, que ce soit dans les livres ou les films, avec trop de bien d’un côté, un peu de mal de l’autre et ce mal forcément châtié. Je suis méchante. Mea culpa ! Cela étant dit, les thématiques traitées sont intéressantes. La première est celle de la maternité. Sarah ne se sent pas mère et pour cause, elle n’est pas la mère biologique d’Emerson Bridge. Pour le coup, la question de la maternité est abordée avec beaucoup de délicatesse et de nuances. Une réflexion profonde est réellement menée. Il est également question du bien-être animal. Hé oui, parce que ce que ni la mère ni son fils ne savaient en s’engageant dans le concours – ce n’est pas leur faute, ils vivent coupés du monde pour ainsi dire – c’est que le veau gagnant du concours sera acheté pour être vendu à la boucherie du coin. Evidemment, ça jette un froid. L’autrice rend hommage aux bovidés en intégrant les pensées de la maman vaches et en lui donnant non seulement le rôle de confidente mais aussi celui de révélatrice d’instinct maternel pour Sarah.

« Tu as commencé à m’apprendre. Pour mon garçon. Je peux te le dire, ma fille ? Je ne connais pas ton nom. Quel est ton nom ? Le mien, c’est Sarah. Je suis sortie pour te remercier. Ça fait six jours maintenant que je dois être sa maman pour de bon. Mais est-ce que je peux te dire quelque chose ? Je ne sais pas comment être. Je ne voudrais pas murmurer, mais ces mots-là – être une maman – ils m’effraient. Tu vois, je suis perdue. »

Enfin, l’autre question centrale est celle de la virilité. Un garçon doit-il être coupé de ses émotions pour devenir un homme ? J’avoue que cette réflexion sur la virilité me semble passée d’époque. Cela fonctionne très bien si on met dans le contexte de l’histoire – les années 50, au fin fond de la campagne américaine -, mais s’il y a volonté de transmission d’un message pour l’époque contemporaine, c’est un peu raté car pour le coup, même si notre société est encore très genrée, j’ose espérer que le fait qu’un petit garçon de sept ans pleure parce que son animal de compagnie meurt ne soit pas considéré comme une faiblesse de sa part.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas rédigé de si longue chronique mais comme vous pouvez le constater ce roman m’aura donné matière à réflexion de par ses failles et ses qualités. J’ai néanmoins passé un bon moment de lecture et surtout suis un peu sortie de mes habitudes littéraires. Merci Cécile pour cette découverte !